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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 22:43

Tsahi Hanegbi

Publié dans le journal Le Lien, n°287, 7 mai 2008, rubrique 'Gros plans sur Israël'

 

Après Gaby Ashkenazy, le « plus modéré » des généraux de Tsahal selon Haaretz et chef d'état major de Tsahal choisi par Amir Peretz, c'est au tour de Tsahi Hanegbi de déclarer jeudi 17 avril sur les ondes de Galei Tsahal, la radio de l'armée, qu'Israël n'a d'autre choix que de "réoccuper" la bande de Gaza, car il faut selon lui « obligatoirement entrer en territoire palestinien et en avoir le contrôle pendant un certain temps » afin de provoquer la possible chute du gouvernement Hamas, seule solution pour faire cesser la chute, bien réelle celle-la, des roquettes Kassam et Grad qui tombent aujourd’hui jusqu'à Ashkelon. Et seul moyen pour le gouvernement d’espérer redonner un peu de pouvoir et d’autorité à Abu Mazen, qu’il croit plus susceptible de faire la Paix. Aussi le revirement d’Hanegbi vient à nouveau porter un coup à la realpolitik de Kadima, parti ayant fait du retrait de Gaza la base d’un programme fondé sur une Paix avec un « Etat palestinien » qui pourrait d’ores et déjà y exercer sa souveraineté. D’autant que, fils de Geoula Cohen — la porte-parole du ‘Lehi’ et fondatrice du très à droite Tehiya —, ministre Likoud de Netanyaou dont il fut l’un des fidèles, puis ministre sous le gouvernement Sharon, Hanegbi débuta sa carrière en fondant un mouvement opposé au retrait du Sinaï ; d’où la surprise générale que provoqua son ralliement au parti de Sharon puis d’Olmert. Mais la dure réalité reprenant le dessus sur des espérances chimériques, jour après jour chacun reconnaît le danger qu'a provoqué le désengagement de Gaza pour la sécurité des Israéliens. Or revenir à Gaza serait revenir à l'avant Kadima, un recul bien tragique pour un parti dont le nom signifie "en avant".

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 00:36


Par Misha Uzan

Publié dans le Journal Le Lien, n°287, le 7 mai 2008

 

 

 

François Furet, Annie Kriegel, Stéphane Courtois, Claude Lefort, Alain Besançon, Jean-François Revel, philosophes, sociologues, historiens, écrivains, etc … la liste est longue d’anciens marxistes ou marxisants qui au fil des ans et des crises ont progressivement abandonné leur foi communiste pour l’idée libérale, de gauche souvent, mais aussi de droite. Certains même, communistes et « encartés » au P.C.F. en début de carrière, rejoignaient ensuite le rang des anticommunistes. Le rapport Khroutchev de février 1956, l’invasion de la Hongrie par l’armée soviétique en novembre de la même année, le Printemps de Prague, L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne en 1973 et les nombreux manquements aux droits de l’homme provenant du bloc communiste, furent autant d’événements qui ébranlèrent leur croyance originelle. Dans les milieux scientifiques, en sciences sociales et humaines, à l’université et dans les instituts de recherche, l’attraction exercée par Castro à Cuba, par les mouvements de jeunesse en 1968 dans le monde ou par la Chine maoïste à ses débuts, ainsi que la persistance de l’existence de  marxistes et de néo-marxistes, n’empêchaient cependant pas un renouvellement du débat intellectuel et un certain déclin dans l’adhésion à l’idéologie marxiste. En historiographie par exemple, le renouveau de l’histoire politique marqué par la thèse de René Rémond sur Les droites en France[1], puis l’élan donné à l’histoire culturelle depuis les années 70-80, étaient autant de signes du recul du primat de l’économie. Clé explicative et universelle pour les marxistes et néo-marxistes, le facteur économique se voyait disputer la première place par d’autres indices d’interprétations des faits et du monde, les facteurs sociaux, politiques et culturels prenant leur autonomie.

 

Ce passage d’un tout économique — seul facteur déterminant, le social, le culturel et le politique, tous soumis à la réalité marxienne des facteurs de production — à une complexité grandissante et relativiste incluant d’autres facteurs explicatifs, fut en soi une révolution dans le domaine scientifique (même si nombre de conceptions et théories restent quand même teintées du préjugé que l’économie, sous-jacente, régit le comportement, les pensées ou les représentations humaines). Sur le plan strictement politique, la chute du mur de Berlin et le démantèlement de l’U.R.S.S., les révolutions libérales dans le monde et en Europe de l’est, le déclin des partis communistes et en particulier du parti communiste français — premier parti de France après la guerre — ainsi que les politiques plus libérales menées un peu partout depuis Thatcher et Reagan, laissent penser à une évolution similaire : une révolution libérale, comme on a coutume de dire, rompant avec un esprit marxiste, socialisant et étatique.

 

Cette rupture idéologique — qui précède de loin celle annoncée par Sarkozy — et diffère quelque peu d’un pays à un autre, présente paradoxalement une continuité dont il faut se méfier. L’idée qu’une politique économique dite libérale, au sens large, est plus à même qu’une économie dirigiste d’apporter aux peuples du monde l’enrichissement, le confort et le bien-être auxquels ceux-ci aspirent légitimement est une chose, mais les politiciens libéraux feraient bien, à l’instar des historiens libéraux, de ne pas se convaincre que l’embellie économique puisse être le sésame résolutif à tout conflit, et de  ne pas faire de l’économie la seule clé explicative des faits, quelle que soit la nature de ces derniers. De la même façon que les marxistes, qui avaient fait du déterminisme économique sensé maintenir le prolétariat sous le joug du patronat jusqu’à la révolution communiste, la machine à penser les relations sociales, les diplomates et politiciens néo-libéraux veulent croire opiniâtrement en la super puissance de l’Economie Libérale, ressort magique, permettant de résoudre les conflits, tous les conflits, et d’apaiser rancoeurs et haines décennales, voire  centenaires ou  millénaires. C’est  la dérive à laquelle on assiste en ce qui concerne le conflit israélo-arabe.

 

Bernard-Kouchner.jpgBernard Kouchner illustre à merveille cette tendance. Comme beaucoup de ses collègues occidentaux du reste, européens, américains, et même israéliens, il partage le sentiment que seul le développement économique de Gaza, de la rive occidentale du Jourdain et des villages arabes — accompagné de dons irresponsables et inédits de territoires — mènera à la paix entre Israël, ses voisins et le monde arabe en général ; persuadé(s) qu’il est (sont) que les intérêts et le développement économiques apportés aujourd’hui par l’économie libérale mondiale, seront plus forts que les oppositions culturelles, religieuses et identitaires.

 

Engagé au P.C.F. au début des années 60, puis au P.S. et au P.R.G. avant de rejoindre le Parti socialiste, B. Kouchner est aussi un de ces anciens militants trotskistes dont les relations tissées avec l’O.L.P. n’ont pas été sans effet sur la reconnaissance internationale d’un mouvement national arabe palestiniste[2]. Considéré en France aujourd’hui comme atlantiste et plus pro-israélien que la moyenne, il ne fait pas évoluer pour autant la longue tradition du Quai d’Orsay de remontrances à Israël lors de  la moindre tentative de défense militaire de sa part, en condamnations toujours très nuancées des activités terroristes de l’autre camp.

 

En somme, dans le parfait prolongement des marxistes pour lesquels l’histoire était liée essentiellement à l’évolution des modes de production et de l’économie, ces néo-libéraux défendent-ils une vision essentiellement économique de l’avenir. A les lire et les écouter, le développement économique du Proche-Orient — à coup de milliards versés à perte à Abou Mazen, ses ministres et ses fonctionnaires — effacera les oppositions identitaires, culturelles et religieuses. Véritables labroussiens[3] pour le Moyen-Orient, leur lecture du conflit repose en fait sur les mêmes fondamentaux que celle que les historiens marxistes faisaient de l’histoire, n’expliquant la Révolution française par exemple, que par des raisons économiques. Quid  des Voltaire, Diderot, Rousseau et de la contestation politique de l’Ancien Régime, seules comptaient la libéralisation du commerce des grains de Turgot de 1774, « la guerre des Farines » de 1775 ou les mauvaises récoltes de 1788. De même dans le conflit israélo-arabe, envolée la représentation des Juifs comme dhimmis par les Arabes musulmans, négligée la conception qui veut que soit arabe et musulmane toute terre qui fut un jour occupée par des arabo-musulmans, tragiquement sous estimée la montée en puissance de l’islamisme et son attraction idéologique sur les masses arabes ; seul s’impose le développement économique, qui balaiera tout sur son passage.

 

Marc Bloch disait : « chaque fois que je regarde quelque chose, il convient de dire avec quels yeux je l’ai vu »[4] ; compte tenu de la complexité de l’histoire et des sociétés humaines, il serait bien venu que les politiciens et diplomates libéraux, eux aussi, s’attachent à regarder le conflit israélo-arabe d’un autre œil, ils tiendraient alors un autre discours.  

 


[1] René Rémond, La droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d’une tradition politique, Paris : Aubier, 1954. Ouvrage majeur de la science politique et de l’histoire politique française, il est réédité, complété, renouvelé à de nombreuses reprises et connu généralement sous le nom de Les Droites en France.

[2] Sur ce mot voir David André Belhassen, Gérard Nissim Amzallag, La Haine maintenant ? Sionisme et palestinisme. Les sept pièges du conflit, Paris : Editions de la Différence, 2006. Voir aussi mon propre article Misha Uzan, « Israël et les intellectuels français », in Controverses, revue d’idées, Paris : L’éclat, 16p., février 2008

[3] Allusion ici au modèle d’histoire économique d’Ernest Labrousse, historien marxiste inventeur de l’histoire sérielle et quantitative, principalement connu pour son ouvrage sur la Crise de l'économie française à la fin de l'Ancien Régime et au début de la Révolution, Paris : PUF, 1944

[4] Marc Bloch, L’Etrange défaite : témoignage écrit en 1940, Paris : Le Grand livre du mois, 2000

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 23:22

 

Les Arabes israéliens marquaient, le 30 mars dernier à Sakhnin en Galilée, la « Journée de la Terre ». Un événement devenu aujourd’hui « l’événement central de tout le pays », au dire du  député arabe israélien du parti Hadash, Mohamed-Barake.-Hadash.jpgMohammed Barakei. Mais de quel pays parle-il au juste ? Commémorant le 32e anniversaire de la manifestation du 30 mars 1976, contre des réquisitions de terrains par l’Etat, et dont les débordements avaient fait 6 morts arabes israéliens, la « Journée de la Terre » illustre la contradiction incessante des Arabes israéliens, se revendiquant Arabes et « Palestiniens », en Israël, tandis que leurs dirigeants parlent de « lutte des Arabes pour leur existence en Israël  et contre leur exclusion de la société israélienne »[1].  Tandis qu’Ibrahim Sarsour, député de la liste arabe unie, dit ne pas appeler « à l’indépendance ou à l’autonomie » mais avoir pour seul  slogan qu’ « Israël doit inclure la minorité arabe dans ses plans nationaux », ce sont des drapeaux palestiniens et non israéliens qu’arborent les manifestants[2], se considérant eux aussi « sous occupation ». En clair l’occupation par Israël … de l’Etat d’Israël, dans ses frontières reconnues de 1948. A l’évidence donc, et le constat est de plus en plus clair depuis les manifestations de Nazareth en faveur du Hamas, ce n’est pas l’intégration que cherchent les Arabes israéliens mais bel et bien la confrontation à un Etat d’Israël refusé, rejeté, dénié. Les discours intégrationnistes de leurs dirigeants, qui portent leurs accusations sur Effi Eitam de l’Union nationale, parti national religieux, et sur Avigdor Lieberman, président d’Israël Beiteinou, tous deux qualifiés de racistes, ne sauraient cacher les revendications ethniques et elles, bel et bien racistes — et non pas seulement communautaires — de manifestants qui se disent « Arabes palestiniens de toutes les manières » et qui n’ont que faire de leur carte d’identité israélienne, si ce n’est peut-être que cette dernière leur apporte quelques  avantages financiers non négligeables, en termes d’allocations ou autres indemnités...[3] Il y a 32 ans déjà en 1976, selon des sources pro-arabes elles-mêmes, c’est la population qui avait poussé à la grève générale et à la manifestation contre l’avis de ses dirigeants locaux. Une population qui, à l’instar de  tous les collectifs de soutien à la population arabe d’Israël — qui parlent de « Palestiniens de l’intérieur et de l’extérieur »— , réunis partout dans le monde pour la « Journée de la Terre » (et notamment en France où manifestations, comités et rassemblements se déroulaient à Paris, Gentilly, Fontenay-sous-bois, Valenton, Montpellier, Orléans …), n’a que faire de la pseudo solution de « deux Etats pour deux peuples », inventée par des mouvements de gauche européenne et israélienne. Il conviendrait donc, afin d’appréhender le plus objectivement possible la situation dans ce conflit, de ne pas négliger la vox populi, tant en Galilée, qu’en Judée-Samarie ou dans la bande de Gaza, car, si des dirigeants peuvent signer un « accord de paix », seuls les peuples, peuvent faire La Paix.   

 


[1] Jerusalem Post, Edition française, du 1er au 7 avril 2008

[2] Dans son célèbre et ultra controversé ouvrage Le Choc des civilisations, qui date de 1994 seulement et qui est l’aboutissement d’un article paru même en 1993, Samuel Huntington prenait l’exemple d’une manifestation d’immigrés mexicains aux Etats-Unis qui, réclamant pourtant une meilleure considération des autorités à leur égard, arboraient le drapeau mexicain et non américain, qui aurait été pourtant un bien meilleur symbole d’une volonté d’intégration. En mai 2002, à la victoire de Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen, de la même façon, les drapeaux français se faisaient rares comparés aux drapeaux marocains et algériens qui cachaient la tête du Président français sur tous les écrans de télévision du monde.

[3] A noter à ce propos la « panique » s’emparant de certains habitants des villes « arabes » israéliennes, qui, entendant parler d’échanges éventuels de territoires dans le cadre d’un futur accord de paix, tentent d’acquérir un logement « de l’autre côté » de la nouvelle possible frontière…

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 00:30


Par Misha Uzan

Publié dans le journal Le Lien, n°286, le 30 mars 2008

 

 

Pour ses 60 ans (1948-2008) l’Etat d’Israël était l’invité d’honneur de la 28e édition du Salon du livre de Paris. Une occasion parmi d’autres de fêter la renaissance d’un Etat juif au Proche-Orient, tenant d’une culture juive étatique et de la perpétuation d’une littérature hébraïque. L’occasion aussi d’entretenir à Paris ses relations avec la France, jadis son meilleur ami et allié. Mais ce salon fut peut-être à l’image des 60 ans d’Israël. D’un côté un pays jeune, dynamique, proliférant et alignant plusieurs générations d’écrivains s’exprimant dans une langue à la fois ancienne, nouvelle et en plein essor. De l’autre un événement culturel rattrapé, comme toujours lorsqu’il s’agit d’Israël, par la politique, ou plutôt en réalité par une hostilité totale et une pleine mauvaise foi d’un certain nombre d’Etats et de délégations. Des Etats qui fêteront eux, leur 60 ans de boycott d’Israël et par la même occasion leur 60 ans de boycott de la culture. Aussi, fidèles à eux-mêmes, l’Arabie Saoudite et le Yémen, mais aussi le Liban, l’Algérie et même la Tunisie et le Maroc — d’ordinaire un peu moins obtus que les autres — boycottaient le salon ; coupable à leurs yeux d’accueillir et de mettre à l’honneur la littérature israélienne et l’Etat d’Israël, un pays qui pourtant, en matière littéraire — comme dans d’autres domaines d’ailleurs —, n’a strictement rien à leur envier, aussi bien en qualité qu’en quantité. Parmi les pays boycotteurs, l’Iran d’Ahmadinejad marquait lui ses 29 ans de rupture totale avec l’Etat hébreu. Quant à l’Union des Ecrivains d’Egypte, représentée au salon, elle décidait tout de même de publier un communiqué selon lequel « cette mise à l’honneur littéraire est inacceptable ». Dans un entretien accordé au Figaro, le nouvelliste cairote Alaa el-Asfani estimait qu' « inviter un pays coupable de crimes contre l'humanité est en soi un crime très grave" ; point de vue auquel on ne peut qu’adhérer, mais selon lequel c’est la moitié des pays de la planète, et non Israël, qu’il fallait ne pas inviter. L’Egypte elle-même d’ailleurs n’a vraiment pas de quoi se vanter en matière de droits de l’homme, « République arabe d’Egypte » selon sa constitution et dictature militaire depuis Nasser, elle méprise, entre autres, la très vieille communauté copte, discriminée, exploitée, opprimée et maintenue sous silence.

 

sartrePourtant victimes de la censure dans leur propres pays, les intellectuels arabes d’aujourd’hui relayent et prolongent en fait le boycott intellectuel et culturel déjà pratiqué par leurs aînés, et qui, malheureusement, ne s’est pas atténué au cours de ces 40 dernières années. L’histoire récente regorge de boycotts arabes d’Israël, qu’ils soient économiques, politiques ou culturels. Rien n’a changé depuis 1967 lorsque Jean-Paul Sartre, directeur de la si réputée revue Les Temps modernes, ne parvenait pas à faire céder le refus d’intellectuels arabes de discuter avec les intellectuels israéliens. Des auteurs arabes qui boycottaient même les écrits de Razak Abdel Kader, un Algérien coupable à leurs yeux d’être partisan d’une réconciliation judéo-arabe et d’une reconnaissance d’Israël. Publié en juin 1967, le numéro spécial des Temps modernes sur le conflit israélo-arabe, ne fut donc qu’une série de textes séparés, sans dialogue, sans rencontre, sans aucune prise en compte du côté arabe du point de vue de « l’autre ». De l’aveu même de Claude Lanzmann dans sa présentation du numéro, dont il fut le coordinateur, « les auteurs arabes ne se sont exprimés pour la plupart – sauf les Maghrébins – qu’après consultations et défendent une position commune »[1], contrairement aux écrivains  israéliens représentant des sensibilités différentes, nombreuses et divergentes entre elles. Aujourd’hui rien n’a changé, que ce soit sous la  pression de leurs gouvernements ou de leurs propres volontés — sans doute des deux en réalité —, les intellectuels arabes refusent toujours de discuter avec les auteurs israéliens, de les rencontrer, de les lire et d’apprécier leur lecture, ne serait-ce qu’au nom de la littérature. Dans le monde arabe, à l’instar de la religion, le culturel se conjugue au politique ; et par là même, comment sincèrement envisager qu’un Etat, qui boycotte les livres et la littérature de son « ennemi », puisse être prêt à une paix politique avec ce dernier ?

 

Et pourtant comme il y a 60 ans, certains officiels occidentaux ont esquissé du bout des lèvres une condamnation de l’extrémisme arabe. Bernard Kouchner, par exemple, ministre français des Affaires étrangères français, déclarait espérer « qu’ils [les pays boycotteurs] ne condamnent pas, par là même, les chances d’aboutir à la paix. » Ce fut donc, encore une fois et comme depuis 60 ans un discours creux et sans conséquence que celui adressé aux anti-lumières. A ceux qui, au nom de principes fort contestables et contestés, renvoient les écrivains, sans discernement aucun, à leur provenance et à leurs origines. Car on ne peut pas dire que les Amos Oz, Avraham B. Yehoshua, David Grossmann et autres Batya Gur, Zeruya Shalev ou Etgar Keret, soient de fanatiques néosionistes ou d’ardents défenseurs d’une guerre à outrance contre les populations arabes de Gaza, de Judée, de Samarie ou de n’importe quelle partie d’Israël. Bien au contraire, ces auteurs sont-ils à la pointe de l’autocritique et de l’autoflagellation qui plaît tant à l’Europe d’aujourd’hui, surtout lorsqu’il s’agit d’Israël. Amos Oz, qui compte parmi les fondateurs du mouvement La Paix Maintenant, et qu’on ne peut au moins pas accusé d’être un sioniste borné sans aucune considération pour d’autres mouvements ni d’autres populations que la population juive d’Israël, n’a pas tort lorsqu’il déclare à l'Agence France Presse que "ceux qui appellent au boycott ne s'opposent pas à la politique d'Israël mais à son existence même. S'ils disent qu'Israël ne doit pas être au Salon du livre, c'est parce qu'ils pensent tout simplement que ce pays n'aurait jamais dû voir le jour". Et plus encore, en renvoyant à leur origine et à leur nationalité des écrits et des auteurs bien souvent plus pro-arabes que pro-israéliens, les pays du boycott font tout simplement preuve de ce qu’on appelle, dans le langage courant, racisme. D’une certaine façon, ce boycott était comme un nouvel échec pour ceux qui s’acharnent à l’écoute et à la défense d’un Autre qui ne veut définitivement pas d’eux. Peut-être certains en auront-ils assez de tendre une nouvelle fois la joue après tant de gifles ! Mais tel n’est pas encore le cas d’Ilan Pappe, universitaire et historien israélien qui a poussé le ridicule jusqu’à boycotter son propre pays par solidarité avec ses amis arabes. A l’image d’autres Juifs et d’autres Israéliens avant lui, c’est le racisme arabe qu’il approuve par la même. A ce niveau là encore, rien n’a changé depuis tant d’années.

 

Le 14 mai 2008 donc ne marquera pas seulement les 60 ans de l’Etat d’Israël. Le monde arabe  célèbrera lui aussi un tournant, mortifère celui-là, celui du refus, du boycott permanent, de l’extrémisme politique et idéologique, de radicalisation des idées et des hommes, ayant conduit à 60 ans de fermeture à la culture.

 

 

 

Doctorant attaché à l’université de Paris X Nanterre, Misha Uzan est spécialiste du regard des intellectuels français sur Israël ; il vient de publier un article à ce sujet dans la revue Controverses.

 


[1] Claude Lanzmann, « Présentation » in Les Temps Modernes. Le conflit israélo-arabe. Dossier, n°253 bis, juin 1967, 22e année, 991p.

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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 00:53


Par Misha Uzan

 Publié dans le journal Le Lien, n°285, le 6 mars 2008

 

 

US-flag.jpgOn sait qu’en matière politique les pressions extérieures et la diplomatie étrangère constituent des paramètres à prendre en compte dans toute décision. Aussi nombre d’Etats au cours du passé et encore aujourd’hui se retrouvent dans une dépendance quasi-totale vis-à-vis des grandes puissances. On connaît la dépendance économique de certains pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, dans l’impossibilité d’agir sans l’accord de leur protecteur : Américain, Chinois, Russe ou même Français. On se demande parfois si Israël n’est pas l’un d’eux. Tant la dépendance de l’Etat juif vis-à-vis de ses alliés ou partenaires peut être forte.

 

Or quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense ou quel que soit le  souhait que l’on porte sur l’avenir de la bande de Gaza, son statut reste encore lié à l’Etat d’Israël. Il ne tient qu’au Hamas qui y détient l’autorité politique, qu’il en soit autrement. En se retirant unilatéralement et sans contrepartie de la bande de Gaza en 2005, l’Etat d’Israël lui a fourni les premières bases de l’indépendance. Un nouvel Etat arabe (un 23e si on se fie à la ligue arabe) aurait déjà vu le jour si le Hamas l’avait voulu. S’il s’était occupé à construire cet Etat — même sans en définir les frontières comme Israël n’avait pas défini les siennes en 1948 —, à l’organiser en votant une constitution, des institutions, des principes, des droits et des devoirs pour ses citoyens, Israël serait déjà confronté à un nouvel Etat, sans doute hostile, mais un Etat.

 

hamas contre IsraëlPuisque tout cela n’a toujours pas été fait, on ne parle encore et seulement que de « territoires autonomes ». Puisque le Hamas, à l’évidence, se préoccupe plus de la destruction d’Israël que de la construction de son propre Etat, et puisque l’Egypte, autre Etat limitrophe, n’entend pas plus réintégrer ce territoire au sien comme c’était le cas avant 1967, alors la bande de Gaza, entité politique non identifiée, reste encore sous l’étroite dépendance d’Israël qui lui donne tout : l’électricité, le fioul, le ciment, les denrées essentielles, les médicaments … et par qui passent tous les camions humanitaires de la Croix rouge ou d’autres ONG. L’un d’eux ce mois-ci a même transporté des explosifs !  Bref Israël permet toujours à la bande de Gaza de vivre et de survivre, tandis que l’Egypte, faute de contrôle suffisant sur les organisations terroristes, lui permet de s’armer contre Israël, en toute violation des accords de paix signés entre Jérusalem et Le Caire depuis 1978.

 

Aussi s’étonne-t-on de voir les gouvernants d’Israël demander tant d’autorisations, d’approbations et de compréhension aux diplomates du monde entier pour intervenir dans un territoire qui, non seulement ne cesse d’attaquer le sud d’Israël mais aussi continue dans les faits, nous l’avons dit, à être partie intégrante de l’Etat d’Israël, par la faute même du Hamas et bien que plus aucun Israélien ne puisse y mettre les pieds dans des conditions normales. L’emploi du temps des têtes du gouvernement témoigne de cet acharnement à obtenir un appui étranger. Tsipi Livni par exemple a passé une grande partie de son temps à essayer de faire comprendre à des délégations de diplomates la situation intolérable de la ville de Sdérot. Aussi le sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires humanitaires, John Holmes, pour ne citer que lui, après une visite à Sdérot au milieu du mois, y dénonçait la poursuite des tirs de roquettes, mais repoussait pourtant l’idée d'une option militaire pour y mettre fin. Il déclarait condamner « fermement ces tirs mais [que] seul un accord de paix [pouvait] permettre de changer la situation», tout en appelant Israël à mettre fin à son embargo économique sur la bande de Gaza. Avec tout le respect que nous lui devons, avec qui pense-t-il obtenir cet accord à Gaza ? Sûrement pas avec le Hamas !

 

Drapeau-allemand.jpgOlmert, lui, partait ce mois-ci pour l’Allemagne. Un pays avec lequel Israël a développé de nombreuses relations et signé de nombreux contrats majeurs. Aussi tant sur l’Iran qu’à propos des roquettes, Angela Merkel déclarait  « qu’Israël avait  toute légitimité pour se défendre ». Quant à Barak, avant même de déclarer à Bernard Kouchner que la priorité restait la défense et la protection des citoyens d’Israël, c’est en Turquie qu’il partait pour sensibiliser Ankara, en conflit avec les rebelles du Kurdistan d’Irak, à l’éventualité d’une opération militaire d’envergure dans la bande de Gaza, ajoutant qu’il avait signifié à l’armée de s’y préparer, au cas où le moment y serait propice. Autant dire qu’on serait de mauvaise foi d’avancer que le gouvernement ne fait rien pour convaincre du bien fondé de son action sur la bande de Gaza : opérations militaires intensifiées et blocus, même devenu aujourd’hui partiel pour éviter une crise humanitaire qu’Olmert — répète-t-il — ne laissera pas survenir.

 

Pour autant, cet acharnement envers l’appui étranger que les dirigeants israéliens n’obtiennent en réalité jamais suffisamment, a quelque chose de déroutant. Car ces manœuvres diplomatiques interviennent très tard. Or si le gouvernement n’a pas agi plus tôt, c’est surtout du fait de pressions, d’intérêts et de conceptions extérieures à l’Etat d’Israël. Conceptions parmi lesquelles la croyance biaisée que l’obtention de la paix peut se faire par l’aide économique et par la mollesse politique envers un Fatah hypocrite dont les branches n’ont rien à envier au Hamas en matière de terrorisme. Une croyance que partagent trop souvent certains membres du gouvernement. Comme si même — et peut-être surtout— en termes d’idées, Israël perdait son indépendance et son originalité. Et tout cela bien que la majorité du peuple d’Israël, n’en doutons pas, est acquise à l’idée d’un renforcement des sanctions contre Gaza. Contre le Hamas, contre ses miliciens, contre ses dirigeants, mais aussi, disons-le clairement, contre ceux qui choisissent de voter pour les intégristes et les fondamentalistes et qui anéantissent toute chance de paix. Malgré les risques que toute intervention militaire comprend. Mais la démocratie et l’indépendance israéliennes touchent ici à leurs limites. Car la voix du peuple, alors même que c’est lui qui part au combat, n’a que peu d’influence sur Olmert, qui chaque fois se sort des mailles du filet et reste en place, coûte que coûte. Seul importe à nos dirigeants l’avis et l’appui de l’étranger, devenu maître du destin d’Israël. En grande partie du moins.

 

Certes on comprend que de telles décisions ne peuvent se faire sans discussions internationales et multilatérales, mais c’est bien avant que le gouvernement aurait dû s’acharner à convaincre. Car la diplomatie prend du temps, et les habitants de Sdérot n’en ont pas. Car les gouvernants et les diplomates étrangers ont d’autres intérêts, ainsi qu’une compréhension souvent réduite des obstacles que connaît Israël. Si c’est certes à juste titre qu’Olmert et Barak répètent incessamment que ces choses prennent du temps, il fallait les anticiper et y répondre plus vite. C’est tout ce que nous demandons. Comment ne pas avoir anticiper la réaction du Hamas ? Comment ne pas avoir prévu que le retrait n’amènerait pas la paix mais qu’au contraire les organisations terroristes chercheraient tous les moyens pour viser la population israélienne ? Le désengagement de Gaza était une chose, en prévoir les conséquences en était une autre. Et quiconque non plus n’aurait pas envisager la victoire du Hamas aux élections dans les « territoires autonomes » de Gaza, ne peut guère prétendre être à même de résoudre le conflit actuel, par excès d’angélisme, de naïveté ou tout simplement de manque de professionnalisme. C’est aussi pourquoi Israël ne peut dépendre uniquement de l’avis et des intérêts de gouvernants et diplomates étrangers, bien loin du conflit.

 

La réaction trop tardive et trop molle du gouvernement Olmert ainsi que la succession des diplomates, des ministres et des gouvernants étrangers dès qu’Israël lève le petit doigt face aux Arabes, semblent démontrer le contraire. A y regarder de près, il semble que les manifestations à Jérusalem comme à Tel Aviv pour un Sdérot « aussi paisible que Tel Aviv » n’y font rien. Tout se joue à Washington, à Berlin, à Paris, à Riyad peut-être, mais très peu à Jérusalem.

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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 23:17

Ahmed-Qorei.jpgVoici une semaine qu’un bruit court. Celui d’une prochaine proclamation unilatérale d’un nouvel Etat arabe, en Judée-Samarie pour le moins. Proclamation qui viendrait de proches de Mahmoud Abbas, le successeur de Yasser Arafat. Une déclaration dans ce sens échappait la semaine dernière à l’un des conseillers du nouveau chef du Fatah : Yasser Abed Rabdo. Déclaration pourtant aussitôt rejetée par Ahmed Qoreï, responsable des négociateurs de l’O.L.P. avec Israël, qui indiquait qu’une proclamation d’indépendance n’avait jamais été évoquée par la direction du parti-organisation. L’indépendance du Kosovo pourtant remet à nouveau l’idée au goût du jour. Qu’en adviendra-t-il ? En fait, sûrement pas grand-chose. Quand bien même proclamer une indépendance unilatéralement et construire réellement l’Etat proclamé serait le pas de géant qui n’a jamais été fait depuis 60 ans. Faute de volonté, il n’en sera rien. Si les Arabes avaient voulu cet Etat il y a 60 ans, il l’aurait proclamé, soit en 48, soit en 64, voire en 70, soit à n’importe quel autre moment. Un peu de volonté et de travail en ce sens auraient suffi. Aujourd’hui aussi s’ils le voulaient, ils le pourraient. Mais en vérité, ni Hussein, ni Assad, ni Georges Habbache, ni Arafat, ni même Mahmoud Abbas n’ont voulu et ne veulent de cet Etat. En parler et pousser à des négociations est une chose, une méthode, une stratégie, une propagande disons-le. Le proclamer est un pas idéologique bien différent, beaucoup plus grand politiquement comme idéologiquement, et beaucoup plus dangereux aussi. Si cet Etat prenait la place d’Israël dans son entier, peut-être y’aurait-il un chef assez fort pour se démarquer des autres Etats arabes et l’oser. Sans cela, personne n’en aura le courage. Les rumeurs d’aujourd’hui existent probablement, tout comme les divisions pour mener au mieux à la destruction d’Israël. Plusieurs théories ont existé et existent encore. Le Hamas en représente une, le Fatah une autre, comme le FPLP, les martyrs d’Al-Aqsa ou n’importe quel mouvement ou courant, peut incarner une nuance. Mais aucun de ceux-là, mouvements, organisations, partis, ne parviendra à réunir une majorité sur une telle décision.

Dans l’état actuel des choses, dans l’immédiat et en matière de petite politique, le faire ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle pour Israël, car une proclamation serait le signe d’une prise en main autonome par les dirigeants arabes de Judée-Samarie. Mais pour ces derniers, ce serait une révolution. Fondée sur un mythe sans doute, mais une révolution tout de même. Une révolution toutefois, qu’ils ne sont toujours pas prêts à faire ! 

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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 00:42


Par Misha Uzan

Publié dans le journal Le Lien, n°284, 8 février 2008

 

 

 

Gaby AshkenaziLe mois dernier, alors que Sdérot était sous le feu des Kassams en provenance de Gaza, Olmert répétait son refus d’envoyer des troupes aux sols, contre l’avis de Gaby Ashkenazy chef d’état-major de Tsahal. Sdérot attendrait au moins — disait Olmert — « tant que les tirs de roquettes ne dégénèrent pas en causant des pertes humaines ». Notre dernier article sur le site Israël-diaspora.info montrait à quel point ces propos étaient scandaleux et absurdes. Pas de mort, pas d’intervention, ou presque pas ! Mourrez d’abord, je vous vengerai après !

 

Il attendait la visite de Bush disait-il, ce dernier est aujourd’hui reparti. Et il attendait un mort avouait-il, c’est malheureusement chose faite. Mardi 16 janvier, Carlos Shavez, volontaire au kibboutz Ein Hachlocha situé près de la frontière avec la bande de Gaza, y laissait la vie. A seulement 20 ans, le jeune homme d’origine équatorienne était touché par un sniper posté près de la barrière de sécurité. Le gouvernement prouvait une fois de plus son incapacité à protéger la population civile. Olmert manquait encore une occasion de se taire, et d’agir.

 

Entre-temps la situation à Sdérot et dans les environs dégénérait. Aussi Barak promettait-il une nouvelle fois qu’il amènerait « à la cessation totale des tirs de Kassam sur Sdérot ».

Mais comment ?

Impossible de compter sur les systèmes très coûteux de neutralisation des roquettes, on n’en verra pas la couleur avant plusieurs années. Pas d’opération terrestre d’envergure à l’horizon non plus, trop risquée nous dit Olmert, pour les soldats comme pour les négociations avec Mahmoud Abbas — et la mort de Chavez n’y change rien. Aussi certains ministres membres du cabinet de sécurité ont-ils par exemple suggéré que Tsahal établisse un no man’s land le long de la barrière de sécurité sur le versant de la bande de Gaza. Et Avi Dichter, ministre de la Sûreté, a quant à lui estimé que si les terroristes voulaient transformer Sdérot en ville fantôme, Israël devrait en faire autant avec les localités du nord de la bande de Gaza.

 

On n’en est pourtant pas là et il est évident qu’Olmert n’est pas l’homme de solutions si radicales. Adepte de la si irréelle Realpolitik, il a toutefois procédé au blocus de la bande de Gaza. Il n’a pas fallu deux jours pour que le monde entier pleure le sort des habitants des territoires autonomes, qu’il crie à la crise humanitaire et qu’on aille jusqu’à parler de « crimes de guerre » à l’O.N.U. A croire que la population de Gaza n’est rien et ne sait rien faire sans cet Etat d’Israël qu’elle veut tant détruire. Aussi la pression s’est-elle très vite relâchée sur Gaza, et le Hamas, reconnaissant, remerciait immédiatement Israël par une salve de roquettes. A l’évidence, la leçon était retenue et le sud d’Israël vivrait à présent en paix…

 

On serait presque tenté de rire de cette situation grotesque si la vie et le quotidien de plus de 130 000 personnes dans le sud du pays n’étaient pas en jeu. Le fait est qu’en deux jours et avec des moyens qui sont loin de représenter une véritable offensive de guerre, Israël a subi la pression d’un monde au petit soin d’une population qui n’a rien trouvé de mieux que de porter le Hamas au pouvoir, soit l’un des mouvements les plus extrémistes au monde. On aurait bien aimé voir cette attention envers les habitants de Sdérot, attaqués eux sans aucune pitié depuis bientôt 7 ans. Il faut croire qu’on ne se débarrassera pas de la politique de « deux poids deux mesures ».

 

Reste toujours que dans la bande de Gaza nous diront les belles âmes faussement humanistes, on ne compte plus les morts causées par les attaques de l’armée de l’air israélienne. Aussi faut-il leur dire, non pas seulement que c’est la poursuite du terrorisme par le Hamas qui a provoqué ces morts, mais surtout qu’en Israël la vie d’un Homme n’est pas un jeu. Personne n’entend s’amuser à compter les morts ou leurs dépouilles comme certains veulent le faire au Liban (cf : Nasrallah). Les dizaines de morts de ces dernières semaines dans la bande de Gaza ne rachèteront jamais la vie de Carloz Chavez. La prévention de morts, nous le disions précédemment, vaut toujours mieux que leur vengeance, quelle qu’elle soit. En revanche Israël doit quoiqu’il en coûte faire cesser les agressions sur son territoire que les belles âmes oublient trop facilement. Or on ne voit guère comment ces incursions limitées changeraient quoique ce soit. Tsahal a beau riposté par l’aviation et des tirs ciblant les terroristes armés, on estime ces derniers à au moins 20000 personnes. Et personne ne réclame de tuer autant de monde !

 

Autant dire aux partisans du slogan « Deux Etats pour deux peuples » qu’ils feraient bien d’observer la situation avec plus de bon sens et cesser de répéter les mêmes mots creux depuis les années 70. Autant dire qu’on ferait bien de réfléchir sérieusement à d’autres solutions pour le Proche-Orient, pas seulement dans la presse juive mais aussi dans les milieux diplomatiques. Autant dire aussi qu’Olmert aurait dû agir plus tôt, plus vite et plus fort. Autant dire que la crise n’est pas terminée et que rien n’est encore fait.  

 

Abu MazenSans doute Mahmoud Abbas contre toute logique de paix continuera à protester contre Israël et non contre l’envoi de roquettes. Sans doute à terme le nouveau processus de négociations échouera ou bien le gouvernement d’Olmert reculera. Une chose est sûre, une vraie paix ne se fera sûrement pas comme ça.

 

En somme la mort d’un homme en Israël ne fait que s’ajouter à la liste des six personnes décédées du fait d’actes terroristes portés depuis Gaza ces six dernières années. Or en Israël on n’a que faire d’autres morts à Gaza, on veut simplement que cessent les attaques et leurs conséquences. En Israël on veut voir de la vie à Sdérot, — de la belle vie ! — et non pas des morts à Gaza ! C’est ce que les belles âmes hostiles à l’Etat juif ne comprennent pas.

 

 

Diplômé de Sciences Po, Misha Uzan est spécialisé dans le regard des intellectuels français sur le conflit israélo-arabe.

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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 23:31

 

Hamas leadersLe retour aux bonnes vieilles méthodes de l’attentat-suicide ainsi que les attaques par balle sur les garde-frontières, malgré tous leurs désagréments, avaient au moins un avantage pour les Israéliens : l’espoir que l’enfer des roquettes au sud du pays feraient bientôt partie du passé. C’était malheureusement faire preuve de trop d’optimisme. Qu’on ne nous dise pas qu’on voit tout en noir au moins. Hier, mardi 5 février, les tirs de roquettes en provenance de la bande de Gaza ont repris. On pouvait penser que le blocus avait fait son effet, que l’effondrement de la frontière avec l’Egypte allait changer la donne. Ce fut plus ou moins le cas. Pour une semaine à peu près. Mais la frontière aujourd’hui se reconstruit et le Hamas reprend ses activités, la priorité restant l’assassinat du maximum de Juifs possibles et la destruction de l’Etat d’Israël.

 

Le fait est qu’Israël ne doit pas seulement se préparer à quatre types de guerres (conventionnelle, lointaine, guérilla et terrorisme), il doit aussi faire face à plusieurs types de terrorisme : attentats, snipers et attaques à l’arme à feu voire prise d’otages et tirs de roquettes à courte ou moyenne portée. Sans compter les actes de sabotages de toute sorte, la désinformation, l’utilisation des civils par les terroristes ou d’autres formes non militaires.

En matière de roquettes, les nouvelles d’hier ne laissent rien présager de bon. La déclaration d’Ehud Barak est significative, alors qu’il affirmait depuis des mois qu’il s’acharnerait à stopper ces tirs, sans succès, il ne parle aujourd’hui que de les « freiner ». Le mot a son importance et le ministre de la défense aurait mieux fait de ne pas l’utiliser. D’autant que son rayon d’action est plus réduit aujourd’hui. Des solutions existent, même si elles sont plus radicales, et certains ministres en ont déjà parlées. Mais ceux qui n’ont pas tenu deux jours un blocus total seront-ils capables, par exemple, de former un no man’s land le long de la frontière à l’intérieur de la bande de Gaza ? Ni Olmert ni Barak n’en aura le courage. Pourront-ils renvoyer l’armée s’implanter là-bas ? Sûrement pas aujourd’hui. S’attaqueront-ils finalement aux responsables du Hamas ? Tsahi Hanegbi, président de la Commission de la Défense à la Knesset et député Kadima, l’évoquait ouvertement. Mais on sait aussi que cette stratégie n’est que temporaire et ne sert qu’à gagner du temps, car tôt ou tard les cellules se restructurent autour de nouveaux chefs. On pourrait relire les articles publiés il y a plus d’un mois déjà, et même depuis des années, les mêmes scènes tragiques peuvent recommencer, c’est tout simplement reparti.

Pendant ce temps, Mahmoud Abbas, impuissant et isolé, est seul à parler d’une fausse paix qu’il n’a même pas le pouvoir de faire appliquer. Car tous les groupes autour de lui, y compris ceux qu’il est censé tenir, n’ont de foi que dans le terrorisme contre Israël.  

 

M.U.

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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 23:28

 

Qui donc est derrière l’attentat de Dimona ?

symbole hamasOn avait d’abord pensé à des terroristes ayant pénétré en Israël depuis l’Egypte, suite à l’effondrement du mur-frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza. Mais les revendications du « Jihad islamique », des « Brigades des Martyrs d'El Aqsa », puis du « Front Populaire de Libération de la Palestine » depuis la Judée-Samarie, ont fait changer de cap à l’enquête. Et voici à présent que le Hamas et sa branche militaire, les Brigades Ezzedine Al Kassam, ont à leur tour clamé lundi 4 février leur responsabilité. Tous veulent y avoir mis du leur. C’est franchement grotesque. C’est d’attentat qu’on parle, pas d’un jeu dont on pourrait se vanter. Mais le cynisme de ces organisations terroristes comme leurs tentatives pour brouiller les cartes n’ont pas de limites. Tout comme leurs moyens d’action. Si seulement ces gens se mettaient à innover afin de créer et non de détruire ! Malheureusement on n’y est pas encore.

 

En revanche, la crainte d’un attentat-suicide refait doucement surface au pays d’Israël. Le niveau de sécurité a été augmenté, les policiers comme les agents anti-attentats se font plus visibles, dans les rues comme dans les bus. Car Israël, à peine les tirs de roquettes ayant diminué, se voit frapper de deux doubles attentats. A Jérusalem d’abord, sous forme de tirs au poste-frontière et de quasi-prise d’otages, il y a 10 jours ; à Dimona maintenant.

On peut donc croire qu’aussi bien que la bourse, le terrorisme aussi a ses variations. Or un nouveau Krach dans ce dernier domaine serait peut-être pire que dans le premier. On ne saurait donc trop anticiper.

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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 23:34

 

roquettes hamasL’Etat d’Israël va-t-il devoir faire face à de nouvelles formes d’attaques terroristes ? C’est ce qu’on est tenté de penser en observant l’actualité de ces dernières semaines. Il faut dire qu’à peine les tirs de roquettes tirés depuis la bande de Gaza diminuaient-il que déjà Israël subissait deux attentats simultanés dans la région de Jérusalem. Or si les groupes commanditaires de ces attentats sont tous liés au Fatah (« Septembre noir », « Brigades du retour », « Martyrs d’Al-Aqsa ») et non au Hamas, le communiqué du porte-parole des « Martyrs d’Al-Aqsa » exige réflexion. Celui-ci déclarait en effet avoir « perpétré cet attentat en réponse aux crimes d'Israël contre les Palestiniens dans la bande de Gaza ». On serait bien sur tenté de n’y voir qu’une classique et éternelle excuse (même sincère) pour frapper l’Etat juif. Sauf qu’il est aussi curieux de constater que ces attaques suivent de près le blocus de Gaza et le renforcement de la pression sur la région par le gouvernement israélien.

 

Mêmes insuffisantes, les dernières mesures ont montré qu’Israël avait les moyens de gagner l’intifada des roquettes. Cette idée en tête, sans doute certains ont-ils pensé à de nouveaux moyens d’atteindre Israël. Les attentats suicides dans le cœur d’Israël devenant plus difficiles, les roquettes pouvant toucher à leurs fins (nous l’espérons mais c’est loin d’être sûr), peut-être certains groupes entendent-ils innover dans le terrorisme en multipliant les attaques ponctuelles à l’arme classique. La meilleure chose que puisse faire Israël est de s’y préparer.

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