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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 19:05

 

Par Misha Uzan : http://mishauzan.over-blog.com

 

tsahal1Le mois de mars prochain des milliers de nouvelles recrues seront enrôlées dans l’armée de défense israélienne, presque chacun étant soumis au service militaire obligatoire de trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes. Avant leur enrôlement, des contrôles physiques et psychologiques sont effectués sur les adolescents qui abordent à peine leur majorité. Parmi ceux jugés aptes aux unités combattantes, 80% d’entre eux ont manifesté le souhait d’y être enrôlés. Ces chiffres sont rassurants pour la hiérarchie militaire qui souffre d’un manque de combattants volontaires depuis plusieurs années. Elle veut y voir l’influence de la deuxième guerre du Liban et de l’opération Plomb durci à Gaza.

L’interprétation, tout comme les chiffres sont pour le moins contestables. On peut comprendre qu’une partie de la jeunesse ait compris la nécessité de la défense du pays, attaqué au nord par le Hezbollah et au sud par le Hamas. C’est une chose. C’est un point d’influence en effet. En revanche la mauvaise tenue de la deuxième guerre du Liban, pas vraiment gagnée, a eu un effet pervers. L’envoi au casse pipe d’une vingtaine de soldats le dernier jour de la guerre, alors qu’un cessez-le-feu était convenu pour le lendemain, a eu aussi un effet négatif sur la société, et les parents qui ont perdu un enfant. Certes ce serait une pratique de guerre courante, la dernière poussée avant le cessez-le-feu, mais on a un peu plus de mal à l’accepter lorsqu’il n’a apporté que plus de morts. Les média ont beaucoup rapporté cet effet négatif sur la population et ce manque de confiance dans la conduite de la guerre. Il est vrai que Plomb durci, depuis, a obtenu de meilleurs résultats. Mais l’influence reste légère. Il faut peut être y voir l’influence de la traditionnelle méprise pour les jobniks, ceux qui ne combattent pas dans l’armée, mais passent leur service comme on ferait un job. Mais c’est un rapport assez compréhensible et qui a plutôt tendance à s’amenuiser, pour des raisons sociales et idéologiques, ou dés-idéologiques. Il reste aussi à mettre en relief ce chiffre de 80% avec le nombre croissant de non-engagés, près de 40% chez les femmes et près de 30% chez les hommes. L’ancien chef d’état-major Gabi Ashkenazi annonçait il y a quelques mois que le chiffre serait sans conteste de 50% dans quelques années. Même en soutenant la cause de l’armée, on peut comprendre et même souhaiter que le nombre de recrues s’affaisse, on peut aussi espérer que l’armée change de structure, et devienne une armée professionnelle. Ceci nécessitera de l’organisation et un certain nombre de conditions, mais c’est un souhait légitime, quelles que soient ses convictions.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 18:11

 

Publié sur le site Riposte laïque le 7 février 2010.

 

Par Misha Uzan.

 

TunisieHier la Tunisie, aujourd’hui l’Egypte, demain la Jordanie peut-être, où le roi en prévision d’une éventuelle sérieuse contestation, a changé son gouvernement. Même le dictateur yéménite au pouvoir depuis plus de trente ans a annoncé qu’il ne se représenterait pas aux prochaines élections après quelques manifestations.

 

Plusieurs remarques coulent de source. Une petite d’abord : on constate l’aveu implicite des dictateurs qui se retirent des élections. Une élection est censée donner au peuple un choix. On peut se présenter si on veut, mais si on est contesté on ne gagnera pas, on peut au moins essayer. Verrait-on Sarkozy annoncer qu’il ne se représente pas à cause des manifestations contre la réforme des retraites ? Qu’il se présente, à nous de l’élire, ou pas. Mais dans ces pays les élections sont ou bien truquées ou bien ne présentent qu’un seul candidat sérieux et le choix est vite fait. Une façade de démocratie où ce mot d’origine grecque qui a depuis évolué, est réduit à de simples élections, ce qui est très réducteur, et qui ne trompe personne.

 

Par ailleurs de deux choses l’une, où bien l’on a totalement mal apprécié la composition des sociétés arabophones du Maghreb et du Machrek, où bien l’on continue à mal le faire. Un beau dilemme.

 

Tout a commencé en Tunisie. On nous parlait d’une révolte sociale, d’une colère contre la montée du prix du pain, le chômage, les difficultés sociales. Les témoignages de première semaine confortaient cette vision. Puis on nous a expliqué que la Tunisie n’était pas l’Ethiopie, qu’on n’y crevait pas de faim. Certes. Les classes moyennes se mettaient en mouvement, et très vite on a parlé d’une révolte politique, puis d’une révolution. Très vite, trop sans doute. Plus vite qu’on ne l’a cru possible, le pouvoir est tombé, Ben Ali s’est exilé, et la lutte, victorieuse a néanmoins continué. On a moins parlé de pain, de chômage, on a plus parlé de liberté, de démocratie. Curieusement. On a surtout entendu un mouvement contre Ben Ali, dictateur certes comme tous les dirigeants des pays arabophones, homme de fer de la Tunisie depuis 1987, implacable laïc arabe, c’est-à-dire opposant féroce aux islamistes et aux signes ostensibles de l’islam. Un homme qui n’avait pas hésité à interdire le voile à l’université et dans d’autres lieux publics, et qui a maintenu la Tunisie dans une laïcité ambiante de type national arabe comme on en a connu dans d’autres pays arabophones depuis une quarantaine d’année. Le tout dans un Etat qui déclare l’islam comme sa religion dès l’article premier de sa constitution, une constante dans ces pays où le poids de l’histoire et de la tradition est fort, très fort, et pesant. On a parlé de la corruption du régime, on a dénoncé la complaisance des Occidentaux — on ne s’en était pourtant pas beaucoup plaint avant, ni dans les milieux dirigeants, ni parmi les anciens défenseurs du Tiers-monde — et on a montré une société tunisienne apparemment peu islamiste. Il faut dire que Ben Ali ne leur laissait pas beaucoup de place. On a vu le retour de certains opposants politiques et de certains démocrates. On ne sait toujours pas ce qu’il en sera mais tout le monde avait l’air fier. Révolution isolée, subite ? Révolutions sociale, politique ? On nous a fait croire ce qu’on voulait nous faire croire, en attendant personne n’en sait rien et tout le monde attend.

 

EgypteOn a pensé ensuite au Maroc, assez proche de la Tunisie sur le plan social. On a moins pensé à l’Algérie. C’est donc son grand ennemi footballistique qui a pris les devants : l’Egypte.

Là encore on a reproduit le même schéma. La situation y était propice pour faire tâche d’huile : un grand pays en voie de développement, un pays leader arabe depuis des siècles, une population pauvre, plus qu’en Tunisie, la peur des classes moyennes — encore elles décidément — de connaître le chômage et pour couronner le tout un chef d’Etat vieillissant, malade, au pouvoir depuis trente ans et qui a eu le culot de vouloir transformer la République dictatoriale militaire égyptienne arabe en république monarchique, pour changer. Au passage on remarquera le changement sémantique de la désignation des chefs d’Etat en fonction du temps : un dictateur au pouvoir est un Président, un dictateur qui ne l’est plus est un dictateur. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas sans la sémantique aujourd’hui[1] !

Là encore on a commencé avec l’augmentation des prix des produits de base et les problèmes socio-économiques avant de passer à une vision plus politique. Plus vite encore qu’en Tunisie les protestations se sont concentrées sur la personne du dictateur en place. Mais que s’est-il passé dans l’imaginaire arabe pour qu’en un mois seulement les populations ne supportent plus leur meneur ? Un vent démocratique soufflerait-il sur les pyramides ? Pas sûr.

On a en tout cas plus de mal à le croire qu’en Tunisie. On pense encore aux islamistes : difficile cette fois de dire qu’ils ne sont pas implantés. On sait qu’ils sont là, on les voit ici et là, on voit leurs femmes (ou plutôt ce qu’elles portent), on dit même qu’ils auraient reçu pour consigne de se raser la barbe. On nous parle aussi de l’Iran, de ses tentatives, de sa volonté de renverser les régimes mous et pro-occidentaux du Moyen-Orient. Les choses se compliquent. On nous a répété que les manifestations se voulaient pacifiques, jeunes (encore un mot qui ne veut rien dire et qu’on emploie à tort et à travers). C’était jusqu’à ce qu’elles rencontrent une opposition. La violence cette fois est assez impressionnante. Moubarak a indiqué qu’il ne se représenterait pas aux prochaines élections — encore ces élections —, de toute façon personne ne s’attendait à l’y voir, malade comme il est. Le tout est de savoir s’il laissera sa place à quelqu’un, fils ou proche, si le régime se poursuivra ou si de vraies réformes démocratiques seront opérées.

 

La première étape ce sont les élections. De vraies élections, contrôlées, sans irrégularités, sans truquage, sans pré-orientation. Si on jette un œil sur les processus démocratiques qu’ont connus les sociétés européennes au dix-neuvième siècle, si on compare les sociétés, même en bénéficiant de l’aide internationale et du modèle occidental, on peut déjà penser que la tradition de liberté et d’indépendance de pensée des citoyens ne se fera pas d’ici à septembre. C’est un premier point.

 

Mais surtout, la deuxième étape vient après les élections. On peut faire voter des gens, contrôler les urnes, les bulletins, mettre en place des commissions onusiennes, etc. Mais on a vu ce que des élections pouvaient donner dans certains pays arabes. L’Algérie du début des années 90 en est un bon exemple. L’élection n’est que la première étape d’une démocratie. Pour qu’elle se poursuive il faut commencer par élire des démocrates. Si les frères musulmans obtiennent ne serait-ce qu’une majorité relative, la démocratie égyptienne pourrait mourir à peine née. Mohamed El Baradei pourrait n’être qu’une figure acceptable dirigeant une société égyptienne qui ne sortirait pas de sa tendance archaïque, violente, religieuse voire fondamentaliste, et souvent impérialiste et raciste.

 

Plusieurs éléments nous forcent à être prudents. Pour commencer les affrontements de rue ne sont pas très encourageants. La montée progressive de leaders religieux des Frères musulmans a aussi de quoi faire peur. On dit aujourd’hui que le groupe religieux, même fort, n’est pas prêt à prendre le pouvoir immédiatement s’il le fallait. Mais on a déjà vu des leaders obtenir la protection de l’armée, on a été amené aussi à constater des débordements anti-américains et surtout anti-israéliens, accompagnés du traditionnel brûlé du drapeau d’Israël. Un chef religieux a d’ores et déjà appelé à remettre en cause l’accord de paix avec l’Etat hébreu. Dans tous les cas les relations entre les deux pays deviendraient plus compliquées qu’elles ne le sont déjà. Il ne faut pas non plus oublier les minorités religieuses et ethniques égyptiennes. Si la rue arabe a réussi à faire lever le pied à Moubarak, il n’en fut pas de même pour les Coptes. Leurs protestations contre leurs conditions de vie sont systématiquement réprimées, sans que personne ne s’en soucie. On n’a pas non plus oublié l’attentat du nouvel an. Mais ça ne fait pas trembler l’Egypte arabe. Vestiges de la chrétienté d’Orient, les Coptes sont perçus comme en voie de disparition, comme tous les chrétiens du Dar al Islam. Maintenus dans leurs conditions de dhimmis, trop de Coptes ont depuis trop longtemps accepté leur soumission, leur position inférieure. Comme le décrit bien Bat Ye’Or[2], la dhimmitude a intégré les mentalités et les dhimmis comme les colonisés se suffisent de quelques faveurs accordées par le Prince. La position d’un célèbre intellectuel copte égyptien comme Boutros Boutros Ghali en est symptomatique[3].

 

On a vu et on voit dans les manifestations en Egypte un combat contre un homme, contre un pouvoir qui dure trop longtemps, on entend quelques mots de liberté et de démocratie, mais comme le souligne Bat Ye’Or encore une fois, ces expressions ne revêtent pas le même sens dans les pays arabo-musulmans et dans le monde occidental. On ne sait donc toujours pas à quoi s’attendre. On n’a rien entendu sur la place des femmes, des minorités, ou sur la place de la religion dans l’Etat. Soutiens des Frères musulmans ou pas, on n’a pas pu éviter la prière avant chaque manifestation, essentiellement composée d’hommes. Que les musulmans prient est une chose, qu’ils accompagnent une manifestation politique par une prière générale, en pleine rue, en est une autre. Verrait-on la CGT ou la CFDT précéder leur manifestation d’une prière ? On ne voit pas même les chrétiens-démocrates le faire. Ces questions-là ne sont pas même audibles en Egypte. Religion d’Etat et impérialisme arabe font partie intégrante de l’Egypte. L’article 1 de la Constitution mentionne une « République arabe d’Egypte [… faisant] partie de la Nation Arabe et [oeuvrant] pour réaliser son unité totale ». L’article 2 dispose que « L'Islam est la religion de l'Etat dont la langue officielle est l'arabe [et] les principes de la loi islamique constituent la source principale de législation. » Bien que proportionnellement moins observant en matière de religion, les mêmes remarques valent pour la Tunisie, il suffit pour s’en convaincre de lire le préambule de la constitution et son appel à « Dieu », l’article 1 reconnaissant « l’Islam » comme religion, et l’article 2 intégrant la Tunisie au « Grand Maghreb arabe ».

 

Beaucoup d’observateurs des « révolutions arabes » (l’expression même pose problème si on y réfléchit sérieusement) ont osé la comparaison avec la chute du mur de fer et la fin du bloc communiste. A mon sens il n’y a rien de plus faux. En 89-90 un bloc est tombé : c’est le communisme qui cessait d’être presque partout, auquel plus personne ne croyait. Dans ces « révolutions arabes » on ne voit de chute d’aucun bloc. Ni l’islamisme ni l’arabisme ne sont condamnés en tant qu’idéologies politiques néfastes, fondamentalistes, impérialistes voire colonisatrices. Aucun bloc ne chute : ni Arabe, ni islamique (en tant qu’idéologies). Seuls un ou deux dictateurs tombent, mais on ne sait pas vraiment pour quoi. L’Egypte, l’Irak, l’Algérie et d’autres ont connu leurs renversements de régime, leurs putschs, leur « révolutions » dans les années 50, 60, etc. On n’y a pas vu l’once d’une démocratie.

 

On peut attendre de voir ce qui se passera en Egypte et en Tunisie, mais aucun bloc n’est tombé et aucun ne tombera tant que les fondements qui l’établissent ne seront pas même abordés, encore moins contestés.



[1] Voir sur ce point mon article Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982, article publié in Controverses, n°7, où je montre que le conflit israélo-arabe est avant tout sémantique. Sans s’accorder sur les mots on ne s’accorde sur rien.

[2] Voir notre article sur Bat ye’or, l’europe et le spectre du califat, Paris : Editions Les Provinciales : 2010

[3] Voir sur ce point notre analyse sur l’ouvrage Boutros boutros–ghali, Shimon peres, 60 ans de conflit israélo–arabe, Bruxelles : Editions Complexe, 2006

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:38

Par Misha Uzan.

 

 

Abu MazenL’Agence de presse liée au pouvoir arabe dans les territoires de Judée et de Samarie a annoncé aujourd’hui la condamnation à 10 ans de prison d’un homme de 70 ans, par un tribunal de Sichem (ou Naplouse en arabe), pour avoir vendu des terres à des Israéliens en 1981. Rien que ça ! Pour qu’une agence de presse officielle reprenne une telle information venant d’un tribunal officiel géré par l’AP (la dite Autorité palestinienne), le message est clair : pas de ventes aux Juifs. Ni avant, ni maintenant, ni jamais.

 

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une telle chose se produit, mais le caractère légal de la condamnation a de quoi frapper. Il faut pour prendre un peu de distance se replonger quelques deux mois plus tôt, environ, lorsque une liste de rabbins israéliens a appelé à ne pas vendre ou louer d’appartements à des Arabes dans le nord du pays. Légitimement toute la presse israélienne criait au scandale et condamnait cet appel de nature raciste. Le président de l’Etat d’Israël, Shimon Pérès, rappelait ô combien les Arabes israéliens étaient partie intégrante de l’Etat et ô combien cet acte était contraire aux fondements du judaïsme. C’est Shimon Peresvrai. Cette condamnation ne se limitait pas à la gauche puisque le premier ministre Netanyahou condamnait également cette lettre publique. Dans l’édition internationale du Jerusalem Post du 24 décembre, un journal réputé pourtant plutôt de droite, le journaliste Majallie Whbee estimait que la condamnation n’avait pas été assez forte, que certaines parties de la population se laissaient aller à certaines opinions racistes et s’étonnait aussi que le rabbin de Tsfat, Shmuel Eliahu, n’ait pas été poursuivi.

 

Le politiquement correct ayant été énoncé, on peut commencer les choses sérieuses. Côté israélien, un appel raciste condamné par tout l’establishment ; côté arabo-palestiniste[1], une décision juridique raciste officielle, revendiquée par un tribunal et s’appuyant sur un texte de loi. « Oui mais dans un cas il s’agit de rapports entre groupes ethnico-religieux à l’intérieur d’un Etat tandis que dans l’autre il s’agit de lutte contre l’occupation » diront les naïfs, les peureux et les gens de mauvaise foi.

 

Or justifier la condamnation de cet homme de 70 ans, ou l’accepter implicitement, c’est se placer subjectivement du côté de la propagande palestiniste. Le fait est que le tribunal s’est appuyé sur l'Article 114 du code pénal jordanien datant des années 60, qui prohibe la vente de terrains "à l'ennemi", spécifiquement défini comme "demeurant en Israël ou agissant pour un habitant d'Israël". Et bien que les jordaniens ont révisé cet article après la signature du traité de Paix avec Israël en 1994 ; la dite Autorité palestinienne a conservé le texte de loi intact, introduisant même un délit puni de mort pour "la vente de terrain à l'occupant", et ceci même après les accords d’Oslo.

 

Pour être parfaitement objectif il faut reconnaître ceci (je le répète et le répèterai encore) : le conflit au Proche-Orient est avant tout sémantique et démographique. On ne comprend rien si on ne comprend pas cela. Cet homme aurait-il été condamné de la même façon s’il avait vendu à un Arabe israélien ? Ou à un Arabe américain ou anglais, ou français ? Probablement pas. On en connaît maints exemples ? Pourquoi un Israélien ne pourrait pas acheter une terre en Judée (qui signifie pays des Juifs) ou en Samarie selon l’AP ? Parce qu’il est Juif. Qu’on cesse de se réfugier derrière une sémantique trompeuse. Si même l’AP considère l’Israélien comme « l’ennemi », qu’auraient dû penser les Israéliens de 1948 lorsqu’ils ont accueilli et donné la citoyenneté à 400 000 Arabes qui les avaient combattus ? N’y avait-il pas, là aussi, matière à parler d’ « ennemi » ? Que doivent penser aussi les Israéliens qui voient leur souveraineté contestée en Galilée par une population arabe devenue presque majoritaire et qui manifeste son soutien tantôt au Hamas tantôt à l’AP, et qui en tout cas ne se définit pas comme israélienne mais « arabe » et « palestinienne » ? Mais dans un cas les choses se font ici ou là, et sont condamnées, et dans un autre le pouvoir les appuie. D’un côté le racisme vient de quelques-uns qui ne voient pas comment gagner la guerre démographique autrement, qui sont parfois vraiment racistes et parfois le voient comme le sacrifice nécessaire à la défense de leur patrie, dans l’autre en revanche le racisme est gouvernemental. C’est bien différent et bien plus grave.

 

Celui qui croit qu’il y a une différence fondamentale entre un côté et l’autre de la ligne verte se trompe. Certes les statuts juridiques, politiques et les conditions de la population changent. Mais c’est le même combat entre des Juifs et des Arabes dans une guerre sémantique et démographique. Ils peuvent se côtoyer un peu plus mais on n’abat pas des millénaires de pensée traditionnelle et structurelle par quelques sympathies de voisinage. Les questions matérielles et juridiques mises en place de fait par les guerres successives dans la région ont aussi leur importance dans une résolution du conflit, mais qu’on n’oublie pas que si les frontières sont tracées par les hommes, comme les accords sont signés par eux, les idées elles ne sont pas tenues par des frontières fictives ou des accords intérimaires. Dans le long terme c'est donc sur les idées qu'il faut travailler.



[1] Pour plus de détails sur cette expression voir mon article Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982 . Je montre pourquoi il est plus objectif et scientifique de parler ainsi.

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:13

Beaucoup s’y attendaient, on savait qu’il y en aurait, et pourtant … pour une fois on aurait pu les oublier, c’était presque fait. Mais non ! En petite dose, mais en dose quand même.

Egypte.jpgAu milieu des nombreuses manifestations en Egypte contre le pouvoir de Moubarak, se sont faufilés quelques discours anti-américains et anti-israéliens. Un article de Mélanie Lidman de l’édition Lite du Jerusalem Post récoltait l’analyse politique de quelques manifestants : « Les Etats-Unis ne supportent pas la démocratie ; ils supportent Israël, qui est comme leur bébé […] Est-ce qu’Israël nous laissera avoir un vrai président ? Comme par exemple en Turquie où ils ont élu un gouvernement islamique, mais c’était leur choix. »

Un discours pas très encourageant. Surtout lorsqu’il est accompagné par des manifestations anti-israéliennes avec brûlé de drapeau. Pas très encourageant à plusieurs niveaux. D’abord parce qu’il tend à accuser les autres, toujours eux, de la situation intérieure d’un pays. Faible autocritique en somme. Ensuite parce qu’il inverse les rôles et qu’il prête aux Américains et aux Israéliens des capacités qu’ils n’ont pas. Moubarak, successeur de Sadate, successeur de Nasser (qui n’était ami ni des Américains ni d’Israël), n’a pas été mis en place par les Américains, ni par Israël. Certes les Américains ont soutenu le pouvoir égyptien, faute de mieux, mais ne l’ont pas mis en place. Et il semble plutôt de mauvaise foi de reprocher aux Américains, comme à Israël, comme à l’Occident (ce fut le cas pour la France avec la Tunisie) de préférer un pouvoir, certes mauvais, lorsqu’il s’agit d’en éviter un autre, pire que le premier. Sauf à remettre en cause toute relation avec des dictatures, ce qui serait une position autrement plus courageuse, mais que personne n’applique. Si les Egyptiens veulent la démocratie, on leur dira bienvenue au club, mais on les attend encore. De telles accusations oublient aussi, qu’Israël et les Etats-Unis ne sont pas une même entité, il n’y a pas de petit et de grand frère comme on l’entend trop souvent. En pressant le départ de Moubarak et en indiquant souhaiter la participation des frères musulmans dans le prochain gouvernement égyptien (comme l’a fait comprendre Obama aujourd’hui), les Américains ne sont pas vraiment sur la ligne israélienne. Une ligne en outre, qui se réduit à manifester sa peur de voir un pouvoir islamiste, encore un autre, à ses portes. Plutôt compréhensible. Enfin et c’est le dernier point, les partisans des islamistes ne semblent pas vraiment comprendre ce qu’est la démocratie. Un pouvoir démocratique ne consiste pas seulement à un vote libre. La démocratie n’est pas le vote. Elle n’est pas seulement le pouvoir de la majorité, elle est aussi le respect de la minorité et d’un certain nombre de valeurs démocratiques. Le problème avec un pouvoir islamiste, même élu démocratiquement, est qu’il tue la démocratie dans l’œuf, par le non-respect des valeurs démocratiques.

TunisieLes choses sont donc un peu plus complexes en politique et en géopolitique. Mais ne vous fatiguez pas, c’est toujours la faute aux Juifs et à leur grand pote du moment, les Américains. Une vision sans doute partagée par ceux qui, en Tunisie, s’en sont pris hier à un oratoire servant de synagogue et à ses rouleaux de Thora. L’excuse avancée cette fois, est la complaisance dont jouissaient les Juifs sous Ben Ali. Quel culot lorsqu’on sait que la Tunisie a presque été totalement vidée de son ancienne grande communauté depuis 1956 et que, réduite à quelques centaines de personnes, elle était toujours soumise au statut de dhimmi appliqué aux Juifs et aux chrétiens par la loi islamique (voir sur ce point notre article sur Bat Ye’Or, L’Europe et le spectre du califat). La Tunisie n’est pas vide d’antisémites, ni l’Egypte ; ceux qui ont connu l’invasion nazie s’en rappellent, tout comme ils se souviennent de 56 et de l’arabisation du pays qui a mené au départ de communautés qui y vivaient depuis 2000 ans, bien avant les invasions arabes. Ils n’oublient pas non plus les attentats de Djerba ou le quasi-effacement de la culture juive tunisienne à l’intérieur du pays.

Les questions de droits politiques faits aux minorités ne sont toujours pas résolues, ni en Tunisie ni en Egypte, on le sait. Si au moins on pouvait oublier un peu les Juifs et Israël. A en croire les dernières déclarations d’un leader des Frères musulmans appelant à remettre en cause les accords de paix avec Israël, ce n’est pas encore gagné.

 

A suivre une analyse plus globale des événements en Egypte et en Tunisie …

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 22:12

 

Par Misha Uzan,

Publié sur Riposte laïque. http://www.ripostelaique.com/Les-terroristes-ne-font-peur-a.html

Numéro 179. Edition du 3 janvier 2011.

 

 

Attentat-de-Stockholm.-decembre-2011.jpgLes terroristes ne font peur à personne, et c’est bien là le problème. L’attentat pitoyable de Stockholm en est un dernier exemple. Attentat à la voiture piégée il faisait plus penser à un règlement de compte mafieux comme en a connu Netanya ou à un assassinat ciblé. Attentat manqué, seul le terroriste est mort et personne ne s’en plaindra. Certes la police suédoise est en alerte, comme le fut la police allemande avant elle lorsqu’un projet terroriste menaçait le Reichstag ; comme le fut la Grande Bretagne, le Danemark, l’Italie, l’Espagne ou comme l’est toujours la France, menacée à plusieurs reprises par les fous d’Allah. Mais les armées nationales, la police et les services intérieurs nationaux en Europe gèrent plutôt bien les choses, il faut le reconnaître. S’il y a bien une chose qui fonctionne efficacement, ce sont les services de renseignement. Malgré les nombreuses tentatives contre la tour Eiffel, le Reichstag, la cathédrale de Strasbourg ou autres lieux en Europe, sans compter les cas avortés avant même d’en entendre parler, aucun terroriste n’a atteint sa cible (pour le moment, en France du moins mais dans d’autres pays visés aussi). Et c’est tant mieux.

 

Pour autant cette relative efficacité des services de renseignement, de l’armée et de la police en Europe en matière de terrorisme, a un effet pervers. Dont la responsabilité n’incombe évidemment pas aux services de sécurité. Cet effet émane d’un processus complexe de formation de l’opinion par nos élites depuis plusieurs décennies. Cette conséquence est simple : personne n’a peur. Les occasions n’ont pas manqué pour le constater : à chaque alerte à la bombe, le cas est pris au sérieux par les services de protections de la population, pas par les protégés eux-mêmes. On ne croit pas à la bombe, on pense que c’est un autre canular ou un simple cas de vol qui a mal tourné — et c’est souvent le cas ! — et au fond, on n’a pas si peur des terroristes. Sauf à connaître une vague d’attentats sanglants comme en ont connu l’Algérie, l’Inde ou Israël il y a quelques années, Ben Laden et ses acolytes sont perçus comme une bande d’extrémistes ultra-minoritaires dotés de peu de moyens face à nos appareils étatiques et qui n’ont de véritable influence que sur quelques régions périphériques du monde : l’Afghanistan, le Pakistan, voire l’Irak.

 

Ben-Laden.jpgCet esprit pourtant, s’il persiste, aura des conséquences extrêmement néfastes pour l’avenir de l’Europe. C’est vrai Ben Laden ne fera pas s’écrouler nos sociétés. Les tours du World Trade Center sont tombées en 2001, mais l’Amérique s’est relevée, et plus forte que jamais elle est partie en guerre en Afghanistan et en Irak. Et ce ne sont pas les attentats qui ont provoqué la crise financière internationale. Mais c’est vrai les attentats gâchent des vies, font des morts et des blessés et coûtent des millions en reconstruction, en expertise, en reconversions et autres traitement psychologiques. C’est vrai encore, les attentats peuvent coûter plus cher s’ils parviennent à toucher l’économie d’un pays, le tourisme notamment. Mais tous les spécialistes du terrorisme sont formels : on ne renverse pas un régime par de simples actes de terrorisme. Encore moins lorsqu’il s’agit d’Etats modernes où les pouvoirs sont abstraits, divisés, structurés et répartis sur l’ensemble du territoire.

 

Qu’on se rassure, aucun renversement majeur ne s’opérera dans nos démocraties sous les coups du terrorisme. Pas plus que sous les coups de l’extrême droite, dont on continue à agiter l’épouvantail. On peut légitimement craindre des attentats, on peut craindre — et c’est une question autrement brûlante — des bombes sales qui causeraient beaucoup plus de dégâts et feraient beaucoup plus de victimes, on peut aussi craindre la prise du pouvoir par des islamistes dans certains pays. Mais ces questions-là sont prises au sérieux par nos gouvernants et elles ne constituent pas la menace principale. Pas en Europe en tout cas.

 

Mais derrière la guerre du terrorisme islamique s’en cache une autre, latente, plus discrète, plus longue et plus diffuse aussi, mais beaucoup plus dangereuse. C’est celle menée par les groupes politico-religieux qui ne sont pas terroristes, mais qui n’en pensent pas moins. Ceux qui font progresser les conceptions d’un islam rétrograde partout où ils le peuvent. Ceux qui parcourent les rues comme d’honnêtes citoyens mais dont les conceptions sur la citoyenneté sont opposées à celles de la modernité, de la République et de la démocratie. « Pour faire une démocratie, il faut des démocrates », lorsqu’il y en aura de moins en moins, la démocratie elle aussi cédera la place. Or ces ennemis de la liberté qui profitent de ses faiblesses sont aidés par tous les idiots utiles qui ne font rien pour lutter contre eux. On sait tous que tous les musulmans ne sont pas des islamistes, encore moins des terroristes, mais ils sont trop peu à s’y opposer énergiquement, sans ambigüité. Elles sont d’ailleurs rares les manifestations de mouvements musulmans qui condamnent l’islamisme, même en Europe. On sait que les milieux d’extrême gauche et même d’ultra gauche ne partagent pas la même vision que les islamistes, ils n’ont que des ennemis communs, mais pourtant leurs alliances et parfois leurs propos légitiment et donnent l’opportunité à certains ultraconservateurs musulmans de se faire passer pour progressistes. On sait que nombre de nos élites politiques, et plus nombreuses qu’on ne le croit, ne voient pas d’un bon œil la progression de l’islam en Europe en terme de nombre de musulmans identitaires et revendiqués comme tels, en terme de revendications communautaires, en terme de pression par les Etats dits musulmans ; et pourtant face à la pression démographique et électorale, face aux difficultés juridiques aussi qui sont intrinsèques à un Etat démocratique respectueux des droits de l’homme et qui obligent un travail plus précis, plus complexe, plus difficile à mener, sans détermination suffisante beaucoup ne font rien, ou presque.

 

Cette guerre en vérité, menée au quotidien par les ennemis de la liberté, du monde libre, de l’Occident, de l’Europe, a jailli à la conscience du monde suite aux actions spectaculaires des plus extrêmes de ses militants : les terroristes islamistes. Sans les attentats du 11 septembre il est vrai, sans ceux de Madrid, de Londres ou de Bali, le débat sur les conséquences de l’islam politique dans le monde serait resté mineur. Un débat entre spécialistes, la préoccupation de ceux touchés directement par la guerre civile en Algérie, le conflit israélo-arabe, ou pakistano-indien, le souci des victimes des mosquées de rue. La question serait restée un cri presque sourd, inaudible à la majorité des classes moyennes aisées, emmitouflées dans le confort des grandes villes françaises, britanniques, allemandes, italiennes ou autres. Le communautarisme de certaines banlieues françaises par exemple, n’aurait été qu’un vague problème, presque aussi lointain et inconnu des bourgeois des villes, que l’Afghanistan l’est à peu près de tous. Notons aussi que, malgré les tentatives d’attentats à peu près partout, et sous un prétexte toujours nouveau et toujours plus grotesque (des caricatures, une loi sur la laïcité, une loi contre les grillages urbains), les Espagnols se sont soumis au diktat islamiste en changeant de gouvernement et en se retirant d’Irak sous la pression terroriste. Au fond la méconnaissance de la machine islamiste qui mène en fin de processus et pour les plus inutiles au terrorisme, a laissé pensé à certains qu’ils suffiraient d’accepter les conditions à court terme des terroristes, pour acheter sa tranquillité. C’est pour cette même fausse tranquillité que les mêmes veulent sacrifier Israël. Sans aucune considération envers la vraie menace, antioccidentale et antimoderne, qui pèse sur l’Europe[1].

 

Les terroristes ne font pas peur en effet. Mais ils ne sont que la partie la plus visible et la plus claire de l’iceberg. Le petit attentat raté de Stockholm l’a montré, les terroristes ne gâcheront pas vraiment les fêtes de fin d’année en Europe ; mais il faudra continuer à défendre les principes de la démocratie et de la modernité, les principes qui ont construit l’Europe, si l’on veut que ces fêtes de fin d’année aient toujours lieu dans le futur.

 

 

Pour quelques ouvrages sur le terrorisme aujourd’hui, voir ci-dessous :

Arnaud Blin et Gérard Chaliand . Histoire du terrorisme. D

-         Gérard Chaliand, Arnaud Blin, Histoire du terrorisme : De l'Antiquité à Al Qaida, Paris : Fayard, 2006

-         Bruno Tessarech, Amaury Guibert, Maëlle Joulin, Terrorismes, vers un nouveau désordre mondial?, Paris : Mango document, 2001

-         Romain Gubert, Le terrorisme international. La guerre des temps modernes, Paris : Les essentiels, Milan, 2005

-         Gilbert Achar, Le choc des barbaries : terrorisme et désordre mondial, Bruxelles : Complexe, 2002



[1] C’est ce que Bat Ye’or appelle l’entrée dans la dhimmitude : mettre sa liberté sous condition et se soumettre pour éviter la confrontation. Voir Bat Ye’Or, Juifs et chrétiens sous l’Islam. Les dhimmis face au défi intégriste, Berg International, 2005 et Eurabia, l’axe euro-arabe, Jean-Cyrille Godefroy, 2006. Voir également Bat Ye’or, L’Europe et le spectre du califat, Edition Les Provinciales, 2010(à paraître sur http://mishauzan.over-blog.com et dans le Jérusalem Post Edition française).

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 17:05

Article publié dans le journal Eden 94, revue des communautés juives du 94. n°10, décembre 2010-Janvier 2011

 

 

 Par Misha Uzan

 

Israël flagOn célébrait au mois de mai dernier l’entrée de l’Etat d’Israël au sein de l’OCDE : l’Organisation de Coopération et de Développement Economique. Toutes proportions gardées le rapport remis par l’organisation aux principaux dirigeants du pays soulignaient un certain nombre de lacunes : le grand retard d’Israël sur le plan écologique, en matière de réseaux routier et ferroviaire, l’insuffisance de résultats en matière d’éducation, les écarts sociaux insupportables et l’extrême concentration du capital. Ces critiques sont nous semble-t-il tout à fait pertinentes, les retards mentionnés sont flagrants, sur le terrain, et beaucoup de travail reste à faire, aussi bien en matière d’infrastructures qu’au niveau des mœurs et des habitudes quotidiennes.

 

On peut se réjouir toutefois du travail accompli par l’Etat d’Israël depuis les années 80 en matière économique, et depuis sa création — et même bien avant — dans tous les domaines. La consécration de l’entrée dans l’OCDE marque aussi la reconnaissance d’Israël parmi le club très sélect’ — eh oui malheureusement ! — des Etats démocratiques. Israël s’est illustré également par son excellente gestion de la crise mondiale depuis 2008. Le président de la banque d’Israël, le célèbre professeur et économiste Stanley Fischer, s’est vu récompensé, il y a peu, du titre de meilleur gouverneur de banque centrale au monde par le magazine Euromoney parmi 100 autres gouverneurs. Par ailleurs un rapport récent de l'Institut d'études de Jérusalem, supervisé par l'économiste Yarden Gazit, témoigne des progrès réalisés ces dix dernières années, en matière d'enrichissement du pays et de lutte contre la pauvreté. Selon l’Institut, qui révise et critique entièrement les chiffres, plus négatifs, donnés chaque année par L'Institut national d'Assurances (Bitouah Leumi), le nombre d'individus vivants sous le seuil de pauvreté par exemple auraient diminue de 18.8%, passant de 18.1% en 2004 à 14.7% en 2008. Même chose pour les plus bas salaires qui progresseraient de 8.2% entre 2002 et 2008. En outre le nombre de propriétaires israéliens est passé de 36.7% à 41.3% en 2008, et malgré la récente flambée des prix de l'immobilier, très sensible à Jérusalem et à Tel Aviv — une hausse retenue par l’excellent travail de la banque d'Israël depuis plusieurs mois qui contrôle l’inflation et les taux Ehud Olmertd’intérêt — il n’y a pas de raison de croire à un ralentissement sensible. On peut encore beaucoup espérer des gisements de gaz découverts au large de Haïfa et qui, bien gérés, pourront faire du pays un exportateur et une puissance gazifière. Rappelons qu’en 2008 Ehoud Olmert, alors premier ministre, prévoyait que l’économie d’Israël atteindrait en l’espace de dix ans, un niveau comparable aux économies européennes les plus développées. On n’en est pas encore tout à fait là, mais force est de constater que le niveau de vie progresse, que la croissance est bonne depuis plusieurs années, que l’économie israélienne en somme se porte bien.

 

Ce constat provoque néanmoins deux remarques : d’une part il faut, en Israël comme ailleurs, raison garder et continuer à anticiper et à prévoir les soubresauts de l’économie mondiale et l’évolution des composantes et des différents acteurs mondiaux ; d’autre part il nous faut constater aussi, en revanche, que la situation politique, elle, est plus stagnante et plus difficile : la paix d’Israël est loin d’être acquise, la menace iranienne ne démord pas et la société israélienne ne parvient, toujours pas, à résoudre ses problèmes d’identité et ses contradictions internes, sans cesse remises à l’ordre du jour. Pour ces raisons, notre aide et notre motivation, chacun à sa façon, ne doivent pas s’atténuer. C’est par leur persévérance que les Juifs à travers les siècles, ont survécu, c’est avec une ténacité non moins forte qu’Israël, pour des milliers d’années encore vivra, et se développera.

 

 

                                                                                                          Fin 2010, Tel Aviv

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 21:36

Version complète.

Une version plus courte a été publiée dans l'édition française du Jerusalem Post de la semaine du 14 au 22 novembre 2010, dans la rubrique "OPINIONS".

 

Par Misha Uzan

 

David-Rotem.jpgOn annonçait le 3 novembre dernier (voir le Jpost de la semaine du 7 au 13 novembre 2010) l’approbation par une commission parlementaire de la proposition du député d'Israël Beitenou David Rotem, visant à permettre aux citoyens israéliens non juifs ou "sans religion" de contracter mariage civilement. On en parle depuis le mois de mars dernier et depuis les pourparlers de la coalition actuelle. Promesse électorale d’Israël Beitenou, le parti se heurte à l’opposition farouche des partis orthodoxes haredis. Rien de nouveau sous le soleil d’Israël. Mais cette fois peut-être, enfin une brèche est faite en faveur du mariage civil en Israël. Enfin ! En outre, on dira ce qu'on veut mais aucun des partis dits laïcs n'ont été fichus jusqu'a présent d'en faire autant : ni Kadima, ni Avoda, ni le Likoud, ni même Meretz.

 

Pourtant ce mariage civil partiel (qui devrait s’appliquer uniquement si les deux partenaires sont « sans religion », et non pas un seul — ce qui reviendrait à légiférer sur le mariage mixte civil, ce qui serait une avancée d’une toute autre importance —) risque de poser bien des problèmes d'éthique et d'égalité. Généralement je n'aime pas trop recourir à la phraséologie droit de l'hommiste sans nuance des excités de la place publique qui n'ont d'yeux que pour des principes théoriques contestables manipulés à leur guise par les plus mal intentionnés des citoyens qui jouent et profitent de la bonté des démocraties. Je ne doute pas non plus de la bonne volonté de David Rotem qui cherche, tant bien que mal, à trouver une solution juste pour ceux qui, sans religion, refusés par les religions officielles et se déclarant agnostiques ou athées, ne peuvent pas se marier en Israël. C'est évidemment une situation scandaleuse dont l'Etat d'Israël, moderne et démocratique, ne peut se débarrasser en s'appuyant sur Chypre et les autres Etats qui voudront bien marier les jeunes — ou moins jeunes — candidats, comme il le fait depuis trop longtemps. Je comprends aussi que, pris au piège dans une coalition qui englobe Shass et Yaadout Ha Torah, le parti de Lieberman ne puisse faire passer une vraie et totale réforme du mariage en Israël, en légalisant totalement, pour tous, le mariage civil. Pour autant, il faut le dire, limiter le mariage civil aux citoyens "sans religion" est une fausse solution.

 

En effet ces citoyens "sans religion" risquent de passer d'une situation de vide juridique, parce que vide religieux, à une situation de privilégiés laïcs (parce que non reconnus par les religions officielles) dans un Etat qui n'a pas réussi — encore — à se débarrasser du carcan religieux pour les grandes étapes de la vie : la naissance, le mariage, le divorce, et la mort.

C'est bien ce qui risque de se passer.

 

Personnellement je n’ai pas eu cette chance.

Parce que Juif j'ai du me soumettre au diktat du rabbinat orthodoxe. J'aime beaucoup les orthodoxes lorsqu'il s'agit de parler torah, j'aime la littérature hassidique, j'aime bien aussi me laisser aller à une petite danse avec des Breslevim dans la rue, mais j'aime moins lorsque ces mêmes orthodoxes s'insèrent dans ma vie, plus que privée.

Parce que juif j'ai du passer par un nombre incommensurable de papiers, et encore je n’ai pas à me plaindre. Mais j'ai du suivre un mini-cours d'introduction au mariage, réservé aux laïcs m’a-t-on dit, ou plutôt aux non pratiquants. Et comme j'avais du mal à subir les conseils d'une religieuse de 60 ans, tête couverte, sur comment gâter sa femme en lui apportant le café le matin — alors que ma fiancée n’a jamais supporté le café — je me suis endormi. Rouge de honte, ma compagne a jugé bon de me réveiller par une petite gifle. Mais la discrétion n'étant pas son fort, ni le mien au réveil, notre petite comédie a plutôt attiré l'attention de l’assistance et, gênée, la religieuse n'a pas osé orienter la conversation — ou plutôt son monologue — en abordant le phénomène, rare mais à ne pas négliger, des hommes battus. En somme j'aurais mieux fait de ne pas venir. Ah si seulement je n'étais pas juif, j’aurais pu! J'aurais évité l'humiliation par le rabbin sous la houppa qui m'a fait passer pour un mauvais pratiquant en me demandant si j’avais mis mon talith ou si je connaissais la prière. Au moins dans mon esprit avais-je compensé ce carnaval en me disant que je parlais mieux l'hébreu que lui — bien qu’il fut Rav. Oui être Juif n'est vraiment pas facile. Comme s’il ne me suffisait pas d'avoir un grand nez, les cheveux bouclés, presque crépus, et, me disait-on il y a peu, le teint "jaune sablé" des sépharades. Moi qui croyais être blanc, me voilà jaune! Ah si seulement je n’étais pas Juif !

 

Et voilà que bientôt, parce que Juifs mes enfants ne pourront pas se marier civilement, s'ils le souhaitent, en Israël. Le privilège ne sera réservé qu'aux non juifs, ni chrétiens, ni musulmans. Pourvu que personne ne sache qu'ils sont juifs. Peut-être pourront-ils le cacher. Faire tout pour cacher qu'ils sont juifs. Brûler ma ketouba, les traces de la judéité de ma femme dans les fichiers d'état civil, jeter mes livres de prière et ma bible hébraïque; tout faire en somme pour prouver qu'ils ne sont pas juifs!

 

Quelle situation absurde! C'est pourtant un nouveau jeu de cache avec les autorités rabbiniques qui s'annonce avec cette loi. Dans les années 20 déjà, les militants de l’Hashomer Hatsaïr prônaient la conception d’enfants hors mariage, pour échapper à l’emprise des rabbins. Puis vint le mariage à Chypre. Cette fois on n’ira plus à Chypre, on se fera passer pour non Juif, en Israël. Si un Juif prétend ne pas l'être, les rabbins orthodoxes chercheront à prouver qu'il l'est. Une triste démarche qui ne devrait pas avoir lieu d'être en Israël. On prouve qu'on est Juif, ou fils ou petit-fils de juif, ou marié(e) à l'un d'entre eux pour bénéficier de la loi du retour. C'est ce qu'ont voulu nos dirigeants pour protéger ceux qui étaient menacés, ou qui l'auraient potentiellement été durant les heures les plus sombres de notre histoire. C'est un droit que l'Etat d'Israël a créé pour les Juifs (Juifs de peuple, Juifs d’Hitler[1], pas simplement juifs selon la Halakha) pour renverser le cycle de l'histoire. Mais dans cette grande œuvre qu'est l'Etat d'Israël, on créerait une brèche ou les juifs halakhiques seraient discriminés.

 

Rabbin-Bakshi-Doron.jpgOn pourra toujours rétorquer qu'il restera toujours à ces juifs le mariage religieux, comme aux musulmans, comme aux chrétiens. Mais ce sera toujours se soumettre à l'autorité religieuse en place. Qu'on en finisse clairement avec cela. Nous voulons être Juifs avant tout (référence à un peuple), pas simplement juifs (référence à une religion). Déjà il y a quelques années le rabbin Isaac Lifshitz, docteur en philosophie, ainsi que l’ancien grand rabbin sépharade Bakshi-Doron avaient estimé que le mariage civil devait être permis en Israël. Bakshi-Doron avait poussé jusqu’à une véritable séparation de la religion et de l’Etat, comme l’avait exprimé déjà, sur le fondement même de sa philosophie religieuse, le controversé Yeshayahou Leibowitz.

 

Ces sages avaient énoncé cette autre vérité : la circoncision n'est nullement obligatoire en Israël, et pourtant près de 97% des Juifs font circoncire leurs garçons. N'en serait-il pas de même si on supprimait le mariage religieux obligatoire pour tous? Je ne crois pas que l'identité de l'Etat en serait menacée, au contraire l'antipathie ressentie par bien des laïcs face aux orthodoxes déclinerait; et cessant de se chamailler sur nos conceptions différentes des rites, de l'éthique juive, de la cacherout, nous pourrions chérir ensemble ce que nous aimons dans notre culture juive. Et je vous promets, je mettrais alors un point d'honneur à ce que mes enfants se marient, aussi, religieusement. Car la tradition est importante pour moi.



[1] C’est-à-dire considéré come Juif selon la loi nazie, et donc voué à la déportation vers les chambres à gaz

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 10:19

Publié sur le site www.actu.co.il le 31 janvier 2010.

 

ben ladenDécidément Ben Laden fait tout pour faire parler de lui. Après un enregistrement revendiquant l’attentat manqué du 25 décembre 2009 à bord d'un avion de la Northwest Airlines, la chaîne Al Jazeera a diffusé vendredi 29 janvier une nouvelle cassette du chef d’Al Qaïda. Comme à son habitude, le leader islamiste s’en prend directement aux Etats-Unis qu’il accuse de tous les maux de la terre. Il innove toutefois en abordant les problèmes économiques, en critiquant les inégalités sociales, la faim dans le monde et appelle à un boycott des produits américains. Mais surtout, Ben Laden se met à jour et nous parle du changement climatique. Après l’avoir rapidement abordé dans son dernier message, il insiste cette fois-ci sur ce dernier thème. Il impute bien sûr sa responsabilité aux Etats-Unis et aux pays industrialisés, mais sans être à une contradiction près, se permet de les rendre responsables des inondations dans le monde et, tenez-vous bien, de la désertification. En toute logique, on devrait donc penser que le vieil homme mourant, dans son prochain message, présentera ses excuses à Israël et reconnaîtra ses mérites. Car l’expertise de l’Etat juif en matière de recul du désert n’est plus à démontrer. Le désert a reculé dans le Néguev, en Judée, et dans l’Ouest des Etats-Unis. On ne peut pas en dire autant dans beaucoup de pays arabo-musulmans où les modèles de Ben Laden constituent les « pères du désert » et non ses fils comme on le dit trop souvent. Il est curieux qu’un fondamentaliste hostile à la modernisation se plaigne de la désertification qu’il crée lui-même en Afghanistan, au Pakistan, en Arabie saoudite, au Yémen. Mais Ben Laden n’est plus à une contradiction près. Il cherche à exister, il tente aussi avec un message moins teinté de références religieuses, de rallier à sa cause des courants plus larges que ceux de l’islamisme radical. Ben Laden veut se prendre pour un nouvel opposant mondial à l’hégémonie libérale américaine, le dirigeant d’un nouveau courant de « non-aligné ». Bientôt on nous expliquera qu’il est un amoureux de la nature, que la destruction des Twin Towers était un geste écologique. En vérité, Ben Laden est un personnage moribond qu’on avait presque oublié. La guerre contre le terrorisme international a d’ores et déjà gagné de nombreuses batailles, même si la guerre plus lente, menée par l’ensemble des sympathisants de l’islam radical et de ses idiots utiles, est loin d’être gagnée. Mais qu’on ne s’y trompe pas, en voulant stopper les « roues de l’économie américaine », il n’a rien d’un écologiste, il veut nous ramener à l’âge de pierre.

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 11:05

Publié les 20 et 24 novembre sur la rubrique Le Lien du site www.actu.co.il, ainsi que sur le site originel du Lien : Israel-diaspora.info.

 

Mahmoud-Darwish.jpgLe 15 novembre dernier, les forces de sécurité de la dite « Autorité palestinienne » célébraient le 21 anniversaire de la « Déclaration d’indépendance de la Palestine ». Un texte sans aucune force juridique que les dirigeants de l’OLP du « Conseil national palestinien » avaient jugé bon d’adopter le 15 novembre 1988, réunis à Alger. Rédigé par le célèbre poète Mahmoud Darwisch, le texte ne repose évidemment sur aucun contrôle de territoire (les accords d’Oslo n’ayant pas encore eu lieu), sur aucune infrastructure ni aucune capacité d’ériger réellement cet Etat. Après la reconnaissance internationale de l’OLP, il constitue simplement une déclaration de principes. Le texte reprend les idées essentielles de la charte de l’OLP de 1968 en inventant l’histoire d’un « peuple arabe palestinien […] partie intégrante de la grande nation arabe » dans la plus grande confusion des termes on le voit (que signifie en effet un « peuple arabe palestinien » ?)[1], et qui aurait existé depuis des millénaires. La référence à dieu y figure dès la première ligne, les résolutions 242 et 338 des Nations Unies y sont en théories reconnues mais les frontières de la « Palestine » n’étant pas définies et le « droit de retour » des réfugiés arabes étant proclamé, on est en droit de se demander dans quelles conditions. Israël n’y est pas mentionné mais censé, nous dit-on, être implicitement reconnu par le biais des résolutions de l’ONU. Soit. Peu importe, on sait surtout aujourd’hui que ce texte résume un peu le programme politique mou et très général de l’OLP des années qui suivirent.

Il fut surtout le moyen d’une pression politique sur Israël et les grandes puissances. Une pression politique réactivée régulièrement sur cette base. L’idée de la proclamation d’indépendance unilatérale d’un Etat indépendant, dans les faits cette fois. A l’occasion de ce 21e anniversaire, de hauts responsables arabo-palestinistes[2] menacent de s’autoproclamer « Etat indépendant ». Yaakov KatzDans son article pour le Jerusalem Post du 16.11, Yaakov Katz du Ihoud Ha leumi (Union nationale) résume bien l’incapacité structurelle de l’AP de créer cet Etat. En matière de sécurité comme en matière d’eau, d’infrastructures, d’organisation, aucun Etat vivable ne pourrait exister sans l’aide de Tsahal et d’Israël. Malgré les efforts déployés, des deux côtés, rien n’est prêt pour un Etat. Aux rumeurs le gouvernement israélien ricane. Même la présidence suédoise de l’Union européenne juge « prématurée » la reconnaissance d’un « Etat palestinien indépendant »[3]. Il faut dire que ce petit jeu de pression de la menace d’une proclamation d’indépendance unilatérale n’est pas nouveau. On y a droit chaque année, à chaque crise, avec chaque gouvernant. J’y consacrais moi-même un article sur mon blog. C’était en février 2008. Je montrais aussi pourquoi, outre les conditions structurelles, la proclamation d’indépendance d’un Etat arabe en Judée-Samarie constituerait une révolution idéologique qu’aucun dirigeant arabe palestiniste n’était prêt à mener jusqu’au bout, faute de courage, faute surtout d’un soutien dont il ne disposerait pas. Presque deux ans plus tard, rien n’a changé. Affaibli, Mahmoud Abbas n’est sûrement pas l’homme de la situation. Le premier ministre Salaam Fayad, avec l’appui de la gauche israélienne, des Américains et de plusieurs pays européens nous le promet pour dans deux ans. On verra bien … mais franchement on nous a déjà fait le coup. Souvenez-vous c’était en 1937, en 48, en 67, en 93, 99, 2001, 2007… Les dirigeants israéliens l’avaient accepté, les dirigeants arabo-palestinistes, non.

 


[1] Voir sur ce point notre article : Misha Uzan, Israël et les intellectuels français, 1967-1982, in Controverses. Revue d’idées, 2007, n°7. http://mishauzan.blogspot.com/2009/03/israel-et-les-intellectuels-francais-de.html

[2] Idem pour la signification de ce terme plus scientifique et impartial que le terme habituellement employé

[3] Source, Reuters, 17 novembre 2009

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 13:23

parentsOn apprenait hier qu’une députée UMP et pédiatre, Edwige Antier, compte émettre une proposition de loi contre tout châtiment corporel infligé à l’enfant. En ligne de mire : la fessée. Mais le texte viserait, sur le modèle de ses partenaires européens, d’interdire tout acte de violence envers l’enfant. Il ne s’agit pas de la question des enfants battus, heureusement déjà réprimandée par la loi, il s’agit d’interdire toute punition d’un père ou d’une mère envers son enfant qui se traduise par un acte de violence, aussi petit soit-il. Imaginez la tête des vendeurs de martinet ! Finis les « marti-fouet » de nos amis Les Inconnus, finie la tannée, la bonne theha, les oreilles tirées, finie la bonne tarte de Bayrou pour une présidentielle ! Les hommes forts n’auront plus l’avantage sur leur enfant. Ils seront, comme la mère, faibles, impuissants. Si seulement ils avaient voté cette loi il y a 15 ans, je me serais senti aussi fort que mon père et ses 120 kilos. Eh oui ! La pacification du monde, toute relative, toute hypocrite, s’introduit au sein même du foyer familial, privé.

 

Rien n’est encore fait bien entendu, mais la députée de droite est soutenue, bien sûr, par des associations comme « Eduquer sans frapper ». Selon ces experts, ces psychologues, lever la main sur l’enfant pour une bonne petite fessée serait inefficace et aurait des répercussions négatives sur l’enfant. Evidemment. On se demande bien sur quelle étude statistique ils se fondent. Des études de cas ? Quelques patients ? Une société moins violente, plus violente ? La Civilisation des mœurs de Norbert Elias ? Mais n’en doutons pas, ce sont sûrement des gens sérieux, professionnels et qui plus est ont l’exemple étranger.

 

EnfantsPourtant, la mesure a ses travers. En Allemagne donc, un homme ayant donné une petite gifle à son enfant se serait vu dénoncé par sa voisine (sympa), et puni d’une amende. Pour se consoler on peut se dire que la peine est minime. Il y a pourtant de quoi s’interroger. A l’heure où on ne pratique plus la peine de mort, où les tueurs, les violeurs, les pires salauds sont traités avec un égard qu’ils ne méritent pas et punis de peine bien légères au regard des méfaits commis ; les pères et mères de familles, eux, seraient préjudiciables d’une petite theha (une bonne claque). Une vraie contradiction. Pire, la dénonciation interpelle. Certains autrefois ont défini le totalitarisme par la dénonciation familiale. Lorsque votre fils vous fait mettre en prison pour une pensée, un propos, les choses sont graves. On n’en est pas encore là et la peine encourue aujourd’hui n’est bien entendue pas comparable. Mais enfin le problème existe. Avec une telle loi vous ne pourrez plus contrôler vos enfants dans la rue, car qui sait, on vous regarde peut-être ! Et les enfants peuvent être difficiles. Qui ne sait jamais trouver embarrassé devant un enfant pourri-gâté qui crie en pleine rue et qui n’en fait qu’à sa tête. Il faut l’admettre, le priver de dessert n’est pas toujours efficace non plus.

 

En 68, les jeunes avaient raison parce qu’ils étaient jeunes, nous disait Sartre. C’est au tour des enfants. Fini la menace de la force. 68 a tué l’autorité. Elle s’apprête à mourir une seconde fois. Et si les enfants devenaient les égaux des parents ? Quelques réflexions qui rappellent quelques utopies qu’on croyait avoir dépassées. Dites-moi Mme Antier, UMP, avec tout le respect que je vous dois, ne flirtez-vous pas avec la société toute permissive?

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