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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 10:42

 

Par Misha Uzan, pour Riposte laïque, journal n°210

http://www.mishauzan.com

 

Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : 

© Misha Uzan pour http://ripostelaique.com et mishauzan.com

 

 

Binyamin NetanyahuAvigdor LiebermanLa confiance que s’accordent le premier ministre israélien Binyamin Netanyahou et son ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, s’est brisée une fois de plus la semaine dernière. Israël Beitenou, le parti de Lieberman, entendait en effet faire voter une proposition de loi mettant en place des enquêtes parlementaires sur le financement des ONG israéliennes qui s’en prennent à l’Etat et à l’armée d’Israël. Lieberman entendait ainsi lutter contre la délégitimation de l’Etat d’Israël par des ONG gauchistes au financement douteux. Il comptait aussi sur la discipline de coalition décidée au gouvernement et qui a fonctionnée, une semaine plus tôt, pour le vote de la loi anti-boycott. Mais Netanyahou a soudainement changé les règles. Cédant à la pression des médias et des associations gauchistes, désireux de ne pas passer pour les Américains et les Européens pour un ‘’dangereux extrémiste de droite’’ qui s’aligne sur la politique de Lieberman et qui mettrait la diplomatie d’Israël en danger, Netanyahou s’est couché. La proposition n’a pas été votée et Lieberman a rouspété dans son coin, encore une fois. Celui qu’on qualifie à tort et à travers de tous les noms parce qu’il dit trop de choses tout haut, le très laïc Lieberman, sans toutefois quitter la coalition, a promis de prendre sa revanche.

 

Mais voilà qu’une autre sorte d’enquête devrait les réunir à nouveau. Une qui ne dépend pas du clivage gauche/droite, bien que Netanyahou et Lieberman soient tous les deux qualifiés de droite, mais pas du même parti, mais du clivage laïc/religieux.

 

Les partis religieux ultra-orthodoxes au gouvernement en effet, Shass et Yaadout Hatorah, ont réclamé que des inspections, similaires à celles menées dans les yeshivots et les kolels (écoles d’études religieuses), soient pratiquées dans les institutions laïques financées par l’Etat.

 

Itzhak-Cohen---Shas.jpgLe vice-ministre des finances Itzhak Cohen (Shass) a réclamé du ministère des finances des inspections sur les institutions culturelles, telles que les universités ou les écoles supérieures. Le député Yisrael Eichler (Yaadout Hatorah) a envoyé une lettre au ministre de l’éducation Gideon Sa’ar avec la même intention, pour réclamer que soient contrôlés les cartes d’identité des étudiants, les horaires assurés, le nombre de présents dans les universités et dans les bureaux publics financés par l’Etat, pour s’assurer que tous remplissent leurs obligations.

 

La réplique orthodoxe (sépharades et ashkénazes ensemble contre les laïcs) a été déclenchée par un incident dans une Yeshiva de Bnei Brak (une ville ultra-orthodoxe à l’est de Tel Aviv) où deux inspecteurs auraient heurté les coutumes de l’établissement. Ils n’ont bien sûr insulté personne, mais il semblerait qu’ils aient cherché à mener leur enquête pendant le cours du grand rabbin de l’établissement. Un crime de lèse-majesté pour des gens qui placent leur rav avant toute chose, et surtout avant l’Etat séculaire moderne, qu’ils méprisent. Des institutions ultra-orthodoxes ont alors refusé toute inspection dans la semaine. Le mouvement Hiddoush, un mouvement sioniste pour la liberté de religion et l’égalité entre les groupes qui s’en prend assez souvent aux ultra-orthodoxes antisionistes, a par conséquent appelé l’Etat à supprimer le budget de ces institutions. En vain.

 

Inégalité ? Injustice pratiquée par un Etat séculaire qui enquête sur les institutions religieuses mais pas sur les institutions laïques ? Voilà qui dérouterait les gauchistes européens qui ne comprennent à peu près rien à Israël et qui l’accusent d’être un Etat théocratique tout en soutenant les Etats arabo-musulmans où l’islam est pourtant déclarée religion d’Etat dès l’article 1 ou 2 de la constitution. Mais la vérité est un peu plus complexe.

 

On pourrait être tenté d’admettre un déséquilibre favorisant les institutions laïques, qui discrètement, se seraient accordées quelques faveurs. Mais ce serait faire fi de l’argumentation sophiste des ultra-orthodoxes.

 

Yuval SteinitzLe ministère des finances Yuval Steinitz s’est excusé pour cet incident mais un porte-parole a indiqué qu’il n’existait aucune intention de ‘’changer la politique actuelle selon laquelle tous les corps recevant des financements selon la clause 3a de la loi fondamentale budgétaire, aussi bien culturels, éducationnels, artistiques, scientifiques et d’institutions caritatives, étaient sujets à inspection’’. (Source : http://www.jpost.com/JewishWorld/JewishNews/Article.aspx?id=230864).

 

Le fait est, d’une part, que les institutions et écoles ultra-orthodoxes juives ne sont pas les seules à être inspectées, puisque ce sont toutes les institutions religieuses du pays — juives, musulmanes, chrétiennes, druzes, etc, comme en dispose la clause — qui font l’objet d’enquêtes contrôlant le respect des règles nationales. D’autre part les rêveurs théocrates pêchent une fois de plus en posant une équivalence, une relation d’égal à égal entre deux sortes d’institutions : les laïques et les religieuses. Mais cet ordre de découpage est trompeur et relève d’un ordre différent. Il s’agit d’une part d’institutions étatiques, qui répondent à l’intérêt national, qui priment donc, et d’autre part d’institutions religieuses, qui quel que soit le domaine auquel elles s’attachent — culturel, artistique, éducationnel — ne répondent qu’à l’intérêt particulier d’une communauté particulière, en l’espèce la communauté ultra-orthodoxe. Or on ne peut pas mettre sur le même piédestal des institutions qui garantissent le droit d’un Etat national séculier, sinon laïque, et des institutions communautaires. N’en déplaise aux gauchistes qui ne voient de théocratie qu’en Israël, preuve est faite que, malgré le poids du religieux que j’ai moi-même souvent dénoncé et que je dénonce chaque fois que nécessaire, Israël est un Etat séculier (le terme ‘’laïque’’ est plus approprié à la conception française), même imparfait, où la religion juive n’a pas le statut de religion d’Etat. (Sur la notion d’Etat juif, qui fait référence à un ‘’peuple juif’’, lire mon article La notion d’Etat juif, encore et toujours la sémantique).

 

Pour terminer, ajoutons que nous n’avons pas d’opposition de principe contre l’enquête des administrations publiques ou des universités qui reçoivent des financements de l’Etat, on ne connaît que trop la tendance des administrations publiques à profiter de leur statut, mais à condition de bien faire la différence entre l’ordre des choses. Les ultra-orthodoxes n’ont d’autant plus pas à se plaindre que l’Etat continue de financer des yeshivot qui n’ont pour seul but que l’étude de la torah pour elle-même, sans aucune perspective professionnelle. Le sophisme ultra-orthodoxe aurait voulu nous faire oublier que ces derniers continuent de bénéficier de privilèges scandaleux qui justifient les protestations du camp laïc envers leur mode de vie.

 

Si seulement Lieberman, Netanyahou, mais aussi Barak, Livni, les travaillistes et Meretz, tous laïcs et tous partisans d’un Etat d’Israël (par opposition aux a-sionistes[1], antisionistes et post-sionistes), cessaient de se chamailler stupidement sur la base d’un clivage droite/gauche et de conflits territoriaux pour s’allier pleinement et entièrement sur les questions laïques, Israël aurait depuis longtemps résolu le chantage du camp ultra-orthodoxe et fait sa révolution laïque.

 

Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : 

© Misha Uzan pour http://ripostelaique.com et mishauzan.com

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 18:08

Par Misha Uzan

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Bachar-el-Assad.jpgTandis que les chars syriens encerclaient la ville de Hama, à 200 km de Damas, et écrasaient dans le sang les rebelles, dimanche dernier, même en plein été, une grande manifestation s’est tenue à Paris, entre la place de la Nation et la place de la République.

 

Plus de 200 000 personnes ont répondu à l’appel des associations de la communauté arabe de France, des institutions religieuses musulmanes et du MRAP.

 

En tête de cortège on pouvait apercevoir les leaders de plusieurs partis politiques de gauche revenus de vacances pour l’occasion : Myriam Martin et Christine Poupin du NPA, avec la participation exceptionnelle d’Olivier Besancenot ; Marie Georges Buffet et les leaders du parti communiste, Noël Mamère, Eva Joly et les verts, Nathalie Artaud de Lutte ouvrière, Jean-Luc Mélanchon du Parti de gauche et quelques élus socialistes.

 

Les manifestants s’en sont violemment pris au pouvoir syrien de Bachar el-Assad et à la Syrie dans leurs slogans : « Syrie assassin », « Hafez, Bachar, même combat » ou encore « Bachar, les Arabes auront ta peau ». Ils ont également rappelé le massacre de 25000 à 50 000 personnes dans la même ville de Hama, en 1982, contre lequel toute la communauté musulmane de France s’était mobilisée. Des pancartes représentaient le dirigeant syrien en dictateur sanguinaire et en Hitler, mêlant le drapeau syrien et le drapeau nazi, et le symbole du parti Baas avec la croix gammée.

 

Quelques échauffourées ont éclaté en marge du cortège lorsque celui-ci a croisé le centre culturel alaouite de Paris. Des « jeunes » ont pénétré dans l’établissement, ont volé quelques machines, cassé une vitrine et ont agressé la secrétaire. Le dirigeant de la communauté arabe syrienne de Paris, Mohammed al S. a condamné ces débordements mais il a tenu à signaler dans une déclaration à la presse qu’il fallait « combattre par tous les moyens l’occupation alaouite de la Syrie, minorité qui a pris le pouvoir, qui pille le peuple et qui massacre les Arabes. » Il a ajouté : « Il faut que la communauté internationale mette tous les moyens en œuvre pour arrêter ce génocide. »

 

Dans un communiqué dans la soirée, le directeur du centre culturel alaouite et représentant de la communauté en France, Elie M. a fait part de sa « désolation devant tant de violence gratuite ». Il a appelé à la paix entre Alaouites et Arabes, tout en soulignant que « les Alaouites sont les vrais Syriens, les Arabes n’étant que des occupants ». Le président pour l’amitié arabo-alaouite, Michel D. a fait part de son « incompréhension ». Selon lui les Alaouites ont été reconnus comme musulmans par les grandes autorités de l’islam, nous sommes aussi des Arabes musulmans », a-t-il indiqué.

 

Les organisateurs ont également appelé au boycott des produits syriens. Une association parisienne de soutien aux rebelles a prévu l’envoi d’une flottille de la paix pour venir en aide aux victimes du régime et montrer au monde la cruauté du pouvoir syrien.

 

Une autre manifestation est prévue pour la semaine prochaine …

 

 

Non, rien de tout cela n’est arrivé. Aucune manifestation sérieuse n’a eu lieue dans les rues de Paris, ni ailleurs (On peut voir les mini-manifestations en avril, sous-proportionnées, qui sont restées cantonnées à la diaspora syrienne —http://www.youtube.com/watch?v=fb02IedB0GQ). La question alaouite/arabe n’intéresse personne et personne n’a englobé tout le pays en criant « Syrie assassin ».

 

Ces qualificatifs, manifestations et exagérations de rue ne sont réservés qu’à l’Etat d’Israël, condamné et haï mille fois plus, sans commettre aucun massacre pourtant. Syriens, Chinois, Libyens, Tunisiens, Nigérians, etc., peuvent massacrer impunément qui ils veulent, on en parlera un peu ou moyennement dans les média, mais personne ne descendra dans la rue comme contre Israël, à qui en revanche, on n’accorde même pas le droit se défendre.

 

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© Misha Uzan pour mishauzan.com

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 12:03

Article écrit pour et publié sur le site http://ripostelaique.com dans l’édition n°209 du 26 juillet

 

Par Misha Uzan

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Mouvement-des-tentes-copie-1.jpgUn mouvement citoyen a démarré depuis deux semaines à Tel Aviv. En quelques jours il a atteint tout le pays. On l’appelle la « révolte » ou le « mouvement des tentes ». Tout a commencé par la colère de quelques citoyens et, c’est devenu une habitude aujourd’hui, par une page facebook.

 

Pour lutter contre la vie chère et l’inflation terrible des prix de l’immobilier, un groupe de jeunes Israéliens ont appelé leurs concitoyens à installer des tentes sur l’une des plus belles avenues de Tel Aviv, le boulevard Rotschild. Coordonnés, le jeudi 14 juillet (pendant que je regardais le défilé sur TV5), des centaines de protestataires ont planté des tentes avec la ferme intention de ne pas bouger jusqu’à ce que le gouvernement prenne des mesures sérieuses. (Voir à ce sujet mon article Débat. Mouvement des tentes : Pourquoi je ne dresserai pas de tente).

 

Le mouvement combine de véritables problèmes — la pénurie de logements, une inflation de 35% en trois ans dans l’immobilier, la hausse insoutenable des prix de produits de première nécessité — et quelques exagérations récupérées ou appuyées par l’extrême gauche israélienne, très présente à Tel Aviv et populaire auprès des jeunes naïfs, des classes aisées et de l’establishment ashkénaze.

 

En se baladant boulevard Rotschild et aujourd’hui dans tout le pays, on croise aussi bien des types sympathiques, des excités d’extrême gauche, de la bonne bouffe improvisée, un jeune mouvement qui se fait appeler la ‘’gauche nationale’’, et quelques junkies.

Ce serait presque un mouvement citoyen qui n’aurait pas sa place dans les colonnes de Riposte laïque, si les juifs ultra-orthodoxes n’y avaient pas mis leur grain de sel.

 

Israel-Eichler.jpgOfficiellement le parti Yaadout Hatorah (Judaïsme unifié de la torah) — un parti ultra-orthodoxe ashkénaze constitué uniquement d’hommes habillés en caftans noirs, avec chapeaux noirs et papillotes —, par la voix de son député Israel Eichler, a déclaré soutenir le mouvement, mais a décidé de ne pas s’y joindre. Motif invoqué : ‘’Une présence permanente ultra-orthodoxe dans les protestations à Tel Aviv contre les prix immobiliers retourneraient les médias laïques contre le mouvement’’ (Source : Jpost). Les ultra-orthodoxes ont au moins conscience que leur mode de pensée archaïque, leur mode de fonctionnement fondé sur la tradition rabbinique juive (en fait surtout sur les décisions auxquelles ils se rattachent), ou leur politique antisioniste et antidémocratique insupportent les démocrates laïcs, de droite et de gauche.

 

Malgré ces précautions, certains ultra-orthodoxes ont rejoint les protestations dans les villes ultra-orthodoxes et ont expliqué pourquoi aux médias. L’occasion pour nous d’apprécier l’archaïsme de ce mode de vie ultra-traditionnel, très influent sur la démographie (voir notre article Israël et la laïcité : la menace démographique) et qu’il partage en partie avec les islamistes (même s’il faut reconnaître que ces derniers font plus forts partout dans le monde, et pas uniquement dans les pays d’Islam, ce qui fait déjà beaucoup).

 

L’exemple de Yehonatan Steinberger, rapporté par le Jerusalem Post (http://www.jpost.com/NationalNews/Article.aspx?id=230097) est parlant. Père de trois enfants à seulement 28 ans, Yehonatan a déménagé de son appartement dans un quartier mixte de Jérusalem, mixte c’est-à-dire comprenant des laïcs et des ultra-orthodoxes, pour s’installer plus près de son rav (son rabbin), dans un quartier où ne vivent que des membres de la communauté. Sans aucun regard critique sur la ghettoïsation volontaire des juifs ultra-orthodoxes en Israël même, ce cher Yehonatan avait peur que la société laïque ait une mauvaise influence sur l’éducation de ses enfants. Un comble lorsqu’on connaît le niveau de délabrement des communautés ultra-orthodoxes en Israël en matière d’éducation. Le prix à payer pour lui, fut une augmentation de son loyer de 2500 shekels (environ 500€) dans l’ancien appartement, à 4500 shekels (environ 900€) dans le nouveau.

On peut comprendre qu’il ait du mal à payer son loyer, mais force est de constater que c’est son mode de vie qui l’a voulu. Si Yehonathan ne veut pas payer cher son loyer, qu’il demande à son rabbin de déménager dans un quartier plus abordable, pas à l’Etat de baisser artificiellement les prix du quartier, ça n’a pas de sens.

 

De même, Mercredi 20 juillet, le quotidien Israël Hayom annonçait que la révolte des tentes pourrait s’étendre à la petite ville ultra-orthodoxe d’El’ad, à l’est de Tel Aviv. L’un des participants explique que les ultra-orthodoxes ont généralement des familles nombreuses, et qu’ils ne peuvent pas supporter le prix d’appartements de plusieurs pièces.

 

A nouveau un véritable argument de pacotille mais qui pèse malheureusement sur nos économies. Moi aussi j’adore les enfants, mais nous ne sommes plus au Moyen-âge. On ne fait plus d’enfants pour travailler la terre aujourd’hui, ou parce que sur huit enfants, six vont mourir. Les ultra-orthodoxes constituent des familles nombreuses par considérations religieuses et idéologiques (comme le font aussi les islamistes), sans prendre en compte leur situation financière. C’est totalement irresponsable et l’Etat n’a pas à supporter ces pratiques. Ce ne sont pas aux Français et aux Israéliens laïcs de payer les familles nombreuses religieuses via leurs impôts. L’Etat doit limiter les allocations familiales et les aides à partir d’un certain nombre d’enfants et, dans le cas israélien, le marché immobilier ne peut pas s’adapter au mode de vie ultra-orthodoxe, c’est le contraire qui doit se produire.

 

Si on n’a pas le sou, on ne multiplie pas les enfants.

 

C’est peut-être triste, mais faire vivre des enfants dans la misère par convictions religieuses et idéologiques est encore plus cruel.

 

 

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© Misha Uzan pour http://ripostelaique.com et pour http://mishauzan.com

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 20:22

Par Misha Uzan

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Alain-Juppe.jpgNombre de médias ont commenté ces derniers jours les déclarations de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui mardi 19 juillet selon l’AFP, lors d’une réunion à Bruxelles consacrée au Proche-Orient, aurait cité "la mention d’un Etat juif", entre autres "problèmes" posés par les négociations de paix à Bruxelles. Juppé aurait également déclaré "Que je sache, aujourd’hui en Israël, il y a des Juifs mais il y a aussi des Arabes".

 

Le Crif a réagi à ces déclarations dans un communiqué : "Effectivement, le Crif se félicite de ce que, dans l’Etat d’Israël, il y ait 20% de citoyens arabes qui jouissent des mêmes droits que les autres citoyens israéliens", et "on pourrait espérer qu’il en soit de même dans le futur Etat palestinien". Et d’ajouter, "Israël se veut être l’Etat du peuple juif", et "le Crif considère qu’il est bien normal que le peuple juif puisse disposer d’un Etat".

 

Le Crif rappelle enfin que "dans une résolution de 1947, l’Assemblée générale de l’ONU a voté en faveur de l’existence d’un « Etat juif » et d’un « Etat arabe » sur les 20% de la « Palestine mandataire ».

 

Un observateur peu averti du conflit proche-oriental ou bien n’y comprendra rien, ou bien prendra le parti de Juppé (s’il a une tendance pro-arabe et anti-israélienne) ou bien prendra celui du CRIF s’il a une tendance pro-israélienne. Car on joue encore sur les mots et on perd son temps.

 

Je l’ai dit et je le répète (voir mon article académique Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982), le conflit est avant tout sémantique et démographique. Cette question en est un exemple de plus.

 

Bernard-Henry LévyInterviewé sur la question de l’Etat juif il y a plusieurs mois, Bernard Henri-Levy expliquait pourquoi la revendication d’Israël comme Etat juif n’avait pas lieu d’être. Pour lui, l’AP doit reconnaître l’Etat d’Israël en tant que tel. BHL estime que l’AP n’a pas à se mêler du statut ou de la définition de l’Etat. BHL ne lui reconnaît pas le droit de décider de la nature de l’Etat d’Israël. Etat juif ou pas, ça ne regarde ni Abbas, ni Erekat, ni personne, sauf les Israéliens eux-mêmes.

BHL a raison. Si on applique le droit de souveraineté comme pour tous les autres Etats, Israël est maître de se définir comme il l’entend.

 

Alors pourquoi diable Netanyahou insiste-t-il tant sur la définition d’Israël comme « Etat juif » ou « Etat du peuple juif » ? Netanyahou n’est ni stupide, ni partisan d’un renoncement de souveraineté d’Israël. Mais comme toujours dans ce conflit tout est d’abord sémantique, et dépend de la démographie.

 

La deuxième expression généralement utilisée permet d’y voir plus clair : « Etat du peuple juif ». Explications.

Israël a une longue histoire. Israël définit successivement un homme — Jacob — ou deux selon certaines théories, un peuple ou une peuplade de l’antiquité — ou peut-être deux selon les mêmes théories, puis un royaume, qui se scinde pour en faire deux (décidément !), puis une religion — la juive —, puis une culture, puis des mouvements, puis un Etat moderne — l’Etat d’Israël. On pourrait discuter l’ordre et certains termes. Un ensemble complexe en tout cas. Herzl a parlé en allemand de l’Etat des Juifs, puis en français et en anglais de l’Etat juif, on parle de « peuple hébreu » et parfois indistinctement de « peuple juif ». Ces termes font l’objet de discussions intellectuelles très intéressantes mais trop longues et complexes pour être expliquées dans ce présent article.

 

Alors Netanyahou est-il un universitaire pointu qui veut défendre une certaine thèse ? Non, la question n’est pas là.

Est-il un juif orthodoxe caché qui veut faire d’Israël une théologie ? Non, évidemment.

 

Deux éléments permettent de comprendre la revendication d’Israël d’être reconnu comme « Etat juif » ou « Etat du peuple juif ».

 

1° Un élément historique, conceptuel, politique.

 

La conception sioniste qui a voulu construire et veut défendre un « Etat juif et démocratique ». Partagée par les partis sionistes de gauche et de droite, il s’agit de construire un Etat pour les Juifs considérés en tant que peuple, non pas en tant que religion. Mais cet Etat ne s’est pas construit facilement. Il a une histoire derrière lui, il a été construit pour les Juifs, mais parce que démocratique, tolérant et libéral, et pour concilier l’histoire avec l’Etat-nation moderne, accueille également des non-Juifs, des personnes qui ne sont pas considérées comme appartenant au « peuple juif » historique, mais qui sont acceptées comme citoyens de l’Etat et sont pleinement Israéliens. On compte parmi eux 20% d’Arabes ou arabisants, chrétiens ou musulmans, mais aussi des Samaritains, des Tcherkesses ou des populations venues du monde entier et de toutes les religions et origines.

 

2° Un élément de négociation géopolitique.

 

La revendication arabo-palestiniste[1] de « retour des réfugiés » arabes « dans leurs anciennes maisons ». Les négociations entre Israël et l’AP ont plus d’une fois échoué sur cette question. L’AP voudrait que tous les Arabes ou arabisants qui vivaient avant 1948 sur des territoires situés aujourd’hui dans le « petit Israël » (c’est-à-dire sans la Judée, la Samarie et la bande de Gaza), soit  de 400 000 à 700 000 personnes, ainsi que tous leurs descendants depuis plus de 60 ans, c’est-à-dire environ 4 à 5 millions de personnes, soient acceptés comme citoyens de l’Etat d’Israël et y vivent. L’AP n’a jamais été clair sur ce que signifie le « retour des réfugiés dans leurs maisons ». Ces maisons n’existent plus, tous ceux qui les ont connues sont ou morts ou très vieux, et qui plus est les conditions de départ de ces Arabes font l’objet de vives discussions : beaucoup en sont partis de leur propre volonté, pour que les armées arabes « jettent [mieux] les juifs à la mer ». Israël n’a rien contre l’accueil de ces « réfugiés » dans le nouvel « Etat palestinien » mais s’oppose évidemment à leur accueil en Israël même.

 

En clair, c’est une revendication qui n’a aucun sens, qui démontre un total manque de sérieux de la part de l’AP (imaginez si Israël réclamait l’accueil des réfugiés juifs et leurs descendants partout dans le monde), et qui fait peser un sérieux doute sur sa volonté de paix. Car ce « retour », qui n’est autre qu’une invasion dans les faits, mettrait fin à la majorité juive en Israël. Israël deviendrait de fait un « Etat arabe », un de plus, et disparaîtrait sous le poids de la démographie arabe.

 

La boucle est bouclée. Israël de fait ne serait plus un « Etat juif » ou « l’Etat du peuple juif ». Il serait un Etat arabe de plus, avec une forte minorité juive.

 

Voilà pourquoi Netanyahou insiste tant sur la reconnaissance d’Israël comme « Etat juif ». Pour éviter son renversement par une majorité arabe. Ne pouvant s’attaquer de front à la question des réfugiés, qu’Israël ne pourra pas accepter, c’est une façon de se faire comprendre. C’est une façon de signaler que l’Etat d’Israël est un Etat construit pour le « peuple juif » et qu’il entend bien le rester.

 

Est-ce la bonne méthode ? C’est une autre question. Netanyahou veut cette reconnaissance avant tout, les partis de gauche dans le passé l’ont demandé plus tard dans les négociations, mais ont échoué également.

L’AP le comprend très bien et c’est pourquoi elle refuse de reconnaître ce terme.

 

Le reste du monde, lui, fait semblant de ne pas comprendre, ou ne comprend vraiment rien.

 

La question se pose pour Alain Juppé. Le ministre des affaires étrangères français est-il stupide ? Sûrement pas. A-t-il méconnaissance des questions de définition du terme « Juif » et de l’histoire d’Israël ? C’est possible. Mais étonnant pour une telle pointure.

 

On peut dire en revanche que Juppé fait surtout valoir la politique pro-arabe traditionnelle du Quai d’Orsay, à laquelle nul ministre n’a échappé. Car Juppé, qu’il le veuille ou non, discrimine ainsi les Juifs et l’Etat d’Israël.

 

Pour une raison. Si les questions sur la nature de l’Etat et sa définition pourraient se comprendre dans des négociations, pourquoi seraient-elles limitées au seul Israël ?

Un simple tour du côté de la charte de l’OLP et de l’histoire du terme « palestinien » suffit à montrer que la définition ou nomination d’un nouvel Etat comme « Etat palestinien » ne va pas de soi et pose de nombreux problèmes (en termes historiques, démocratiques, racistes et colonialistes).

 

Quelques exemples.

 

Le terme de « palestinien » désignait les Juifs de la région il y a soixante ans, pas les Arabes. Le terme a fait l’objet d’une propagande — réussie — de la part de groupes terroristes. Le terme est défini comme intrinsèquement lié aux « Arabes » de la région, et défini comme tel. Le terme est intrinsèquement lié à la « nation arabe ». L’Etat serait défini comme Etat arabe et musulman. Il existe déjà 22 Etats qui se définissent comme « Arabes ». On pourrait se poser la question : qu’est-ce qu’un « Arabe », et qu’est-ce qu’un « palestinien » ?

On pourrait en discuter longuement.

 

Personnellement je comprends qu’Alain Juppé et l’Union européenne se demande « Qu’est-ce qu’un Juif » et « Qu’est-ce qu’un Israélien » ? Mais c’est lorsqu’ils ne posent que ces questions et pas d’autres pour l’autre camp, que commence la discrimination anti-juive.

 

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© Misha Uzan pour son blog : http://mishauzan.com

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 00:58

Une version courte de mon article Faux appel d’un terroriste à la « communauté internationale ». De l’innovation en terrorisme  a été publiée sur le site Drzz.fr.

Il s’agit bien entendu d’un article ironique. Face à son succès, j’en ai retouché encore quelques mots, ci-dessous. La version courte permettra aux plus pressés d’aller au bout de l’article. Les curieux pourront se référer à la version longue et originale (lien ci-dessus).

 

Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

 

terroriste

 

Voilà un mois que je reste chez moi. Je ne fais rien. Je pense, je réfléchis, je cherche. Je suis pourtant un spécialiste, mais là, je cale. 

Je suis un terroriste. Un vrai de vrai. J’ai travaillé pour les plus grands : le Hezbollah, le Hamas, l’OLP, j’ai conseillé l’IRA, j’ai même travaillé pour Ben Laden. Avec lui j’avais un bon emploi. De l’Afghanistan au Maghreb en passant par Londres et New York. J’ai formé des hommes au pilotage d’avions, à la fabrication de bombes, au tir à la Kalachnikov. 

 

Je suis chercheur. Chercheur en terrorisme. Je cherche les meilleurs moyens de terroriser. Lockerbie c’était moi, l’Ouganda j'y étais, le 11 septembre aussi. Dans les laboratoires de recherche, en Occident, chez ces chiens de croisés, on fait progresser la technique, moi je fais progresser le terrorisme.

 

Mon père, que son nom soit loué, était chercheur lui aussi. Il a pratiqué les colis et les voitures piégés, la guérilla aussi. Il fut fedayin pour Arafat. Quel grand homme cet Arafat ! Mon père lui a inspiré l’idée des détournements d’avion dans les années 70. Mon père était son meilleur expert en terrorisme. 

 

Peu après mon diplôme de terroriste, mon BA à Riyad et mon MA à la grande université du Caire, je suis parti pour le Liban. L’entité sioniste était au sud-Liban et nous, au Hezbollah, nous l’avons fait reculer. 

 

Dans les années 2000, j’ai travaillé pour Ben Laden, que son âme repose en paix. Jeter des avions contre les tours fut notre plus bel ouvrage. Avec Arafat et Abu Nidal, nous avions déjà essayé contre Israël ; malheureusement leur service de sécurité était trop performant. Contre ces cochons de juifs, notre arme fut l’attentat-suicide. Dans l’absolu, c’est la meilleure arme qui soit : une perte négligeable de notre côté, mais la garantie de toucher l’ennemi. Combien de bons amis à moi sont morts en martyrs, j'en suis jaloux !

 

Et puis Sharon nous a construit ce mur. Le mur de protection, disent les sionistes. Une plaie ! Nous avons tout tenté, avec nos complices et idiots utiles européens, pour faire détruire le mur. 

 

Ensuite Tsahal a pénétré dans nos camps d’entraînement, ceux qu’Arafat avait réussi à faire financer par l’argent de l’Union européenne. Quel génie cet Arafat ! 

 

Entre le mur, la lutte anti-terroriste, les check-points, et les agents du Shin-Beth, c'était devenu difficile de travailler. 97% de nos tentatives sont mortes dans l’œuf. 

 

Il me fallait trouver autre chose. En France ils disaient travailler plus pour gagner plus. Mon slogan à moi c’était : travailler plus pour faire plus de morts.

 

A Jérusalem j’ai moi-même mis au point l’attentat à la voiture. L’opération fut un succès, la première fois. Mais très vite, Israël a limité notre action en contrôlant ses routes.

 

Enfin nous sommes passés à l’attentat à la roquette. Roquette-Grad, roquette-kassam, mini-roquette. Nous pouvons toucher le sud d’Israël depuis Gaza. L’aviation israélienne, pour répondre, est contrainte de faire beaucoup de dégâts, elle s’attire les foudres de la « communauté internationale », notre bonne copine. Et nous plaçons toujours nos opérations dans les maisons, les hôpitaux, les mosquées. 

 

En 2006 j’ai été rappelé au Liban. 

 

Le Hezbollah avait besoin de moi pour bombarder le nord d’Israël. J’étais devenu l’homme en vogue. On m’appelait Rocket man et nous chantions Elton John. 

 

En 2009 j’ai pensé au terrorisme par la mer. Notre truc, mon truc, mon idée, c’était la bombe de mer. En plaçant des explosifs dans des tonneaux. Mais la marine israélienne a repéré les bidons, rien n’a fonctionné. Alors nous avons repris les bonnes méthodes, un peu d’attentats, et les roquettes.

 

Maintenant Israël a mis en place son dôme de fer. Ils ont un mur au sol, ils ont bloqué la mer, et voilà qu’ils nous bloquent par le ciel. Comment être un terroriste dans ces conditions ?

 

 

C’est pourquoi j’en appelle à votre aide, vous la « communauté internationale », et surtout vous, les médias : faites pression sur Israël pour que tout cela cesse : le mur, le dôme, l'accès par la mer. Nous avons besoin de circuler !

 

Votre aide avec les flottilles pour briser le blocus, et que les bateaux iraniens puissent enfin livrer des missiles — une idée que j’aurais dû avoir — nous est précieuse mais insuffisante.

 

Moi, terroriste, je suis au chômage, par la faute d’Israël. Je subis les retombées de la répression des Bush, des Sharon, et même de Sarkozy et Berlusconi. Sans Khadafi, sans Saddam Hussein, sans Ben Laden, ces amis que j’ai perdu et que je pleure.

 

Alors je reste chez moi, et je cherche. Expert terroriste au chômage.

 


Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : 

© Misha Uzan pour Drzz.fr et pourhttp://mishauzan.com 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 11:03

 

Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

 

Voilà un mois que je reste chez moi. Je ne fais rien. Je pense, je réfléchis, je cherche. Je suis pourtant un spécialiste mais là, je cale. Je suis un terroriste. Un vrai de vrai. J’ai travaillé pour les plus grands : le Hezbollah, le Hamas, l’OLP, j’ai conseillé l’IRA, j’ai même travaillé pour Ben Laden. Avec lui j’avais un bon emploi. De l’Afghanistan au Maghreb en passant par Londres et New York c’était vraiment un boulot sympa. J’ai formé des hommes au pilotage d’avions, à la fabrication de bombes, au tir à la Kalachnikov. Le terrorisme mondial c’était l’idée du siècle. C’était la mienne et je n’en suis pas peu fier.

Ben LadenJe suis chercheur. Chercheur en terrorisme. Je cherche les meilleurs moyens de terroriser. Lockerbie c’était moi, l’Ouganda c’était moi, le 11 septembre c’était moi. Dans les laboratoires de recherche en Occident, chez ces chiens de Croisés, on fait progresser la technique, moi je fais progresser le terrorisme.

Mon père, que son nom soit loué, était chercheur lui aussi. Il a pratiqué les colis et les voitures piégés, la guérilla aussi. Il fut fedayin pour Arafat. Quel grand homme cet Arafat ! Mon père lui a inspiré l’idée des détournements d’avion dans les années 70. Tandis que d’autres le conseillaient en diplomatie — qu’il menait de front avec le terrorisme —, mon père était son meilleur expert en terrorisme. Moi-même, peu après mon diplôme de terroriste, mon BA à Riyad et mon MA à la grande université du Caire, j’ai voulu travailler pour Arafat. Mais avant cela, moi qui n’avais encore eu aucune véritable expérience professionnelle dans le domaine, j’ai souhaité m’entourer de l’atmosphère adéquate. Dans la Silicon Valley, près de San Francisco aux Etats-Unis, on dit que les industries de pointe sont si nombreuses et si concentrées que l’air est différent, qu’il y flotte une ambiance propre à l’innovation technologique. La région de Tel Aviv en Israël profite du même phénomène. Que la force d’Allah s’abatte sur eux tous ! Je voulais moi, profiter d’une région où régnait une atmosphère de terrorisme : une terrorism valley comme je l’appelais. J’ai d’abord pensé faire un stage en Lybie. Mon père avait travaillé pour Khadafi à sa grande époque. Lockerbie était pour nous tous digne de figurer dans les livres scolaires du jeune terroriste. Mais j’ai vite compris que Kadhafi ne serait plus une assez bonne école. Je ne me suis pas trompé. Je suis donc parti pour le Liban. C’était l’époque des attaques quasi-quotidiennes contre Israël. L’entité sioniste était au sud-Liban et nous, au Hezbollah, nous l’avons fait reculer. Ehoud Barak, ancien chef d’Etat-major d’Israël — le plus gradé de l’histoire d’Israël, disaient les Juifs —, a cédé devant notre force. Dans les années 2000 j’ai travaillé pour Ben Laden, que son âme repose en paix. Jeter des avions contre des tours fut notre plus bel ouvrage. Avec Arafat et Abu Nidal, nous avions déjà essayé contre Israël ; malheureusement leur service de sécurité aérienne était trop performant. Contre ces cochons de juifs, pendant des années, notre arme fut l’attentat-suicide. Dans l’absolu c’est la meilleure arme qui soit : une perte de notre côté à chaque explosion, mais la garantie de toucher l’ennemi. Trop de colis piégés du temps de mon père avaient été interceptés. Avec l’attentat-suicide, les Israéliens avaient beau mettre des agents de sécurité à chaque entrée de centres commerciaux et de magasins, même repérés nous nous faisions exploser en tirant sur notre ceinture. Combien de bons amis à moi sont morts en martyrs !

 

Et puis Sharon nous a construit ce mur. Le mur de protection ou de sécurité, affirment les sionistes. Une plaie pour nous, un scandale ! Une atteinte aux Droits des terroristes ! Sharon a tué beaucoup des nôtres à Djénine, puis Tsahal a pénétré à nouveau dans nos camps d’entraînement, ceux qu’Arafat en grand stratège avait su obtenir et qu’il avait fait financer par l’argent de l’Union européenne. Quel génie cet Arafat ! Avec ce mur et cette lutte antiterroriste perpétuelle, les check-points, les contrôles et les agents du Shin-Beth, il fut plus difficile de travailler. 97% de nos tentatives d’attentats-suicide sont mortes dans l’œuf. Il me fallait trouver autre chose.

Nous étions prêts à travailler plus, pour plus de morts !

Nous avons donc repris les attaques à l’automatique aux postes-frontières. J’ai aussi pensé à d’autres méthodes. A Jérusalem j’ai moi-même mis au point l’attentat à la voiture. Faute de pouvoir faire passer des bombes, il suffisait de pénétrer au cœur d’une ville israélienne sans arme et de foncer sur les passants. L’opération fut un succès, la première fois. Mais très vite Israël a limité notre action en contrôlant mieux ses routes. Et puis avec tous ces soldats, au troisième attentat notre homme s’est fait tirer dessus avant de toucher qui que ce soit. J’ai encore pensé à un attentat au camion. C’est plus gros et ça fait plus de dégâts.

 

hamas en tenueEnfin ma plus grande invention, ma plus grande innovation, ce fut l’attentat à la roquette. Roquette-Grad, roquette-kassam, mini-roquette, depuis un camion, sur un scooter, à la main, nous pouvions toucher le sud d’Israël de n’importe où dans la bande de Gaza. Dès que notre roquette était lancée nous nous subtilisions dans la nature. L’aviation israélienne ne pouvait pas intercepter le lanceur. Il lui fallait pour nous répondre, détruire les structures d’entraînement de nos hommes, nos bureaux, nos postes, et donc faire beaucoup plus de dégâts, plus de morts et s’attirer les foudres de la « communauté internationale », cette bonne copine. Pour qu’Israël soit encore plus condamné nous placions toujours nos bureaux au milieu des civils, dans les maisons, les hôpitaux, les mosquées. Après L’Intifada 2, nous avons remporté une autre guerre médiatique. Pendant huit ans nous avons bombardé Sdérot et d’autres villes du sud d’Israël, jusqu’à Ashkelon et même Beer Sheva, et Israël n’a presque pas bougé. C’est ma plus grande réussite personnelle de terroriste. En 2006 j’ai été rappelé au Liban. Le Hezbollah avait besoin de moi pour bombarder tout le nord d’Israël, préparer les planques pleines de civils, fournir des scooters, des petites bagnoles, j’étais devenu l’homme en vogue. On m’appelait Rocket man et dans nos planques nous chantions Elton John. Puis avec la deuxième guerre du Liban, notre stock de roquettes a commencé à s’amenuiser, alors je suis retourné au sud. Au passage nous accompagnions nos actions de kidnappings de soldats israéliens, un moyen toujours efficace mais difficile à réaliser. On a réussi au Liban, on a réussi à Gaza. Gilad Shalit est toujours chez nous. L’opération israélienne « Plomb durci » ne nous a que relativement retardé, très vite nous avons repris les tirs, car on n’arrête pas une méthode qui gagne.

 

Néanmoins, chaque fois qu’Israël a liquidé un important stock d’armes, nous avons dû avoir recours à d’autres méthodes. En 2009 j’ai pensé au terrorisme par la mer. Pour les bateaux de guerre nous avons laissé ça aux Iraniens, nous notre truc, mon truc, mon idée, c’était la bombe de mer. En plaçant des explosifs dans des tonneaux que nous faisions passer par la mer, depuis la bande de Gaza, nous voulions terroriser les plages. Nous sommes remontés jusqu’à Ashkelon, Ashdod et la plage de Palmahim près de Tel Aviv. Mais la marine israélienne a repéré les bidons, rien n’a fonctionné. Alors nous avons repris les bonnes méthodes, un peu d’attentats à la voiture et surtout les roquettes.

 

Mais aujourd’hui Israël a mis en place son dôme de fer, à Beer Sheva et à Ashkelon, et cette machine perfectionnée nous empêche de toucher les Juifs où qu’ils soient, en interceptant les roquettes dans leur course. Les Juifs mettent en place un vrai mur de fer, comme l’a prôné leur penseur Vladimir Ze’ev Jabotinski. Ils ont construit un mur au sol, ils ont bloqué la mer et voilà qu’ils nous bloquent par le ciel. Comment être un bon terroriste dans ces conditions ?

 

Depuis le dôme de fer, bouclier neutralisant presque toutes nos roquettes, la Ligue arabe, notre bonne amie qui sait combien il est important de faire perdre cet avantage à l’armée sioniste, a réclamé qu’Israël ne puisse plus survoler la bande de Gaza. Sans succès jusqu’à présent.

 

C’est pourquoi mes amis, j’en appelle à votre compréhension, à votre aide ! Vous la « communauté internationale », donnez-nous notre droit au terrorisme. Votre aide par flottilles de pacifistes terroristes — une idée que j’aurais dû avoir — nous est précieuse mais insuffisante.

 

Nous prévoyons prochainement, peut-être, une grande Déclaration des Droits du terroriste, pour en finir avec cette mascarade de la lutte anti-terroriste, en finir avec cette honteuse discrimination professionnelle.

 

J’en appelle aux économistes, moi terroriste je suis aujourd’hui au chômage, par la faute d’Israël. Moi aussi je subis la crise de la répression des Bush, Sharon, et même Sarkozy et Berlusconi. Seul, sans Khadafi, sans Saddam Hussein, sans Ben Laden, ces amis que j’ai perdus et que je pleure. Il y a deux mois j’ai trouvé un emploi — intérimaire — auprès de Bachar El Assad, en Syrie. En nous inspirant du Mavi Marmara, nous avons ensemble préparé le terrorisme pacifique par voie terrestre. Des centaines de Syriens ont couru vers la frontière israélienne, sans armes. On aurait cru les invasions arabes, celles qui ont suivi la mort du prophète. Nous avons alors surpris les Israéliens, c’étaient les jours qui ont suivi la commémoration de la Nakba (l’indépendance d’Israël). Puis nous avons recommencé quelques semaines plus tard, le 5 juin, le jour de la commémoration de la Naksa du 5 juin 1967. Malheureusement ce fut moins performant. Tsahal a empêché nos hommes de passer. Et Bachar m’a renvoyé.

 

Alors depuis je reste chez moi, et je cherche. Expert terroriste au chômage, je vous en prie, aidez-moi !

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 13:27

 

Ecrit pour et publié le 18 juillet sur le site http://ripostelaique.com

 

Par Misha Uzan

http://www.mishauzan.com

 

 

Les Européens désireux de défendre leur culture feraient bien de garder un œil pointé vers Israël. Pas parce que ce qu’y s’y fait est meilleur qu’ailleurs. En matière de laïcité, sans être la théocratie que dénoncent avec outrance les antisionistes qui soutiennent en revanche des pays arabes où la laïcité et la démocratie n’existent pas, Israël aurait plutôt un train de retard (sur la France, pas dans le monde où la laïcité n’est en fait que peu répandue). Mais parce que ce qu’il s’y passe peut préfigurer l’Europe dans les années à venir si cette dernière se laisse faire.

 

Contrairement à la vision la plus répandue, celle de la presse et du politiquement correct, le cœur du conflit israélo-arabe est sémantique[1] et démographique. Ce sont ces facteurs qui sont déterminants sur le long terme. C’est un point que deux groupes hostiles à l’Etat d’Israël ont bien compris : les Arabistes palestinistes[2] d’où qu’ils soient, et les groupes juifs ultra-orthodoxes antisionistes.

 

Israël, au milieu des menaces d’attentat, des questions de sécurité, des négociations qui n’aboutissent pas, de la croissance économique ou de la vie qui suit son cours, est en sous-main l’objet d’une bataille démographique entre Arabistes hostiles à l’Etat ou otages de l’Arabisme colonialiste, ultra-orthodoxes a-sionistes[3] ou antisionistes, sionistes religieux (les nationaux religieux) et laïcs. Ces quatre groupes sont en outre ceux reconnus par le système scolaire israélien, qui favorise ainsi les oppositions sociales à l’intérieur de l’Etat. Dans cette lutte dans le long terme pour ou contre l’Etat d’Israël et pour quel type d’Etat d’Israël, les laïcs, majoritaires tout le long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, sont menacés dans le futur par la croissance démographique des autres groupes (les uns privilégiant l’islam et l’arabisme musulman, les autres le judaïsme orthodoxe, même si tous ne sont pas anti-démocratiques).

 

 

Haredim-contre-police.jpgDans les faits. Mercredi matin, le 13 juillet (voir mon blog-notes), de violentes protestations ont une nouvelle fois éclaté dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Sharim, lorsque des fonctionnaires de l’Etat ont pénétré dans un abattoir de volailles appartenant à Yoelish Krois, les dirigeants officieux du mouvement ultra-orthodoxe Eda Haredit, un petit groupe antisioniste. L’affaire de Krois opère depuis une dizaine d’année sans les licences nécessaires, mais les fonctionnaires, experts et vétérinaires ont toujours été accueillis à coups de violence. La police accompagnait cette fois les agents des autorités fiscales, qui sont intervenus après une longue enquête démontrant des fraudes sur d’importantes sommes. Six policiers ont été blessés sous les coups de jets de pierre, de barres de fers et de cocktail Molotov des manifestants.


La police a été accusé par les sympathisants du mouvement d’intervenir précisément ce jour afin d’éviter une conférence prévue le lendemain visant à appeler à une nouvelle protestation ce samedi sur la rue Hanevi’im, pour empêcher tout véhicule de s’y déplacer. Car ces dernières semaines cette rue a été l’objet de multiples violences suite à la fermeture de la rue Jaffa aux voitures, désormais réservée au futur tramway. La question de la circulation le samedi est récurrente en Israël. Dans certains quartiers de quelques villes dans le pays qui contiennent une forte population ultra-orthodoxe (Jérusalem, Bnei Brak, Modi’in Illit, etc), la circulation est fermée aux véhicules durant la durée du Shabbat, du vendredi soir au samedi soir. Ces décisions découlant de la pression ultra-orthodoxe, sont de notoriété publique. Ce dernier mois des incidents ont éclaté entre les automobilistes qui empruntaient la rue Hanevi’im le samedi pour atteindre le centre ville et les groupes ultra-orthodoxes. La police a été accusée de ne pas faire suffisamment pour faire respecter le droit à la circulation. Dans d’autres quartiers périphériques, qui ne se trouvent pas sur les grandes voies, la bataille est déjà perdue. Les ultra-orthodoxes imposent leur mode de vie.

 

Selon la radio de l’armée, dans le cas de la rue Hanevi’im, le mouvement Eda Haredit entend s’appuyer sur l’affaire ‘Bar Ilan’ il y a une quinzaine d’années, où une décision de la Cour suprême israélienne (pourtant un repère de laïcs purs et durs, un repère de gauchistes également) a autorisé une municipalité à fermer des rues à la circulation si au moins 75% des habitants en manifestaient la volonté. Aussi le mouvement Eda Haredit aurait identifié 42 rues de la capitale qui rempliraient les conditions dans la ville (ce qui signifie que plus de 75% ne prennent pas leur voiture le Shabbat, mais ce qui ne signifie pas qu’ils souhaitent imposer leur volonté aux autres, même si on peut le penser) et en exige la fermeture le Shabbat. La municipalité affirme n’avoir reçu aucune demande de ce type. Pour le porte-parole de la mairie : ‘‘Faire sauter le statu quo dans la ville ne fait pas partie de notre agenda’’ (Source : Jerusalem Post). Ce statu quo, c’est celui qui régie les relations entre les pouvoirs publics et les religions. Fait de compromis incessants, c’est celui qui donne un monopole orthodoxe sur les mariages, les conversions, les décès, et qui empêche de trouver une majorité sur de nombreux sujets. Compte tenu du système d’élection à la proportionnelle en une liste nationale en Israël, les partis religieux orthodoxes a-sionistes et antisionistes jouent au chat et à la souris avec la droite et la gauche laïques, qui ne savent pas s’unir quand il le faut, et bloquent toute décision majeure.

 

 

 

Dans le même temps, Israël tente tant bien que mal de gérer la pression démographique de la population arabiste[4]. Cette semaine le ministre de l’intérieur Eli Ishaï — un orthodoxe sépharade qui n’est pas un pur antisioniste mais dont le sionisme du mouvement demande à être défini (c’est-à-dire en gros le soutien à l’existence d’un Etat juif) —, a demandé au gouvernement de prolonger pour six mois une ordonnance interdisant le regroupement familial entre partenaires israéliens et Arabes originaires de l’autre côté de la ligne verte, sauf si l’homme est âgé de 36 ans ou plus, ou la femme de 26 ans ou plus.

 

Cette ordonnance, très controversée auprès des juges comme de la classe politique, limite significativement la capacité pour un Israélien de vivre avec un époux originaire des régions de Judée, de Samarie, de la bande de Gaza voire d’ailleurs. Le règlement viserait à éviter le regroupement de centaines de familles, particulièrement des Bédouins du Néguev. En 2007, un rapport du Shin Beth, les services de sécurité intérieure, avait montré que 14% des attaques terroristes en Israël étaient effectuées par des individus qui possédaient une carte d’identité israélienne dans le cadre d’un regroupement familial. Les responsables de la sécurité craignent que des organisations terroristes fassent passer leurs membres en Israël en arguant qu’ils sont les légitimes époux de citoyens israéliens. Ishaï souhaiterait faire de l’esprit de cette ordonnance une proposition de loi favorisant ‘’ le long terme et les intérêts de sécurité de l’Etat d’Israël’’. Quant au député Ahmed Tibi (Liste arabe Ta’al), il a déclaré que ‘’la logique qui sous-tend la loi n’est pas la sécurité mais plutôt la démographie’’. Ahmed Tibi, un député arabe israélien antisioniste qui passe son temps à crier au fascisme, à la discrimination et aux manquements à la démocratie tout en jouant sur le tableau de la revendication intérieure des Arabes israéliens et de la revendication extérieure arabiste palestiniste, n’a peut-être pas tort. Israël est bel et bien menacé, à terme, par la démographie. En ne cherchant pas à combattre cette menace en revanche, Ahmed Tibi montre à quel point il est mauvais citoyen : un citoyen qui lutte contre son propre Etat et qui favorise l’expansion colonialiste de mouvements non démocratiques, réunis par le nationalisme expansionniste arabe et l’islam.

 

Il y a quelques mois, une étude de l’université de Haïfa, évoquait le risque qu’en 2030, Israël connaisse une majorité de juifs religieux. Si cette évolution, en soi contestable et changeable, ne signifie rien à elle seule (puisqu’il y a parmi eux de nombreux démocrates respectueux des valeurs de la laïcité), les seuls capables aujourd’hui de défier la démographie arabiste palestiniste aujourd’hui en Israël, sont les orthodoxes (ultra et sionistes religieux). Et même si le risque théocratique est largement exagéré (voir à ce sujet mon article (Israël et les pays arabes : la même rengaine, 40 ans plus tard), le sujet doit interpeller toute démocratie. Comment lutter contre des traditions religieuses menaçant la démocratie et dont la démographie est la première arme ? Nul ne doute que ces questions ne sont pas assez posées en Europe.

 



[1] Sur les questions sémantiques nous renvoyons à notre article académique publié dans le n°7 de la revue Controverses de Shmuel Trigano, en février 2008, vous pouvez le consulter sur mon blog à cette adresse : Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982. Voir également mon mémoire de fin de second cycle, Misha Uzan, Images d’Israël et compréhension du conflit israélo-arabe par les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, 2007

[2] Sur ces termes scientifiques, plus objectifs que ceux utilisés traditionnellement par presque tout le monde, voir l’article cité plus haut

[3] J’explique le terme d’a-sionisme dans l’article cité plus haut, un a-sioniste n’est ni sioniste, ni franchement antisioniste

[4] Par ce terme, il ne s’agit pas de pointer du doigt la population d’origine arabe, qui, même si elle est majoritairement hostile à l’Etat, n’est pas monolithique. Le terme ‘arabiste’ désigne justement ceux qui se rallient au nationalisme expansionniste arabe (qui comprend diverses variantes : palestiniste, nassériste au temps de Nasser, Baassiste, etc). Pour comprendre un peu mieux ces idéologies, on peut se référer à mes articles ou, par exemple, à l’ouvrade Fereydoun Hoveyda, Que veulent les Arabes ?, Paris : Editions Page après Page, 2004

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 13:55

 

Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

 

Dans mon étude sur  Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982[1], en 2007-2008, j’ai montré en quoi la structure de la pensée intellectuelle en France n’a pas évolué depuis 40 ans. C’est à partir des années 60 que se sont forgées les conceptions du conflit, qui se sont imposées dans les années 70, et qui prévalent encore aujourd’hui. Au fil de l’actualité j’ai souvent l’occasion de constater ces mêmes idées répétées sans fin, sans changement, sans autre éventualité, sans nouvelle option ou alternative envisagée par la sphère intellectuelle et/ou médiatique.

 

Rabbi Dov LiorDes petits moments de l’actualité sont pour l’observateur des révélateurs. Les manifestations des religieux nationaux en soutien au Rav Dov Lior en sont un nouvel exemple flagrant. Dans un article pour l’UPJF, Pierre Ithsak Lurçat évoque la dépêche AFP du 5 juillet publiée par Marius Shattner, correspondant de l’agence en Israël depuis vingt ans. Le journaliste titre « Israël, le spectre de la théocratie ». Malgré le caractère périphérique et minoritaire que représente un tel mouvement dans l’ensemble de la société, selon lui le Moyen-Orient connaîtrait deux tendances contraires : démocratisation et laïcisation des pays arabes, contre « théocratisation » en Israël… Et le ton accusateur est de mise. On admire les pays arabes supposés se démocratiser, on méprise Israël vers la voie de la théocratisation.

Cette forme de pensée est évidemment plus que contestable, elle n’est rien d’autre qu’un procès d’intention et un préjugé. Pour l’heure Israël est une démocratie, les pays arabes ne le sont pas. Pour l’heure Israël n’est pas une théocratie, certains pays arabes le sont. Pour l’heure si le poids du religieux en Israël peut faire l’objet d’une contestation (et nous ne gênons pas pour le faire : Israël : une coalition, un week-end et le poids du religieux), celui de l’islam dans les pays arabes est encore plus fort. Pour l’heure donc, un démocrate laïque devrait encenser Israël au Moyen-Orient et décrier les pays arabes ou du moins s’abstenir de les soutenir. Les encourager certes à devenir des démocraties, mais critiquer leurs régimes (et rien n’est encore fait en Tunisie ou en Egypte, deux pays seulement sur 22 membres dans la Ligue arabe) et la place qu’y prend le religieux. Pour l’heure un démocrate laïque devrait favoriser Israël et non les pays arabes dans ses voyages, ses investissements, ses dons (voir à ce sujet notre autre article Visiter israël, ou pas : un etat pas comme les autres ?). Force est de constater que ce n’est pas ce qui se passe. Sans doute par préjugés, sans doute aussi par hostilité envers Israël chez certains, qui lui préfèrent ces voisins arabes (même lorsqu’ils sont dictatoriaux, racistes, antisémites, oppresseurs des minorités ethniques et religieuses et véritables colonisateurs) et sans doute aussi, selon l’expression consacrée, parce qu’on ‘’attend toujours plus d’une démocratie’’. Nous avons consacré par ailleurs un article à cet illogisme des faux démocrates en perte de valeurs morales et qui n’ont pas le sens des priorités au niveau mondial (voir sur ce point :L'illogisme de l'exigence démocratique).

 

Jean-Lacouture.jpgMais surtout, cette idée de démocratisation des pays arabes s’opposant à une théocratisation d’Israël n’est pas nouvelle. Une analyse trop rapide des événements en Egypte et en Tunisie et quelques préjugés anti-israéliens mènent précipitamment à ce type de conclusion et de pensée. Un retour en arrière, même anecdotique, peut nous aider à prendre les choses avec toute la mesure nécessaire. En 1974, il y a 37 ans déjà, dans une interview pour le magazine L’Arche avec Victor Malka, un intellectuel spécialiste des pays arabes et « ami des Arabes » selon ses dires, le grand Jean Lacouture, prédit exactement la même chose[2]. Selon lui les pays arabes allaient vers plus de démocratie et de laïcité tandis qu’Israël se théocratisait. On voit que Marius Shattner n’a pas fait dans l’originalité. C’étaient déjà les propos d’un intellectuel dit spécialiste en 1974. Cinq ans plus tard éclatait la révolution islamique en Iran avant que ne se dévoile la montée islamiste du Maghreb à l’Indonésie, puis jusqu’à l’Europe, jusqu’au 11 septembre et Al-Quaïda et jusqu’aux questions récurrentes que pose la montée de l’islam fondamentaliste aujourd’hui dans les pays démocratiques tout comme dans les pays non libres ou semi-libres, bref à l’échelle mondiale. Sauf à dire que Jean Lacouture parlait d’un futur très lointain et se livrait à un exercice de science fiction, mais alors vraiment prophétique, on peut dire avec certitude qu’il s’est largement mis le doigt dans l’œil.

 

Alors certes, la démographie des ultra-orthodoxes et des nationaux-religieux est plus forte en Israël que celle des laïcs, certes selon une étude de l’université de Haïfa publiée il y a quelques mois, en 2030 sur le plan démographique, si les choses se poursuivent telles quelles, les personnes se définissant comme religieuses, seraient majoritaires en Israël. Mais ce ne serait qu’autour 2030 et Shattner se ferait donc prophète. Et puis la démographie n’est pas une science exacte tout comme la croyance religieuse n’est pas une science. L’immigration, la force de l’idée laïque ou simplement la foi en la démocratie y compris chez des Juifs observants peuvent faire drastiquement évoluer les choses. Qui sait de quoi l’avenir est fait ?

 

Enfin, remarquons encore qu’il est curieux que l’augmentation des religieux en Israël ou simplement leurs actions sociales soient aussitôt assimilées à la théocratisation du pays, tandis que les mêmes qui le crient sur les toits au sujet d’Israël, se retiennent bien de parler d’islamisation en Europe ou ailleurs malgré l’augmentation du nombre de musulmans et la progression de la pratique de l’islam sur les populations. Dans un précédent article nous parlions de Deux poids deux racismes, face à cette pensée de deux poids deux mesures il conviendrait peut-être ici de parler de deux poids deux religions.

 


[1] (Et avant cela dans mon mémoire de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et compréhension du conflit israél-arabe par les intellectuels français, Paris : IEP, 2007)

[2] Victor Malka interview Jean Lacouture, « Pour la banalité laïque d’Israël » in L’Arche, n°206, mai 1974. Nous analysons la portée de cet article dans notre mémoire de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et compréhension du conflit israélo-arabe par les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, 2007. Sur Jean Lacouture, voir aussi notre commentaire critique du livre de Mahmoud Hussein, les arabes au présent

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 17:03

 

Par Misha Uzan : http://mishauzan.over-blog.com

 

 

Tunisie, Egypte, Yémen, Jordanie, Iran, Bahreïn … ça commence à faire beaucoup. Et il y a encore plus à parcourir. On n’a rien compris en Tunisie, on n’a rien compris en Egypte, on n’a rien eu le temps de comprendre au Yémen, ni en Jordanie, mais tout le monde s’y ai mis. Pas totalement mais un peu quand même.

IranA ceux qui disaient ‘Encore un coup des islamistes’, voilà que l’Iran s’y met aussi et paraît démontrer le contraire. Mais c’est vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, encore une fois. Les libéraux iraniens n’ont pas attendu leurs partenaires tunisiens et égyptiens avant de se mettre au travail, ça fait longtemps qu’ils manifestent et s’opposent au pouvoir. Mais avec moins de succès. Il faut rappeler que les deux leaders qui sont tombés jusqu’à présent, Ben Ali et Moubarak, n’étaient pas des islamistes. Bien au contraire ils incarnaient le pouvoir arabo-musulman laïc, si l’on peut s’exprimer ainsi. La constitution reconnaissait l’islam comme religion officielle, les tribunaux la charia, l’islam était le fondement défendu de la société mais ils n’ont pas dirigé un Etat islamique comme l’Iran en est un. Ben Ali a chassé les voiles de l’université, et Moubarak comme avant lui Sadate, et même le grand leader du panarabisme Nasser, ont emprisonné et pourchassé les Frères musulmans et les grands leaders et penseurs du jihad mondial tels Sayyid Qutb et Ayman al-Zawahiri. Alors que faut-il penser de cette reprise des protestations en Iran ? Manifestations à inscrire dans la lignée de l’opposition libérale iranienne ou dans celle des protestations commencées en Tunisie puis en Egypte ? A nouveau personne n’en sait rien. Il n’y a de Dieu que Dieu diraient certains, et lui seul connaît l’avenir. Mais aucun commentateur ne peut vraiment s’y aventurer. En tout cas on peut penser avec plus de certitude que les manifestations en Iran ont bien une couleur libérale.

 

Bahrein.jpgPeut-on en dire autant au Bahreïn ? Eux-aussi s’y mettent et c’est pour ça qu’on n’y comprend encore moins. Cette fois ce sont des manifestations chiites qui protestent contre le roi sunnite. 70% de la population est chiite tandis que le roi Hamad Ben Hisa El Halifa est sunnite. L’influence du grand frère chiite iranien ? Encore une question sans réponse. En tout cas le roi, lui, a eu une réponse des plus efficaces. Il a promis 1000 dinars, soit environ 2600 dollars à chaque famille. 2600 dollars ? Ca sert d’être un roi du pétrole. 2600 dollars pour quelques manifestations, c’est bien payé la manifestation au Bahreïn, plus qu’en France. Il faut croire aussi que les manifestations sociales au Bahreïn ont plus de poids qu’en Israël, où ça ne fonctionne que très peu et où tout le monde continue à cravacher (voir par exemple Etre juge en Israël). L’architecture se ressemble en tout cas. Au Bahreïn avec les petites maisons un peu mal foutues et les constructions de hautes tours, on se croirait franchement à Tel Aviv-Jaffa. Mais il n’y a qu’au Bahreïn qu’on peut se permettre de tels élans de générosité financière. Tours-au-Bahrein-copie-1.jpgEt puis à en croire Halil Ibrahim El Marzouk un parlementaire de l’opposition chiite, la population ne voudrait pas un renversement du régime mais simplement qu’on entende plus sa voix. Elle l’avait d’ailleurs déjà fait savoir il y a environ six mois, au travers d’autres manifestations. Mais c’était avant la Tunisie, et avant l’Egypte. Alors le roi du Bahreïn préfère lâcher l’argent tout de suite. D’autant que c’est un Etat dit semi-libre, donc un peu moins répressif. Un élément qui, ajouté au profil de la population, très ultraconservatrice, fait bel et bien douter de la théorie de l’élan démocratique. Un élan d’opposition peut-être, une soif d’argent sans doute, ou une poussée chiite, mais un vent démocratique, c’est peu probable.

 

En septembre 2001 dans un message télévisé, Oussama Ben Laden indiquait que « le vent a soufflé sur la péninsule arabique », cette fois il est allé jusqu’au golfe persique. Mais quel type de vent ? Pas de mistral ou de tramontane dans la région. Mais un vent chaud ou un vent froid ? La saison ne permet pas de le savoir. En hiver le vent peut rafraîchir mais il existe des vents du désert qui déferlent sur les villes même en hiver et qui donnent une impression de chaud-froid. On connaît le Hamsin, le sirocco, le Sharaf. On ne sait alors plus sur quelle jambe danser.

Les Tunisiens en tout cas, ont décidé de danser sur celle des Juifs. On avait déjà mentionné les manifestants en Egypte qui n’avaient pas raté l’occasion de s’en prendre à Israël, ainsi que les actes de vandalisme qui ont touché une synagogue dans le sud de la Tunisie (voir C’est encore la faute aux Juifs). Cette fois on fonce directement sur la grande synagogue de Tunisie. (Voir la vidéo ci-dessous). Une très belle synagogue qui plus est. Mais c’est probablement contre des murs vides que ces enragés crient leur haine. Car il ne reste plus beaucoup de Juifs en Tunisie depuis bien longtemps. Les responsables de la mini-communauté restante ont raison de s’inquiéter. A deux et demi ils ne tiendront pas longtemps. C’en sera fini définitivement de la présence juive en Tunisie, qui après 2000 ans, aura définitivement cédé à la colonisation arabo-musulmane. Les manifestants auront eu ce qu’ils veulent. Mais que veulent-ils exactement ? Encore une question sans réponse. Dans leurs cris on entend aisément le mot juif (Yahud), probablement pas pour crier ‘Vive les Juifs’. On entend aussi leurs allégations à Dieu (le fameux Allah Akbar). Les manifestants sont qualifiés d’islamistes. On remarquera néanmoins le peu de barbus. Et ceci peut en dire long sur la haine raciste dans les pays arabo-musulmans. Pas besoin d’être un islamiste barbu pour s’en prendre aux Juifs. On peut avoir le portable dernier cri, être bien rasé et paraître tout à fait moderne. Marwan Barghouti par exemple, de sa prison israélienne, pays dont il a reçu toute son éducation, appelle aussi les Arabes de la région à se soulever … contre Israël. Ce serait plus intéressant de se soulever contre le Hamas, on n’y verrait pas un signe islamiste au moins, mais non ! Rien à faire, barbu ou pas, islamiste rigoriste ou pas, on n’en reste pas moins porté par une haine et une idéologie moyenâgeuse. Au lieu de s’en prendre à la minuscule communauté juive, les manifestants tunisiens auraient mieux fait de partager avec eux un agréable repas tunisien : un casse-croute tunisien, un peu de fricassés et peut-être même un peu de praïla[1]. Au lieu de cela ils ont préféré accuser les Juifs, c’est sûr c’est plus facile que de préparer les grains du nikitouche[2].

 

Voir tous les articles de Misha Uzan sur http://mishauzan.over-blog.com

 



[1] Spécialité tunisienne.

[2] Idem

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 23:07

Par Misha Uzan

Publié sur le site http://ripostelaique.com

 

 

Article à mettre en lien avec notre précédent article : Les fausses « révolutions arabes ».

 

Ben-Ali.jpgHosni-Moubarak.jpgBen Ali a chuté. C’est fait aussi, Moubarak a chuté. Il a mis un peu plus de temps, avec un peu plus de dignité, mais il est tombé. On entend plus que ça, on ne parle plus que de ça. Mais on répète inlassablement les mêmes choses, les mêmes suppositions, les mêmes espoirs, les mêmes peurs, les mêmes doutes. On parle au futur, au conditionnel, parsemant son discours de peut-être. Car personne n’a rien compris à ce qui est arrivé et personne ne peut absolument prévoir ce qui adviendra.

 

Les spécialistes n’ont rien vu venir et les autres non plus.

Deux camps s’affrontent aujourd’hui en matière de pronostics. On pourrait définir deux idéaux-types wébériens, c’est-à-dire deux façons globales et presque caricaturées de voir les choses.

 

Il y a d’abord les islamo-sensibles, plutôt pessimistes : ce sont ceux qui ont peur des islamistes, ceux qui s’en méfient et en voient beaucoup, pour ne pas dire partout. Pour eux, seuls les islamistes risquent de tirer profit des situations houleuses. Ils sont un peu moins nombreux en Tunisie a priori, mais on sait qu’ils ont une force d’action terrible, et une force idéologique qui s’appuie sur l’islam et ses fondamentaux. En outre, l’islam c’est ce qui a fondé les Arabes en tant que peuple (la question des Arabes chrétiens ne changent pas le problème, inutile de rentrer dans les détails). Si l’Europe avait pour fondement le christianisme, elle piochait également dans une culture gréco-romaine et dans des cultures païennes locales. Mais elle a su aussi à travers les siècles, et bien que les spécialistes ne s’accordent pas sur son origine, créer une contre culture, une culture politique contre religieuse voire antireligieuse, une culture libérale, une culture laïque puis démocratique. Des pays à culture musulmane peuvent-ils faire sortir d’eux-mêmes une telle contestation ? Les islamo-sensibles ne le pensent pas. Tout au plus les pays arabes peuvent-ils bénéficier de l’exemple occidental. Mais pour un islamo-sensible, la situation en Occident et dans les pays musulmans aujourd’hui n’est pas propice à une telle évolution. Les islamistes ont trop fait de bruit, ont récolté trop de respect et pas assez d’opposition, ni dans les pays musulmans, ni parmi les populations musulmanes occidentales. On ne comprend donc pas d’où viennent, et où vont les révoltes en Tunisie et en Egypte ? Si elles ont une inspiration démocratique, elle est trop faible, mal implantée, pas assez définie. A terme les démocrates ne prendront donc pas le pouvoir, ou bien ils tomberont vite, très vite. Un islamo-sensible peut aussi penser à une vaste orchestration islamiste, iranienne ou pas, ou simplement à une poussée islamiste contrôlée, et il faut le reconnaître, bien menée, car discrète. Les prières de rue en Egypte ne leur donnent pas bon espoir, les islamistes qui se sont rasées la barbe donnent du poids à l’argument de la manipulation, la popularité des Frères musulmans le renforce, etc.

 

 

Et puis il y a les sur-optimistes, parfois islamophiles, parfois arabophiles, souvent naïfs mais porteurs de bon espoir. Eux non plus ne savent rien de ce qui peut se passer en Tunisie et en Egypte, ni ailleurs dans les pays de colonisation arabo-musulmane, mais pour eux, il ne peut en sortir que du bien. Ce sont ceux qui se sont extasiés devant les événements en Tunisie et en Egypte, mais qui ne les avaient jamais vraiment critiqués avant. Ce sont ceux qui crient déjà à la liberté et à la démocratie dans ces pays, et dans tous les pays arabo-musulmans. Ce sont ceux qui comparent un peu facilement la chute de Ben Ali et de Moubarak à la chute du rideau de fer. Ce sont ceux qui ont tout de suite prétentieusement parlé de l’échec de la théorie du conflit de civilisations. Sans prendre un peu de recul, ces sur-optimistes sont montés vite au créneau. Et tant qu’aucune décision majeure n’est prise en Tunisie et en Egypte, tant que rien de nouveau ne se passe, ils seront convaincus du bien-fondé de leur pensée.

 

Les islamo-sensibles en attendant, attendront, encore une fois. On ne fera plus que d’attendre.

Le problème est qu’on risque d’attendre longtemps. On sait tout d’abord qu’une révolution peut prendre du temps. Il y a le temps du renversement, et le temps de la reconstruction. Mais quel type de reconstruction ? Je le répète à nouveau, personne n’en sait rien. C’est une avancée vers le vide, un mouvement plutôt, mais vers quoi ?

Les Tunisiens ont fait tomber le régime corrompu de Ben Ali, mais on l’a gentiment poussé vers la porte et il est parti. Et après ? Les Egyptiens ont fait tomber Moubarak, mais ont-ils fait tomber le régime ? On a vu des oppositions contre un homme mais pas de révolution intellectuelle ou de changement structurel majeur. Sans chasser violemment leur ancien chef, les militaires n’ont pas osé le défendre coûte que coûte. Mais ils sont restés en place. Quels ont été les vrais fondements de ces mouvements ? Faire tomber un homme, et c’est tout ? Amener la liberté, la démocratie ? Les islamo-sensibles n’y croient pas, les sur-optimistes si, mais ces notions-là ne tiennent pas à un homme uniquement. Elles tiennent à un ensemble. Les révolutions occidentales ont pu naître de la faim (révolution française) ou d’une volonté d’indépendance (révolution américaine), ce sont des théories crédibles, mais même leurs plus grands partisans (sauf les historiens marxistes qui se sont entêtés dans une application stricte du matérialisme historique) n’oublient pas qu’elles ont pu s’appuyer, avant et après, sur des idées, sur le mouvement des lumières, ainsi que sur des constructions économiques et politiques propres à l’époque.

 

Mais où sont les lumières islamiques ? On pourra toujours citer quelques intellectuels musulmans considérés comme modérés ou réformateurs, on en trouvera peut-être un peu plus en Tunisie et en Egypte si on les cherche bien, mais on ne voit pas de mouvement d’ensemble comparable aux lumières du XVIIIe siècle ou à la Haskalah juive par exemple. Bien au contraire, c’est en Turquie qu’on a pu voir quelques tentatives de transformation de l’islam en religion plus moderne et éclairée. Mais restés marginaux ils ne font pas bouger le pays, qui au contraire tend vers un retour à la religion classique, chassée avec force par Atatürk.

 

C’est pour ça qu’on ne comprend rien à ces mouvements. Par défaut on les a appelé « révolutions ». Par défaut aussi les manifestants ont souvent repris ces termes, sans y mettre parfois le même sens (voir à ce propos Bat Ye’Or, L’Europe et le spectre du califat). Tout ce qu’on a vu ce sont des chutes. La suite risque d’entraîner moins de ferveur. Si ni les islamistes ne sont pas en état de prendre le pouvoir (ce qui n’est pas sûr) et si les démocrates ne sont pas en position de créer de toute pièce la première et vraie démocratie dans un pays à dominante arabe (ce qui demande la suppression d’un certain nombre de règles impérialistes et racistes comme on en a parlé dans Les fausses « révolutions arabes »), la situation peut déboucher sur des régimes d’entre-deux. Un pouvoir qui n’est pas réellement démocratique mais qui laisse un peu plus de choix, une dictature molle, une monarchie traditionnelle, un pays qui n’est pas entièrement privé de liberté mais qui l’est en partie. On connaît la répartition des pays comme libres, non libres et semi-libres. L’Egypte et la Tunisie pourront donc passer du statut de pays non libres à celui de pays semi-libres. Après la fausse révolution, la fausse solution. Le Qatar et les Emirats arabes unis sont des pays classés semi-libres par exemple. Ceci ne les empêche pas de pratiquer des formes d’esclavage moderne, et de soutenir des causes et des idéologies très douteuses. Ces fausses solutions ne changeront pas non plus le caractère impérialiste et raciste des pays à dominante arabe, la répression des minorités et leur effacement de la région. Mais personne ne s’en souciera, guère plus qu’ailleurs. Et sait-on jamais, la Tunisie et l’Egypte pourront être choisis éventuellement pour accueillir la coupe du monde de football ou les jeux olympiques d’été. Tout le monde s’en accommodera.

Reste que l’un comme l’autre ne disposent pas de la puissance financière des Emirats ou du Qatar. C’est pourquoi on ne peut pas non plus exclure une addition un peu plus salée.

 

 

Voir tous les articles de l’auteur sur son blog : http://mishauzan.over-blog.com)

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