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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 18:46

Israël Lichtenstein, L’Incirconcis, Bonchamp-Lès-Laval : Berg International, juin 2005, Collection Un Monde à part, p.79

 

 

 Israël Lichtenstein. L'incirconcis

 

L’incirconcis est un tout petit livre, 79 pages à peine, de tout petit format, pour une petite histoire, presque un conte, mais plus triste, plus tragique. On l’aura compris c’est l’histoire d’un incirconcis. Un homme, François Robert, juif orthodoxe typique, grosses chaussettes blanches, longue barbe, grand chapeau, caftan noir, qui vit à Paris lorsqu’éclate la seconde guerre mondiale. Loin des juifs cachés et perfides, disait-on, que l’étoile jaune devait faire appraître en plein jour, François Robert est un juif on ne peut plus visible. Pourtant François Robert, comme ses aïeux, tous nommés comme lui, n’est pas circoncis. Paradoxe pour un juif observant, philosophe, savant talmudiste, et « accessoirement sacrificateur rituel ». Paradoxe d’une histoire familiale qui lui sauvera néanmoins la vie.

 

Il survivra donc comme acteur de théâtre comique avec son ami de cellule, François de la Roche-Brisay, un rebelle à sa famille pétainiste. La guerre passe entre pièces pour faire rire les nazis et résistance dans un réseau de la ville de Serres. Aussi nos deux amis nous font connaître Régine, les Astrugon ou Anselme. L’histoire évolue ensuite vers la fin de la guerre, les souvenirs, les souffrances, la France qui se reconstruit, et la recherche de ses racines, de ses origines. Au détour d’un personnage ou d’un événement, on découvre parfois l’histoire des communautés juives en France, des massacres de 1348 à Serres aux faits de la guerre en passant par les marranes de Provence. Mais faute d’être plus long, l’histoire tourne court à chaque fois. D’une part car le livre est en fait trop court, trop limité. D’autre part car il aurait gagné à se focaliser sur le personnage de François Robert, et à n’élargir aux autres personnages qu’à partir de ce dernier. En abordant L’Incirconcis je m’attendais à un récit proche mais à une autre époque dans d’autres lieux, de celui du Dernier juif de Noah Gordon, qui raconte l’histoire d’un juif espagnol qui réussit à rester en Espagne après l’expulsion de 1492 sans se convertir. Au lieu de cela, l’auteur nous fait changer de petite histoire trop souvent pour un si petit livre, axant le récit sur un autre personnage avant de le relier à François Robert ou à François de la Roche-Brisay en dernière instance seulement. C’est en fait approché de telles manières que c’est parfois tout simplement difficile à suivre. Par ailleurs ceci diminue l’importance des deux François, qui n’en restent pas moins sans équivoque les personnages principaux. Mais au fond cette façon de procéder prive le lecteur de détails plus profonds sur les deux hommes, tout comme elle le prive de descriptions de sentiments, de pensées, de réflexions ou de parcours qui font la beauté d’un ouvrage.

 

A cause de tout cela, on reste constamment sur sa fin et l’ouvrage apparaît en réalité comme une ébauche. C’est fort dommage, car le thème abordé, le contexte et l’écriture ont plutôt de quoi faire un bon roman.

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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 17:54

Marek Halter, Le Vent des Khazars, Paris : Robert Laffont, avril 2001, 357 pp.

 

 Marek Halter . Le Vent des Khazars

Quelle grande épopée que celle des Khazars ! Une tribu semi-nomade au nord de la mer noire et de la mer Caspienne que certains aujourd’hui encore dans le Caucase appellent la Mer des Khazars. Une tribu dite d’ethnie turque qui fonda au 7e siècle un royaume, le royaume des Khazars. Un royaume entouré des Slaves, des Hongrois, de la Perse, de l’Empire byzantin puis de l’Empire islamique. Peuplade dont l’existence est attestée entre le 7e et le 13e siècle, elle retint le regard de grands auteurs comme Yehouda Halevi ou Arthur Koestler. Pour une grande raison : au 8e siècle, Bulan le Khagan des Khazars, encerclé par les chrétiens d’Orient et les musulmans, choisit pour religion dans son royaume : le judaïsme.

 

 

Lui aussi grand auteur, grande figure du monde, Marek Halter retrace leurs aventures dans un roman passionnant qui mêle thriller, fiction et histoire. L’écriture est belle et limpide, le style fluide, la lecture aisée et attrayante. On reconnaît dans un tel livre ce petit quelque chose qui fait la réputation de certains grands écrivains.

 

Tour à tour on suit l’épopée de Khazars du Xe siècle et l’enquête historique menée par Marc Sofer, un auteur contemporain qui fait évidemment penser à Marek Halter lui-même. On est alternativement à Sarkel en 939 avec la belle princesse Attex, la Kathum, et sa servante Attiana, puis à Montmartre en l’an 2000 avec Marc Sofer, interrogé par des journalistes sur son dernier livre. On lit dans un chapitre les aventures du Prince Joseph et de Borouh, le Beck, son éducateur en combat ; puis dans un autre l’histoire d’un écrivain sur les traces des Khazars. D’un côté Marc Sofer veut tout savoir sur l’origine d’une pièce frappée au Xe siècle que lui a remis un certain Yakubov, un Juif des Montagnes, de l’autre Benjamin le père du Khagan prépare son petit-fils à sa bar mitsvah, la majorité juive. Dans un temps l’écrivain part à Oxford puis à Bruxelles à la recherche des traces des khazars et à la poursuite d’une belle rousse, dans un autre temps on est entraîné à la forteresse Sarkel-la-Blanche, entre Petchénègues, Byzance et Russes au nord. Les deux histoires s’alternent, se complètent et petit à petit se rejoignent. Marc Sofer part d’abord à Bakou en Azerbaïdjan, guidé par Mikhaïl Yakovlevitch Agarounov, Président de l’association des Juifs des montagnes. Puis on l’amène à Sadoue en Géorgie. Il pense à cette belle fille dont il ne sait rien mais qu’il voit partout et qui le devance à chaque fois. Il pense à ces attentats, à ces bombes qui ont fait sauter des champs de pétrole dans la région et dont un groupe, le « Renouveau Khazar » se dit responsable. Marc Sofer est un voyageur moderne. Isaac Ben Elézer lui, est venu d’Espagne pour porter au Khagan des Khazars, la lettre de son rabbin Hazdaï Ibn Shaprut. Avec ses amis Saül le commerçant et Simon (le veuf), il rejoint Sarkel puis Itil et trouve sur son chemin le fils du Khagan, Hezekiah, le rabbin khazar et Attex la Khatum. Un amour aventureux et sauvage naît entre la Khatum et le voyageur comme entre Sofer et sa belle rousse. Séparés par des chapitres au début du roman, les deux histoires ne font bientôt plus qu’une, les dialogues se mélangent, les noms, les villes, l’imagination se croisent. A plus de mille ans d’écarts, les deux chemins mènent à la grotte des Khazars, celle qui contient les secrets d’une civilisation disparue qui s’éteint sous les gisements de pétrole.

Avec talent Marek Halter construit un roman de 357 pages, bien mené, ni trop long ni trop court. Le livre depuis sa couverture nous fait voyager de Mâcon à Borjomi, en passant par Tmurtorokan, Londres, Sadoue, Bruxelles, Sarkel, Itil ou Quba en Azebaïdjan. Ici pas de grand débat sur l’origine khazare des Juifs ashkénazes lorsque leur royaume s’effondre, Le Vent des Khazars est simplement le roman d’une grande aventure. Dans un livre comme Le Fou et les Rois (Albin Michel, 1976), Marek Halter témoigne de sa naïveté dans le domaine politique, ici en littérature il en ironise et c’est même bien venu.

 

Un beau roman, une belle histoire, un bel écrit, une belle lecture, une grande aventure !

 

 

En savoir plus :

Yehouda Halevi (1080-1140), Sefer Ha Kuzari (Le livre du Khazar : Dialogue entre un roi Khazar et un sage juif), Cordoue, 1140

Arthur Koestler, La treizième tribu, Paris : Calmann-Lévy, 1976

Szyszman Simon, Les Khazars : problèmes et controverses, Paris : Extrait de la Revue de l’histoire des religions, 1957

D.M. Dunlop, The history of the Jewish Khazars, Princeton, 1954

Jacques Sapir, Jacques Piatigorsky (dir), L’Empire khazar. VIIe-XIe siècle, l'énigme d'un peuple cavalier, Paris, Autrement, coll. Mémoires, 2005

Kevin Alan Brook, The Jews of Khazaria, 2e édition, Lanham, MD: Rowman and Littlefield, 2006.

Marc Ferro, Les Tabous de l'Histoire, Nil, Paris, 2002 (chapitre: Les Juifs: tous des sémites ?)

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 23:45

 

Bret Easton Ellis, Les lois de l’attraction, Paris : Domaine étranger 10/18, janvier 2008 (nouvelle édition), [1e édition en 1987], [1e édition en français, juin 1990], traduit de l’américain par Brice Matthieussent

 

  Bret Easton Ellis. Les lois de l'attraction

 

C’est bien de l’Américain et non pas de l’Anglais qu’est traduit ce livre. Et bien que mon anglais ne soit pas mauvais, je ne suis pas sûr que j’y aurais compris grand-chose en le lisant dans sa langue d’origine. Car c’est une véritable langue de jeunes, que dis-je de « jeun’s », qu’on lit ici. La langue de jeunes universitaires d’un campus fictif d’art et de lettres du New Hampshire en 1985.

 

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Bret Easton Ellis est l’auteur de Moins que zéro et d’American psycho. La plupart de ces livres, voire tous, sont adaptés au cinéma. C’est un auteur au succès international, perçu comme l’auteur de chefs d’œuvre et un écrivain de génie de la littérature contemporaine. Il est né en 1964 à Los Angeles, ce qui signifie qu’il na que 23-24 ans à la sortie de son deuxième livre ici en question.

 

Il est jeune et écrit jeune. Ce livre et ses livres en général, déroutent. C’est, comme souvent, de l’Amérique dite conservatrice, que sort un auteur à l’écriture légère, décrivant une société permissive où le mode hippie — sexe, drogue et rock n’roll— est toujours autant à la mode. A la seule différence que le rock n’roll est remplacé par de la musique des années 80.

 

Disons-le, Les lois de l’attraction peut ne pas plaire à tout le monde. Il peut tout à fait choquer. Il choque. Il choque d’abord par son style, son écriture. C’est un langage jeune parlé. On n’y dit pas « qu’est-ce qui se passe » mais « keskiss passe » ou « kess que tu dis ». On appellerait cela aujourd’hui du langage texto. On ne dit pas « dit-il », mais « il dit ». On ne dit pas « faire l’amour » mais « baiser ». Et on y « baise » énormément.

 

Les amoureux de la belle littérature traditionnelle et du beau parler détesteront. Mais c’est là tout le débat. Car le livre a du ressort, sans aucun doute.

 

Les fans de la musique 80’s aimeront les références à REM, Phil Collins, Peter Gabriel, les Dire Straits, Huey Lewis and the news ou encore les Talking Heads. Je dirais même qu’il faut être un vrai spécialiste de la période aux Etats-Unis pour connaître tous les groupes, les chansons et les films qui y sont référés.

 

Ceux qui apprécieront ce livre, et peut-être tous ceux de Bret Easton Ellis, sont les lycéens et universitaires qui aiment la vie étudiante faite de débauche, de fête et de baise. Excusez du ton ! Et même ceux qui ne la pratiquent pas, qui n’en rêvent pas ou n’y pensent pas vraiment, souriront quand même. Même si l’auteur y va très fort en nous décrivant un campus où la tromperie sexuelle, la drogue (coke, extasie, shit, etc.) et les conneries sont absolument partout. Ils sont la règle.

Tous les jeunes qui n’aiment pas beaucoup lire, s’amuseraient sûrement avec un tel livre.

Car il y a quelques scènes assez tordantes qui leur rappelleraient peut-être des souvenirs.

Celle où Sean Bateman par exemple, l’un des trois personnages principaux, est interrogé par son professeur alors qu’il n’a rien suivi. Questionné sur le sens d’un paragraphe qu’il n’a évidemment pas lu, il cherche, tant bien que mal à se sortir de cette honte en baissant la tête sans rien dire, en se disant que, lassée, la prof finira bien par écouter la réponse de quelqu’un d’autre. Et puis, dans l’embarras, il dit exactement le contraire du sens du texte.

 

Celle où Paul, un homosexuel amoureux de Sean, lui-même bi-sexuel, dîne avec sa mère, Richard son ami d’enfance, et la mère de Richard. Et que Richard, lui aussi homosexuel, s’amuse à humilier les deux femmes en prononçant des insanités et que Paul, lui, se marre.

 

On s’amuse aussi à chaque fois que Sean, à court de réparti, lance un grand « rock n’roll » sans aucun sens.

On rit aussi lorsque Paul se met à courir en voyant Sean, sans comprendre lui-même pourquoi il court.

 

On sourit toute la scène où Sean (à son grand désespoir) suit Lauren dans une réunion de quelques personnes, qu’elle appelle « soirée » et où le snobisme règne, où celui qui n’a pas lu le dernier livre « in » est un plouc et où les débats sont on ne peut plus pédants.

 

On sourit face aux thèmes des soirées. La « soirée du prêt-à-baiser » par exemple que même le lecteur attend presque avec impatience, la soirée en toge, celle où Stuart se rend sans qu’il sache trop pourquoi en sous-vêtement et se lance devant tout le monde dans une petite danse complètement délirée en caleçon.

 

On sourit peut-être devant l’absurdité de certaines répliques un peu érotiques ou carrément pornographiques. On fait de même face à certaines rencontres, comme celle de ce Coréen étudiant en art qui ne peint que des « autoportraits de son pénis ».

 

On s’amuse, on sourit ou bien on est choqué face au vocabulaire employé, puisqu’ « on baise » à tout va, « se tire » des filles et des garçons, « on se pique », « on se came », et j’en passe … et on ne fait que ça !

 

On est encore sous le choc lorsque Lauren, la fille principale du roman, perd sa virginité dès le début du livre, complètement défoncée, avec ce première année, ou peut-être cet autre garçon, ou cet autre … bref elle ne sait plus qui car elle a trop bu et trop fumé, mais elle se souvient qu’ils étaient deux.

 

Voilà un peu le tableau des Lois de l’attraction.

American Pie à côté, c’est du gâteau !

 

 

Enfin Les lois de l’attraction c’est aussi un jeu littéraire. Dans la phraséologie, on l’a dit. Mais aussi dans la présentation. On suit les pensées et les dires de chaque personnage par son propre témoignage. C’est-à-dire que chacun est tour à tour narrateur. On a Sean sur une page, puis Paul sur deux pages, puis Lauren sur trois, puis encore Sean sur deux, puis Paul, puis peut-être Stuart, ou Mitchell, ou Eva, ou Judy, etc. L’auteur réalise même un coup littéraire, une prouesse, une blague peut-être, de l’art sans doute avec un peu d’ironie envers ses lecteurs et ses personnages, en laissant une page où Lauren … ne dit rien. C’est-à-dire qu’il est écrit, Lauren, puis rien. La page reste vide. Le livre commence d’ailleurs par un « et c’est une histoire » sans majuscule ni même sans début, et finit par « et elle », bref, sans réelle fin. C’est presque absurde ou existentialiste, sans aucun sens. C’est tout simplement une littérature contemporaine comme à l’image d’une société contemporaine totalement déstructurée.

 

Sean, Paul et Lauren sont les principaux personnages. Paul tombe amoureux de Sean qui se fiche de lui et le largue pour d’autres hommes et surtout d’autres femmes, dont Lauren, dont il devient accro, même s’il la trompe à deux reprises avec Judy, puis avec une suédoise, puis avec son ancienne copine hippie complètement délurée. Mais Lauren aime Victor, qu’elle trompe pourtant à tout bout de champ car il est parti en Europe où il ne se gêne pas aussi pour coucher. En Europe ou de retour à New York. Là où Sean, imite son père en sortie de famille, en couchant avec ses rencontres de bars.

 

Pour conclure Les lois de l’attraction est un livre déroutant, choquant, mais amusant, original, étrange parfois. On ne sait pas même quoi en penser de temps à autre. C’est peut-être aussi ce que provoque ce genre de littérature. Elle montre un monde fait de tous sens, et qui n’a plus de sens, et au final on n’en comprend plus le sens, s’il y a un sens. Enfin vous avez compris le sens de ce que je veux dire…

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 20:02

 

Marek Halter, Les mystères de Jérusalem, Paris : Robert Laffont, 2000

 

Marek Halter. Les mystères de Jérusalem

 

C’est l’un des livres les plus connus de Marek Halter. Une fois n’est pas coutume, Marek Halter insère ici aussi son propre personnage dans sa propre histoire. Dans cet opus, pas de subterfuge, pas d’autre nom, Marek Halter est Marek Halter, un romancier passionné de tradition juive et hébraïque, ce qu’il est dans la vie. On dirait dans un film que Marek Halter joue son propre rôle. En outre les deux narrateurs sont, à tour de rôle, Marek Halter, l’auteur, et Marek Halter, le personnage. Dans un chapitre on lit Marek Halter à la troisième personne, dans un autre à la première.

Pour autant, on ne peut pas tout à fait dire qu’il incarne le personnage principal, d’autres lui sont au moins équivalents. Tom Hopkins, tout d’abord, est le journaliste du « New York Times », qui fait appel à lui pour l’aider dans sa course au trésor. Sa principale, si ce n’est sa seule source pour son remarqué papier sur la mafia russe à Brooklyn, le jeune Aaron, est assassinée. Il laisse à Tom l’ensemble de ses données sur l’emplacement du trésor du temple de Jérusalem, vieux de 2000 ans. Tom fait appel à Marek et tous deux partent pour Jérusalem. Commence alors une course au trésor qui mêle rapidement la mafia russe, les services de sécurité israéliens, le Hamas et un mystérieux groupe qui se fait appeler « Nabuchodonor ». L’Irak serait impliqué et avec elle les secrets sur le premier exil juif à Babylone dès 587 avant notre ère, la fondation de la secte juive essénienne, l’origine de Jésus et celle du christianisme. C’est peut-être plus encore qui se joue dans cette poursuite au trésor et aux textes anciens. Tout ceci sur un fond fait de tensions régionales et d’attentats à la bombe en plein marché de Jérusalem.

 

Du point de vue du suspense, l’ouvrage est réussi. Du point de vue de la recherche historique et archéologique de la période de l’antiquité, c’est franchement passionnant. Même si, contrairement à un autre roman de Marek Halter comme Le Vent des Khazars, on parvient moins à se plonger dans l’imaginaire de l’époque. Le roman en effet, se déroule entièrement à notre époque. Il n’y a qu’un seul retour, en prologue, sur la période des Croisés. C’est par les textes et les réflexions historiques des personnages érudits qu’on essaie, tout comme eux, d’imaginer l’époque. Toutefois, on ne sait dans quelle mesure les textes découverts et abordés se rapprochent de la réalité, et on aimerait presque ce soit de la pure réalité. En outre, le livre de 538 pages évite les longueurs. Un peu d’action, un peu d’histoire, un peu d’amour, de passion et de relations humaines, le tout à sa juste mesure. On s’attache aux personnages : le commissaire Doron, la jeune et belle Orit, le professeur Giuseppe Calimani, Tom et bien sûr Marek. Ce dernier en fait parfois un peu trop avec Jérusalem et son influence naturelle, une passion pour Jérusalem un peu lourde parfois (une passion de touriste, de pèlerin, bref de celui qui n’y habite pas toute l’année) mais ça fait partie du personnage. Tout du moins on voyage un peu à travers les différents quartiers de la ville et quelques coins désertiques du pays. Sans révéler les secrets du roman et bien qu’il soit un peu difficile d’en parler sans entrer dans les détails pour ne rien dévoiler, la confrontation entre Babylone et Jérusalem m’a paru néanmoins surfaite. Parfois peu crédible. La Babylone d’antan n’est plus et les Arabes qui occupent aujourd’hui la Méposotamie n’ont aucun lien de filiation avec celle-ci. Si encore il s’agissait de groupes d’Assyriens, on n’aurait pu apprendre beaucoup sur cette communauté antique aujourd’hui chrétienne, persécutée et réduite au silence par les Arabes. Mais l’Irak de Saddam Hussein n’est ici qu’usurpatrice. D’un point de vue historique, Marek Halter n’insiste peut-être pas assez. Il a voulu faire une intrigue pour un roman, pas un livre d’histoire. Par ailleurs on sait que les rites du judaïsme qui perdurent aujourd’hui furent fondés lors de la diaspora babylonienne. La grandeur du Talmud de Babylone en témoigne. Le regard des Juifs restait néanmoins porté vers Jérusalem. Plutôt qu’opposées, Babylone et Jérusalem, peuvent au contraire être vues comme complémentaires. Il n’y a donc pas de quoi s’affoler de la teneur de certains textes. Mais tout ceci sert à constituer un roman. Je n’en dis pas plus, pour plus de détails, lisez-le livre !

 

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 11:55

Amos Oz, Ailleurs peut-être, Saint-Amand Montrond : Gallimard, 2006 [1966], traduit de l’hébreu par Judith Kauffman, préface de Marc Saporta, titre original Maqome Aher (מקום אחר), 443pp.

 

  Amos-Oz. Ailleurs-peut être

 

 

C’est le premier roman d’Amos Oz, celui qui l’a révélé au public et l’a fait entrer dans le monde de la littérature mondiale. Mais le sujet est bien sûr pleinement le kibboutz. C’est un premier essai sur le kibboutz avant de revenir sur le kibboutz, le kibboutz, et encore le kibboutz. La préface de Marc Saporta, destinée au public français, fait le point sur ce qu’est un kibboutz. On en trouvera aussi une petite histoire ici : http://www.un-echo-israel.net/Histoire-le-Kibboutz.

Il est toujours passionnant de se plonger dans la description d’un univers, avec plus de 40 ans de retard. Publié par Amos Oz en 1966, il y décrit la vie au kibboutz en son temps, soit dans les années 60. Beaucoup de ses livres d’ailleurs retiennent cette période. Le kibboutz a dès lors près de 60 ans puisque le premier d’entre eux, Degania, fut créé en 1909. Mais dans les années 60 il n’est déjà plus au mieux de sa forme, les difficultés économiques, et surtout idéologiques, commencent déjà. Toute l’œuvre d’Amos Oz en est sans doute le meilleur témoignage qui soit. On se référera par exemple à notre analyse d’Un juste repos, autre roman de l’écrivain. Le kibboutz des années 60 n’est donc plus ce qu’il était dans les 20 ou 30, et aujourd’hui il est encore autre chose. Mais peu importe. Pour le plaisir de la littérature et pour le plaisir de découvrir ou d’approfondir l’étude d’un micromilieu israélien à une certaine période, Ailleurs peut-être est au rendez-vous. Et bien ici, pas ailleurs.

 

Amos Oz nous présente donc tous ces amis imaginaires du kibboutz Metsoudat-Ram : Reouven Harich et ses deux enfants, Gaï et Noga ; Ezra Berger, sa femme Bronka, puis les deux frères d’Ezra qui viennent soudainement lui rendre visite au kibboutz, Zakharia-Siegfried (venu d’Allemagne) et Nehemia ; mais aussi Rami, Herbert Ségal, Oren, Herzl Goldring ou encore Frouma, et j’en passe. Tout ce petit monde constitue la communauté du kibboutz. On apprend petit à petit à les connaître même si, bien sûr, certains marquent plus nos esprits tout comme celui du narrateur. Vie en commun, pensées personnelles voire profondes, philosophiques, talmudiques, ainsi que passion : tout est au rendez-vous. Moins idéologique que d’autres Amos Oz, on s’amuse néanmoins avec les poèmes de Reouven et les phrases bibliques d’Ezra. On constate avec moins d’amusement peut-être, mais beaucoup d’intérêt dans la lecture, la vie des deux hommes, plus triste sans doute et surtout peu conforme à la moralité du kibboutz. Loin d’être une société permissive, tout au contraire société incarnant et revendiquant des valeurs de respect de l’autre et de vie en commun, néanmoins en confrontant les hommes et les femmes dans un petit lieu, à toutes les occasions, le kibboutz n’échappe pas à quelques recoupements des plus curieux. Surtout sur le plan amoureux et sexuel. Aussi Reouven a vu sa femme Eva le quitter pour un proche cousin, Yitshak Hamburger, retourné en Allemagne et associé de Siegfried Zakharia, le frère d’Ezra. Mais en dix mois à peine, Bronka la femme d’Ezra, le trompe lui aussi, pour Reouven. Sans pour autant provoquer bagarres ou insultes. Mais les choses se compliquent encore lorsque, sans esprit de revanche pourtant, Ezra est séduit par Noga, la fille de Reouven. Celle que Rami, appelé au service militaire, et de sa génération pourtant, lui croyait destinée. Et les choses s’enveniment encore. Mais sans grossièreté ni vulgarité sexuelle. Comme dans ses autres romans et en commun avec son confrère Avraham B. Yehoshua, Amos Oz sait parfaitement exploiter la sensualité et l’attirance des humains les uns envers les autres pour créer un environnement social particulier qui, quoiqu’on en dise, plaît au lecteur. Comme son confrère aussi, il excelle dans le roman réaliste de la vie. C’est-à-dire qui ne raconte rien, ou presque, sauf la vie des uns et des autres. Et on est charmé !

Un défaut peut-être : à force de varier les descriptions des membres du kibboutz, de leur vie et de leurs habitudes, on est parfois enclin à laisser son regard glisser sur les lettres avec l’impression de ne pas manquer grand-chose, n’y voyant que des détails sur des membres secondaires pour l’histoire. Mais on se réveille tout de même très vite. Ce n’est peut-être pas le meilleur Amos Oz, mais on comprend pourquoi ce fut un début reconnu.

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 11:57

 Avraham B. Yehoshua, Monsieur Mani, Paris : Calmann-Lévy, 1992 [1990], traduit de l’hébreu par Arlette Pierrot

 

 Avraham B. Yehoshua. Monsieur Mani

 

C’est une autre figure de style que nous livre ici Avraham B. Yehoshua. Habitué des jeux littéraires, l’auteur part ici d’un kibboutz du Néguev, au sud d’Israël, en 1982, puis s’en éloigne. Dans l’espace et dans le temps. Mais à l’envers. L’originalité de ce roman consiste en une histoire familiale, la famille Mani, de nos jours à ses débuts. De Roni Mani (1983 - ---) notre contemporain qui vit à Mashavei-Sadé, un kibboutz dans le Néguev, jusqu’à Eliyahu Mani (1740-1807), Yosef Mani (1776-1820) et Abraham Mani (1799-1861), les ancêtres juifs de Salonique, on suit à reculons l’histoire de cette famille. D’un Mani on passe à un Mani et encore à un autre Mani, de Grèce ottomane à la Pologne d’antan puis de la Jérusalem britannique à la Crète allemande et jusqu’en Israël. Comme dans L’incirconcis d’Israël Lichtenstein avec la famille des François Robert, on remonte le temps et la micro-histoire d’une famille juive. Mais Avraham B Yehoshua fait là dans le grand et c’est sûrement ce qui lui a valu le prix de la littérature israélienne pour ce livre à sa sortie. On voyage en effet à travers toute l’Europe et le Moyen-Orient à travers toutes les époques modernes et contemporaines. Et autre figure dans son écriture, l’auteur ne nous retranscrit qu’un monologue à chaque fois. Le livre est divisé en cinq conversations : à Mashavei-Sadé en 1982, à Iraklion en 1944, à Jérusalem en 1918, à Jelleny-Szad près de Cracovie en Pologne, puis à Athènes en 1848. Mais dans chaque conversation nous sont présentés avant tout les interlocuteurs du narrateur, leur famille et leur histoire personnelle, avant d’entrer dans le sujet… puis leurs répliques manquent, sont absentes.

Le livre est bien entendu bien écrit chez un auteur de cette trempe, le thème et les figures sont bien sûr originaux. A partir de là, on a envie d’en savoir plus. Un seul conseil : accrochez-vous ! Gros de 408 pages en grand format, rempli de personnages présents mais muets pour la beauté de l’écrit, constitué de monologues dont il faut parfois deviner le narrateur, ne pensez pas lire ce livre entre chaque page de pub, dans une réunion de famille ou en attendant que l’eau finisse de bouillir. Si vous ne pouvez pas vous concentrer, vous n’y comprendrez rien ! Le reste se lit aisément : une réflexion sur les transmissions entre père et fils, sur leurs rapports, bref une histoire de famille !

 

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 17:40

Elie Wiesel, Le cas Sonderberg, Paris : Grasset, septembre 2008, 247 p.

 

 Elie Wiesel. Le cas Sonderberg

 

C’est un petit nouveau roman qu’Elie Wiesel signait il y a tout juste un an. 247 pages en gros caractères pour découvrir l’histoire de Yedidyah, critique théâtral discret d’un journal de New York. C’est à la fois l’histoire de cet amoureux du théâtre, époux d’une comédienne et lui-même comédien peu doué que l’on suit, et celle du procès Sonderberg qu’il ‘couvre’ à titre exceptionnel pour son journal. Werner Sonderberg est un jeune allemand résidant aux Etats-Unis. A la suite d’une promenade sur les montagnes des Adirondacks avec un vieux proche venu lui rendre visite occasionnellement, il se retrouve inculpé de meurtre. Le vieux Hans Dunkelman, lui, est retrouvé mort au bas de la falaise, avec une forte quantité d’alcool dans le sang.

Telles sont les données brutes de l’histoire et du livre. Yedidyah suit ce procès et l’aborde comme une pièce de théâtre dans ses articles, ce qui lui vaut d’être remarqué. Mais surtout ce procès le perturbe et il part à la recherche de ses origines, de lui-même. Juif, seul de sa famille à survivre à la Shoah à l’âge d’un an, le futur journaliste est ensuite adopté par une famille de survivants. Héritier de victimes juives, il croisera le destin de Werner Sonderberg, un allemand … héritier de coupables. A travers cette rencontre, Elie Wiesel a voulu réfléchir sur la justice et l’idée de culpabilité. A son procès, Werner Sonderberg se déclare « coupable … et non coupable ». C’est là toute la réflexion de l’œuvre d’un auteur qui déclare en interview qu’il « rejette catégoriquement l’idée que la culpabilité puisse être héréditaire. »

 

La réflexion métaphysique sur la justice, la culpabilité, la transmission est en effet intéressante. Les pages qui nous dévoilent ce qui s’est passé dans les montagnes le sont aussi. Tout comme le sont toujours un peu les remarques d’un narrateur cultivé et pétri de tradition juive. L’écriture est légère, simple, limpide, voire trop et l’atmosphère du livre est agréable.

Mais cela s’arrête-là. On n’est pas plus emballé que cela. L’auteur par exemple s’amuse à changer de narrateur : tantôt Yedidyah est le narrateur, tantôt il est personnage ; tantôt ‘je’, tantôt ‘il’. Ceci dans un même chapitre, un même ensemble, au milieu d’une page. De même on est tantôt dans le présent, tantôt dans le passé. L’un et l’autre se croisant dans une même page, laissant juste quelques lignes pour séparer un paragraphe d’un autre. Certains y verront une façon de traduire une réalité complexe, décousue, faite de questions, que sais-je ? J’y ai vu surtout une figure qui embrouille la lecture. En outre l’histoire n’est franchement pas sensationnelle, les rebondissements assez timides et les questionnements de Yedidyah trop nombreux et, devrais-je dire peut-être, trop niais, crédules, presque banals.

 

Est-il prétentieux de critiquer l’ouvrage d’un prix Nobel de la paix, auteur d’une quarantaine de titres, figure de renommée internationale, et qui plus est un professeur en sciences humaines ? C’est ainsi. Dans La Nuit par exemple, son style léger contrebalance les atrocités des camps et le tout donne une œuvre qui laisse sans voix, ici à mon sens, le résultat est plus moyen.

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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 17:52

 Maurice G Dantec, Les racines du mal, Mesnil-sur-l’Estrée : Folio policier, 2005 [1995]

 

 Maurice G. Dantec . Les Racines du Mal

 

 

Lunettes noires sur les plateaux de télévision, style un peu kitch, antimoderne mais futuriste, discours saillant quoiqu’il dise, Maurice G. Dantec ne passe pas inaperçu et ne laisse pas indifférent. Il est aujourd’hui un des auteurs francophones les plus fracassants, spécialisé dans le roman noir, le polar, le thriller et le fantastique. Il aime, dit-il, qu’on parle des livres et non pas des auteurs. Soit. Mais chaque écrivain laisse toujours un peu de lui dans ses œuvres et il n’est pas inintéressant de s’y pencher parfois.

Les racines du mal est son deuxième roman et on y reconnaît déjà le personnage Dantec. Le Dantec du thriller d’abord, initié au roman noir dans sa jeunesse. C’est l’histoire en effet d’un seul puis de plusieurs tueurs en série : ceux qui aiment le sang, la cruauté, les meurtres et surtout la psychologie du crime seront servis. Les cent premières pages du livre vont à 200 à l’heure, on est captivé par la course folle d’Andreas Schaltzmann, un fou dangereux schizophrène qui croit que les nazis et les habitants de la planète Vega contrôlent en secret notre monde et qui tue à tour de bras pour empêcher les aliens, dit-il, de le capturer. Âmes sensibles, s’abstenir, mais la première partie décoiffe ! On y retrouve aussi le Dantec banlieusard (il a grandi à Ivry-sur-Seine) et le Dantec provincial (né à Grenoble). Ces deux influences se lisent, et dans son récit, et au sein du narrateur. J’ai particulièrement apprécié les descriptions du 94, à Choisy, à Vitry, à Thiais, à Maisons-Alfort et surtout le passage sur la portion d’autoroute qui mène à la Préfecture de Créteil et qui passe juste à côté de l’allée que j’ai emprunté toute mon enfance. C’était un peu comme lire un livre qui se passe à la maison.

En deuxième partie, « Machine contre machine », on découvre aussi le Dantec futuriste et technologique car le narrateur, un docteur en sciences cognitives, est le créateur d’une neuromatrice — une machine ultra - moderne d’une intelligence hors du commun et capable de recomposer la connaissance et la conscience humaine. On entre ainsi dans le monde de la psychologie humaine, des mystères du savoir et de la connaissance. La suite, à partir de la troisième partie, traine un peu en longueur cependant. A mon sens pourtant, les digressions sur les voyages du narrateur ne sont pas inintéressantes, au moins nous fait-il un peu voyager avec lui. L’auteur paraît fort renseigné aussi, d’une part sur les meurtres en série et les grandes affaires du siècle, d’autre part sur certains aspects de la recherche en psychologie, en technologie moderne voire en physique quantique. Avec un peu d’imagination toutefois. On retrouve maints sujets de passions de l’auteur, abordés par la suite dans d’autres romans. Lire aujourd’hui Les racines du mal, publié en 1995, n’est d’ailleurs pas encore dépassé. Car si l’histoire se passe dans les années 90 jusqu’à l’an 2000, elle est supposée écrite en juin 2020. L’auteur y fait donc quelques pronostics dont on ne sait pas comment les prendre, vrais pronostics ou simples délires d’un écrivain. Dans le domaine des disparitions et des tueurs en série, il vise juste. Loin de n’être que des faits divers, ils sont malheureusement devenus un élément trop commun de nos sociétés modernes. Ces dernières années en témoignent. Mais en 2009 à ma connaissance, les neuromatrices ne sont pas encore aussi populaires et on n’en vend pas comme des I-pod. Le passage en l’an 2000 non plus ne fut pas la série d’émeutes et de folies qu’on y voit décrit assez subrepticement. On y voit là, il me semble, le signe du Dantec catholique, croyant, et sans doute aussi un peu mystique. C’est ce Dantec-là toutefois qui booste la troisième partie avec de très belles pages de réflexions scientifiques et philosophiques du narrateur sur les concordances des dernières recherches quantiques avec les études kabbalistiques. Le narrateur nous fait faire un petit tour du côté des profondeurs enfouies de la conscience humaine, de la CHeKHiNa et de la Sephira, du Chaos, des interprétations du Zohar, du dieu créateur et du dieu caché, et nous fait connaître aussi un peu mieux les conceptions des gnostiques chrétiens. Ce sont d’ailleurs à partir de ces réflexions sur le Bien et le Mal qu’on comprend le titre du livre, passant des racines de la connaissance aux racines du mal. On apprécie aussi les pensées philosophiques darwinistes sur l’homme et son développement et le parti pris contre Rousseau, quoiqu’on en pense, ainsi que les analyses du nazisme et des idéologies totalitaires comme des perversions auto-destructrices. Un vrai casse-tête philosophique et théologique, trop complexe pour en donner plus de détails mais qui captive sur quelques dizaines de pages en tout et qui redonne un peu de force à la lecture. Mais il est un peu dommage que la chasse aux tueurs en série se poursuivent jusqu’à 752 pages, un peu long. Le livre aurait gagné à n’en garder que 400 ou 500. La lourdeur est parfois même quelque peu accentuée par l’auteur qui pousse son narrateur à des situations ridicules toujours plus longues, gagnant du temps et racontant bobard sur bobard à son employeur pour poursuivre sa quête, sans même toucher au travail pour lequel il est réellement payé. L’échec de la police aussi, complètement larguée, paraît un peu gros. Elle est touchée d’abord par une lourdeur administrative terrible qui l’empêche de se coordonner avec ses collègues européens. Elle est incapable ensuite d’explorer des champs d’investigations lorsqu’ils se présentent, la version officielle reste de mise et ceux qui s’en écartent sont éjectés. Il faut voir là il me semble un clin d’œil du Dantec critique social, observateur de son temps et des dérives qui l’accompagnent.

Pour finir si quelques points auraient pu être évités il est vrai, le tout est rattrapé par les qualités générales de l’auteur, par l’énigme et par le mélange réussi entre policier, roman noir et quasi-science fiction. Si vous ne connaissiez pas Dantec en tout cas, munissez-vous rapidement d’un de ses livres.

 

 

D’autres points de vue : http://sf.emse.fr/AUTHORS/MDANTEC/mdlrdm.html

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 17:38

Isaac Bashevis Singer, L’esclave, Paris : Editions Stock, novembre 2003 [1962], édition revue et remise au point par Jacques Robert, Bibliothèque cosmopolite, traduit de l’anglais par Gisèle Bernier

 

 

 IsaacBashevis Singer. L'esclave

 

                 Admirateur de cet auteur, je l’avais délaissé depuis plus de deux ans afin de privilégier d’autres lectures et découvrir aussi d’autres écrits, d’autres univers, d’autres formes de la littérature. Autant dire alors que j’appréhendais à la lecture d’un nouveau Singer, de peur de ne pas y retrouver l’engouement et la passion qui avait été les miens face à ses écrits, dans ma jeunesse. Appréhension tout à fait injustifiée.

Rien n’y fait. Plusieurs années ont passé, j’ai beaucoup appris, beaucoup lu, découvert de nouvelles choses, de nouveaux horizons, essayé des styles différents et brillants, mais Bashevis Singer reste ce qu’il est, ce qu’il a été, et ce qu’il restera : un génie. Prix nobel de littérature en 1978, cet auteur né près de Varsovie en Pologne en 1904 est connu de toutes les familles juives ashkénazes, si ce n’est de toutes les familles juives, comme un maître du roman yiddish. Ce n’est que partiellement vrai, c’est un maître du roman tout court. Chaque livre lu de lui me donne envie d’en dévorer d’autres et d’en savoir plus sur l’écrivain et sur l’Homme. Né en Pologne dans une famille juive observante, il a 10 ans lorsque se déclenche la première guerre mondiale, l’âge d’être bar-mitsvah en 1917 au déclenchement de la révolution russe et 31 ans lorsqu’il obtient un visa pour l’Amérique. La Pologne d’avant guerre qu’il décrit dans La Petite rue de Krochmalna, le New York d’après guerre, la montée en puissance du bolchevisme, l’attrait du sionisme sur d’autres ou encore les grandes légendes de l’histoire juive comme le Golem, Sabbataï Zvi le faux messie ou Yentl : autant de choses qui font partie de son univers et qu’il nous décrit dans tous ses romans. Et avec quel art ! Il serait trop long de revenir sur tous ceux que j’ai eu la chance de lire, trop long de décrire pourquoi j’aimerais en lire d’autres, et trop long de vous dire pourquoi il faut lire Isaac Bashevis Singer.

Je me contenterai, cette fois-ci, d’écrire quelques mots sur L’esclave, mon dernier choix. Publié pour la première fois en 1962, L’esclave est l’exemple d’un Singer consacré à la campagne polonaise il y a trois ou quatre siècles. L’histoire se déroule au 17e siècle, autour des années 1640-1650, précédant de peu celle de Sabbataï Zvi, autre roman d’Isaac inspiré du faux messie de 1665 qui secoua toute la Pologne et le monde juif. Jacob Eliézer est un héros à la Singer : érudit de Talmud, connaisseur du Livre de la création, du Zohar ou encore du Shulkhan Arukh. Victime des massacres de Chmielnicki lorsque les Cosaques envahissent la Pologne, le jeune juif perd sa femme et ses enfants et est fait esclave dans la bourgade polonaise la plus reculée qui soit. C’est là qu’il rencontre Wanda, fille de Jan Bzik son maître, celle qui devient bientôt sa nouvelle femme et l’amour de sa vie. Après plusieurs années en captivité, une fois libéré, Jacob trop épris d’amour et de passion pour Wanda, revient la chercher. Mais les choses ne sont pas simples. Un juif ne peut épouser une chrétienne tout comme une chrétienne un juif, et Jacob ne peut la convertir officiellement car la loi polonaise tue quiconque renie la foi catholique pour se faire juif. Les juifs eux-mêmes se condamneraient en acceptant de la faire juive. Quant à Jacob, c’est un saint homme, sage, fervent croyant et pratiquant et pour rien au monde il ne renoncera à sa foi et ne reniera le Dieu et la loi de Moïse. A Josefov, la ville d’où vient Jacob, tout comme à Pilitz où s’installe le nouveau couple ou dans toute la Pologne, leur destinée, leurs origines à tous deux et surtout leur amour, leur collent à la peau.

L’histoire en elle-même est belle et captive le lecteur, jusqu’à n’en plus vouloir dormir. Mais surtout, Singer sait comment faire parler les songes, les rêves, l’imagination de Jacob le juif, de Wanda ou de Sarah-la-muette, des chrétiens et des païens, des juifs pieux tentés par Satan ou des juifs hypocrites, respectueux des rites mais voleurs, tricheurs et ignorants de l’esprit de la loi. Rempli de références religieuses, de citations du Talmud, du Midrash ou autre texte saint ; parsemé de clins d’œil de l’auteur dont le personnage devient, comme lui, végétarien ; rien n’est laissé au hasard, tout est écrit avec mesure, beauté et simplicité.

Isaac Bashevis Singer est un génie qui nous fait un peu comprendre à nous tous par la littérature ce que seuls les Grands parviennent à comprendre réellement. Il nous prouve à nouveau un talent qu’il me serait bien impossible de critiquer.

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 12:05

David Grossman, Le Livre de la grammaire intérieure,

Saint Amand : Editions du Seuil, septembre 1994, 408p., traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen

 

 

  David-Grossman.-Le-livre-de-la-grammaire-interieure.jpg

 

 

A la vue du titre, Le Livre de la grammaire intérieure, j’ai vraiment cru qu’il s’agissait d’un livre de grammaire. Ayant à peu près tout oublié dans ce domaine, heureusement que ce ne fut pas le cas.

L’auteur bien sûr, David Grossman, célèbre auteur israélien traduit en plusieurs langues, autre écrivain de la gauche littéraire engagée en Israël, m’a rapidement laissé penser qu’il en était autrement. Mais alors quoi ? Un livre sur la grammaire hébraïque ? Une analyse de l’hébreu moderne ? Non, un roman, un simple roman.

Simple ? Pas sûr.

David GrossmanJ’ai mis un long moment avant de réellement plonger dans l’histoire et de la comprendre. La grammaire intérieure dont il est question, c’est en fait l’esprit, les pensées, la vie, l’intérieur d’un petit garçon de 13 ans à Jérusalem. Aharon Kleinfeld, cet adolescent second enfant d’une famille de réfugiés juive-polonaise, refuse le monde adulte et ses absurdités, il se réfugie dans sa « grammaire intérieure ». C’est ainsi que le livre nous est présenté en quatrième de couverture. J’avoue avoir mis du temps avant d’intégrer cette « grammaire ». Décidément.

C’est seulement après plus de 200 pages de lecture que j’ai commencé à m’amuser. Il faut dire que j’ai eu du mal à saisir l’environnement de l’histoire pour quelques raisons. Certains lecteurs rebuteront peut-être devant l’emploi fort répété d’expressions et mots venus de l’hébreu ou du yiddish et laissés comme tels dans le texte, nécessitant parfois d’aller jeter un coup d’œil au glossaire. Parfois c’est la traduction qui donne de la difficulté. Justement parce que la traductrice, Sylvie Cohen, forte d’une longue expérience et dont le travail n’est pas ici mis en cause, a choisi de laisser l’empreinte du vocabulaire hébraïco-yiddish de la famille. Mais on a parfois du mal à suivre. Deux exemples. En respectant l’hébreu qui dit « maman, papa » pour parler de la mère et du père de quelqu’un d’autre, il m’a été tout simplement difficile de comprendre que le narrateur était extérieur à l’histoire. Des phrases comme « Maman sortit sur le balcon et appela Aharon. » prononcées par le narrateur, m’ont fait penser que celui-ci était un membre de la famille, et non l’auteur. Par ailleurs, l’emploi du « Nu » (Nou) de l’hébreu, qui signifie « Eh bien, alors », écrit comme « nu » en français, et non « nou » qui aurait peut-être évité l’ambiguïté m’a également perdu quelques instants. Des détails, mais des détails qui jouent sur la souplesse de la lecture.

 Il m’a donc fallu attendre un peu avant d’y prendre goût. Le décalage des parents d’Aharon qui le pressent de conclure avec cette fille, Yaeli, qu’Aharon convoite secrètement, avant que Gidéon, devenu son meilleur ami, ne lui pique ; voilà qui amuse le lecteur. Les commentaires de jeunes adolescents qui découvrent les femmes et qui choquent l’innocent Aharon, voilà encore de quoi sourire. C’est en fait au moment où le personnage articule son univers que l’histoire prend de l’ampleur et que le lecteur cesse de bailler. Il m’a donc fallu être patient. L’approche de la guerre des Six Jours, en arrière fond, comme les aspects de la société israélienne, restent finalement plutôt en retrait. Ce n’est pas un livre de grammaire, mais un livre de famille. C’est un livre qui ne restera pas dans mes annales personnelles mais qui m’aura quand même un peu plu. Et comme je suis un peu curieux, j’irai chercher sans doute d’autres Grossman.

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