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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 09:21

Patrick Besson, Didier dénonce, Paris : Fayard, 2002

 Patrick-Besson.-Didier-denonce.gif

 

Patrick BessonDans la famille Besson j’ai choisi Patrick (façon de parler bien sûr il n’y a aucun lien de parenté entre eux). Il a quelques points communs avec Eric. Comme lui il a fait partie de la gauche puisqu’il fut sympathisant communiste et chroniqueur littéraire à L’Humanité. Comme Eric encore il a quelque peu changé, évolué, tourné sa veste diront certains. Il a en effet collaboré ensuite pour VSD, Le Figaro, Le Figaro Magazine ou encore Le Point, Marianne et L’idiot international. Il s’est également fait remarquer par son soutien à la Serbie dans la guerre en en Yougoslavie en publiant Contre les calomniateurs de la Serbie. C’est un habitué des polémiques publiques et des critiques acerbes. Mais Patrick n’est pas Eric, l’un fait de la politique, l’autre la critique. Et là Patrick rejoint le troisième Besson : Philippe, lui aussi écrivain et romancier. Et comme lui Patrick n’en n’est pas à ses débuts. Il est l’auteur des Braban (prix Renaudot 1995) et de La Causedu people. A 54 ans maintenant (il est né en 1956), il est l’auteur d’une quarantaine de livres, rien que ça ! C’est aussi un habitué des chamailleries du milieu politico-journalistico-intellectuel, et de celles des anciens communistes, ou sympathisants de la gauche de la gauche. Didier dénonce comporte une interview en guise de préface dans laquelle on nous fait plus ou moins comprendre la querelle de Patrick Besson avec

Didier Daeninckx, autre écrivain polémiste, qui dans son livre Le Goût de la vérité s’en prend à Gilles Perrault, lui aussi écrivain, pour son livre Le Goût du secret ; lui reprochant de faire l’apologie du colonialisme avant d’évoluer vers un engagement politique de gauche. Didier dénonce est lui-même dédicacé à Didier Daeninckx et constitue une critique sous forme de roman, une raillerie, une parodie presque de son comportement.

Didier DaeninckxEntre Besson, Daeninckx et Perrault on n’en finit plus. Il serait long de revenir sur toutes les attaques personnelles, les critiques politiques, les volontés de dénonciation. On se noie là dans les relations tendues d’un micromilieu d’écrivains somme toute assez proches par leurs origines modestes, leurs ouvrages polémiques et leurs débuts politiques. Laissons cela.

 

En tout cas Didier dénonce est fort drôle et fort percutant. Besson prend pour cadre un collège et des enfants de douze ans, mais leur prête une culture politique d’adulte. C’est surtout vrai et surtout obsessionnel chez Didier, le héros. Un véritable petit Staline d’école qui tient des fiches sur tout le monde, qui observe tout, note tout et croit voir partout un complot de fascistes et de racistes qui veulent prendre le pouvoir comme en 40. Dardenne est le fasciste, Guevara Rouget le communiste pur, de parents encartés et proches de Lajoinie (candidat communiste en 1988), Boutonnat est le type de droite classique mais que Didier, bien sûr, soupçonne d’être fascisant et raciste. D’ailleurs son grand oncle n’était-il pas dans la LVF ? Et Boutonnat n’a-t-il pas conservé son couteau de la Wehrmacht ? Qu’il sorte avec Neïla, la jeune Arabe, ne peut rien y changer. Ce ne peut être que lui qui l’a tué, pense Didier, qui mène son enquête sur le meurtre de la jeune fille dont il est amoureux, le fil conducteur du livre.

 

Le petit roman de 149 pages est une ironie de la pensée gauchisto-communisante antiraciste, incarnée par Didier.  Celui qui s’intéresse un peu à la politique et connaît les dérives du débat idéologique devrait fort apprécier cette dérision romanesque. Tout est vu sous l’œil de Didier qui rapporte tout ce qu’il entend, ce qu’il lit sur les lèvres, ce qu’il enregistre. C’est ainsi qu’on suit l’enquête, les « interrogatoires [s] par l’inspecteur Marcheret in Meurtre raciste de Neïla Mouni par Lucien Boutonnat ». Et chacun y fait des siennes. Certes il m’a été facile dès le début de deviner qui était l’assassin, même si la fin réserve une petite chute, un peu moins bonne que le reste à mon goût toutefois. Mais l’essentiel n’est pas là. Le plus intéressant c’est la logique d’amalgame de Didier, celle qui l’amène à penser que les fascistes sont partout. Il l’explique en ces termes : « V dîne avec W, qui dîne avec X, qui dîne avec Y, qui dîne avec Z, qui est fasciste. Donc Y dîne avec un fasciste. Donc X dîne avec Y qui a dîné avec un fasciste. Donc W dîne avec X qui a dîné avec Y qui a dîné avec un fasciste. Donc, V dîne avec W, qui a dîné avec X, qui a dîné avec Y, qui a dîné avec un fasciste. Donc V est fasciste. » La boucle est bouclée. Et ça encore ce n’est qu’un « amalgame simple ». Didier par ailleurs en connaît un rayon sur la pratique stalinienne réutilisée par Mc Carthy, lui le fils d’un communiste critique.

 

Voilà le genre d’ironie auquel nous expose l’auteur. Une belle et drôle critique. Les recoupements faciles antifascistes, antiracistes et autres en prennent pour leur compte. C’est court, très facile à lire et quelques répliques sont très bonnes, hilarantes même.

Décidément la politique nous fait toujours autant rire, et mieux vaut en rire qu’en pleurer.

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 00:32

Michel Houellebecq, Plateforme, Paris : Flammarion, 2001

 

 Michel Houellebecq. Plateforme

 

Après l’expression dépressive d’un analyste-programmeur dans Extension du domaine de la lutte et la révolution des Particules élémentaires, Houellebecq s’attache au tourisme sexuel dans Plateforme. A sa sortie en 2001 le livre fit scandale bien entendu. On accusait Houellebecq de faire la promotion du tourisme sexuel. Son personnage principal et narrateur, Michel, n’hésite pas, non seulement à le pratiquer sans gêne, mais aussi avec Jean-Yves et Valérie, cadres supérieurs d’un grand tour opérateur nommé Aurore (fictif mais proche du réel Accor), à mettre en place, à vendre un « tourisme de charme ». En clair à favoriser la venue des prostituées dans les clubs. Autant le préciser tout de suite, il ne s’agit pas là de pédophilie. Certes, les filles sont parfois jeunes, autour de vingt ans, pour des hommes qui en ont bien souvent le double. Mais elles ne sont pas mineures. Au fond s’il faut mettre quelque chose en cause, ce n’est pas tellement le tourisme sexuel, mais plutôt la prostitution. Et c’est vraiment un autre sujet, très vaste, assez complexe en fait, et nullement en question ici.

 

 

Autant le dire aussi dès maintenant, je commence à fort apprécier les romans de Houellebecq. Celui est vraiment excellent. Les scènes érotiques, pour ne pas dire pornographiques, sont nombreuses. On en a pour tous les goûts : de la jeune prostituée thaïe, de la blonde occidentale, une partie à trois avec une femme de ménage cubaine, des clubs échangistes parisiens, et même un club SM, c’est-à-dire sadomasochiste (qui pour le coup plaît moins à Valérie, la principale femme et compagne de Michel, pourtant très portée sur le sexe). Les personnages dans leur ensemble sont typiques de Houellebecq : très nonchalants, lassés, assez riches pour pouvoir se divertir par des moyens peu conventionnels. Le personnage de Valérie dont Michel tombe franchement amoureux, est assez intrigant. Assez réservée dans la première partie, ‘Tropic thaï’, elle se révèle assez sûre d’elle-même et très entreprenante dans la deuxième partie, ‘Avantage concurrentiel’. Une fois encore, l’économie et le sexe se rejoignent, se corrèlent, ou s’opposent, mais en tout cas marchent de pair dans la tête du narrateur. Ces réflexions nombreuses sont fort intéressantes, même franchement passionnantes parfois. On sourit tout le long du livre, si on prend les choses du bon côté, et on rit souvent, très souvent. Du moins c’est ainsi que je l’ai ressenti. L’auteur a un don particulier pour amener les sujets les plus divers dans les situations les plus particulières. J’ai adoré par exemple le monologue de Robert le « raciste » un peu désagréable, dans un bar à putes, tandis que Michel qui ne l’écoutait qu’à moitié choisissait le numéro 47, une fille bien sûr. Robert y développait une théorie assez originale sur le vieux racisme, celui du temps de la colonisation française, et le néo-racisme contemporain sous-jacent à l’hypocrisie d’une proclamation d’égalité entre les hommes à son sens inexistante, qui se concrétise en vérité par un sentiment d’infériorité, notamment sexuel, qui n’amène qu’à des conflits interethniques, pour le coup plus dangereux qu’un vieux racisme dominateur mais moins meurtrier. D’autres passages encore, jetés au lecteur comme secondaires, sont en fait profonds, et font souvent réfléchir. Comme toujours on en retient quelques-uns. Les réflexions sur l’économie du tertiaire, du service, de l’information, c’est-à-dire du ‘rien’, dominante aujourd’hui. Par opposition, à l’industrie productive. Et même si on ne partage toujours pas l’indifférence du narrateur, sa vision de la société occidentale décadente, sexuellement frustrée, en perte de vitesse, et à la recherche de divertissement à l’étranger, notamment en Asie, vaut la peine d’y réfléchir. J’ai aimé aussi les petites digressions du début du livre sur la télévision, Xena la guerrière ou Julien Lepers connaisseur des régions de France dans Questions pour un Champion. De façon générale on retient sa capacité à définir le regard qu’a un homme sur sa propre vie. Par ailleurs Houellebecq ne fait pas non plus de cadeau à l’islam. C’est à la suite de Plateforme il me semble, qu’il avait fait ses déclarations, sur l’islam comme religion ‘la plus con’. Il n’hésite pas dans le livre à la qualifier de « déraisonnable » pour son opposition radicale aux formes élémentaires des désirs sexuels. Il tourne néanmoins souvent en dérision les positions des uns et des autres. En clair avec brio, il ne fait pas de la politique, il ne s’agit pas d’un essai, d’une prise de position, d’une critique sociale pure, non il s’agit bien de littérature. Et Houellebecq lui fait jouer son rôle. En terme de cassure du politiquement correct, en terme de description de l’obscène via le langage soutenu, tout en étant moderne, et familier quand il le faut. En terme de narration aussi.

 

Il est inutile de s’attarder sur l’histoire elle-même, bien qu’intéressante, elle sert de fil conducteur aux réflexions, à la vision de l’auteur. De même il y a une chute à la fin (ce n’est pas toujours le cas en littérature), mais elle sert d’excuse à d’autres critiques. Qu’on soit d’accord ou pas avec le narrateur, avec un autre personnage, ou avec d’autres intervenants du livre, on ne sort pas indemne de Plateforme, et on a sûrement appris à voir certaines choses autrement.

 

Vivement conseillé.

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 20:00

Amos Oz, Mon Michaël, Paris : Calmann-Lévy, 1973 [1968], traduit de l’hébreu par Rina Viers

 

 Amos Oz. Mon Michaël

 

Cette fois-ci Amos Oz ne nous parle pas du kibboutz. Il écrit le journal d’une jeune femme, Hanna, israélienne, jérusalémite, mariée à Michaël, mère de Yaïr. Le livre est un joli roman sous forme de journal. On plonge dans l’univers d’une ancienne étudiante en lettres, mère au foyer, gardienne d’enfants, employée de bureau. Elle nous plonge dans celui de son mari, brillant étudiant puis doctorant en géologie. Lui que son père voyait devenir grand professeur, grand érudit, savant reconnu de ses pairs. Avec Hanna, on parcourt le Jérusalem des années 50 : la partie Est sous souveraineté jordanienne, les nouveaux quartiers en construction, les immigrés russes d’antan, les hauteurs, le froid, le printemps qui arrive, enfin.

 

 

C’est un roman des plus simples, facile, joli, touchant. Un roman de petit format et 318 pages. Un roman modeste qui traduit l’univers d’une jeune femme, les difficultés de sa vie, celle de ses relations, avec son mari, avec son fils, avec ses amis, avec la famille de son mari. Son journal est une forme d’évasion. Il donne un sens à la monotonie de sa vie, à l’habitude, à ses déceptions. Elle essaie de rêver un peu. Et elle raconte ses rêves à son journal, passant de la réalité au rêve. Elle nous transcrit les rêves qui la font sortir de la réalité, de l’ennui, de la situation dans le pays. La crise de Suez de 1956 est abordée, mais dans ses proportions. On perçoit parfois la guerre, la situation en Israël, on en discute, mais pas plus qu’il ne se doit. Hanna a ses impressions, ses peurs, ses fantasmes, ses obsessions, ses défauts. Elle repense à son enfance, à la riche famille arabe de son voisinage, aux deux jumeaux qui l’obsèdent, aux problèmes d’argent, aux nouvelles technologies (l’installation du téléphone chez eux, à l’époque).

 

En un mot, ce roman est comme une contribution à la littérature. Le style d’Amos Oz est rôdé, on ne s’y ennuie pas, on n’y plonge pas non plus corps et âme. C’est un petit récit qui parle de sentiments, qui nous parle du réel tout en s’en échappant. Avec discrétion on y reconnaît une façon d’écrire, une façon de préciser les petits actes qui accompagnent le quotidien, les disputes, les grandes pensées. Au milieu des réflexions interviennent aussi les gestes concrets, en pleine réalité vient aussi se glisser le rêve, la déception mais aussi l’espoir. L’auteur par ailleurs s’attarde un peu moins que d’habitude sur les tromperies et les pulsions des hommes — bien qu’elles ne soient pas entièrement absentes du roman — peut-être car il s’agit ici d’une femme. C’est elle qui voit le monde. C’est un témoignage imaginaire qui, entre les bouleversements d’un pays entre guerre et paix et d’un monde en turbulence, nous transmet un peu de douceur et de tranquillité. A conseiller à ceux qui souhaitent se balader à Jérusalem et dans la littérature (hébraïque).

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 18:27

Publié dans Israël Magazine, février 2010

 

Yannick Haenel, Jan Karski, Mayenne : Editions Gallimard, novembre 2009, Collection L’Infini dirigée par Philippe Sollers

 

 Yannick-Haenel.-Jan-Karski.jpg

 

On commémorait le 27 janvier dernier le 65e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. 65 ans après la guerre et malgré les réponses apportées par les historiens, on continue toujours à poser les mêmes questions : qui savait, que savaient-ils et pourquoi n’ont-il rien fait pour sauver les Juifs de l’extermination, de l’anéantissement ?

Jan Karski, lui, savait. Et il savait qu’on savait. Il savait que les gouvernements alliés savaient, que les Britanniques et les Américains connaissaient l’existence des camps de concentration et connaissaient le but de la solution finale. Jan Karski n’en a eu aucun doute, pour une raison simple : il leur a lui-même transmis l’information. Messager de la résistance polonaise, Jan Karski a traversé l’Europe plusieurs fois, au péril de sa vie. Il a visité le ghetto de Varsovie où l’ont introduit les chefs du Bund et du mouvement sioniste du ghetto, il a visité aussi le camp d’Izbica Lubelska, à soixante kilomètres à l’est de Varsovie, près de la ville de Belzec. Il a rapporté la parole des deux leaders et raconté le désespoir de ces gens promis à la mort. Pourtant personne ne l’a écouté. Depuis novembre 1942, il a multiplié les rencontres, conférences, réunions, en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis. Il a rencontré les grands décideurs alliés, tous les officiels britanniques, Antony Eden le ministre britannique des Affaires étrangères, il a rencontré Roosevelt. Tous savaient. Même avant Karski, tous savaient déjà, les services secrets ayant fait leur travail. Jan Karski a renforcé ce message, mais rien n’a changé, ils ne voulaient pas savoir, ils ne voulaient pas agir.

 

Jan Karski est resté un messager dont on n’a pas écouté le message. Dont on a préféré faire comme s’il n’existait pas. Mais hanté par la destruction des Juifs d’Europe, hanté par sa Pologne qu’on avait abandonnée aux Allemands puis aux Soviétiques, il continuait à témoigner. Karski a témoigné à nouveau dans le film Shoah, de Claude Lanzmann ; le premier chapitre du livre en est un commentaire, par Yannick Haenel. Dès 1944, Jan Karski après avoir transmis son message aux dirigeants alliés, l’a transmis au monde par son livre Story of a Secret State, best-seller aux Etats-Unis, puis traduit dans de nombreuses langues. Le chapitre 2 du livre en est un résumé. On y découvre le parcours de résistant de Jan Karski, de Lodz à New York. La vie de Jan Karski est devenue celle d’un résistant et d’un témoin. C’est pourquoi Yannick Haenel s’y arrête et en fait aussi dans un troisième chapitre, un roman, une fiction où il imagine les pensées de Jan Karski. Yannick Haenel s’identifie à Karski et se fait à son tour le témoin d’un témoin oublié, d’un témoin qu’on n’a jamais voulu écouter.

Le procédé peut paraître curieux : trois chapitres, trois formes littéraires. Ils permettent néanmoins de toucher le lecteur sous trois aspects divergents, le résultat est là. Lauréat du prix Interallié 2009, en plus du message transmis, le livre de Yannick Haenel nous fait découvrir un professeur de sciences politiques, un homme, un résistant, un témoin. Son livre donne l’envie de lire ceux de Karski lui-même. Lui qui fut résistant polonais dans une Pologne occupée pendant la guerre et après celle-ci, telle une résistance qui n’a pas aboutie ; lui qui fut le témoin d’un crime qu’on a laissé faire ; non pas un « crime contre l’humanité » mais un « crime commis par l’humanité ». Presque tout aussi dur envers les alliés qu’envers les Soviétiques et les nazis, les réflexions de Jan Karski sur l’abandon des Juifs par les alliés, les mensonges soviétiques, la bonne conscience occidentale et la résistance polonaise — abandonnée elle aussi, — ont de quoi faire réfléchir.

 

Jan Karski a reçu le titre de « Juste parmi les nations » à Yad Vashem, il est citoyen d’honneur de l’Etat d’Israël, il est décédé le 13 juillet 2000 à Washington.

 

Yannick Haenel est l’auteur de Cercle, il co-anime la revue Ligne de risque avec Philippe Sollers.

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:03

 

Patrick Rambaud, L’Absent, Paris : Editions Grasset et Fasquelle, 2003

 

Patrick Rambaud. L'Absent

 

Dans ses « Notes pour les curieux » qui suivent le roman, Patrick Rambaud souligne : « Je n’écris pas de romans historiques. » Une déclaration qui a de quoi étonner venant de l’auteur de La Bataille[1], de Il Neigeait[2] ou du Dernier voyage de San Marco[3]. Mais Patrick Rambaud s’en explique. Un roman historique, selon lui, ne fait que poser un décor historique exotique, celle d’une époque choisie, dans laquelle les personnages, adaptés à l’époque, vivent leurs histoires éternelles d’amour et de vengeance. Or Patrick Rambaud, lui, ne met pas en scène un inconnu dans un décor historique inventé : il romance l’histoire. Ici c’est L’Empereur Napoléon 1er qui est L’Absent. A travers six grands chapitres, on suit l’histoire de France entre la défaite de Napoléon, l’arrivée des troupes étrangères en France et la Restauration, jusqu’au retour aux Tuileries de l’Empereur après son passage par l’île d’Elbe. La plupart des personnages du roman ont vraiment existé et portent leur vrai nom. Octave Sénécal en revanche, le personnage principal, est totalement inventé. Il sert à l’auteur à articuler le récit. Il est tour à tour le conspirateur, l’espion et le confident de l’Empereur. Celui qui court de Paris à Fontainebleau, celui qui accompagne Napoléon sur les routes de France, à travers le midi hostile, sur la mer et jusqu’à l’île d’Elbe. En exil Napoléon se refait une santé, s’informe, se joue des espions et de la Monarchie restaurée.

Patrick Rambaud nous fait pénétrer dans les salons royaux et impériaux, au cœur des discussions des élites de France et des gouvernants déchus, il nous montre le quotidien de l’Empereur, de ses proches, leurs humeurs, leurs erreurs, leurs réussites. Le roman devrait plaire à ceux qui aiment se plonger dans le quotidien de l’histoire des Grands. Passionné d’histoire, je n’ai pourtant pas accroché. Sentiment personnel sans doute, les élucubrations de Napoléon dans sa chute ne m’intéressent pas plus que ça. Le livre n’a pas réveillé non plus en moi un désir, un débat, une discussion, une interrogation qui me touchait à cœur. L’histoire est jolie, l’écriture aussi, les descriptions tout autant, mais j’aime lorsque la littérature pose des questions auxquelles on ne peut pas vraiment répondre. Or tout ceci, à mon sens, en était absent dans L’Absent. Tant pis pour moi.

 


[1] Grasset, 1997. Grand Prix du roman de l’Académie française, Prix Goncourt et Literary Award 2000 de la Napoleonic Society of America.

[2] Grasset, 2000. Prix Ciné-roman-Carte Noire

[3] Balland, 1990

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 00:00

 Maurice Dantec, Babylon Babies, Mayenne : Gallimard, mars 1999

 

Maurcie G. Dantec. Babylon Babies

« Un mafieux sibérien collectionneur de missiles. Un officier du GRU corrompu et lecteur de Sun Tzu. Une jeune schizophrène semi-amnésique et trimbalant une arme biologique révolutionnaire. Des scientifiques assumant leur rôle d’apprentis sorciers et prêts à transgresser la loi. Une poignée de soldats perdus à l’autre bout du monde et se battant pour des causes sans espoir. Des sectes post-millénaristes à l’assaut des Citadelles du savoir. Des gangs de bikers se livrant à une guerre sans merci à coups de lance-roquettes. De jeunes technopunks préparant l’Apocalypse. Un écrivain de science-fiction à moitié dingo prétendant recevoir des messages du futur. » Telle est la présentation de Babylon Babies sur la quatrième de couverture. Et celle-ci de continuer « Oui, il y a tout cela dans Babylon Babies. Non, il n’y a pas d’autre issue. »

C’est bien le problème. Il y en a trop. Dantec veut faire trop grand, trop gros, trop complexe, trop dispersé. Le résultat : ça m’a fatigué. Encore une fois Dantec ne sait pas faire court : il faut affronter 550 pages d’assez gros format, soit un assez gros roman. Encore une fois Dantec veut nous orienter sur diverses pistes, nous perdre un peu. Cette fois c’est totalement réussi, on ne comprend plus rien. Moi du moins je n’ai pas bien suivi. Dans Les Racines du mal, dernièrement commenté, l’auteur fixait un premier sujet dans une première partie, avant de compliquer les choses par la suite. C’était plutôt réussi. Ici il faut attendre le début de la deuxième partie, soit plus de cent pages, pour commencer à y comprendre quelque chose, et encore… A chaque partie on en sait un peu plus … si on a le courage d’aller jusque là. Car les choses deviennent rapidement lourdes, très lourdes.

Encore une fois, Dantec aime qu’on parle des œuvres et non pas des auteurs, qu’il sache pourtant que son nom l’a cette fois sauvé. Agacé par la dispersion d’événements d’un futur proche peu expliqué, par des dialogues entre personnages trop peu familiers au lecteur, faute de vouloir en faire trop, de trop en cacher, j’aurais arrêté la lecture au bout de cinquante pages si je n’avais pas connu un peu Dantec. Connaissant son originalité et sa passion pour les thèmes un peu extravagants, j’ai poursuivi. Et j’ai craqué au bout d’environ 300 pages. J’ai lu le reste en sautant page sur page. Trop c’est trop.

 

Certes c’est loin d’être l’avis de tout le monde, je sais. L’histoire a inspiré un film de Kassovitch avec Vin Diesel et Lambert Wilson. Le résultat est le même, à mon sens, on ne comprend pas vraiment où l’histoire veut en venir, ça lasse, on s’ennuie et on attend plus que la fin. Pourtant le livre fut un succès en librairie. J’avais moi aussi bien accroché à la folie de Dantec (même tardivement) malgré quelques défauts, mais là le retour des « szchizomachines » (le livre est publié en 1999, c’est le 3e de l’auteur après La Sirène rouge et Les Racines du mal) ne m’a paru être qu’une répétition. La reprise d’une même idée, déjà développée. Certes, la petite géopolitique du futur proche atteint par des mouvements religieux et nationalistes qui font éclater jusque la Chine avait de quoi intéresser, mais c’est trop lent à venir. J’ai peut-être manqué de patience, certes, je le confesse, je n’étais peut-être pas assez concentré, mais j’aimerais que Dantec fasse un peu plus court et se consacre à une chose à la fois de temps en temps, ou presque. Quant à Toorop, le mercenaire qu’on retrouve aussi dans Grande Jonction, je lui ai trouvé les mêmes défauts que le héros des Racines du mal. Un personnage un peu trop hésitant, s’exprimant en pensées et dialogues trop distants. Dans Babylon Babies plus encore, difficile de s’identifier au personnage.

 

C’est mon avis, c’est ma lecture, plus de dix ans après la publication du livre. Je reconnais que je n’ai pas accroché dès le début, fatigué par la longueur qui m’attendait, sans doute pas assez concentré. Néanmoins je reste attentif aux discours de Dantec, à ses œuvres, à sa place, mais j’y vois aussi certains défauts, à mon goût.

Parfois on aime ou on n’aime pas, j’ai dit pourquoi.

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 10:08

Paulo Coelho, Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j’ai pleuré, Paris : Editions J’ai lu, 1997, 248 pp., traduit du Portugais (Brésil) par Jean Orecchioni

 

  Paulo Coelho. Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis

 

A l’heure où le dernier essai de La Bible au féminin de Marek Halter, Marie[1], est traduit en hébreu, j’ai voulu aller chercher un regard chrétien au féminin de la Bible, et de la Vierge Marie. Je l’ai trouvé chez l’auteur brésilien de renommée internationale, l’auteur de L’Alchimiste et du Pèlerin de Compostelle, Paulo Coelho. Dans un petit livre de 248 pages, Sur le bord de la rivière Piedra, l’auteur sud-américain nous plonge dans un univers chrétien croyant en Espagne. Il met en scène Pilar, une jeune femme d’un petit village d’Espagne qui retrouve l’ami de son enfance qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Le jeune homme avec qui elle a communiqué des années par voie épistolaire est devenu séminariste. Alors qu’elle avait presque perdu la foi, lui l’a recouvré. Plus que cela, il est possesseur d’un don, il est faiseur de miracles, guérisseur. Il donne des conférences, on le reconnaît, guérit ceux qui l’entourent et qui viennent à lui. Mais ce jeune homme aussi cherche sa voie. Bien que voué à Dieu, il ne peut résister à son amour pour Pilar. C’est pourquoi il a voulu qu’elle le rejoigne et qu’ils s’avouent leur amour mutuel. L’essentiel du livre est une histoire d’amour sur fond de croyance et de profondeur religieuses, avec une touche de mystique. Le récit se déroule sur une semaine de voyages entre Saragosse, Madrid ou encore Lourdes. Pilar le narrateur nous emmène avec elle le long de sa route, le long de ses pensées, le long de la rivière Piedra enfin, jour après jour, au sein de son amour. Son amour pour son compagnon, son amour pour dieu. Mais au fond l’histoire d’amour entre les deux personnages reste un peu plate. Leur passion chrétienne, le mysticisme de certains compagnons éveillent un peu la lecture, mais l’histoire ne vaudrait pas le coup sans le thème qu’elle évoque : la face féminine de Dieu. A mon sens, simple histoire d’amour entre les hommes et Dieu et entre les hommes entre eux, assez ennuyeuse, l’œuvre ne prend véritablement sens qu’autour de l’idée de la féminité dans la divinité, « la Déesse, la Vierge Marie, la Shechinah du judaïsme, la Grande Mère, Isis, Sophia, esclave et maîtresse [qui] se trouve présente dans toutes les religions du monde. » (p.90). Sans entrer dans des débats théologiques complexes, l’auteur à travers le compagnon de Pilar qui en est l’instigateur, évoque néanmoins les apparitions de « L’Immaculée Conception » dans un petit village d’Espagne comme en Afrique du Nord et les débats des sages du Vatican sur l’introduction de la face féminine de Dieu matérialisée par la Vierge Marie dans la Sainte Trinité : « la mère, le fils et le Saint Esprit ». Toute l’originalité du jeune homme, comme de l’œuvre tourne autour de cette idée. Une conception qui mérite approfondissement et un livre qui, par la voie de la littérature, esquisse une première approche.

 


[1] Marek Halter, Marie, Paris : Editions Robert Laffont, 2006

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 23:08

Mahmoud Hussein, Les Arabes au présent, Paris : Editions du Seuil, 1974, L’Histoire immédiate, Collection dirigée par Jean Lacouture

 

 Mahmoud Hussein. Les Arabes au présent

 

Mahmoud Hussein est un pseudonyme commun à deux intellectuels égyptiens, Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, deux intellectuels qui se définissent comme des intellectuels arabes égyptiens, marxistes, de gauche et progressistes. Ils sont aussi les auteurs, sous le même pseudonyme, de La lutte des classes en Egypte[1].

Adel Rifaat est un Juif converti à l’islam, c'est pourquoi on peut penser que son auto-qualification d’Arabe, d’un point de vue scientifique, est pour le moins curieuse. Tous deux ont aussi publié un dialogue entre Arabes et Israéliens, avec l’historien israélien Saül Frieländer[2], un dialogue qui ressemble plutôt en vérité à deux discours mis côte à côte.

 

La quatrième de couverture des Arabes au présent indique aussi qu’ils ont connu la prison dans leur pays, l’Egypte (où ils ont été impliqués à la vie politique du pays, bien qu’ils vivent essentiellement à Paris), pour leurs idées progressistes. A vrai dire, on se demande bien pourquoi! On se demande aussi ce qui les classe « à gauche »! Sans doute leur marxisme, tout simplement, et comme toujours. Car à la lecture de leur livre, disons-le nettement, on ne voit pas en quoi ils sont « de gauche », on ne voit pas non plus en quoi ils sont progressistes, ni même en quoi ils sont contestataires. S’ils vivent à Paris, on a du mal à imaginer alors, qu’à l’époque ils aient pu écrire sous la pression du régime égyptien. Et quand bien même, ceci ne ferait pas d'eux, de facto, des penseurs contestataires. Il faut croire en revanche que ce sont de libres penseurs, entendons par là des individus qui pensent librement, par eux-mêmes. Pourtant à quelques détails près, Nasser lui-même aurait pu écrire cet ouvrage! Nasser y est présenté d’ailleurs comme le grand leader  (dans un sens mélioratif) du monde arabe en son temps. Dans un livre de géopolitique, on pourrait encore comprendre une telle présentation, dans un livre plus sociologique sur les Arabes, on se serait attendu à un peu plus de critique, ne serait-ce que sur le caractère du régime : militaire, dictatorial, fondé sur un coup d’Etat. Il est incroyable qu’un journaliste et auteur de la réputation de Jean Lacouture, qui dirige la collection, ait pu accueillir, publier et même conseiller un tel livre! Jean Lacouture prouve à nouveau qu’il est, comme il l’a lui-même avoué un « ami des Arabes »[3], et qu’il a une « incompréhension totale pour le sionisme »[4], ce qui laisse envisager son objectivité dans le domaine du conflit israélo-arabe, très prononcée évidemment. Les propos de Mahmoud Hussein ne laissent pas envisager une meilleure impartialité. Si au moins cet ouvrage était présenté comme un point de vue égyptien (ou plutôt arabe puisque c’est cet adjectif-là qui est sans cesse mis en avant), on aurait parlé d’essai défendant une thèse, essayant de démontrer sa justesse, de convaincre. Or le problème en effet, c’est que l’ouvrage est présenté comme gardant « le ton de l’analyse politique et de la critique historique ». Or l’analyse, passe encore, mais la critique historique, franchement pas !

 

Il n’y a rien d’autre ici qu’un point de vue arabe, à peu près celui de Nasser, rarement critiqué, sauf lorsqu’il n’a pas assez soutenu un mouvement comme le FATH, très impliqué à l’époque dans la lutte terroriste contre Israël et dans le combat pour sa destruction. Sinon, pas de critique ! Pas de critique de la rue arabe qui veut « recommencer la guerre, et dans les plus bref délais », page 18. Une critique en revanche de Sadate (et justement il n'y a là rien de progressiste au contraire!) lorsqu’il ne fait pas assez la guerre contre Israël, et lorsqu’il envisage seulement un changement des rapports de force, pour négocier la paix. Et on pourrait multiplier les exemples d’une absence totale de critique envers le « camp des Arabes » opposé par les auteurs au « camp occidental » dont Israël ferait partie.

 

En revanche, et c’est classique, Israël fait toujours preuve « d’intransigeance » et non de méfiance, bien qu’il ne soit pas nié que les Arabes voulaient sa destruction (et que la rue le veule toujours). La plupart des classiques de la critique arabo-marxiste d’Israël sont énoncés. Il serait trop long de tous les énumérer mais on retrouve l’idée de « changer Israël »[5], de « s’intégrer à cet univers arabe » (page 183) et de faire disparaître son « identité sioniste » (page 185).

 

Ce qui est plus intéressant, c’est la façon dont les contre-vérités qui y sont développées se sont peu à peu diffusées. Tout se passe comme s’il n’y avait rien avant 1967. Il n’est pas rappelé qu’avant la dite expansion israélienne, les pays arabes voulaient déjà sa destruction et ne le reconnaissaient pas. Aussi si on reproche à Israël entre 67 et 73 de posséder le Golan, le Sinaï et Gaza, et la Judée Samarie, qu’y avait-il donc à lui reprocher avant ? On l’a compris c’est le fondement d’Israël, son existence même qui est en fait réellement contestée. Et tout se passe comme si le simple fait d’accepter les frontières de 1949 à présent, constituait un cadeau, une tolérance et un compromis des plus énormes pour les Arabes, qu’on devrait pour cela remercier. Il n’y aurait que trop à dire sur cette conception colonialiste et dominatrice arabe[6] où il est insupportable que les Juifs ne soient plus les dhimmis[7] d’autrefois.

 

Enfin l’auteur se plaint d’une certaine "prétention israélienne" sur le « monde arabe » sans aucune réflexion de fond sur ce qui constitue ce "monde", mais ne se gêne pas en revanche pour contester « l’expansion démographique » israélienne par la venue, encore limitée à l’époque pourtant, des Juifs russes. Non seulement Mahmoud Hussein ne dit mot sur l’expansion démographique arabe naturelle mais, qui plus est, se mêle de ce qui, après tout, ne le regarde absolument pas. Qu’Israël mène une politique d’immigration accueillante pour les Juifs, c’est son problème, non ? D’autant que cette immigration russe n’a pas vraiment d’effet sur le Mouvement des implantations. Non en vérité ce qui le dérange plus faut-il comprendre, c’est qu’il y ait une majorité juive, même en Israël!

En outre Mahmoud Hussein ne dit mot non plus sur le type de régime. Avec une critique des Arabes et de la gouvernance arabe avoisinant les zéro, on se fiche bien des dictatures arabes tout comme on se fiche bien que « l’Etat major de la dernière guerre [celle de 1967], au grand complet, se trouvait en prison et pour longtemps. » (Page 67). Tout au plus critique-on les régimes arabes dits conservateurs, comme ceux d’Hussein de Jordanie; autre classique de la rhétorique marxiste au Moyen-Orient.

 

Enfin donc, et c'est primordial, le mot "Démocratie" n’est pas écrit une seule fois. Pas même « démocratie populaire »! Pensez-vous, la démocratie, on s’en fiche en Egypte et dans le « monde arabe »! Ce qui importe c’est la « dignité » et la « souveraineté » des Arabes qu’on retrouve dès la première page et pour tout le livre, que la guerre d’Octobre 1973, dont il est question, leur a redonné et qu’ils ne peuvent ressentir, apparemment, que par des gestes belliqueux qu’ils prennent pour chevaleresques.... Rien de très « progressiste » dans tout cela! C’est d’un tel grotesque pour un livre censé être scientifique qu’il me fatigue de continuer. Je passerai donc sur les autres énormités et culots du livre. Je les ai gardées en notes dans les détails mais je ne vois guère qui aurait le courage de lire cette liste. La vision marxiste et arabiste de cette époque a suscité à mon sens, des dégâts dont on n’a pas encore mesuré toute l’ampleur.

 


[1] Paris : François Maspero, 1971

[2] Saül Fieländer, Mahmoud Hussein, Arabs and Israelis. A Dialogue, New York : Holmes and Meier, 1975, 221 pp

[3] « Victor Malka interview Jean Lacouture » in L’Arche, n° 206, mai 1974.

Voir plus de détails dans mon mémoire de second cycle, Misha Uzan, Images et compréhension d’Israël par les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, Mémoire de Master 2, 2007

[4] Idem

[5] Voir à nouveau ce mémoire

[6] Voir aussi les concepts développés dans mon article Misha Uzan, « Israël et les intellectuels français, 1967-1982 », in Controverses, N°7, février 2008. http://mishauzan.over-blog.com/article-israel-et-les-intellectuels-fran-ais-de-1967-a-1982-50349357.html

[7] Sur ce thème, voir en particulier les ouvrages de Bat Ye’Or, notamment Islam and dhimmitude, where civilizations collide, Madison, Dickinson University Press, 2001

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 18:30

Publié le 11 janvier 2010 sur le site http://www.un-echo-israel.net

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Paul-Giniewski.-Une-resistance-juive.jpgIl ne devrait plus être nécessaire de présenter un auteur comme Paul Giniewski. Et pourtant ! Né en 1926 à Vienne, émigré à Bruxelles en 1935 avec ses parents, puis à Grenoble pendant la guerre, il est l’auteur de dizaines d’ouvrages, de poésies, de centaines d’articles de journaux ainsi que de traductions. Bien que prolifique, son œuvre reste néanmoins peu connue du grand public de nos jours. Il fut pourtant rédacteur en chef du journal sioniste La Terre retrouvée, chroniqueur dans des journaux tels que Combat, issu de la Résistance, ou Le Quotidien de Paris. Au fil des années il a contribué à de nombreux journaux et revues, en France, en Belgique, en Suisse mais aussi en Israël, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Italie et en Afrique du Sud. On a pu le lire dans La Revue de Défense nationale, La Suisse, Le Démocrate, La Revue militaire générale, Annali, Politique étrangère, Rivista di Studi Politici Internazionali, La Revue de Paris, Miroir de l’histoire ou The World Today, et j’en passe. Mais, absent des plateaux de télévision, son audience est aujourd’hui plus limitée et réservée aux lecteurs de gazettes et journaux juifs comme Le Lien, Tribune juive ou Information juive. On lui doit pourtant des ouvrages majeurs sur Le Sionisme[1] et son contraire, L’antisionisme[2], sur l’Etat d’Israël de façon générale[3], le Néo-judaïsme[4], Le point de vue juif[5], Le Contentieux israélo-arabe[6], un ouvrage sur la philosophe Simone Weil[7], ou encore sur les guerres d’Israël[8]. Bien que tourné essentiellement vers Israël, il a également su à l’occasion varier son travail en abordant d’autres thèmes comme l’Afrique du Sud[9] ou encore l’Islande[10].

Mais l’œuvre, comme l’homme, retrace le destin d’un Juif autrichien, devenu Français après un passage par la Belgique, et toute sa vie tourné vers Israël, le judaïsme, la judéité. Son parcours, sa pensée à vrai dire, est celle d’un homme bercé entre civilisation occidentale et chrétienne d’un côté et judéité et judaïsme de l’autre.

Son avant dernier livre, Israël et l’Occident[11], sorti en 2008, qui reprend un certain nombre de thèmes étudiés tout au long de sa carrière, en témoigne. On y retrouve une étude sur le Juif Jésus, le rapport des Juifs aux chrétiens et inversement — les fêtes, le ghetto, Bonaparte ou encore Benoît XVI. A l’image de l’historien Jules Isaac au début du XXe siècle, il appelle à l’enseignement mutuel de l’estime, à une réconciliation nette entre Juifs et chrétiens, à un avenir commun.

Son dernier livre, Une Résistance juive, bien que d’un style tout à fait différent, souligne lui aussi un fil conducteur : la vie, l’expérience, la destinée d’un Juif au sein des chrétiens. Cette fois-ci il ne fait pas tout à fait œuvre d’historien, ou d’analyste, mais plutôt de témoin. C’est sa propre histoire, son propre combat au sein de la résistance juive, dans la région de Grenoble, qu’il nous retrace à partir de ses souvenirs et de son journal intime, et de ses propres archives. Entre 1943 et 1945, le jeune Paul Giniewski, d’à peine 17 ans, devient Paul Vidal. Il rejoint son frère Otto, à Grenoble, dans la zone d’occupation italienne, en 1943, et rejoint le Mouvement des Jeunes sionistes. A vélo, le jeune Vidal sillonne les églises et les mairies pour trouver de l’aide. Ses missions consistent le plus souvent à trouver des mairies amies, se procurer des formulaires officiels, des cartes, des tampons, pour pouvoir sauver ceux qui doivent se cacher, échapper aux rafles, fuir les Allemands, etc. Le récit est délivré au fil des événements et souvenirs de l’auteur, en essayant de rétablir ce qu’il a ressenti au moment des faits, et non pas ce qu’il en pense aujourd’hui. Ce n’est que vers la fin du l’ouvrage que Paul Giniewski reprend le dessus sur Paul Vidal par des considérations et réflexions générales. Le reste est une contribution à l’histoire de la Résistance juive et de la Résistance tout court. On apprend des choses intéressantes sur la Résistance, sur la prise d’otage au château de Saint-Martin-d’Uriage en 1944, sur la zone italienne, sur la façon dont les Italiens protégeaient les Juifs contre les Allemands et la police française, ou encore comment les curés de village constituaient la base de renseignement de cette Résistance de par leur connaissance du maire et de ses orientations politiques (favorable à la Résistance, à Vichy et/ou aux Nazis). La quotidienneté du propos mène parfois à quelques longueurs dans la lecture mais cet ouvrage donne à celui qui ne le connaît pas encore une bonne image de l’homme Giniewski, de la résistance juive, des mouvements sionistes. Quant à ceux qui les connaissent mieux, ils auront l’occasion de découvrir Paul Giniewski d’un nouvel œil.

 


[1] Le Sionisme, Bruxelles : Librairie Encyclopédique, 1969

[2] L’Antisionisme, Bruxelles : Librairie Encyclopédique, 1973 ; et plus récemment : Antisionisme : Le Nouvel Antisémitisme, Editions Cheminements, 2005

[3] Être Israël, Paris : Stock, 1979 ou encore Israël devant l’Afrique et l’Asie, Paris : Durlacher, 1958

[4] Le néo-judaïsme, Neuchâtel : La Baconnière, 1966

[5] Le Point de vue juif, Bruxelles : Librairie Encyclopédique, 1970

[6] Le contentieux israélo-arabe, Paris : Editions Cheminements, 2007

[7] Simone Weil ou la haine de soi, Paris : Berg International, 1978

[8] Quand Israël combat, Paris : Durlacher, 1957 ou encore Le Bouclier de David, Paris : Berger-Levrault, 1960, préfacé par Shimon Peres

[9] Paul Giniewski, Une autre Afrique du Sud, Paris : Berger-Levrault, 1962

[10] Paul Giniewski, « L’Islande, terre de paradoxes ou pays modèle ? », in Politique internationale, n°39, printemps 1988, 23 pp

[11] Israël et l’Occident, Paris : Cheminements, 2008

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 23:23

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Paris : Editions J’ai lu, 1999, 155 pages

 

 Michel Houellebecq. Extension du domaine de la lutte

 

Après son essai sur Lovecraft, c’est le premier roman de Houellebecq. Un roman devenu culte par l’auteur qui a bouleversé la scène littéraire française avec Les particules élémentaires, son deuxième roman, et qui figure aujourd’hui parmi les meilleurs auteurs francophones. C’est aussi un auteur conservateur dit-on, et pour certains réactionnaire (à quoi ? on ne sait plus trop), en tout cas un romancier pessimiste mais de qualité. Pour ceux qui ne connaissent pas Houellebecq, le lire vaut le détour. On retrouve dans Extension du domaine de la lutte, quelques thèmes favoris de l’auteur : la virginité d’un homme à un âge avancé, un côté existentialiste, une vie déprimante, la recherche sexuelle sans succès — en tout cas pas celui attendu —, l’exclusion, l’asile, la folie. De quoi faire plusieurs romans en effet.

Celui-ci est une belle entrée en matière. Le roman va crescendo. Le narrateur parle au lecteur à la première personne et nous fait découvrir son monde, ses ennuis, ses échecs et ceux des autres. L’originalité de l’œuvre et de l’auteur, c’est sans doute le réalisme cru qui tourne rapidement au cynisme presque cruel, mais pas moins réaliste. Les belles filles et les beaux garçons existent, pas de doute, mais les moches aussi, nul doute non plus, et l’auteur nous fait comprendre que ceux-là n’ont pas de chance. C’est justement le thème général, le fil directeur du livre : l’idée qu’il y a des gagnants et des perdants, que le monde, et particulièrement notre société occidentale moderne, dont il est question, laisse un certain nombre de gens sur le bas-côté. Dans les premières pages on comprend que le narrateur est un personnage du genre blasé par sa propre vie, célibataire, peu de vie sexuelle, une carrière moyenne d’analyste-programmeur dans une société d’informatique, et que beaucoup de choses et de gens ennuient. On entre doucement dans l’histoire et à partir de la page 70 environ, un peu plus du tiers de l’ouvrage, ça devient franchement bon. Quelques passages sont vraiment excellents et il convient de les mentionner. Le narrateur ne passe pas par quatre chemins dans ses descriptions. Tisserand par exemple, son collègue de bureau, celui avec qui il fait équipe dans son projet pour le ministère de l’Agriculture, est un pauvre type. Pas parce qu’il est méchant, mais un type à plaindre, pas beau, sans charme, repoussant. Le dénouement de son histoire, qui clôt la deuxième partie, est assez déprimante, disons-le. Il ne retient pas non plus son langage pour décrire une grosse fille qui était avec lui à l’école, enfant. Il se dit que même maigrir ne rendrait pas plus belle sa peau grasse, rouge, rugueuse. Il pousse le sadisme jusqu’à se demander s’il lui arrive de fantasmer et d’imaginer qu’un homme pourrait être assez fou pour vouloir la toucher. Elle à qui personne ne parlait, que personne ne voyait en dehors de l’école. Elle, qui, de parents agnostiques, héritiers de mai 68, ne pouvait même pas espérer compenser son cas par un mariage arrangé ou se réfugier dans la religion. On sent là aussi la critique sociale. Le passage sur ce type, à son boulot, qui n’est connu que comme quelqu’un qui ne sait pas acheter un lit compte aussi parmi les meilleurs. En outre, le narrateur nous fait comprendre qu’en effet, acheter un lit de nos jours, n’est pas une chose des plus simples, et il nous dit pourquoi. C’est même assez drôle. Le rapport de l’humain aux autres, le regard des autres, méfiant, moqueur, juge, est omniprésent. C’est à cause de celui-ci que le narrateur fait croire qu’on lui a volé sa voiture afin de ne pas passer pour un abruti, car il l’a en fait égaré. Il ne sait juste plus où il l’a garée.

Le livre est plein des petites histoires du narrateur, toutes plus amusantes — ou déprimantes — les unes que les autres. La scène de la boîte de nuit est un des meilleurs moments du livre. Elle m’a un peu fait penser à la soirée du prêt à baiser dans Les lois de l'attraction de Bret Easton Ellis. Mais dans ce dernier c’était seulement amusant parce qu’un type ne trouvait rien de mieux à faire que se déhancher en caleçon, sans autre implication. Ici l’aspect pessimiste est criant. Tisserand ne se remet pas de ses échecs auprès de la junte féminine. L’injustice humaine, sociétale, naturelle peut-être, est pointée du nez, soulignée. La déprime chez l’un, puis la dépression chez l’autre s’en suivent. Houellebecq n’hésite pas à envisager le meurtre comme autre forme de libération. Une solution qu’un autre auteur, Maurice Dantec, met lui à exécution dans ses romans noirs. Enfin quelques réflexions et citations méritent de figurer ici pour donner un peu le ton de l’ouvrage.

 

Page100, une critique du libéralisme économique et sexuel, la définition du livre, de son titre.

« Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place. Dans un système sexuel où l’adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit. En système économique parfaitement libéral, certains cumulent des fortunes considérables ; d’autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et à la solitude. Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. Sur le plan économique, Raphaël Tisserand appartient au camp des vainqueurs ; sur le plan sexuel, à celui des vaincus. Certains gagnent sur les deux tableaux ; d’autres perdent sur les deux. Les entreprises se disputent certains jeunes diplômés ; les femmes se disputent certains jeunes hommes, les hommes se disputent certaines jeunes femmes ; le trouble et l’agitation sont considérables. »

 

Page 114, une réflexion sur l’amour et la sexualité :

« En réalité les expériences sexuelles successives accumulées au cours de l’adolescence minent et détruisent toute possibilité de projection d’ordre sentimental et romanesque ; progressivement, et en fait assez vite, on devient aussi capable d’amour qu’un vieux torchon. »

 

 

C’est court, peut-être trop puisqu’on en aimerait un peu plus, ça se lit vite et bien. Ca fait réfléchir et c’est à lire absolument. Mais les effets peuvent être non négligeables. Celui qui a confiance en soi ou qui ne se sent pas du côté des perdants peut s’amuser, se détendre ; que dire de celui ou celle qui n’a rien pour lui/elle? Houellebecq ne lui enfoncera-t-il pas la tête encore un peu plus bas ?

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