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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 01:26

  

Jean Christophe Rufin, Rouge Brésil, Paris : Gallimard, 2001, Prix Goncourt 2001

 

 Jean-Christophe-Rufin.Rouge-Bresil.jpg

 

 

Jean Christophe Rufin n’est pas un anonyme. Chef de clinique à Paris, Président d’Action contre la Faim, pionnier de Médecins sans frontière et compagnon de Bernard Kouchner, administrateur de la Croix Rouge française, envoyé en postes un peu partout dans le monde, il fait partie des grands noms français de la médecine. Diplômé également de l’Institut d’Etudes politiques de Paris il a mené parallèlement une carrière de diplomate, ayant été tour à tour conseiller, attaché culturel, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques, et ambassadeur au Sénégal et en Gambie.

Enfin il mène également depuis 1986 et son premier essai Le piège humanitaire, une carrière d’écrivain, auteur d’essais politiques et de romans. C’est à cette partie de sa vie et plus particulièrement à son Roman Rouge Brésil, prix Goncourt 2001, qu’on s’intéressera ici.

 

Jean-Christophe-Rufin.jpgOn l’a compris donc, Jean-Christophe Rufin n’est pas un amateur. Il s’inscrit au contraire parmi les hautes personnalités de France, d’autant plus depuis son élection en 2008 à l’Académie française. Aussi à l’image d’un académicien, d’un chercheur, d’un médecin, d’un homme d’envergure et d’expérience, il ne fait pas les choses en petit. Rouge Brésil en l’espèce est un roman de 601 pages en collection Folio, se consacrant à partir de recherches fouillées à une histoire vraie, et si méconnue, celle de la conquête du Brésil … par les Français ; au cours du XVIe siècle. Evidemment, on le sait aujourd’hui, conquête avortée, les Français ayant été battus et chassés de ce coin d’Amériques, par les Portugais.

 

Tiré d’une histoire vrai, ce roman n’en reste pas moins une interprétation de l’aventure. S’inspirant en particulier des écrits de Jean de Léry, un des protestants de l’expédition française, et de ceux de Villegagnon, l’amiral en chef et un des personnages centraux de l’histoire, Jean Christophe Rufin met en scène deux enfants, Just et Colombe, recrutés pour servir d’interprètes auprès des Indiens, les enfants ayant une capacité supérieure aux adultes à intégrer des langues nouvelles. On se doute bien, à l’évidence, que tout ne va pas se passer comme prévu. La traversée est longue et difficile et on croit bien de prime abord, qu’ils n’arriveront jamais à destination. Mais la persévérance, malgré la perte d’une grande partie  des hommes de l’expédition, les emmène toutefois à bon port. Néanmoins le roman battant son plein, rien n’est simple sur l’île de Villegagnon, aux abords de la future Rivière de Janvier ou Rio de Janeiro. Colombe qui doit cacher sa qualité de femme depuis le départ en bateau, s’éprend d’une attirance pour le monde indien, tandis que Just, fils Clamorgan — un ancien compagnon de l’amiral — devient le bras droit de l’ancien chevalier de Malte. Tout ceci dans une atmosphère singulière, balancée entre permissivité et ascétisme catholique ou mouvement de Réforme. Les choses se compliquant, encore un peu plus, lorsque de nouveaux venus, des Calvinistes, viennent s’ajouter à la pagaille. En outre, notons que les confrontations entre exégèses catholique et protestante et les combats théologiques entre les deux parties, sont à mon sens, la partie la plus intéressante et passionnante du livre. Elles introduisent en effet les guerres de religion.

Enfin, en bon académicien Jean-Christophe Rufin a bien ficelé son histoire et usé d’un vocabulaire soutenu et adéquat. Un défaut toutefois, sa longueur. J’ai décidément un peu de mal avec les livres qui dépassent les 500 pages et si je n’y mets pas un enthousiasme accru, vient un moment où je me lasse. La beauté de l’histoire et le dépaysement m’ont néanmoins incité à poursuivre ma lecture, mais avec quelques pauses. Si bien que j’ai interrompu ma lecture à plusieurs reprises pour en effectuer d’autres, gardant néanmoins en tête la trame de l’histoire. Aussi ai-je traîné dans le temps, faisant de Villegagnon, de Just, de Colombe, de Gonzales, ou de Pay-Lo mes propres compagnons de route. J’ai vécu un moment leurs déboires, au sein de l’île ou parmi les indiens. Jusqu’à ce que les choses s’accélèrent et que la fin de l’histoire survienne. Une fin connue d’avance, mais qui n’empêche pas la lecture des péripéties qui y mènent.

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 12:42

 

Didier Daeninckx, Le Poulpe. Nazis dans le métro, Paris : Editions Baleine, 1996

 

  Didier-Daeninckx.-Nazis-dans-le-metro.jpg

 

Didier Daeninckx était Didier de Didier dénonce de Patrick Besson. Une satire de la vision politique et dénonciatrice de ces communistes qui se veulent libres penseurs, chasseurs de fachos, de salauds, voire de bobos. C’était un coup porté par Besson contre Daeninckx qu’il perçoit comme un auteur procédurier et prêteur de préjugés. Et il n’est pas le seul. En 2001 on parlait dans le journal Politis de ‘L’affaire Daeninckx’, accusant celui-ci de mener des « procès de Moscou à Paris » ; la même année des militants interrompaient un colloque auquel il participait pour manifester leur opposition à l’écrivain. On ne peut pas dire en effet que Didier Daeninckx s’entende très bien avec certains auteurs, parmi lesquels Gilles Perault  (que Daeninckx a accusé de faire l’apologie du colonialisme dans son ouvrage Le Goût du secret), Gérard Delteil (qu’il a accusé avoir triché pour le Prix du Quai des Orfèvres, accusation qui a valu condamnation pour diffamation à Daeninckx), Thierry Jonquet, Maurice Rajsfus, ou encore Jean-Pierre Bastid. En revanche l’auteur de La mort n’oublie personne est soutenu par Jean Bernard Pouy, Frédéric H. Fajardie, Jean-Jacques Reboux, ou bien Daniel Prévost. Didier Daeninckx est donc au cœur de maints affaires et en même temps semble un peu les chercher : c’est sûr Daeninckx aime la polémique. En 2005, Guy Dardel lui a consacré aussi un livre, Le Martyr imaginaire : Daeninckx s’est senti attaqué, a intenté un procès et l’a perdu en première instance. Ca n'en finit plus! Ancien compagnon de route du PCF, soutien de la liste du Front de Gauche de Marie Georges Buffet et Jean Luc Mélenchon aux dernières élections européennes, il s’est détaché aussi des communistes orthodoxes et de certaines de leurs dérives qu’il dénonce. Décidément ! Enfin Daeninckx apparemment, c’est toute une histoire !

 

Ceci étant tout accusé a le droit de se défendre et tout auteur a le droit d’être lu. C’est pourquoi, laissant de côté les règlements de compte politico-intellectuels, je me suis procuré quelques Daeninckx et, curieux, je me suis livré à la lecture de Nazis dans le métro, pour commencer…

 

Je suis tombé sur Gabriel Lecouvreur, une sorte de détective privé à son compte, alias Le Poulpe. Un personnage de polar devenu une icône des romans noirs français. Le Poulpe est une collection de romans publiée aux éditions Baleine, adaptée en film en 1998 et en bande dessinée pour certains épisodes depuis 2000. Les auteurs des histoires du Poulpe, et c’est là l’originalité, diffèrent. Mais il y a quelques règles à respecter sur les personnages et les chapitres. Le Poulpe par exemple est sans domicile fixe, il oscille entre le salon de Chéryl, sa coiffeuse et compagne, les hôtels, les pensions. Il déteste le vin mais c’est un habitué du bar de Gérard, dont il connaît la femme Maria, Vlad l’aide cuisinier roumain et le chien, Léon. Le Poulpe a aussi pour ami Pédro, d’origine catalane, un ancien militant anti-franquiste dans la guerre d’Espagne, un anarchiste, un imprimeur et celui qui lui fournit armes et faux papiers. Gabriel Lecouvreur est en revanche souvent emmerdé, de son point de vue, par Vergeat, verlant de Javert et clin d’œil aux Misérables, le flic typique du roman noir, un membre des RG, un ennemi intime du Poulpe.

Créé par Jean-Bernard Pouy en 1995 c’est un « personnage libre, curieux, contemporain […] qui « démarre » toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde. Au fond bien que Didier Daeninckx ne soit qu’un des auteurs du Poulpe, il me paraît beaucoup lui ressembler. Dans Nazis dans le métro, il lance le Poulpe sur les traces d’André Sloga, 78 ans, anarchiste lui aussi, décidément ! écrivain engagé, fouineur, en bref celui qui aime bien chercher dans la merde surtout quand c’est pour y trouver quelque chose. Le type est tabassé dans le hall de son immeuble parisien sans autre explication. En feuilletant les faits divers Gabriel Lecouvreur lit le nom d’un ses auteurs préférés. Il connaît l’homme et son goût pour dénicher les histoires les plus salaces. Il est persuadé qu’on a voulu le faire taire. Il lui rend visite, l’homme est dans un sale état. Il se procure des documents chez lui, le manuscrit d’un prochain ouvrage. Une sale histoire sur la fille d’un riche industriel du marais poitevin assassinée après avoir refilé le sida à ses amants. Sloga est venu ici, il a rencontré les hommes que Lecouvreur rencontre. Mais rien n’explique le règlement de compte avec Sloga. Le Poulpe cherche, trouve des dossiers, des disquettes, des fichiers. Sloga a poursuivi des recherches sur les grands auteurs de l’extrême droite et … les grands classiques du marxisme. Du Rebatet, du Céline et d’anciens cocos passés au national-communisme, un néo-doriotisme, cet ancien numéro deux du PCF devenu leader d’un groupuscule fasciste dans les années 30. Le Poulpe pénètre un courant de pensée et d’action rouge-brun. La solution est peut-être là, Sloga a trouvé quelque chose. Mais quoi ?

 

Il faudra lire ce petit polar noir de 94 pages pour le savoir. C’est court, c’est bien fait, c’est palpitant. Et puis il y a un petit côté littérature locale qui pourra plaire soit aux habitants du marais poitevin, soit — et c’est plutôt mon cas — aux habitués du 13e arrondissement de Paris : les tours de Tolbiac, la ligne aérienne du métro, numéro 6, la station Nationale, Corvisart, Glacière ; tous ces lieux qui m’ont rappelé des souvenirs. Remarquons toutefois que je comprends mal le titre du livre, s’il s’agit bien de nazis, si Le Poulpe prend bien le métro, en revanche à aucun moment il me semble il n’y a de nazis dans le métro. Enfin, passons. Autrement à part une ou deux phrases un peu réductrices sur le succès du renouveau de la droite dite extrême, ça se lit bien, très bien. C’est un fait divers chopé au vol et tiré pour en faire un roman noir, une critique sociale et politique sur un micro phénomène extrêmement inquiétant. L’erreur, toutefois, serait de le prendre pour autre chose qu’un épiphénomène. En 1996 à sa publication, les néo-nazis ne font pas la loi, on n’en croise pas plus qu’avant, même moins, et tant mieux. Les Black Dragons les ont chassé de Châtelet, on ne les voit plus guère que dans les tribunes de Boulogne ou dans certains coins d’Alsace, et les fascistes constituent un poids électoral négligeable. La poussée d’un camp extrémiste est ailleurs. Daeninckx montre un milieu qui survit malgré tout, mais avec peine, heureusement !

C’est surtout pour le style du polar et le suspense que ce petit bouquin peut plaire.

 

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 22:18

 

 Publié en 2007 sur GNI, notre ancien site.

 

 

Avraham-B.Yehoshua.-L-Amant 

C’était mon premier livre de cet auteur. Avraham B. Yehoshua, né en 1936 à Jérusalem, écrivain israélien d’origine sépharade. J’entamai son premier roman international, L’Amant, écrit entre 1974 et 1976 et publié en France en 1977. On m’avait tenu des propos mitigés sur l’auteur, moins connu qu’Amos Oz, son contemporain lui aussi yerushalmite, et d’un hébreu moins fouillé que Shmuel Agnon, l’un des pères du nouvel hébreu.

Pourtant je fus agréablement surpris. Et je me plongeai dans le cœur du roman, qui, comme pour ses nouvelles, « rompt avec la jeune tradition littéraire israélienne en introduisant une dimension de rêve et d’ironie dans le réalisme souvent austère et sombre de ses contemporains ». Long de 450 pages bien tassées, je ne pouvais le lire d’une traite. Mais chaque jour, à chaque lecture, j’attendais la suite. La suite d’une histoire bien menée, attrayante, parfois presque choquante. L’histoire d’un homme, Adam, à la recherche de Gabriel, l’amant de sa femme Assiah. L’histoire d’une famille déboussolée par la mort à 5 ans de leur premier enfant. L’histoire de ce garagiste richissime, perdu dans ses pensées et son silence ; de sa femme, brillante enseignante, et de leur fille de 14 ans : Daffy. L’histoire de Naïm, petit arabe du nord d’Israël, 14 ans lui aussi, que son oncle Hamid a fait travailler, comme ses dizaines de cousins et nombre de ses 14 enfants, au garage d’Adam, le patron juif. Une histoire jalonnée par la guerre de kippour, ses conséquences, ses retombées. Bref une histoire en apparence banale, quoique curieuse, mais qu’Avraham B. Yehoshua sait tourner comme il faut pour intéresser et capter le lecteur.

Car au-delà des histoires d’amour et d’amants assez provocantes parfois, au-delà des questions familiales et de la vie intime des personnages, c’est tout un quotidien israélien que l’on découvre. Celui d’une famille juive israélienne de Haïfa et d’origine ashkénaze, celui des Arabes d’un petit village au nord du pays, celui de cette autre mère, non juive et d’origine hongroise, venue pour suivre un mari qui l’a laissé seule avec sa fille Tali. Mais aussi l’univers de l’école israélienne, les cours de littérature, de bible, et du talmud, ou encore l’histoire d’Israël et ses relations avec les Arabes vue par une vieille grand-mère, née en 1881, à Jérusalem, à l’époque turc ottomane. 

Yehoshua utilise d’ailleurs un procédé littéraire original qui consiste à faire parler tour à tour chaque personnage, de façon à découvrir la même histoire, les mêmes événements, les mêmes détails, sous le regard de chacun. N’hésitant pas à répéter le même passage, la même parole, la même action, mais vu par le père, par la mère, par la fille, par l’ouvrier, par l’amant ou par la grand-mère.

Mais l’un dans l’autre, c’est aussi le regard de Yehoshua lui-même que l’on perçoit, écrivain auteur de nouvelles, de pièces de théâtre et de romans, professeur de littérature à l’université de Haïfa, mais aussi d’Harvard, de Chicago et de Princeton, qui en 1977 s’engage aussi comme militant politique — tout comme Amos Oz qui en est l’un des fondateurs — au sein du mouvement La Paix maintenant (שלום עכשיו). C’est aussi celui de la compassion d’un auteur qui traduit, raconte et romance les problèmes et les choses de son temps. Le regard des Juifs sur les Arabes, celui des Arabes sur les Juifs, l’ambiguïté de leur rapport, les questions de sécurité dans le pays, l’écart culturel entre une population juive urbaine, moderne et laïque, et une population rurale arabe, aux mœurs anciennes et différentes, les enfants travaillant, le père ayant deux femmes, ramassant l’argent de ses enfants et les laissant aussi partir, sans donner de nouvelles. Bref c’est aussi l’histoire d’un temps, d’un quartier, d’une région, d’une situation, d’un auteur, mais surtout d’une œuvre littéraire. Une œuvre que nous conseillons.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 00:37

Publié le 25 septembre sur le site

http://www.un-echo-israel.net

  

Par Misha Uzan

 

 

Prix-Ophir.jpgMardi soir s’est tenue pour la première fois au Grand Théâtre de Jérusalem la 22e cérémonie des Prix Ophir (Prix de l’Académie israélienne pour le Cinéma du nom de Sheika Ophir), l’équivalent de nos César français et des Oscars américains en Israël. L’occasion pour nous de revenir sur la percée du cinéma israélien. Bien que loin d’égaler le cinéma américain en termes de popularité et de budget, comme l’a rappelé avec humour le présentateur et acteur Aki Avni au cours de la soirée, le cinéma israélien est depuis quelques années sur une pente ascendante ; aussi bien au niveau des films, qui ont bénéficié de nombreuses aides et coopérations françaises et allemandes le plus souvent, qu’au niveau des entrées qui augmentent, et des salles de cinéma qui se modernisent et se multiplient modestement dans tout le pays. Et la qualité s’en ressent.

D’ores et déjà réputé à travers le monde des arts pour ses écrivains, Israël répand à présent ses cinéastes et acteurs. Et les livres leur donnent un petit coup de pouce. En effet le grand gagnant de la cérémonie, avec cinq Prix Ophir dont celui du meilleur réalisateur pour Eran Riklis et celui du meilleur film ne fut autre que l’adaptation cinématographique du livre d’A.B. Yehoshua Le Responsable des ressources humaines. L’histoire est celle d’un DRH d’une grande entreprise jérusalémite amené par son patron à partir à la recherche des héritiers d’une immigrée d’une ancienne république soviétique, divorcée, esseulée en Israël et morte dans un oubli complet et une totale indifférence dans un attentat. Une belle histoire, en livre comme en film.

Paam aïti, Autrefois j'étaisL’autre grand film israélien de l’année, lui aussi inspiré d’un livre (Pour elle les héros s’envolent de Méïr Gutfreund) ne fut autre que Paam Aîti, Autrefois j’étais, émouvante histoire d’amour et de rencontres, l’été 68, à Haïfa. Le film fut récompensé, non seulement par ses nombreuses nominations mais aussi et surtout par la victoire d’Adi Miller comme meilleur acteur principal pour le rôle de Yenkélé Breid, et par celle de Maya Dagan, meilleure actrice de l’année pour le rôle de Clara, l’amie de Yenkélé.

La soirée s’est encore vue ponctuée par de nombreuses récompenses : celles du prix de meilleur acteur secondaire pour Michaël Moshonov, du prix de meilleure actrice secondaire pour Rosina Quambos, de meilleur film reportage pour La vie est chère, meilleure musique de film pour Aviv Balali pour son travail sur Le Guide de la révolution, ou encore deux prix pour le film humoristique C’était Sodome dans les catégories « Meilleur décor » et « Meilleurs costumes de films ». Enfin le prix pour l’œuvre d’une vie fut attribué à l’acteur et réalisateur Zeev Ravah, agent du 7e art depuis les années 60.

Grande déception en revanche pour La grammaire intérieure, film adapté (là encore) du Livre de la grammaire intérieure de David Grossman, qui malgré ses 12 nominations, repartit les mains vides.

 

Une nouvelle année de cinéma s’ouvre à présent et nous la suivrons avec attention. Après Valse avec Bachir et Ajami, Le Responsable des ressources humaines représentera Israël dans la catégorie « Meilleur film étranger » aux Oscars américains.

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 12:33

Georgio Bassani, Le jardin des Finzi-Contini, Saint-Amand : Folio, 2006 [1975], Editions Gallimard, 1975, pour la première traduction française, Giulio Einaudi editore, Torino, 1962, pour la première édition italienne, traduit de l’italien par Michel Arnaud

 

 Giorgio-Bassani.-Le-jardin-des-Finzi-Contini.jpg

 

Après la lecture d’un roman de Giono qui m’a un peu ennuyé, je l’avoue, j’ai voulu insister, poursuivre la lecture de ce qu’on peut nommer aujourd’hui des « classiques ». Je suis bien tombé, par hasard, avec Giorgio Bassani et Le jardin des Finzi-Contini.

Je ne connaissais guère cet auteur, mort en 2000, un peu oublié, je ne connais aussi que très peu la littérature italienne. « Le chef-d’œuvre du roman italien » indique pourtant la quatrième de couverture. Voilà donc qui méritait approfondissement, voilà donc qui méritait lecture.

 

Giorgio-Bassani.jpgNé à Bologne en 1916, ce poète, romancier, journaliste, vice président de la RAI de 1964 à 1966, homme politique au Parti Socialiste italien puis au Parti Républicain, vieil antifasciste et professeur d’histoire à l’Académie nationale d’art dramatique, est surtout le grand écrivain de la petite ville emmurée de Ferrare, en Emilie-Romagne, située entre Bologne et Venise, au nord-est de l’Italie. Il est l’auteur, entre autres, de Cinq histoire ferraraises (prix Strega, 1956). Le hasard faisant bien les choses encore une fois, je visitais il y a quelques mois pour la première fois, cette ville calme et mignonne, classée toute entière par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’humanité. Aussi Le jardin des Finzi-Contini est une plongée intimiste vers la Ferrare des années 20 et 30, au cœur de la bourgeoisie juive ferraraise, vivant le fascisme mais discriminée, bientôt, par les lois raciales de 1938, introduites sur pression de l’Allemagne hitlérienne, et disparue, peu après, dans la tourmente nazie. Le jardin des Finzi-Contini est une micro-histoire de ce mini milieu, écrite dans les années 60 sur la base des souvenirs de l’auteur. Enfin et surtout, Le jardin des Finzi-Contini est une histoire d’amitié, d’amour, de passion envers la petite Micol Finzi-Contini, qui ne vivait plus, à la rédaction du livre, que dans la mémoire de Giorgio Bassani.

 

L’histoire est contée à la première personne par le narrateur. Sa rencontre avec Micol, avec les Finzi-Contini, les rencontres entre amis, dans leur jardin et surtout leurs longues et interminables parties de tennis. Le livre est agréable à lire. Giorgio Bassani nous berce entre les rues de Ferrare où il vit, de Bologne où il étudie, et de Venise où Micol elle aussi va à l’université, voire de Milan dont certains de ses amis lui parlent tant, mais qu’il connaît moins. Et puis le narrateur est un lettré et un littéraire, il a hésité entre l’italien et l’histoire de l’art pour passer son diplôme, optant finalement pour ce premier ; il aime la poésie, l’histoire, la littérature et il nous en parle, à nous lecteur, et à ses amis avec qui il discute de ses préférences. L’ouvrage est aussi parsemé d’expressions en dialectes vénitien, milanais et ferrarais, voire judéo-ferrarais. Les fêtes juives de Rocha Hachana, Kippour et Pessah accompagnent aussi le narrateur dans le cycle de l’année et dans le cycle de la vie, comme on dit en hébreu.

 

Enfin et surtout, l’auteur est, un peu comme Proust qui écrit comme lui « à la recherche du temps perdu », un amoureux des longues phrases. Mais à la différence de son homologue aux phrases parfois très complexes, celles de Bassani sont tout à fait abordables. Elles n’en sont pour autant pas moins belles. Elles sont en tout cas très nombreuses et il ne me faut pas chercher longtemps pour vous en livrer une en guise de conclusion.

 

Page 237-238 de l’édition (citée plus haut) :

« Je regardais mon père et ma mère, l’un et l’autre très vieillis en quelques mois ; je regardais Fanny qui avait maintenant quinze ans mais qui, comme si une crainte secrète eut arrêté son développement, n’en paraissait pas plus de douze ; je regardais l’un après l’autre, autour de moi, oncles et cousins, une grande partie desquels, quelques années plus tard, allaient être engloutis par les fours crématoires allemands et qui n’imaginaient certes pas qu’ils finiraient ainsi, et moi non plus je ne l’imaginais pas, mais, malgré cela, alors déjà, ce soir-là, même en les voyant si insignifiants avec leurs pauvres visages surmontés de leurs petits chapeaux bourgeois ou encadrés de leurs bourgeoises permanentes, même les sachant d’esprit tellement obtus, si incapables d’évaluer la portée réelle du présent et de lire dans le proche avenir, déjà ils m’apparaissaient enveloppés dans la même fatalité sculpturale qui les enveloppe maintenant, dans la mémoire ; je regardais la vieille Cohen, les rares fois où elle se hasardait à se montrer par la porte de la cuisine : Ricca Cohen, la vieille fille sexagénaire et distinguée sortie de l’Hospice de la via Vittoria pour être domestique chez des coreligionnaires aisés, mais qui ne désirait rien d’autre que de retourner à l’Hospice et d’y mourir avant que la situation ait encore empiré ; et, finalement, je me regardais moi-même réfléchi dans l’eau opaque de la glace qui était en face de moi, pas différent des autres, moi aussi déjà un peu blanchi, moi aussi pris dans le même engrenage et néanmoins rétif, et pas encore résigné. »

 

                                                                                              Giogio Bassani

 

On mesure un peu plus l’ampleur de ce chef d’œuvre italien, ferrarais, juif.

C’est vrai.

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 12:03

 Guillaume Musso, Et après, Paris : XO Editions, 2005

 

Guillaume-Musso.-Et-apres.jpg

 

Guillaume Musso est un auteur populaire qui a vendu des millions de livres. Il n’est probablement pas besoin de le présenter.

Je dois reconnaître que je ne suis pas un grand lecteur de ces auteurs populaires que tout le monde s’arrache. On a toujours quelques préjugés et ils sont parfois justifiés.

 

Ceci étant je me suis laissé convaincre. J’ai attrapé Et après, son premier roman et premier grand succès et je m’y suis plongé. Alors c’est vrai. Ce n’est pas de la grande littérature complexe et poétique. Il ne s’agit pas là d’un exercice de style affiné et exceptionnel. Et puis il y a de bien meilleurs livres, plus amusants, mieux écrits, plus enrichissants. C’est vrai aussi. J’ajouterais que Musso frôle parfois avec les lieux communs : le riche avocat parvenu de New York, l’aristocratie de Boston, et surtout l’atmosphère américaine qui entoure les personnages, presque trop basique, trop filmographique, trop télévisuelle. C’est un peu comme si c’était fait pour plaire à Monsieur tout le monde.

Mais enfin on comprend pourquoi le livre peut plaire. Sans aucun doute. De là à connaître un tel succès il y a sans doute une part de chance et de bonne promotion. Mais le livre est attrayant. On ne s’y trompe pas, Musso sait manier le suspense. Très vite il nous met en haleine et on a envie de connaître la suite, alors on poursuit. Et on y prend goût. Sans en trop dévoiler, le thème du passage à la mort a quelque chose de séduisant, littérairement parlant. Pour rester sur ce thème, un livre de Didier Van Cauwelaert serait un bon accompagnement. Et puis le roman prend un peu de profondeur. Les choses se complexifient et Musso joue des formes littéraires : les flash back, les changements de perspective, de regard, de personnages. Enfin on s’attache aussi beaucoup à Nathan le héros, et à sa fille Bonnie, une fille comme on aimerait tous en avoir, sage, intelligente, compréhensive. Certes Musso ne fait pas de la littérature à thème social, il ne cherche pas non plus à choquer, ce n’est pas un polémiste, mais il fait lire. Il n’écrit pas sur le sexe par exemple, ou la sensualité, presque pas, mais il parle d’amour. C’est un romantique. On comprend donc son succès auprès des lectrices. Et puis c’est vrai que le tout fait un bon film, et ce n’est pas étonnant qu’on l’ait adapté au cinéma. Musso a su glisser de nombreux ingrédients pour nous empêcher de lever la tête du livre, comme dans ces séries américaines télévisées qui, quoiqu’on en dise, nous scotchent devant notre petit écran.

 

Guillaume-Musso.jpgAussi ne faites peut-être pas lire Musso à vos enfants s’ils doivent apprendre la grande littérature, pas besoin de le dire, mais si vous-mêmes voulez vous détendre dans le métro, et peut-être avoir une bonne excuse pour rater votre station, vous avez trouvé un bon moyen.

 

http://www.guillaumemusso.com

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 19:39

 

François Vallejo, Vacarme dans la salle de bal, Paris : Editions J’ai lu, 2003 [Viviane Hamy, 1998], 127p.

 

 

Francois-Vallejo.-Vacarme-dans-la-salle-de-bal.jpgVoilà une contribution à la littérature. Pas besoin de faire des chichis ni de creuser dans les tréfonds de la langue française pour se faire son vocabulaire. Pas non plus d’histoire à suspense et à multi-tiroirs digne des romans de fiction ou de séries policières où l’on attend tout du long l’identité du tueur. C’est un petit roman de 127 pages, vite lu et qui détend au moins un bref moment. D’abord parce qu’il évoque le bal, la danse, les soirées de valse et de tango. Ensuite parce ça part d’un rien, un voisin joueur de saxophone, de clarinette et de piano, et qui joue un peu trop fort la nuit, et que d’un rien surgit tout le roman. Enervé par le bruit incessant, le narrateur entreprend de corriger le noctambule et d’obtenir la paix. Mais, trop timide, trop poli, trop bien élevé, il ne trouve rien de mieux que de lui dire qu’il prépare une thèse sur le bal. Que lui a pris ! Le reste est un joli aller et vient entre un danseur de nuit un peu mystérieux, un médecin de marins devenu thésard pour l’occasion pris d’une étrange curiosité pour son voisin, et sa femme médiateur de cette fausse amitié qui tourne à la rivalité, à la haine, à la guerre de palier. Le tout ferait un joli vaudeville. Francois-Vallejo.jpgUne histoire apparemment banale, un fait divers, une péripétie, un mystère personnel, authentique. Un peu de pensée de narrateur, une touche de philosophie apportée par une femme enseignante en philosophie, des colères, et un fou de la danse. Vous obtenez le premier roman de François Vallejo. Un auteur né en 1960 au Havre qui situe son roman au Havre et transmet le charme de sa ville et surtout son univers particulier, sa touche à lui. Un bon départ qui le mène au prix France-Télévisions et à la sélection des prix Femina, Renaudot et Goncourt pour Madame Angeloso, au Prix des Libraires pour Groom en 2004, et au Prix du livre Inter pour Ouest en 2007. De quoi s’y intéresser un peu.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 13:46

Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul, Paris : Julliard, 2002, 147p.

 

Yasmina-Khadra.-Les-hirondelles-de-Kaboul.jpg

 

On sait depuis 2001 et L’Ecrivain que Yasmina Khadra n’est pas une femme. On sait depuis 2002 et L’impostures des mots qui est vraiment Mohammed Moulessehoul, un ancien militaire algérien né dans le Sahara, en lutte contre les groupes islamistes en Algérie. Un clandestin réfugié en France, qui accuse les fous de dieu et qui tente de rendre un peu hommage à la femme en montrant un regard féminin dans ses œuvres. C’est intéressant mais c’est aussi insuffisant.

 

Sans trop insister, si sa critique se porte sur les grands extrémistes de l’islam, et c’est bien, elle devrait aller bien plus loin. Il n’y a guère à saluer les Talibans, le GIA, le Hamas ou le Hezbollah, mais ils sont loin d’être les seuls condamnables dans les pays arabes et musulmans. Aussi à ma connaissance, Yasmina Khadra reste encore trop timoré.

 

Ce sentiment est aussi ressenti dans son œuvre. L’homme aime écrire depuis tout petit et veut s’exprimer par l’écriture. Il choisit la langue française et lui rend hommage avec une écriture limpide, soutenue et recherchée. Presque trop. On a parfois l’impression dans Les hirondelles de Kaboul qu’il a voulu complexifier son vocabulaire en introduisant dans son texte des mots rares et difficiles. Le dictionnaire est le bienvenu pour comprendre chaque mot. Mais on ne peut pas tant lui reprocher cela. En revanche on aurait peut être aimé plus de vigueur dans l’écriture, plus de sensation, de choc, plus de jeu avec les mots.

 

Yasmina KhadraC’est un peu la même chose avec l’histoire. C’est celle de deux couples, Atiq le geôlier et sa femme Mussarat et Mohsen et son épouse Zunaira qui se croisent dans les sévères circonstances du quotidien sous l’emprise des Talibans en Afghanistan avant leur chute. Elle est triste et émouvante, révoltante aussi. C’est joli certes mais ça manque d’abord de vigueur. Sur 147 pages il faut attendre la 100e avant que les choses se gâtent vraiment. Et puis l’ensemble souffre de pauvreté du fait même du thème. La barbarie moyenâgeuse des Talibans est telle qu’on ne peut que la condamner, que la rejeter. L’auteur en témoigne et ses personnages en souffrent malgré eux. Mais emprisonnés dans cet univers sordide, la réflexion tourne court. On a tellement plus le droit de penser à Kaboul (même pas le droit de rire dans la rue, fait-il dire à un Taliban), que la pensée des personnages est limitée à cette opposition, à cette répulsion pour le nouveau régime. Et l’auteur ne parvient pas vraiment, à mon sens, à élever le débat. Contre la folie humaine la pensée ne doit pas se cantonner à la condamner, elle doit réussir à poursuivre sa poussée. Or tout se passe comme si les choses étaient tombées trop bas pour avoir le temps de s’y consacrer. Au fond c’est un peu ce qui paralyse tout débat sur des conflits impliquant le monde musulman. On est tant prié de choisir un camp, qu’on ne parvient pas vraiment à ériger une véritable pensée et philosophie.

 

De même, hormis le témoignage que constitue son œuvre sur la vie désastreuse à Kaboul, un joli témoignage à coup sûr, je ne comprends pas bien en quoi la série comprenant Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les Sirènes de Bagdad se consacrent, nous dit-on en début d’édition, au « dialogue de sourds qui oppose l’Orient et l’Occident ». Outre le fait que le terme ‘Orient’ est très réducteur, un livre comme Les hirondelles de Kaboul n’implique pas vraiment l’Occident. Si les valeurs fondamentales de l’islamisme condamnent celles de l’Occident ou son manque de valeur, ce dernier n’a pas à s’en justifier ou à s’expliquer. On reconnaît peut-être ici la tendance de l’auteur à vouloir faire porter le chapeau aux autres, sans prendre toutes ses responsabilités. En écrivant sur Kaboul en 2002, après le 11 septembre 2001, puis en s’attachant aux Arabes israéliens dans L’Attentat puis à l’Irak dans Les Sirènes de Bagdad, il reste malgré tout trois impressions. La première que Yasmina Khadra s’éparpille un peu trop, ce qui réduit la précision de l’œuvre (je ne doute pas de sa compétence mais je ne suis pas sûr qu’elle soit la même pour chaque territoire occupé par des musulmans, et ils sont nombreux) ; la seconde qu’il surfe sur les événements, fait de la sensation au sens commercial du terme, la troisième qu’il a un peu trop tendance à jeter la pierre aux autres. On en revient donc à nos premiers propos.

 

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 10:20

 

Bernard Werber, Le Souffle des dieux, Sarthe : La Flèche, 2007, [Paris : Albin Michel, 2005]

 

 Bernard-Werber.-Le-Souffle-des-dieux.jpg

 

Bernard Werber est un auteur prolifique à succès. Sans l’avoir jamais lu je connaissais son nom. Je ne sais pas bien d’où. Sans doute avais-je vu traîner plusieurs de ses œuvres sur des rayons de librairies tandis que son vocable pénétrait mon inconscient. Ce type de rencontres fait incontestablement naître des préjugés. Je le voyais donc comme un auteur populaire de science fiction de pacotille pour lectrices à l’affût de petites découvertes et d’histoires au moins à moitié à l’eau de rose. C’est ce que doivent penser ses détracteurs les plus durs peut-être. Mais ça m’a plu !

 

Bernard-Werber.JPGLe Souffle des dieux est la suite de Nous les dieux. Cette idée de suite est plutôt banale, classique, c’est comme un feuilleton. Le fait d’imaginer des élèves-dieux refaire l’histoire sur une autre planète Terre 18, sous l’enseignement de Maître-dieux de l’Olympe, et de copier en grande partie l’histoire de Terre 1, la nôtre, est amusante mais encore plus anodine. Et pourtant ça marche !

 

Les amoureux des grandes épopées historiques comme je le suis pourront très bien aimer le genre. On revit Rome avec les hommes-aigles, la Chine avec les hommes-tigres, Alexandre le Grand, les amazones, etc, et bien sûr l’histoire des hébreux avec les hommes-dauphins puis dauphins-baleines[1]. Même si on cherche parfois à savoir à quelle époque on se trouve, les évidences apparaissent très vite et on se repère. Et curieusement plus on connaît la période en question plus c’est captivant. Ca manque presque d’originalité confesse le héros Michael Pinson, entouré des grands hommes français de presque toutes les époques, de Voltaire à La Fontaine et de Rousseau à Saint Exupéry. Mais on y prend goût et on attend la suite. Et on poursuit sa lecture avec intérêt jusqu’à la 621e page. La fin est un peu longue, car comme souvent les auteurs se laissent entraîner dans leur propre histoire ; mais c’est bien rôdé et bien illustré, bien ponctué par des passages encyclopédiques de L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu, cet autre livre de Werber qu’il attribue à son personnage Edmond Wells. On apprend donc beaucoup, parfois sur des thèmes historiques connus, parfois sur des sujets scientifiques ignorés par nous et vulgarisés en une ou deux pages. Certains passages sont sans doute à prendre avec des pincettes, il ne s’agit parfois que de théories scientifiques qui restent contestables. Mais c’est toujours intéressant, étonnant et même amusant. L’auteur manie avec élégance la mythologie, la science-fiction (l’univers du virtuel, de l’informatique), et la philosophie. On est comme balancé entre les vieilles croyances grecques (Zeus et l’Olympe) et les perspectives judéo-chrétiennes. Et parfois les deux se rejoignent. Lilith, Pandore, les dauphins, Prométhée ou les quatre façons d’aimer ont particulièrement retenu notre attention. Anecdotes, blagues, devinettes, énigmes et jolies histoires font une belle formule, un moment de détente et d’apprentissage en même temps.

 

 

Pour finir, voici une énigme posée dans l’ouvrage, à vous de trouver la réponse (elle est dans le livre évidemment) :

 

« C’est mieux que dieu

C’est pire que le diable

Les pauvres en ont

Les riches en manquent

Si on en mange on meurt. »



[1] En remerciement on constate d’ailleurs la référence au professeur Gérard Amzallag, grand spécialiste des Hébreux même si peu connu, et auteur avec David André-Belhassen de La Hainemaintenant ? Sionisme et palestinisme, les 7 pièges du conflit, Paris : Edition de La différence, 2006. Un livre déroutant qui mériterait plus large discussion et répercussion, l’une des mes références.

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 14:16

Cette article lecture-dossier découle d'une série d'études d'ouvrages anciens, datant essentiellement des années 70. Le lecteur en trouvera d'autres sur le blog. Ces études tournent généralement autour de la question juive ou du conflit israélo-arabe, elles émanent de séries de réflexion qui font suite à celles débutées avec mon mémoire de Master, dont un condensé a été publié dans la revue Controverses, de Shmuel Trigano, disponible ici.

 

 

Shmuel Trigano, La nouvelle question juive, L’avenir d’un espoir, Saint Amand : Gallimard, 1979, Collection idées

 

Shmuel Trigano. La nouvelle question juive

 

Petit mais dense, profond et complexe livre de 300 pages de 1979 — l’un de ses premiers — où Shmuel Trigano, tout jeune intellectuel alors et aujourd’hui professeur des universités en sociologie politique à l’université Paris X Nanterre, tente de comprendre et d’analyser le phénomène de la judéité dans son rapport à l’Occident.

 

Mais c’est de philosophie pure dont il s’agit ici, et non de discussion politique. Dans un rapport dialectique entre l’Occident et son refus de la judéité, comparé à l’Egypte pharaonique biblique et à la sortie d’Egypte, Shmuel Trigano mène à la fois une critique de l’Occidentalisme et du sionisme politique. L’Occidentalisme, au sens de toute l’histoire de l’Occident dans son fondement et dans son rapport d’exclusion de la judéité et des Juifs (que ce soit intellectuellement ou physiquement), et le sionisme comme « petit retour », celui d’une tentative de normalisation des Juifs, par l’option de l’Etat-nation, succédant à cette même tentative par l’option diasporiste, « morte à Auschwitz ».

 

Aussi dans un style et une forme très philosophique, assez complexe et pas toujours simple à suivre, l’auteur tente,à partir d’un modèle de progrès et d’émancipation issu de la pensée juive, comme de la condition juive, bref de la judéité, de dépasser le dualisme de l’Occident et de l’histoire occidentale (corps-esprit, esclave-maître), et de dépasser la recherche de la normalité pour les Juifs, pour trouver l’anormalité de la judéité en tant que véritable dépassement philosophique et éthique. Maniant les grandes phases de l’histoire comme l’exégèse biblique avec maîtrise et haute connaissance, il fait, dans une métaphore originale, un parallèle incessant entre l’histoire biblique de la sortie d’Egypte, du veau d’Or, du Sinaï et de la Terre promise, et l’histoire juive de ces quatre derniers siècles (depuis Shabtay Tsvi — ou Sabbataï Zevi — qui fonde le « retour » en 1665 à Gaza) et de ces deux derniers siècles (depuis l’émancipation ouest européenne); histoire où le sionisme politique a constitué un « petit retour », pensé encore vis-à-vis de l’Occident, d’une émancipation de la judéité dans l’Occident, et donc dépendant du schème occidental. Mais « petit retour » qui ne mène pas moins, paradoxalement, vers le « Grand retour » attendu, celui de la judéité, de la véritable fin de l’exil, intérieur et extérieur, d’un nouveau modèle de vie et de liberté qui passe, entre autres concrètement par un dépassement de l’Etat-nation, et une forme d’organisations de communautés culturelles, scientifiques et progressistes. Mais jamais dans le sens si classique et si archaïque de l’antisionisme primaire, de la négation d’une structure nationale pour les Juifs, qui nie à Israël et aux Juifs ce qu’il reconnaît aux autres; bien au contraire.

 

shmuel triganoTrès philosophique, très imagé et assez théorique malgré tout, on a pu néanmoins particulièrement apprécié les analyses fines et pertinentes sur les séfarades, les femmes et les jeunes comme porteurs d’une altérité telle qu’elle contient en son sein la capacité de dépassement nécessaire. Une capacité qu’incarnerait de façon plus complète les séfarades, non limités à un sexe ou à une classe d’âge, mais vivants l’altérité face à l’Occident et face à l’Orient, tous deux oppresseurs de la judéité. En fin d’ouvrage donc, le propos se précise, d’une part en imaginant quelque peu l’univers de Sion renouvelée et « debout » (même s’il paraît toutefois encore trop peu concret), d’autre part ses possibles porteurs historiques, les séfarades, et son fondement spirituel et organisationnel, « l’exemple pharisien » comme « éclairant » (l’auteur repoussant les exemples sadducéen, zélote et essénien). Mais si, de notre point de vue, le propos sur les séfarades, dans une certaine mesure nous paraît essentiel, à poursuivre et à développer, et préciser, celui sur les pharisiens est peut-être plus à discuter et à débattre. Les pharisiens faisant aussi l’objet d’autres critiques[1].  

 

Citations :

 

p. 53 : « Ce qui échoue, c’est l’essence de la diaspora moderne, la normalité, non l’idée du retour à Sion, ni la judéité. »

p.54 : « Et ce qui échoue particulièrement dans le petit retour, le sionisme, seule modernité juive contemporaine, c’est la normalisation, l’idée de normalité, qu’il se trouve le dernier à avoir incarnée. »

p. 55 : « Le dilemme « Rome ou Sion », parce que Rome est caduque pour la judéité aujourd’hui, parce que Sion n’est pas encore Sion, est donc faux en jour dans la recherche d’une issue de vie. »

p. 57 : « Or, l’idée que je veux défendre, la voici : la normalisation n’est pas l’essence de la judéité, la crise de la normalité n’est pas sa crise, la crise de l’ultime espoir historique des juifs, mais la crise de son aliénation et de sa négation. […] La crise de la normalité juive est la crise de l’occidentalisation de la judéité. »

 

p. 61 : Cela montre une chose : que l’altérité véhiculée par la judéité va plus loin que l’altérité universelle et transnationale de la femme, qu’elle l’enveloppe, puisqu’elle est occultée plus profondément, de surcroît en celle qui lui est la plus proche. »

p.63 : Tout vient de la négation occidentale de la judéité et non de la négation de l’Occident par les Juifs, il faut bien se souvenir de cela. »

 

p. 64 : « En quelque sorte le féminisme aujourd’hui en est au stade du sionisme. »

p. 69 : « Ce qui nous empêche de penser Auschwitz, c’est l’idée judéo-chrétienne prise pour vérité objective ».

p. 71 : « L’issue de la crise de la judéité s’ouvre donc dans la fin de la normalisation, c’est-à-dire dans la sortie symbolique et historique de la judéité et des juifs du sein de l’idée occidentale. »

 

Idée du retour : p. 89-90 : « L’idée du retour (à Sion) est aussi ancienne que la prophétie biblique et innerve l’histoire juive dans toute sa durée. […]

Il n’y eut d’histoire juive que parce qu’il y eut une idée du retour. »

 

Dialectique occidentale hégélienne :

Note de la page 109 : En effet la dialectique occidentale (que Hegel a systématisée à merveille) prend pour une vérité le dualisme initial (corps-esprit, esclave-maître) et tente de dépasser leur « contradiction » dans un troisième terme synthétique. Or, il s’agit d’une fausse contradiction, maître et esclave s’entendent en réalité très bien sur le principe de la maîtrise et du pouvoir et représentent une unité. Par conséquent, il faut faire de leur pseudo-contradiction un seul moment, un seul stade, le premier terme. Le dualisme occidental vient du dédoublement fantasmatique de l’Occident (niant l’autre) par rapport à lui-même. D’où ce qui est, dans ce mouvement, un deuxième stade, l’altérité négative, très différent de son homologue hégélien faisant, lui, figure de troisième stade : la synthèse, qui, négation de la négation, perpétue démocratiquement la maîtrise, la reconfirme, et en fait un absolu. Le deuxième stade du procès de l’autre enfante l’altérité vraie inconnue dans la pensée occidentale et dépasse le même. »

 

 

 

Plan :

 

Avertissement

 

Le compte de l’âme

  1. Fin d’un espoir ?
  2. Rome ou Sion ?
  3. Altérité contre normalité
  4. Le mouvement du retour

Sionisme et retour

Le nihilisme paradoxal

Le messianisme historique

  1. La brisure des Tables

 

Voix

  1. Une ère nouvelle s’ouvre
  2. Le grand retour

Qui ? Les trois aires

            Les séfarades

            Les femmes

            Les jeunes

Comment ? Les trois voies

            Le symbolique

            Le socio-politique

            L’instrumental

Quoi ? Vers une vie prophétique

 

Les deux appels

 

Annexe

 

 


[1] Voir notamment la critique faite in David André Belhassen, Gérard Nissim Amzallag, La Hainemaintenant ? Sionisme et palestinisme. Les 7 pièges du conflit, Paris : La découverte, 2006

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