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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 08:39

Philippe Delerm, Le buveur de temps, Saint-Amand : Folio, 2004

 Philippe-Delerm.-Le-buveur-de-temps.jpg

Par Misha Uzan

 

Jusqu’à présent j’avais entendu parler de Philippe Delerm, le père de Vincent Delerm chanteur–compositeur, comme l’écrivain des petits riens, des petits plaisirs, des petits charmes. Sur France 2, Eric Nolleau dans l’émission de Laurent Ruquier lui reprochait ce fait, d’une certaine façon d’écrire sur des choses sans importance. Pour Delerm c’était comme reprocher à Monnet de peindre une coupe de fruits. Monnet peignait les fruits dans toute leur beauté, il marquait sur la toile ce moment fruité, lui Delerm l’inscrivait sur le papier.

 

Je n’avais pas réellement compris l’objet du débat. Aujourd’hui c’est fait. N’étant pas grand connaisseur de peinture, j’ai du mal à m’émouvoir devant une coupe de fruits peinte par Monnet. C’est bien fait certes, et s’inscrit sans doute dans une histoire de l’art que je connais peu, mais qui pour le coup, m’intéresserait. Mais voilà tout.

Sans comparer Delerm à Monnet, c’est à peu près la même chose. Je comprends maintenant ce que signifie être l’écrivain des « petits riens ». Après une lecture du Buveur de temps, un simple aperçu de la bibliographie de l’auteur permet de prendre la mesure de cette passion pour les petits riens, les petits plaisirs, les petits moments, courts, et qu’on savoure un bref moment. Le titre de l’essai qui lui est consacré, Philippe Delerm et le minimalisme positif (Rémi Bertrand, Rocher, 2005), nous donne aussi une bonne idée de sa perspective. Ce sont ses plaisirs à lui : La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (L’Arpenteur, 1997), Le bonheur. Tableaux et bavardages, Panier de fruits, Paris l’instant, etc. Ses plaisirs à lui, oui ! Mais peut-être pas les nôtres, rarement les miens. Et c’est pourquoi on Philippe-Delerm.jpga parfois du mal, ce fut mon cas, à y adhérer. D’autant que Delerm ne nous décrit pas une histoire dans laquelle il insère des petits plaisirs décrits à sa guise, il ne met pas en scène un personnage qui aime ces moments comme digression dans l’histoire. En auteur post-proussien il ne crée aucune intrigue, pas même une véritable histoire. L’histoire du Buveur du temps ce ne sont que des petits moments, à Paris dans un petit restaurant, sur les quais, un voilier, un Noël suédois. Autant dire que sans savoir que Delerm est un auteur des petits moments, on ne comprend rien. Et c’est le gros défaut. Delerm, ancien enseignant en lettres, connaît ses classiques, sa langue est belle et ses descriptions irréprochables certes mais on ne saisit pas toujours son imagination, allusive. On ne sait parfois pas même de quoi il parle. Décrivant aussi bien le carnaval de Venise qu’un bel endroit de campagne en quelques lignes, on ne sait pas toujours ce qu’il décrit et de quoi il s’agit. Une métaphore ? Une description réaliste ? Sans queue ni tête, il n’y a pas réellement de contexte, seuls des petits plaisirs minuscules. Mais les siens, pas les miens. Aussi je fis comme avec Jean Echenoz dans Je m’en vais, je lis sans suite, je fis défiler les mots, les lignes et les pages sans réelle importance. Puisque Philippe Delerm ne transmet que des petits moments, je n’ai relevé que des petits moments.

 

Ainsi si comme lui, né en région parisienne et retiré en Normandie depuis 1975, vous portez dans votre coeurs un univers un peu rural et rétro, dont vous vous ferez une idée assez nette en écoutant les chansons de son fils je trouve — puisque c’est transmis familialement —, vous prendrez alors sans doute plaisir à lire ces petites choses. Si pour vous en revanche ce monde est un peu étranger — son monde et ses plaisirs à lui, pas nécessairement le monde rural ou rétro—, Delerm ne donne aucune clé au novice pour les saisir et c’est un peu ennuyeux.

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 00:57

David Shahar, La moustache du pape et autres nouvelles, Paris : Folio, 2007, [Gallimard, 1971 pour la version française], traduit de l’hébreu par Madeleine Neige

 David-Shahar.-La-moustache-du-pape.jpg

Par Misha Uzan

 

David Shahar est un romancier et nouvelliste israélien. Il naît à Jérusalem en 1926[1], en plein mandat britannique. Il grandit donc dans les années 30. Or c’est cette période qu’il raconte et illustre dans la plupart de ses romans et nouvelles. C’est celle-ci qui remplit les sept tomes du Palais des vases brisés, le roman qui a fait son succès international. Ce sont aussi les années 30 qu’on découvre sous son regard dans La moustache du pape et autres nouvelles, toutes tirées de La colombe et la lune, éditée en 1971 et republiée dans cette édition de 2007.

 

David-Shahar.jpgBien que David Shahar ne soit pas le plus connu des écrivains israéliens, il fut pourtant (il est décédé en 1997) un écrivain de grande renommée et reconnu, en Israël où il fut membre de l’Association des écrivains hébreux et reçut les prestigieux Prix Bialik et Agnon, et aussi en France où il fut récompensé du Prix Médicis Etranger et nommé Commandant de l’Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français.

 

Les trois nouvelles de ce petit opus donnent une idée de ce romancier, nouvelliste et conteur pour enfants. Dans La demande en mariage, la première nouvelle, j’ai vu un Maupassant israélien. Le jeune homme qui rentre d’Amérique, qui soutient sa mère — veuve et égoïste — et sa tante, et trouve du travail dans la Jérusalem britannique, avait tout d’un personnage d’une de ces nouvelles du siècle de Maupassant, adaptées à la télévision pour France 2 et diffusées en ce moment le mercredi soir. La télévision israélienne — très médiocre, seule la chaîne Aroutz 1 serait du niveau pour le faire — devrait adapter les nouvelles de David Shahar et en faire un équivalent, les années 20 et 30 étant pour Israël ce que le XIXe siècle est à la France. Mais avec talent, David Shahar est un auteur neutre. Il est totalement apolitique. On lit dans ses nouvelles des Juifs, des Arabes, et des chrétiens certes, mais c’est la société qu’il décrit et la vie quotidienne de tous les jours : le travail, les magasins, les petits lieux pour se nourrir, les relations amoureuses et l’attirance pour la chair. C’est ce dernier point qui constitue l’élément clé de La moustache du pape. La fin est digne des petites nouvelles du XIXe siècle français tandis que l’histoire mélange avec brio pulsions de l’homme et ascétisme religieux lorsque Gabriel Bey tente de courtiser une dame religieuse, une bonne sœur. C’est à la fois intelligent, séduisant et respectueux. Enfin La nécromancienne permet de plonger plus loin dans l’histoire entre les années 30 et les souvenirs des Croisades pour Jérusalem. Car Jérusalem est à chaque fois l’objet de la curiosité de l’auteur et avec lui on découvre la « plus belle des villes » dans ces années. Un vrai voyage dans l’espace et dans le temps.



[1] Je le mentionnai déjà dans mon article sur Yehonathan geffen, comment doit-on nommer un Juif né en terre d’Israël avant la création de l’Etat ? Les Juifs disaient autrefois un Palestinien. On comprend la problématique sémantique. On ne comprend rien réellement au conflit israélo-arabe si on ne prend pas en compte la question sémantique. Voir à ce sujet Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982.

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 10:26

Pierre Boutang, La guerre de Six Jours, Paris : Les Provinciales, avril 2011, présenté par Mickaël Bar-Zvi et Olivier Véron, postface de Mickaël Bar-Zvi

 

 Pierre-Boutang.-La-guerre-de-Six-Jours.jpg

 

Publié sur le site http://un-echo-israel.net

 

Par Misha Uzan

 

La guerre des Six Jours a connu sa flopée de commentaires. Presque tous les intellectuels, journalistes ou politiques d’envergure ont un jour partagé leur opinion sur le conflit israélo-arabe et donc, forcément, sur ce moment tournant.

Les années 60 et 70 ont connu un nombre incommensurable d’articles de presse et de livres abordant cette guerre et ses suites : sous ses divers aspects et à travers le regard de toutes les tendances[1]. Sont publiés à l’époque de nombreux ouvrages qui reflètent les visions politiques des intellectuels français sur le conflit : Marek Halter en a donné sa vision rêveuse dans Le Fou et les Rois (Albin Michel, 1976), Raymond Aron son approche politique dans De Gaulle, Israël et les juifs (Plon, 1968), Albert Memmi une version juive socialiste dans Juifs et Arabes (Gallimard, 1974), Maxime Rodinson l’approche marxiste antisioniste la plus élaborée dans Israël et le refus arabe. 75 ans d’histoire (Seuil, 1968), Paul Giniewski et Jacques Givet les versions juives sionistes les plus accomplies au contraire, mais aussi Robert Misrahi dans une approche historico-philosophique, Wladimir Rabi la vision alterjuive la plus remarquée, ou encore Pierre Démeron une version Contre Israël (Jean-Jacques Pauvert, 1968), Jean Baubérot une version romanesque, Martine Monod un reportage d’approche communiste, mais aussi Emmanuel Berl, Léon Poliakov, Claude Ranel, Jean Lacouture, Mahmoud hussein, Nathan Weinstock … bref beaucoup de monde.

 

Voici aujourd’hui, aux éditions Les Provinciales, la version — catholique sans doute — de Pierre Boutang. Publié en avril 2011 l’ouvrage réunit plusieurs textes : six articles de journaux présentés par l’auteur chaque semaine entre le 25 mai 1967 et le 6 juillet 1967 dans La Nationfrançaise, le journal qu’il a fondé en 1955. Ces six textes forment un petit ouvrage posthume de 94 pages. On y retrouve la pensée politique de Pierre Boutang sur Israël, la France, la guerre froide. Le philosophe, traducteur, poète et romancier est un inclassable. Maurassien et membre de l’Action française dans les années 30, il se démarque néanmoins de la pensée antisémite du mouvement. Royaliste puis gaulliste, il fut repéré par Vladimir Jankélévitch et ami d’Emmanuel Levinas. Les premiers textes de l’ouvrage soulignent la génération de Boutang. On voit dans son écriture, complexe, la marque des Giono, Aragon, Mauriac, Maritain, ces auteurs dont la façon d’écrire n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Courts, les textes sont néanmoins denses et plutôt ésotériques. On peut en tirer quelques idées fortes. Dans le premier texte « Israël signe de contradiction », sans expliciter un « sionisme de Dieu » (Claude Duvernoy, Editions S.E.R.G., 1970), la vision chrétienne du sionisme, Boutang prête à l’Etat d’Israël moderne un rôle messianique, héritier de toute l’histoire depuis les temps bibliques. Dans « Pourquoi Israël est-il l’Europe » l’auteur valorise un certain nombre de valeurs qui, à son sens, se sont perdues en Europe tandis qu’Israël a su les porter au monde et leur redonner un nouveau sens. Comme le souligne Mickaël Bar-Zvi dans sa postface intitulée « Le septième jour », il est vrai, qu’on approuve ou pas les propos de Boutang, que le philosophe eut une pensée, une vision politique très précoce. Il tient dans les années 60 déjà, des propos plus répandus aujourd’hui, prévoyant souvent les rapports politiques futurs. Dans le troisième texte « Israël et la nation arabe », sa vision critique sur le nationalisme arabe, panarabisme, cimenté selon lui sur la destruction d’Israël, dévoile peut-être tout son sens plus de quarante ans plus tard, par les révolutions en Tunisie, en Egypte et un Etat d’Israël persistant, toujours vivant. Peut-être. Pierre Boutang en tout cas, dans « Ce que la guerre a résolu » et « La nation exemplaire » perçoit aussi les dangers de la guerre froide sur les guerres régionales, sur la détente et l’entente entre les deux Grands. Enfin il analyse les relations entre « Israël et la France », un autre exercice auquel beaucoup d’intellectuels se sont livrés, et nécessairement dans son cas, s’éloigne de la vision de De Gaulle.

 

Mais la vision de Pierre Boutang est celle d’un homme proche d’Israël qui croit que la France a toujours eu un rôle à jouer au Proche-Orient et qu’elle le peut encore, si elle se tient à ses valeurs, ses grandes valeurs. Elle saura alors exercer un rôle plus juste selon lui qu’Américains et soviétiques à l’époque. Il faut lire Pierre Boutang pour comprendre que la politique française vis-à-vis d’Israël s’est depuis déplacée dans l’autre sens que celui qu’il souhaitait.



[1] Que j’ai eu la chance d’étudier en détail dans mon mémoire de fin de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et compréhension du conflit israélo-arabe par les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, juin 2007, sous la direction de Jean-François Sirinelli. J’en donne un compte-rendu dans mon article Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 21:29

 

Yoram Kaniuk, Confessions d’un bon arabe, Paris : Stock, 1994, traduit de l’anglais par Pierre Wauters

 

Confessions-d-un-bon-arabe.jpg

Par Misha Uzan

 

Confessions d’un bon arabe, à l’origine, fut publié en Israël sous le nom de Yosef Sherara. La préface elle-même, dans cette édition en français, reste signée Yosef Sherara. Yosef Sherara Rozensweig, c’est le nom du personnage principal, du héros. En signant d’un nom arabe, l’auteur veut donner un caractère autobiographique au roman. C’est sans doute la réaction du public, de la critique, de l’intelligentsia qu’il recherche. D’un point de vue intellectuel, sociétal, le concept est intéressant. D’un point de vue commercial, et l’auteur le reconnaît lui-même par un autre exemple dans le livre, cela ne change rien. Le succès est au rendez-vous que l’auteur se nomme Sherara ou Rozensweig, qu’il soit arabe ou juif, car c’est bien de cela dont il est question.

 

Yosef Sherara Rozensweig est le fis d’Azouri Abu-al-Misk Ibn Kafur Sherara, un Arabe de Saint Jean d’Acre, dans le nord d’Israël, et de Hava Rozensweig, une Juive israélienne, fille de Käthe et Franz Rozensweig, une famille de Juifs allemands. Franz est un professeur en médecine, héros décoré de l’armée allemande pendant la première guerre mondiale, et Azouri est issu d’une famille de la noblesse arabe. Yosef est l’héritier déchiré de deux grandes cultures, l’arabe et la juive, qui s’affrontent dans l’Israël contemporain de la guerre des Six jours. Le décor est posé et on imagine bien les difficultés qui se poseront à Yosef du fait de vivre dans un pays juif en guerre constante contre des Arabes, lui qui est juif et arabe, tout autant.

 

La filiation de Yosef Sherara Rozensweig m’a tout de suite fait penser à celle de Juliano Mar, un juif arabe israélien, né de mère juive et de père arabe, qui vécut à Jenine où il fut assassiné le 4 avril 2011 par des extrémistes islamistes. Juliano Mar était acteur, cinéaste, metteur en scène et activiste d’extrême gauche. Combattu par la plupart des Juifs israéliens pour ses idées hostiles, il fut tué pour ces mêmes idées par ses opposants musulmans. Là encore, comme je le soulignai dans Deux poids deux racismes, si les deux sociétés ont leur défaut, leurs extrémistes et leurs difficultés, la différence se fait en ce qu’un côté peut rejeter en théorie un homme ou une idée, tandis que l’autre s’en débarrasse physiquement, avec violence.

 

Yoram KaniukAussi le vrai auteur de ce livre n’est pas Yosef Sherara, mais Yoram Kaniuk. Il n’est pas un Arabe israélien mais un Juif israélien. C’est à lui que reviennent la bravoure et le courage de l’autocritique, très pratiquée en Israël et dans le judaïsme — peut-être trop — malgré tous les défauts qu’on peut reprocher par ailleurs. Kaniuk est le produit d’une société démocratique libre, qui dénonce elle-même ses fautes, ses erreurs, ses défauts, et qui les dénonce même quand il n’y a pas à le faire ou qu’ils sont faux. Ceci étant, ce livre aurait pu être un pamphlet injuste anti-israélien écrit par un Israélien assoiffé de haine de soi, de haine de son pays ou de passion pour l’autre. C’aurait pu être un autre livre de diffamation ou de roman obsessionnel empruntant l’imagination et l’imaginaire pour vomir ce qui n’est pas vraiment. Un autre aurait pu le faire, pas Kaniuk.

 

Yoram Kaniuk est devenu ces dernières années l’auteur israélien le plus en vogue, en Israël comme à l’étranger. Auteur d’une quarantaine de livres, dont certains ont été adaptés au cinéma, il collectionne les prix littéraires de haut niveau. On le récompensait en France suite à la traduction du Dernier juif, et cette année en Israël par le prix sapir. Dès les premières pages de Confessions d’un bon arabe, à mon sens, on prend la mesure de sa stature. Aucun doute, l’homme fait partie de ces grands auteurs, maîtres de la littérature contemporaine, qui maitrisent le langage, l’art de l’écriture, l’art de raconter des histoires. Aux Oz, Yehoshua, Appelfeld, Kenan ou Keret, il faut ajouter Yoram Kaniuk. Dans un style limpide et maîtrisé, on a envie de lire, et de relire si on s’est laissé déconcentrer. Les mouvements, les changements de personne, les phrases longues et courtes tout comme les actions sont tenus par la plume de l’écrivain expert.

 

Le propos est aussi mesuré. On ne parvient pas vraiment à savoir ce que pense l’auteur, puisqu’il joue avec les clichés, les exagérations, les préjugés mais tout en les mettant dans la bouche des personnages et les faisant contester par les mêmes ou par d’autres. Au lecteur ensuite de se faire son idée. Les exemples sont nombreux. Yosef Sherara est lui-même tourmenté, il passe son temps à remettre en cause le communisme de son père, comme ses allégations pour l’amitié judéo-arabe. Yosef perçoit l’entremise de son être dans la société israélienne. Il est tantôt juif donc partie prenante, tantôt arabe donc l’ennemi. Mais il n’est pas non plus, il le sait, accepté par l’autre partie — la société arabe dans son ensemble—, pour qui il est juif. Yosef partage son amour avec Dina, ou ses nuits avec Laïla. Il partage Dina avec Rammy, il s’oppose à la perception de Bunim, une espèce de sioniste d’arrière garde des années 60 mais Yosef finit par travailler pour lui, pour le Mossad. Puis jouant avec les clichés, souvent Yosef bat ses femmes. L’auteur ne s’étale pas là-dessus. Il ne théorise pas. En quelques mots, Yossef s’exprime : « Je la battai ». Cette phrase revient à plusieurs reprises, sans remord, sans réflexion plus approfondie. Elle est introduite de façon très littéraire. Il parle aussi très bien du mépris, des Juifs pour les Arabes et des Arabes pour les Juifs. Il touche à la perception juive de l’histoire du pays et de celle des Arabes, et à celle des Arabes. Azouri, le père de Yosef est un historien spécialiste du conflit. Mais il n’est pas reconnu à sa juste valeur dans le pays. Pour Yosef lui-même, son père, cet historien marxiste, s’est fait haïr de tous parce qu’il a dit la vérité aussi bien sur les Juifs que sur les Arabes. C’est un Arabe d’Acre puis de Haïfa, rencontré enfant par son grand père, puis devenu l’amant de sa grand-mère avant de devenir son père, c’est-à-dire le mari de sa mère. Une histoire de famille compliquée en effet mais bien ficelée. Quant à la vision de l’histoire de Yosef, si sûre d’elle-même, et si douteuse en même temps, elle est encore plus relativisée lorsqu’il finit par partir un temps au Liban. C’est peut-être un des meilleurs passages politiques du livre, lorsque son oncle, chrétien maronite au Liban, comme toute sa famille, se révèle pro-israélien et déteste les arabes palestinistes. Entre les Druzes, les Bédouins, les Arabes de tous bords, les Juifs israéliens, on est bien dans la complexité d’Israël et du Moyen-Orient. Le dialogue entre Azouri et son oncle mérite d’être retranscrit (même s’il est imaginaire, évidemment).

 

Page 284 : « Prends de la salade, nous réglerons leur compte à ces Palestiniens, nous leur couperons les couilles, nous leur arracherons les yeux, goûte ces crevettes. » Je ne pouvais plus manger. Je demandai à mon oncle : « Et toi, tu n’es pas palestinien ? » Il rétorqua : « Moi ? J’ai quitté Acre il y a quarante ans, je suis chrétien libanais. Quand je suis parti, il n’y avait pas de Palestiniens, ce sont les Juifs, avec leur stupidité, qui ont créé une patrie pour Azouri. Acre était alors sous mandat britannique et il y avait un rêve pan-arabe d’une ‘plus grande Syrie’. Maintenant nous dansons tous sur de la musique syrienne, tout le monde tue au nom d’Allah et de la Terre sainte conquise. Ici ils sont corrompus jusqu’à la moelle, il n’y a pas de soldats ici, seulement des sicaires de la frustration arabe. Non, je ne suis pas palestinien. Et toi, Yosef, es-tu palestinien ? »

Ces propos sont censés être tenus dans les années 70. Au passage le caractère chrétien de l’oncle de Yosef nous incite à penser qu’Azouri, son père, est lui aussi chrétien, pas musulman. En y réfléchissant, Azouri, comme Yosef sont appelés Arabes, il n’est jamais question de l’islam, sauf pour parler de l’histoire. C’est au fond assez représentatif des débats à la radio, à la télé ou au café du commerce en Israël où l’on parle d’Arabes, de culture, de tradition, de caractère arabes, mais plus rarement de musulmans. L’arabisme est déjà très vaste pour en faire une théorie globale, l’islam encore plus. Et c’est vrai qu’on n’assimile nullement un Iranien, un Ivoirien, un Turc ou un Philippin musulman à un Arabe, même si on peut en d’autres occasion traiter de l’islam (ou des islams) en soi, comme religion ou comme idéologie.

 

D’autres passages encore, méritent d’être relevés. Les pensées prêtées à Laïla, la petite amie arabe de Yosef, ou à Dina, son amour juif, son tout à fait intéressants. L’accent est mis, à juste titre, sur le caractère possesseur du sexe, lorsqu’il provient de l’homme : en termes plus clairs Yosef évoque sans la nier, la domination que représente l’acte sexuel pratiquée sur la femme de l’ennemi. Les grands historiens et sociologues le savent, surtout en temps de guerre, la femme c’est le butin. C’est peut-être aussi pourquoi Yosef aime tant « baiser l’uniforme » de Dina depuis son recrutement à Tsahal.

 

Certains clichés sont néanmoins persistants : la bavure policière auprès des Arabes, le mythe du bel homme arabe, ou l’attachement si profond à la terre.

 

La question des bavures est assez répétitive, Yosef comme Azouri en son souvent victimes. On imagine bien que dans un pays touché à de nombreuses reprises par un terrorisme uniquement arabe, et menacé par des tentatives quotidiennes, la pression se fasse plus forte sur cette population. Pour autant je doute fort qu’elle soit aussi systématique que celle présentée par Yosef, pas à ce point en tout cas. Il faut tout de même rappeler, d’une part que la police israélienne est structurée, hiérarchisée, moderne, et ne se livre pas à des bavures à tout bout de champ. Rappelons aussi, d’autre part, que la société israélienne et sa presse, se font un plaisir ô combien jouissif de dénoncer le moindre écart, à la moindre occasion. Cet aspect de la société, très critique envers elle-même, est en outre assez délaissé. Pas un mot en effet sur les média de gauche ou l’outrance des militants israéliens d’extrême gauche, qui, même s’ils sont faibles sur le plan du poids électoral, le sont moins sur le plan médiatique. Il ne faudrait pas croire par conséquent, que la police israélienne ressemble à une machine de fouilles anti arabe. De nos jours je flatterais plutôt la police israélienne pour la présence en son sein de nombreuses policières venues d’ancienne Union soviétique vraiment très mignonnes, voire d’une beauté fatale. C’est un constat répété mais c’est une autre histoire. Kaniuk, soulignons toutefois, nuance la brutalité policière si l’on peut dire en ne la limitant pas aux Juifs. Druzes et Bédouins, en effet, pratiquent eux aussi des fouilles un peu dures car ils se plaisent à jouer le jeu des Juifs, comme dirait Yosef. Ce dernier lui-même y prend goût à lorsque, à son grand étonnement, oubliant soudain qu’il fut « à moitié arabe », on lui confie de vérifier et fouiller les passagers d’un bus en Galilée. Tout se passe comme si, au-delà du terrorisme ou de discriminations il existait une méfiance de part et d’autre, totalement déterministe.

Le mythe du bel arabe est un autre point tout à fait passionnant sur le plan littéraire. C’est un objet très courant de la littérature israélienne, encore plus lorsqu’elle est d’origine ashkénaze. La fille juive craque souvent pour le bel arabe. Yosef est beau et plus encore Azouri est « un des plus beaux hommes » que Dina ait jamais vue. Tirant sa beauté d’un mélange d’Arabes nomades et de guerriers venus du Nord, il incarne l’Arabe moyen-oriental de peau brune aux yeux bleus, comme ces tribus bédouines héritières des mélanges entre combattants arabes et Croisés. C’est un thème qu’on retrouve chez A.B. Yehoshua, chez Amos Oz, chez d’autres : la beauté orientale incarnée par l’Arabe. Ce thème procède tout de même, à mon sens, d’une réduction de l’oriental à l’Arabe (un cas d’école). C’est plus rarement qu’est exprimée cette beauté chez des Juifs orientaux, chez des Druzes, des Coptes, des Iraniens, des Arméniens, ou n’importe quel peuple d’Orient, qui n’ont pourtant rien à envier aux Arabes ni en matière d’orientalité ni en en matière de beauté somme toute très subjective. La littérature israélienne, me semble-t-il, elle aussi entretient trop encore l’idée que l’Orient et ses charmes, ce sont les Arabes.

Enfin on n’échappe pas non plus au mythe de l’attachement à la terre. « Ils ont volé la terre de mon oncle à Kfar Yassif. La terre est le pain de l’Arabe. Il vit pour elle et par elle » nous dit Azouri (p.128). Un curieux raisonnement venant d’un peuple encore attaché au nomadisme. Le propos est fort contestable et il mériterait haute réflexion. On nous rabâche les oreilles avec la terre, la terre et encore la terre. Et tout le monde se prend au jeu[1]. Il n’y a pourtant qu’en Israël et vis-à-vis d’Israël qu’on y attache autant d’importance. Les conditions économiques semblent être plus importantes en Tunisie, au Maroc, en Lybie, chez les Arabes sous autorité israélienne, y compris en Judée et en Samarie, ou dans tous les pays que beaucoup d’Arabes fuient pour vivre une meilleure vie ailleurs, en Europe, aux Etats-Unis, au Canada. On regrette toujours la patrie mère certes, pour la nostalgie, mais sans plus d’attachement que d’autres. Il faut croire même que ce mythe, comme d’autres dans la région, soit né d’un calque fait à partir de la situation juive. En effet ce sont les Juifs qui, privés de terre pendant 1800 ans, ont développé, par le sionisme et encore plus par le sionisme religieux, un attachement profond à la terre elle-même, justement après avoir réduit la patrie mère à une patrie intellectuelle, faute de pouvoir la fouler de leurs pieds au cours de l’exil. Une fois encore ce sont les intellectuels juifs, et en premier lieu les intellectuels israéliens, qui collent leur propre conception sur les autres, qui la reprennent ensuite, et souvent contre eux. C’est sans doute dans la tradition juive de donner le bâton pour se faire battre. Une position honorable mais loin d’être toujours juste.

 

On pourrait multiplier les points à souligner, discuter, admirer. Il faut relever tout de même la capacité de Yoram Kaniuk à écrire une vraie littérature à la fois belle, bien écrite et politique sans être réellement polémique. En jouant avec des personnages complexes et complexés, tout comme leurs discours, l’écrivain laisse au lecteur se faire son idée, commenter, réfléchir, simplifier, complexifier, se complexer ou se libérer. C’est ce qu’on appelle de la belle littérature.

 


[1] Voir sur ce point l’importance des considérations données à la terre dans mon article académique Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 16:47

Jean Echenoz, Je m’en vais, Paris : Les Editions de Minuit, 1999

 

Par Misha Uzan

 

Jean-Echenoz.-Je-m-en-vais.jpg

 

Sur la quatrième de couverture, en premier commentaire, le meilleur forcément, on peut lire :

« Voici une lecture de bout en bout prenante et désopilante. Il se pourrait bien que le neuvième roman de Jean Echenoz fût aussi le meilleur…Echenoz voit tout et voit tout dans un sourire carnassier et indulgent à la fois…Prière de lire les 246 pages dans l’ordre sans rien sauter. Il faut se laisser entortiller, abuser, désabuser, manœuvrer par Echenoz, qui s’y entend. On lit rarement récit aussi bien construit. »

 

Jean EchenozCette critique littéraire — je ne suis pas sûr que le mot ‘critique’ convienne — est signée François Nourissier, du Figaro Magazine. Je ne suis pas sûr non plus d’avoir bien fait de la lire avant d’entamer l’ouvrage. Cela m’aurait évité une forte déception. Je ne savais pas non plus que Jean Echenoz reçût le prix Goncourt pour ce livre. Je me dois donc de me remettre en cause : peut-être n’ai-je pas saisi le brio de l’histoire. J’ai bien compris le caractère original dans l’écriture en tout cas. Elle est propre à Jean Echenoz et je la connaissais déjà par la lecture de Des éclairs. Elle est encore plus appuyée dans Je m’en vais. Echenoz, partisan du nouveau roman, en rupture avec le roman réaliste, veut prendre de la liberté dans l’écriture. La façon dont le narrateur est présent sans être un personnage et sans être omniscient non plus, est originale et dynamise la lecture, c’est vrai et c’est le but recherché. Pourtant je n’ai pas réussi à m’accrocher, ni aux péripéties de Ferrer, ni à celles de Baumgartner. Rien n’y a fait. Ma lecture ne fut ni « prenante » ni « désopilante », bien au contraire ; et je ne me suis laissé ni « entortiller », ni « abuser », ni « désabuser », ni « manœuvrer », en revanche je me suis laissé ennuyer, ça oui !

« Prière de lire les 246 pages dans l’ordre sans rien sauter » nous dit Nourissier, je l’ai fait, mais pas mon esprit. Et puis Jean Echenoz est un postmoderniste dit-on, il mélange les styles, utilise des figures de langages, des ambigüités, de l’ironie, multiplie les « envolées imaginaires ». Alors si on se prend au jeu on devrait au contraire lire des paragraphes dans le désordre, en sauter, tordre les mots, s’amuser avec. En bon postmoderniste, si l’auteur renverse les sens, il n’y a pas de raison que le lecteur ne fasse pas de même. Le roman est « géographique », le titre même et l’action, dans les arctiques, témoignent du mouvement : on devrait peut-être le lire en marchant.

 

C’est triste à dire mais je ne crois pas avoir compris grand-chose de ce livre. Pourtant rien dans le texte n’est difficile. J’ai suivi les aventures des personnages mais ce n’en sont pas, ce ne doit pas en être. Il faut peut-être lire, juste lire, sans en rien comprendre. « C’est la formule d’adieu d’un siècle bien incapable de savoir où il va et qui oublie même de se poser la question. C’est un roman réaliste qui raconte comment nous perdons le sens de la réalité et comment la vie nous échappe ». C’est ce que dit Pierre Lepape de ce livre, dans Le Monde. Je crois que je suis plus près de cette compréhension-là, mais il n’y a pas que le siècle qui ne sait pas où il va et qui perd le sens de la réalité, les personnages aussi, et avec eux le narrateur, puis l’auteur, et maintenant le lecteur. Et à perdre du sens, c’est le sens de cette lecture que j’ai perdu. Voilà ce que je peux en dire.

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 12:01

 Michel Houellebecq, La possibilité d’une île, Paris : Fayard, 2005

 

Michel-Houellebecq.-La-possibilite-d-une-ile.jpg

Par Misha Uzan

 

Décidément j’ai pris Houellebecq en crescendo. Dans la taille des livres, pas dans leur préférence. J’ai commencé par  Extension du domaine de la lutte, son premier roman, le plus petit, et celui qui reste dans mon esprit comme le meilleur. Puis j’ai lu Plateforme, qui aborde la question du tourisme sexuel en Thaïlande, et l’approuve pour les gens qui, comme le narrateur, en ont besoin. Plateforme est un peu plus épais, et même si j’ai préféré Extension du domaine de la lutte, ceci n’enlève rien à sa qualité et au fait que j’ai, dans mon approche de Houellebecq, progressé, évolué. Petit à petit je connais mieux l’auteur et apprends un peu plus sur lui. Pour être franc, et ceux qui me lisent souvent commencent peut-être à le savoir, on ne peut pas exclure que ma petite préférence pour un livre peut être influencé par sa taille. Quand c’est trop long, on se lasse plus facilement et on se risque évidemment un peu plus aux longueurs. Plateforme s’en sort encore plutôt bien, La possibilité d’une île un peu moins. Plus que la lassitude provoquée chez certains par un auteur qui répète ses thèmes favoris, donc les mêmes : un regard désabusé sur le monde, l’exclusion que constitue le vieillissement, pour le sexe et le désir, sa passion pour les jeunes filles (après la puberté), et la superficialité du monde occidental moderne ; ce n’est pour ma part que de la grosseur du livre dont je me lassai. Mais du style de Houellebecq je ne me lassai pas vraiment.

 

Michel-Houellebecq.jpgCette fois-ci le narrateur est une star du rire, un petit rigolo qui aime bien faire rire et tout ce que ça rapporte : célébrités, argent, conquêtes. Un comique politico-social qui ironise avec humour sur la société, qui aborde tous les sujets à la mode, tous ceux que le public a envie d’entendre et dont la presse de gauche se fera l’écho avec plaisir : les droits de l’homme à gogo, la misère dans le monde ou la bande de Gaza. En dehors de ses spectacles il se fiche bien évidemment de tous ces trucs. Sous la plume de Houellebecq qui comme à son habitude nous fait entrer dans les pensées les plus personnelles du narrateur, par le ‘je’, on comprend bien sûr l’ironie de l’auteur et la critique de tout le petit monde bobo assez hypocrite qui dans son désarroi existentiel se lance dans des causes pas toujours justes, pas toujours bonnes, pas toujours sincères. La familiarité de l’écriture de Houellebecq est toujours assez drôle malgré quelques relâchements par endroits dans l’écriture avec plus d’anglicismes et de phrases légères. Mais on rigole bien dans l’ensemble. Surtout lorsqu’il raille Djamel Debbouze. Et puis une fois le décor posé et la critique de la bourgeoisie de gauche occidentale bien entamée, Houellebecq revient à ses fondamentaux. Le narrateur est riche et se retire pratiquement du monde. Cette fois il s’installe au sud de l’Espagne et s’achète une villa. Il n’est plus guidé que par son instinct sexuel. Houellebecq nous réserve donc quelques scènes chaudes, très érotiques, dont il est je crois assez fan. Ou dont il connaît l’attrait sur le public toujours friand de porno, tout simplement. C’est dans La possibilité d’une île aussi qu’il s’attache à la question des sectes. Les passages sur les Elohim et ce qu’il en advient permettent de donner une suite à l’avancée du roman, c’est intéressant, les questions scientifiques ont l’air très étudiées et pointues, même si c’est peut-être du bidon, et la fiction sur l’avenir de l’humanité remplacée par les néo-humains se lit plutôt avec intérêt.

 

Quelques phrases dans le livre seront de celles qui se retiennent (j’ai bien aimé « les gens avaient oubliés d’être cons, les filles avaient oublié d’être jolies) même si on n’atteint pas le niveau de l’Extension du domaine de la lutte, quelques passages seront de ceux qu’on remémore, et la structure d’ensemble fait de La possibilité d’une île un livre dont on se souvient. Je n’ai pas fait d’overdose de Houellebecq, son regard de la société reste toujours à mon sens une approche très intéressante, souvent pertinente et même amusante (pas pour tout le monde) de nos sociétés, même si La possibilité d’une île n’est pas forcément mon préféré. Je n’ai pourtant pas moins hâte de lire La carte et le territoire, prix Goncourt, une fois que je me le serai procuré. Facile ou pas, trash ou pas, Houellebecq ne fait pas parler de lui pour rien.

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 18:40

 

Didier Daeninckx, Play-back, Paris : Editions Gallimard, 1994 [Manya,1992]

 

Didier-Daeninckx.-Playback.jpg

 

 

 

Par Misha Uzan.

 

J’avais une envie de polar, il me restait un Daeninckx, je l’ai pris je me suis jeté dedans. Je lui ai préféré l’intrigue et le noir de Nazis dans le métro mais Play back conserve le charme d’un bon polar à la Daeninckx. Pour une fois on comprend clairement pourquoi l’auteur a choisi ce titre pour son livre. Il le fait dire, en toute fin par son héros Patrick Farrel. Le jeune écrivain sans succès vivote de quelques papiers mais malgré ses nombreux romans, les éditeurs ne daignent pas le publier. Jusqu’au jour où on lui propose de faire « le nègre », c’est-à-dire le sale boulot. Ecrire un livre pour quelqu’un d’autre, sans mentionner son nom. Faire l’histoire d’une bimbo de la chanson, raconter ce que ses fans ont envie d’entendre, inventer l’histoire qui fera vendre.

Mais réticent à ces procédés, peu habitué à les pratiquer, hostile aux éditions qui en font leur fortune, Farrel mène une véritable enquête. On lui ment et il le sent, on veut lui faire écrire des phrases toutes faites et il préfère l’authenticité. Parti de la vie banale d’une chanteuse de passage, il est poussé vers une affaire de meurtre de la parolière de la chanteuse.

L’intrigue est bonne sans être des plus poignantes. L’ouvrage détend autant qu’il accapare. La lecture est facile, le ton glissant. Comme toujours chez Daeninckx on sent un fond de critique sociale : l’univers provincial de la ville-fantôme de Longrupt face à la machine à pognons des éditions qui ont créé le « Hit 50 » et des magouilles à n’en plus finir. On pourrait s’attacher plus profondément à la dénonciation en filigrane d’un capitalisme sauvage, cruel et déraciné opposé à une France rurale et industrielle en perdition. Mais observer sans cesse la transformation du monde et de la France avec regret, nostalgie et frustration est lassant. On perçoit au contraire avec attachement les descriptions des routes, des quartiers périphériques de Paris et des petites villes de province. Le Daeninckx de Tolbiac, des banlieues industrielles, le Daeninckx des terroirs : c’est ce qui fait le charme de l’auteur. Comme chez Dantec par exemple, on aime reconnaître des quartiers et des rues qu’on a fréquentés, des lieux qui ne sont pas des plus connus et fréquentés mais qui sont justement appréciés pour cela. C’est aussi le charme des bons polars et on sait que Daeninckx s’y connaît en la matière.

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 12:31

 

Par Misha Uzan

 

Kate Moses, Froidure, New York : St Martin’s Press, 2003, Paris : Quai Voltaire, 2004 pour la version française, traduit de l’Américain par Anouk Neuhoff

 

Kate-Moses.-Froidure.jpg

 

Je n’ai en fait pas grand-chose à raconter sur ce livre, pour une raison simple : je l’ai fermé à la page 86. Je n’ai pas eu le courage de lire les plus de 400 pages de ce livre. En quelques clics sur le net, j’ai compris que je n’étais pas le seul (http://lesjardinsdhelene.over-blog.com/article-3150984-6.html#anchorComment). J’ai aussi compris que ce roman avait un caractère autobiographique. Pour un premier roman l’auteure a donc choisi, non pas de raconter sa vie, mais d’en transcrire sous forme romanesque un moment seulement. A en croire la diffusion de l’ouvrage, ce ne fut pas un échec. Certains lettrés l’apprécieront sans doute. Je m’excuse donc par avance auprès d’eux. Car s’il me fallait relater une partie de ma vie, je comprendrais que la tristesse, le chagrin et la solitude m’inspirent mon œuvre, mais je tâcherais de ne pas la transmettre totalement au lecteur. C’est ce que fait à mon sens Kate Moses devenue Sylvia Plath. Froidure est son histoire en 1962. Abandonnée par son mari infidèle, Sylvia s’ennuie, désespère et repense à son mariage. Ses deux enfants, Frieda et Nicholas, dont elle a la charge, semblent lui peser plus qu’autre chose. C’est dur pour elle, il fait froid, oui ! vraiment froid en cet hiver 1962 à Londres, nous répète-t-on. Alors nous aussi on s’ennuie dans les descriptions déprimantes du narrateur, on espère qu’un rebondissement nous relancera mais on ne veut pas attraper froid, oui nous aussi, et on finit par fermer le livre, sans envie de le reprendre. C’est en tout cas ce que j’ai fait.

 

Pourtant l’auteure a du talent pour l’écriture, sur ce point rien à redire. Pourtant depuis Proust les romans ne sont plus faits pour créer une intrigue. Toutefois ils ne doivent pas nous ennuyer plus que de raison. Au cours de ma lecture j’ai pensé à ma dernière lecture de Guillaume Musso, Parce que je t’aime. Je parlais d’un auteur capable de captiver avec brio le lecteur, mais je mettais un doute sur la qualité de l’écriture sur un plan purement littéraire. Je parlais d’un auteur plus qu’un écrivain. Avec Kate Moses j’ai pensé au contraire. Froidure aura au moins servi à entretenir cette réflexion.

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 12:22

Par Misha Uzan

 

Nathan Sharansky, Défense de la démocratie. Comment vaincre l’injustice et la terreur par la force de liberté, Paris : Bourin, 2006

 

Nathan-Sharanski.-Defense-de-la-democratie.jpeg

 

Pour fêter les 20 ans de libération de Nathan Sharanski (Il y a 25 ans : Nathan Sharansky libéré) j’ai repris son plaidoyer pour la démocratie. C’est un livre tout à fait intéressant, particulièrement en ce moment. Alors que des régimes autoritaires tombent au sud de la méditerranée, il n’est pas inutile de lire ce qu’écrivait en 2006 un ancien dissident soviétique qui prône la démocratie comme modèle et surtout la démocratie comme garantie pour la paix et la politique internationale.

Il faut dire que je partage pleinement sa défense de la démocratie non pas seulement sur le plan national mais aussi sur le plan international. Le moment est particulièrement bien choisi pour tenir ce propos, Sharanski l’a écrit en 2006, il le défend depuis une vingtaine d’années. On voit aujourd’hui des bien-pensants de tous bords se précipiter pour dénoncer les régimes de dictatures, voire presser leur chute. On les voit aussi souvent reconnaître qu’ils ont dans le passé péché par mesure de précaution. Tous l’ont fait et tous ont suivi le même type de politique : miser sur la stabilité et avec, l’argent. Mais tous ne dénoncent aujourd’hui cette politique que dans les pays où des régimes sont tombés ou vont peut-être le faire (en Tunisie, en Egypte, en Lybie). D’une part ces Etats sont-ils les seuls à ne pas respecter la démocratie et les droits de l’homme ? D’autre part, force est de constater que personne aujourd’hui n’entend conditionner sa politique de coopération avec un autre Etat en fonction de son rapport à la démocratie et aux droits de l’homme. On peut maintenant se permettre de le faire en Tunisie et en Egypte, même si on ne sait pas encore ce que les mouvements qui y ont eu lieu vont donner, et en Lybie, même si on ne sait pas encore si le régime de Khadafi tombera. Mais je n’ai pas entendu que la France, les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie ou d’autres remettent en cause leur rapport avec le Qatar ou Dubaï à cause de l’esclavage moderne, avec la Syrie ou l’Algérie, et encore moins avec la Chine. On proteste un peu parfois, mais on ne fait pas grand-chose. On ne prend toujours aucun risque, on n’intervient pas, on ne se mêle pas. Telle est la ligne politique menée en politique internationale depuis l’après-guerre.

Nathan-Sharanski.jpegC’est ce à quoi Sharansky s’oppose. Il prône une politique de promotion de la démocratie dans la politique internationale, non pas seulement à travers des discours, mais par de véritables pressions politiques, en conditionnant l’aide à un pays, l’achat de pétrole ou les relations bilatérales aux réformes démocratiques entreprises par le pays en question. C’est une ligne qui me paraît tout à fait noble, bien plus que les politiques menées depuis 60 ans, et fidèles à nos principes démocratiques et aux droits de l’homme. On ne peut pas faire comme si les dictatures n’existaient pas. On traite entre démocraties, pas avec les terroristes, et pas non plus avec les dictatures, ou seulement celles en processus démocratique.

C’est la base de l’ouvrage, développée tout du long. Quelques questionnements et interrogations persistent néanmoins.

 

 

 

1)      On aimerait que Sharansky élabore une véritable théorie de promotion de la démocratie. Un plan, un modèle, une théorie philosophique comme en ont fait Kant, Habermas, ou Will Kymlicka.

 

2)      Sharansky s’inspire énormément de l’exemple soviétique et montre la logique de la dissidence. Il démontre parfaitement comment un régime totalitaire ne tient pas à la longue, il explique pourquoi les dissidents augmentent même si, selon la force du régime, ils osent plus ou moins se montrer. Sous Staline par exemple, le fait de massacrer systématiquement toute dissidence même pensée dans son sommeil empêchait quiconque de se montrer. Sharanski est convaincant sur la volonté contestataire et dissidente de l’être humain et donc de tout Etat. Mais les exemples qu’il prend en début de livre ne sont pas toujours aussi convaincants que son discours, pas encore du moins. Il évoque le cas de pays pensés à l’origine totalement hostiles à la démocratie (le Japon, l’Allemagne par exemple) et qui le sont devenus. Mais tous les exemples pris pourraient être étudiés à la loupe. Le Japon et l’Allemagne ont connu des guerres mondiales qui les ont entièrement détruits. Ce sont des chocs déterminants qui peuvent expliquer le retournement de régime. Il a fallu des millions de morts pour en arriver là. Avant cela les Allemands n’avaient-ils pas trouvé une raison d’être au nazisme ? Le Japon inclut aujourd’hui le pacifisme dans sa constitution, la mémoire de la seconde guerre mondiale en est la raison. L’Europe de l’est est devenue démocratique. Sharanski parle à juste titre de la tradition démocratique de pays comme la République Tchèque et la Slovaquie. Mais que peut-on dire aujourd’hui de la Russie ? Est-ce concluant ? Le temps fera-t-il l’affaire ? On peut en discuter.

 

3)      Sharansky avance que ne pas préférer la démocratie c’est un peu comme préférer l’esclavage à la liberté. Il a raison pour quiconque aime la liberté et la démocratie moderne. Mais ces arguments appellent plusieurs questions. N’y a-t-il pas une différence entre les régimes totalitaires, qui ne peuvent pas tenir, et les régimes autoritaires ou simplement ultra-traditionnels ? La tradition n’aspire-t-elle pas parfois et en certains endroits du monde plus de respect qu’une démocratie moderne qui entraînerait aussi, et c’est un point qu’il n’aborde pas, débauche, abaissement des traditions, contestation de la morale voire immoralisme. Pour nous démocrates la démocratie est le moins pire des régimes, d’autres ne préfèrent-ils pas leur tradition ?

 

4)      Sharansky cite son ami scientifique Sakharov qui a déclaré sous le régime communiste, que la forme de son régime ne permettrait pas à l’Union soviétique de tenir le niveau scientifique du monde libre. Ce fait n’était-il pas dû à la nature du régime communiste ? On peut se poser la question en voyant le développement magistral de la Chine, voire le programme nucléaire de l’Iran.

 

5)      De même. En lisant le livre de Sharanski on se demande bien si la question démocratique est une fin en soi. Le cas des mouvements en Tunisie et en Egypte sont parlants. Si ces pays deviennent démocratiques, qu’en sera-t-il néanmoins des minorités ethniques et religieuses qu’on a décimées d’abord puis dont on a effacé la mémoire dans le pays. L’effondrement de cultures et civilisations peut s’accommoder du fait démocratique, de même le peuvent et l’ont pu le colonialisme, l’impérialisme, le racisme ; sauf à ne plus parler de démocratie dans ces cas, et où situer la frontière ? L’ouvrage de Sharanski permet de réfléchir : la démocratie est-elle une solution suffisante contre l’impérialisme, le colonialisme, le racisme ?

 

6)      Sharansky, on l’a dit, ne donne malheureusement pas assez de détails sur la façon de mener à bien la politique internationale de démocratie, car il se concentre tout d’abord sur l’argumentation. Il faudrait un tome 2 de son livre. Ceci étant, bien que sans être en accord avec la droite ou la gauche, il souligne l’importance pour lui de la guerre des étoiles menée par Reagan et des initiatives pour la démocratie prises par Bush fils, y compris les guerres en Afghanistan et en Irak. Que dit-il donc précisément sur la guerre pour la démocratie, ou le devoir d’ingérence ? Il n’est pas assez précis sur ces sujets dans ce livre.

 

 

 

On ne peut que percevoir les grandes lignes de Sharanski dans ce livre. Des grandes lignes, je pense, plutôt convaincantes. Il faudrait à mon sens, poursuivre et développer dans cette direction. Le problème, c’est que les a priori, les préjugés et les traditions politiques, diplomatiques et même intellectuelles du monde libre, s’y opposent et ne sont pas prêtes à accueillir ces propos. Mais … sait-on jamais. La chute des dictateurs arabes a ouvert une réhabilitation du Bushisme. D’autres questions se posent encore.

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 17:23

Paulo Coelho, Le Zahir, Paris : Flammarion, 2005, traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand-Sauvagnargues

 

Paulo-Coelho.-Le-Zahir.jpeg

 

Dans une publicité pour un ouvrage sorti en 2006, Comme le fleuve qui coule, à la fin de l’édition, Paul Coelho est présenté comme l’auteur le plus lu dans le monde. Ce natif de Rio de Janeiro a vendu plus de 75 millions de livres dans le monde. Je ne sais si c’est un record mais une chose est sûre : c’est énorme. On n’a donc plus besoin de le présenter. En revanche de la même façon qu’il dit écrire, non pas pour « transmettre un message [sinon il aurait écrit] une phrase », mais parce que c’est le moyen qu’il a trouvé pour exprimer ses émotions, nous relatons et discutons nous aussi ses romans afin de faire ressentir les émotions qu’ils ont provoqués chez nous.

 

Après la lecture de L’alchimiste, son best-seller, Le pèlerin de Compostelle, ou encore Sur le bord de la rivière piedra je me suis assise et j’ai pleuré , j’ai comme tout le monde senti chez l’auteur un caractère extrêmement spirituel. Tandis que je lisais sur le bord de la rivière piedra il y a près d’un an, un ami qui l’avait lu, me fit part de son appréciation modérée pour le livre et pour l’auteur, qu’il estimait aller toujours dans le même sens. Bien que je n’aie pas exactement saisi ce qu’il entendait par là signifier, j’ai pensé qu’il évoquait par là son appétit obsessionnel et incessant pour le spirituel. Aussi je lui suggère de lire Le Zahir. Durant les vingt premières pages il m’a semblé que Paul Coelho tentait absolument de prendre le contre-pied de ce préjugé. Il n’était plus question de spiritualité, d’amour pour dieu à travers l’amour pour l’homme ou pour la femme, de magie ou de guérison miracle. Et curieusement dans cet essai pour changer radicalement d’univers je me suis ennuyé. Ca ne lui convenait pas, tout simplement. Puis coup de théâtre, le narrateur image de l’auteur se met à faire dans l’ironie la plus totale. Il cite ses propres livres, il s’en moque et tourne dérision sa propre propension. Ca m’a plu, ça m’a fait rire, j’ai trouvé alors le livre formidable et je l’ai poursuivi avec véhémence. Une fois m’avoir séduit pourtant, rebelote, le livre a réintroduit une dimension spirituelle très forte et omniprésente et a collé à l’univers traditionnel de Paulo Coelho. Je n’ai pas été déçu par ce revirement, l’auteur était lui-même et j’aimais ça. D’autant plus que, a contrario du personnage féminin qui s’assit sur le bord de la rivière Piedra et ne trouve rien de mieux à faire que de pleurer, le narrateur dont la femme Esther ne donne plus de nouvelle rebondit avec humour et originalité. Le livre mérite de rester dans ma mémoire pour au moins quelques moments. Les petites histoires racontées par le narrateur ou par Mikhaïl, le Kazakh qui lui permet de retrouver sa femme, sont ou très belles ou passionnantes et ont leur place dans le sac des histoires à raconter aux enfants ou aux plus grands. Par ailleurs quelques scènes ont retenu mon attention. La première ou les premières : celles des discussions aux restaurants, très originales et captivantes ; la seconde, la rencontre avec les clochards, et enfin la sortie avec les jeunes aux piercings. Si la/les première(s) sont captivantes parce la force de la situation, la seconde et la troisième intriguent pour leur vision radicale, alternative, subversive. On est presque dans une apologie de la clochardise puis de l’irresponsabilité infantile. Leur morale immorale avait quelque chose de gênant qui m’a interrogé sans me convaincre néanmoins. De même j’ai trouvé assez curieux la légèreté avec laquelle le narrateur, sa femme ainsi que Mikhaïl abordent l’adultère dans le couple. Le besoin et le don d’amour pullulent dans leurs bouches mais ils ne se soucient gère, par exemple, de la fidélité ; alors même que la voix qu’entend Mikhaïl et la rédemption d’Esther puis surtout du narrateur ont quelque chose de religieux par le spirituel. Sans se référer à une religion particulière, simulant un syncrétisme général dans lequel l’auteur est un spécialiste, on pense à une religion de l’Amour. Dans sur le bord de la rivière piedra je me suis assise et j’ai pleuré Paulo Coelho nous entraîne sur le chemin de la face féminine de Dieu (la Vierge marie, la Schechinah, etc, peu importe comment on l’appelle), cette fois je crois il nous parle d’authenticité et surtout d’Amour, envers soi, envers les autres, envers la Voix, le Ciel, Dieu, le créateur et sa création. Comme toujours j’ai trouvé les comparaisons entre les différentes révélations (la petite fille à Lourdes qui dit être l’Immaculée Conception, la voix qu’entend Mikhaïl, les voix de Jeanne d’Arc) extrêmement intéressantes tout comme le fut également la réflexion sur l’épilepsie, maladie au demeurant très courante qui fait douter du caractère divin ou paranormal de certains faits. Plus que dans d’autres livres de Paulo Coelho on se demande s’il faut se laisser bercer par la spiritualité religieuse, magique, merveilleuse, miraculeuse des personnages ou si on n’est pas en présence d’une bande d’illuminés qui cherchent un sens à leur vie.

 

Paul-Coelho.jpegJ’ai en revanche été beaucoup moins attiré par la réflexion sur le Zahir, cet objet, cette personne, cette idée dont on ne peut se séparer et à laquelle on pense en permanence. Est-ce l’amour, la passion, l’obsession ? Bien que fil conducteur de l’histoire proprement dite, il n’est à mon sens qu’une excuse pour une refondation. Ce n’est pas le Zahir en soi qui importe mais la réflexion à laquelle la quête pour le Zahir va mener. Au passage l’auteur — ainsi que les nombreux commentaires de l’ouvrage — souligne la tradition arabe du Zahir sans expliquer explicitement en quoi elle consiste ; il oublie en revanche de mentionner l’origine hébraïque et araméenne du mot, bien antérieure à la tradition arabe. Un mot fondé sur la racine ZHR dans les trois langues. Zahir, c’est aussi la brillance, la splendeur en hébreu ancien, sur la même lancée l’hébreu moderne a créé lehazir c’est-à-dire avertir, et lehizaher faire attention. Comme souvent dans les langues sémitiques on comprend l’idée à travers les déclinaisons de la racine. Surtout Sefer Hazohar, Le livre de la splendeur, écrit en araméen, est le grand ouvrage de la littérature kabbalistique juive. C’est étonnant que Paulo Coelho n’en dise pas même un mot.

 

Par son caractère plus terre à terre et plus réaliste bien que fantastique et spirituel dans son essence, Le Zahir est sans doute le livre le plus personnel de Paulo Coelho, celui où l’on sort de l’espace romanesque magique de l’auteur pour le relier et le confronter à sa propre réalité, en tant qu’écrivain de renommée mondiale.

 

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