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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 13:43

 

M. Lehmann, Rabbi Akiva, Paris, New York : Merkos l'Inyonei Chinuch, 1976m traduit de l'allemand par E. Weil, grand rabbin

 

M.-Lehmann.-Rabbi-Akiva.png

 

Par Misha Uzan

 

 

C'est dans la bibliothèque de ma grand-mère que j'ai trouvé ce vieux livre. Une version de 1975 du Rabbi Akiva de Lehmann. Ce n'est qu'une version de l'histoire de ce grand rabbin de la Mishna, celui que la tradition juive rabbinique fait aussi grand, dans sa sagesse, presque plus grand, que Moïse lui-même. On ne connaît son histoire que par les sources juives talmudiques et midrashiques. Elle présente donc beaucoup d'incertitudes et de légendes. On comprend aussi que la tradition talmudique en fasse le plus grand sage non prophète : parce qu'il est à l'origine de la Mishna, donc du Talmud, et du judaïsme rabbinique. En somme cette tradition rend honneur à son fondateur.

Selon celle-ci Rabbi Akiva aurait vécu deux époques catastrophiques, et déterminantes, pour le judaïsme antique : la destruction du second temple, sous Vespasien (appelé aussi Titus), et la chute de la forteresse de Betar, sous Hadrien. Rabbi Akiva se situe à la confluence de la création du judaïsme déraciné, spirituel, celui qu'institue Rabbi Yohanan Ben Zakaï à Yavneh, et le judaïsme rabbinique, mishnique, bientôt talmudique et diasporique.

Cette époque tournante est passionnante à bien des égards et l'intérêt de ce livrequi ne pêche que par des coquilles un peu trop nombreuses, probablement dues à la traductionest de nous la faire découvrir. Les passages de doctrine et les réflexions talmudiques semblent secondaires au regard de l'importance de l'époque et des événements qui s'y déroulent, principalement sous l'effet de l'action romaine. Il faut en outre, pour privilégier dans sa lecture les points de doctrine et de décisions rabbiniques, être un talmudiste passionné par les règles précises du Talmud, qui érigent un code de vie à laquelle le juif observant obéit. Dans le cas contraire, et c'est plus généralement ce que fait le livre, on s'intéresse plus à l'esprit de l'œuvre, à l'approche de Rabbi Akiva et des maîtres d'Israël à cette époque, à ses conséquences et à celles de l'environnement extérieur gréco-romain.

 

Il convient de préciser un certain nombre de points.

 

Le livre passionne avant tout par la période historique qu'il aborde : la fin du judaïsme centré autour du temple et des sacrifices, les débuts du judaïsme rabbinique, la mise par écrit de la loi orale, les transformations du monde romain et ses doutes, la révolte de Bar Kochva et la finou plutôt l'amaigrissement, la réduction forcéedu judaïsme sur la terre d'Israël.

 

Par ailleurs, même si les conversations des personnages manquent de preuve d'un point de vue historique, et s'apparentent plus à des légendes, à des Midrashim, ou simplement à l'imagination de l'auteur, qui romance, elles n'en restent pas moins formidablement pertinentes pour comprendre d'une part le contexte historique des premiers siècles de notre ère, d'autre part les principes du judaïsme, mais aussi, du christianisme.

Lehmann premièrement, nous montre un judaïsme non pas viscéralement prosélyte et expansionniste (comme le furent le christianisme et plus tard l'islam), mais plus facile à la conversion. Certains historiens estiment à 10% la population juive dans l'empire romain à cette époque. L'auteur met en scène plusieurs cas de conversions relativement rapides, qui se fondent sur l'attrait du judaïsme et de la notion de monothéisme sur certains romains qui délaissent un polythéisme décadent, mais qui s'expliquent aussi peut-être par la condamnation forte de l'idolâtrie par le judaïsme. Rabbi Akiva lui-même est issu d'une famille de païens, sa seconde femme Rufina se convertit au judaïsme, tout comme Aquilas, le neveu de l'empereur Hadrien. La façon dont certains rabbins, dont Akiva, recommandent parfois la conversion au judaïsme à ceux qui viennent les consulter, non seulement surprend mais s'oppose à l'austérité orthodoxe d'aujourd'hui, qui pour des raisons philosophico-religieuses, rend difficile et dure la conversion au judaïsme. Il faudrait pour en trouver quelques équivalents, aller chercher du côté de l'attrait que peut exercer la conversion au judaïsme dans le contexte contemporain d'un Israël relevé, où des non-juifs, par exemple, défendent manu militari l'Etat des Juifs, à Tsahal. C'est une autre discussion que nous ne pouvons pas ouvrir ici.

Cet attrait du judaïsme, deuxièmement, permet de comprendre aussi le succès remporté par la suite, non par le judaïsme, mais par le christianisme… Une discussion dès le chapitre 2entre Rachel fille de Calba Savoua et future femme d'Akiva, et Papus un prétendantest particulièrement intéressante. Tandis que Rachel défend l'obéissance à la loi mosaïque, à ses préceptes et ses spécificités, qui distinguent les Juifs des autres populations, Papus évoque la simple foi monothéiste, sans la loi, sans les rites spécifiques. Papus propose de ne conserver que des principes très réduits de la religion du Dieu unique. Papus réfute la loi, mais fonde sa pensée sur la foi. Comment ne pas y voir l'influence des Christos, les Juifs qui, alliés à des païens convertis deviendraient les chrétiens? On ne sait si, historiquement parlant, son propos est crédible, mais philosophiquement, Lehmann souligne implicitement le basculement du monothéisme juif au monothéisme chrétien. Et, compte tenu du premier point, l'attrait du monothéisme sur un paganisme polythéiste déclinant, on comprend mieux comment, débarrassé de toutes les spécificités de la loi juive, le christianisme paulinien a percé. Le judaïsme évoque le "Tout est loi", tandis que le christianisme naissant lui répond : "Tout est foi" (et non pas "Tout est amour").

La vision judaïque de Rabbi Akiva interpelle également. Dans un dialogue avec le président de la communauté juive d'Alexandrie, en Egypte antique proche de la culture grecque, Rabbi Akiva s'oppose à une vision judéo-grecque qui aborde la loi mosaïque dans un sens symbolique, en élimine l'écorce pour n'en garder que le cœur, l'idée, l'éthique, le message. Le sage de la Michna au contraire, insiste sur l'application de la loi en détail. Il attache une importance aigue aux rites, il convient pour lui, et c'est ce qu'il fait avec la Mishna, de prolonger la pratique juive aussi précisément que l'ont transmis les sages par la loi orale. Or si on peut admirer Akiva pour ses connaissances et sa sagesse, on ne peut s'empêcher d'étudier ses propos sous le regard de l'homme moderne (ou de le comparer au mode de vie grec de l'époque). Aussi, comment ne pas y voir parfoismême si pas toujoursune forme d'archaïsme? Et quel équivalent moderne trouver à Akiva? Il m'a semblé y lire le même type d'arguments que les héritiers orthodoxes contemporains du judaïsme rabbinique : orthodoxes modernes voire haredim (ultra-orthodoxes). Or je ne partage pas tout à fait leur point de vue. Plus largement c'est la légitimité ou l'exclusivité de l'académie de Yavneh et des écoles rabbiniques qu'on peut remettre en cause. Mais ce serait un débat trop long pour le commencer ici.

Enfin le livre aborde, de par la vie de Rabbi Akiva, deux autres thèmes historiques et intellectuels essentiels : Bar Kochva et les Kuthéens (ou Samaritains). Bar Kochva est le nom araméen de Shimon Bar Koziva, le héros qui s'opposant à la volonté d'Hadrien de faire construire un temple dédié à Jupiter à l'emplacement du temple juif détruit par Titus, a mené la révolte juive contre les Romains entre 132 et 135 de notre ère, celle qui finit à la forteresse de Betar. Dans un premier temps Bar Kochva, dont l'enfance est digne d'un conte, est accueilli par le peuple et par Rabbi Akiva comme le Messie, l'envoyé de Dieu qui délivrera Israël. A nouveau cet épisode est caractéristique de la période. Les temps sont mauvais pour les Juifs et propices à faire Messie tout délivreur. Les uns ont cru en Jésus environ un siècle plus tôt, il en est né un courant du judaïsme qui a formé progressivement une nouvelle religion. D'autres ont cru en Bar Kochva. Le premier a mieux réussi que le second. Mais Bar Kochva est un réaliste, il pense lutter contre les Romains par les armes et la force de son armée, non par la simple aide de Dieu (Bar Kochva n'était pas un docteur de la loi, Jésus si!). Son outrecuidance provoque une rupture avec Rabbi Akiva. Bar Kochva a conclu une alliance avec les Kuthéens (ou Samaritains), et Rabbi Akiva s'y est opposé. La controverse est à la fois historique et religieuse. Qui sont vraiment les Samaritains? Religieusement, on sait qu'ils n'honorent que le pentateuque, ni les prophètes, ni les écrits postérieurs et encore moins la loi orale; ils se tournent vers le Mont Garizim, en Samarie, près de Sichem, et non vers Jérusalem. Historiquement les choses ne sont pas claires. Dans son Rabbi Akiva, Lehmann appuie la thèse juive d'une provenance étrangère : les Kuthéens seraient des étrangers (venus de Kuthée), des païens déportés en Samarie par Salmanazar, roi d'Assyrie, après qu'il ait détruit le royaume d'Israël (au nord de la Judée), et qui auraient adoptés certains usages juifs, se seraient acclimatés à l'environnement en apprenant le culte hébraïque. Considérés par les Juifs comme des imposteurs, exclus de la reconstruction du temple après l'invasion de la Judée par Nabuchodonosor et le retour des Juifs d'exil, les Samaritains auraient développé une forte hostilité envers les Juifs. Bar Kochva réussit néanmoins à les rallier à son mouvement et à tenir face aux Romains à Betar, contre l'avis de Rabbi Akiva qui ne leur accorde pas leur confiance. La légende raconte que Mena'hem, chef des Kuthéens, aurait trahi Bar Kochva, transmettant aux Romains un passage secret pour pénétrer dans la forteresse. Une légende qui creuse encore le rapport des Juifs aux Samaritains. Jusqu'aujourd'hui les Juifs orthodoxes et les Samaritains (ce qu'il en reste, l'arrivée de l'islam les a quasi-entièrement décimés) ne sont pas particulièrement proches, même si l'Etat d'Israël séculier, a fait des Samaritains qui vivent à Holon des citoyens (ils ne sont que quelques centaines, pas plus).

Après la chute de Bétar et la mort de Bar Kochva, c'est selon la tradition juive le grand exil, le second (voire le troisième si on compte la perte des dix tribus). Il a en vérité débuté bien avant, Lehmann n'entre pas dans ces détails. Il évoque en revanche les persécutions romaines, qui se multiplient. L'étude de la loi juive est interdite, comme la pratique du judaïsme, les Sages se cachent et doivent prendre de nouvelles décisions. Rabbi Akiva est arrêté, il poursuit néanmoins son travail d'inscription de la loi orale, en prenant des décisions depuis sa prison. Il meurt, selon la légende, à 120 ans, comme Moïse. Ainsi s'éteint la vie de Rabbi Akiva, ainsi se termine le Rabbi Akiva de Lehmann. Une histoire passionnante, un livre qui ne l'est pas moins.

 

Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : © Misha Uzan pour http://un-echo-israel.net et http://mishauzan.com

 

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 16:17

 

Par Misha Uzan

 

Lecture tardive.

Guy Millière, Pourquoi Bush sera réélu. Ce qui se passera qu'il le soit ou non, Paris : Editions Michalon, 2004

 Gui Millière . Pourquoi Bush sera réélu

 

Guy Millière sortira bientôt un prochain livre. Un livre qui devrait décoiffer les adeptes du politiquement correct, les chauvinistes de l'hexagone, les bobos de "gôche" qui ont perdu les valeurs de la gauche ou ceux qui méprisent ceux qui le leur rappellent.

Avec Ce que veut Bush, Qui a peur de l’islam ! et Pourquoi Bush sera réélu (écrit en 2004), des petits livres clairs, nets et précis, Guy Millière est l'un des seuls non seulement à défendre mais surtout à présenter la pensée dite néoconservatrice américaine au public francophone. Car on ne connaît en France que la condamnation du néo-conservatisme américain. "Bush le menteur", 'le plus mauvais président de l'histoire", etc. Quel autre écho a-t-on du néo-conservatisme? Aucun, ou presque. La pensée et la politique néoconservatrices ne font l'objet que d'une présentation pour la condamner, sans l'expliquer vraiment, sans tenter d'en comprendre les fondements. Mais la connaît-on vraiment?

Pas si on ne sort pas de l'hexagone. Même un penseur que j'apprécie comme Pascal Bruckner, dans une récente émission culturelle sur France 2 (le mercredi 5 octobre), après avoir critiqué l'incapacité d'Obama de désigner un ennemi, n'a pas pu s'empêcher néanmoins de rejeter ses adversaires d'un revers de la main. "Ceux qui sont en face sont inquiétants", a-t-il précisé. Et que dire du reste de l'émission[1]! Les néoconservateurs sont-ils des néo-cons au sens propre comme on le lit partout sur le net, des débiles mentaux complètement abrutis, ou bien y'a-t-il autre chose à en apprendre?

 

Ne serait-ce que pour ne pas mourir idiot et plein de préjugés, il faut lire Guy Millière, ses articles et ses livres, tous intéressants.

A vrai dire, son livre Pourquoi Bush sera réélu n'a qu'un seul défaut : son titre. Passée la réélection de Bush, on se dit qu'il a eu raison, mais on pense que le livre est dépassé. Qu'il n'y a plus tellement d'intérêt à le lire. Ne l'ayant pas lu à temps, je l'ai donc laissé traîné. Jusqu'au jour où je n'ai rien eu d'autre sous la main.

J'y ai découvert alors un livre qui n'a presque pas pris une ride. La seule chose que Guy Millière ne pouvait pas prévoir 4 ans à l'avance, compte tenu du renouvellement à chaque élection présidentielle des représentants politiques aux USA, c'était l'élection d'Obama en 2008. Mais ce qu'il dit de John Kerry, vaut pour Obama aussi. Et ce qu'il dit de Bush et de sa considération en France, est toujours vrai. Sur ce point rien n'a évolué. Les mêmes contre-vérités courent les rues, les mêmes jugements à l'emporte-pièce, la même incompréhension, la même haine.

Et surtout, Guy Millière tente de nous faire mieux connaître l'Amérique profonde, celle qui vote Bush. Il nous explique comment elle réfléchit, quels sont ses principes et ses origines intellectuelles. Une Amérique pour qui sont cruciales les idées de démocratie, de liberté, et d'une Amérique modèle, fidèle à ses principes. Affirmer que le néo-conservatisme est de droite ou d'extrême droite, nous dit le Professeur Millière, est faux. Il trouve ses racines à gauche. Dans une gauche attachée aux valeurs de la Révolution américaine, qui pense que l'Amérique a un rôle à jouer pour la liberté et la démocratie dans le monde, une gauche qui a vu les principes pacifistes entraîner le contraire du monde souhaité et qui a réagi à cet échec. Qui l'a pensé et repensé. Une gauche déçue par le parti démocrate et une Europe trop encline à s'accommoder avec un monde de dictatures. Une gauche qui a décidé de défendre ses valeurs, sans les laisser dépérir.

A bien y réfléchir, cette perte de valeurs au sein de la gauche politique, la tendance à ne plus défendre ses idéaux mais à en faire des valeurs de droite, n'est pas limitée aux Etats-Unis. La réponse dite néoconservatrice (conserver la liberté, la démocratie, les valeurs de nos sociétés) en revanche, n'a que peu essaimé ailleurs.

Pour comprendre qui, comment et quand, il faut lire Pourquoi Bush sera réélu, même maintenant. Et de façon générale, il faut lire Guy Millière, c'est un devoir d'information.  



[1]  Dans cette émission, Pascal Bruckner venait présenter son dernier livre, Le fanatisme de l'apocalypse. A ses côtés, un romancier américain célèbre (dont je ne retrouve plus le nom), est venu présenter son dernier roman. Il y parle du mur de Berlin. Le chroniqueur l'interroge : "Et le mur que les Etats-Unis construisent à la frontière mexicaine? Là vous ne condamnez pas?". Le romancier bohême qui, avec le reste de l'auditoire a défendu une moitié d'Amérique pour mieux traiter l'autre moitié de croyants incultes et débiles mentaux (si je comprends bien ses propos), s'est senti obligé de souligner qu'il était également contre ce mur.

Décidément l'intelligence est limitée à l'environnement qui l'entoure. Quel est le rapport entre le mur de Berlin construit par la RDA, une dictature communiste, pour empêcher l'émigration de sa propre population, et le mur à la frontière américaine, construit par la démocratie américaine, pour empêcher l'immigration massive mexicaine??? Dans un cas une dictature veut empêcher l'émigration, dans l'autre une démocratie ne veut pas être victime d'une immigration incontrôlée. Les cas sont totalement contraires, et non pas semblables. Il faut être aveugle, idiot, ne pas distinguer l'émigration et l'immigration ou être drôlement conditionné pour ne pas faire la différence. Mais c'est ainsi à la télévision française! Et personne n'a jugé bon de remettre les pendules à l'heure!

S'il faut condamner chaque construction de mur au prétexte que c'est un mur, et qu'un mur sépare, sachez que je fais construire un mur dans mon salon, pour séparer la salle à manger et le bureau. Pour être politiquement correct, dois-je le condamner?

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 12:33

 

Par Misha Uzan

Ecrit pour http://un-echo-israel.net et publié sur ce site le 9 octobre 2011

 

Dan Senor, Saul Singer, Israël. La nation start-up, Paris : Maxima, 2011

 Israel.-La-nation-start-up.png

Le titre même semble connu. Israël, la nation start-up … la nation du high-tech, Israël connaît plus de start-up que la Silicon valley de la baie de San Francisco. Tous ces énoncés font la fierté des Israéliens. Et pourtant, nous disent Dan Senor et Saul Singerdont le livre édité pour la première fois en 2009, vient de sortir en français, aucun livre ne s'était encore focalisé sur le sujet. Plus encore nous disent les auteurs, nul n'était capable de dire pourquoi Israël a développé le pôle d'innovation technologique le plus important et performant au monde.

"Comment se fait-il, nous disent-ils, qu'un pays d'à peine plus de 7 millions d'habitants, fondé il y a 60 ans, constamment en guerre depuis, soit à l'origine de la création et du développement de davantage d'entreprises de haute technologie que des pays plus importants, plus anciens, et qui vivent en paix?" C'est la question à laquelle les deux auteurs américains, l'un vit à New York, l'autre à Jérusalem, tentent de répondre.

Les approches sociologiques fonctionnalistes, institutionnelles et conjoncturellesla conscription, l'absence de ressources premières, la menace de guerresont un début d'explication, mais elles ne leur suffisent pas. D'autres pays présentent les mêmes caractéristiques, et ne développent pas autant d'entreprises de haute technologie, y compris parmi les "dragons" asiatiques. A ces approches sociologiques, les auteurs ajoutent un regard à la fois culturaliste et individualiste. Senor et Singer multiplie les exemples d'investisseurs, de chefs d'entreprises, de créateurs, de start-up, et donnent une explication culturelle à ce phénomène. Selon eux, si Better place, Intel, Israel Aircraft Industries, Nice Systems, Compugen ou bien d'autres sociétés sont nées ou fortement implantées en Israël, ce n'est pas qu'une question institutionnelle et conjoncturelle, c'est avant tout une question culturelle.

Peuple du livre, culture talmudique de contestation, chutzpah*, culture hyperdémocratique, et même un piston qui ne dit pas son nom sont les recettes de l'innovation israélienne et de la création d'une "nation d'entrepreneurs". Par son regard admiratif le livre a l'avantage d'aborder sous un œil positif certaines caractéristiques de l'Israélien qui pourraient à d'autres moments être perçus comme de graves défauts : l'absence de discipline et la relativisation extrême de la hiérarchie (y compris dans l'armée), le fait que "tout le monde connaît tout le monde" et même la situation permanente de menace sur la sécurité du pays. Parce que les Israéliens sont entourés d'ennemis qui ne leur permettent pas de prendre leur voiture pour faire librement des milliers de kilomètres, ils créent des outils de transports virtuels (pour les téléphones, ou internet); parce que les Israéliens sont constamment menacés, ils ne permettent pas un mauvais commandant, ou un mauvais professeur, et se plaignent s'il le faut sans respect pour la hiérarchie. Ces aspects culturels dont chaque Israélien pourra donner des exemples (mais aussi des contre-exemples, c'est le défaut d'une approche culturaliste générale) participent selon les auteurs à la réussite technologique israélienne. Dan Senor et Saul Singer ont écrit un excellent livre de vulgarisation du secteur des start-up israéliennes. En privilégiant les parcours d'investisseurs, d'entrepreneurs et des start-up elles-mêmes, en insistant sur les histoires personnelles plutôt que sur l'argumentation, ils permettent au grand public d'apprécier l'ouvrage avec divertissement. Un lecteur qui ne connaît pas Israël découvrira ces traits de caractère avec intérêt et amusement, un autochtone israélien, plus familier de cette culture, devrait s'amuser encore plus en parcourant toutes ces histoires.

On ne peut regretter que quelques éléments : l'ouvrage est peu long sur la fin, et surtout, la critique de l'économie israélienne dans sa globalité semble trop minime, due à l'approche de départ (l'étude d'Israël comme nation start-up). Les auteurs rappellent un certain nombre de données : Israël se place en première position en investissements en capital-risque par habitant (devant les Etats-Unis), Israël a le plus de sociétés classées au NASDAQ après les Etats-Unis, et Israël a le plus de dépenses en R&D civiles, Israël est la nation start-up, ça ne fait aucun doute. Mais on peut se poser quelques questions auxquelles les auteurs, qui ne rentrent pas dans une explication économique globale, ne répondent pas suffisamment : sur le rachat des start-up et leurs conséquences sur l'emploi à long terme, ou encore sur le succès des autres pays à forte croissance (Taïwan, Singapour, Corée du sud) qui n'ont pourtant pas autant de start-up, sur le manque d'infrastructures comparé à des pays plus riches, en Europe notamment?

On ne peut pas tout avoir en un seul livre. On peut déjà se réjouir en lisant le récit des succès racontés par les auteurs, et la thèse culturelle qui les explique. Un livre plaisant, par moments amusant, et souvent passionnant.

 

*Les auteurs définissent la chutzpah ainsi : "culot, courage effronté, présomption accompagnée d'une arrogance telle qu'aucun mot dans aucune autre langue ne peut lui faire justice".

 

Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : © Misha Uzan pour http://un-echo-israel.net et http://mishauzan.com

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 12:36

  

Article écrit pour http://un-echo-israel.net et publié sur ce site le 24 septembre 2011

 Par Misha Uzan

Myriam Sâr*, L'an dernier à Jérusalem, Clamecy : Editions Les Provinciales, septembre 2011 (parution le 21 septembre 2011).

 Myriam-Sar.-L-an-dernier-a-Jerusalem.jpg

Plus qu'un roman, L'an dernier à Jérusalem est aussi un plaidoyer, et presque, un livre d'histoire. "Nous gagnerons toutes les guerres, sauf la dernière" disait Ben Gourion; Myriam Sâr, la narratrice, une jeune Israélienne de trente ans, raconte cette dernière guerre, celle qui a débutée avant la création de l'Etat d'Israël, qu'elle fait commencer à Deir Yassine, s'accentuer en 1967, mais dont l'origine remonte peut-être aux débuts d'Israël (l'ancien) : la guerre de l'information.

Avant, derrière, sur, devant, ou après la scène d'un théâtre, l'excuse qui fait le roman, Myriam Sâr raconte, explique, romance comment Israël a perdu cette guerre et comment, c'est là l'originalité suprême du livre, l'Etat d'Israël met fin à ses jours. D'où le titre. Indirectement, elle démonte certains mythes des détracteurs d'Israël : "l'affaire Deir Yassine"la première où les Juifs ont pensé, à tort nous dit-elle, qu'il n'était pas nécessaire de répondre systématiquement aux accusations tronquées et amplifiées de leurs ennemis, ou encore la "Nouvelle Histoire" israélienne où des historiens israéliens ont réécrit l'histoire nationale avec une passion, des accusations et une arrogance qui sortait du cadre de l'historiographie. Poétiquement aussi, elle expose les dernières étapes d'un Etat qui met les clés sous la porte.

On en parle souvent au café, Myriam Sâr en a fait un roman. C'est par son thème que le livre captive : la fin de l'Etat d'Israël, la défaite de l'info, un ordre d'évacuation, l'abandon du pays par les Juifs, le retour en diaspora. Myriam Sâr fait aussi entrer son lecteur dans la complexité israélienne, dans l'ambivalence des sentiments des Israéliens, les interrogations d'une jeunesse qui "ne voulait plus mourir pour un pays [qu'on dit] marqué au fer de l'infamie". Le style est tantôt direct, tantôt détourné, à la fois franc et imagé. Myriam Sâr ne raconte pas une histoire, elle flirte avec. L'auteure adopte une écriture contemporaine, bien que savante. Elle inclut dans son texte, en plus du français soutenu et de jeux littéraires dans l'écriture, quelques mots et grandes expressions en anglais, et surtout en hébreu, à l'occasion. Sa plume est particulière, presque théâtrale (sa spécialité). Avec beaucoup de descriptions et de références, avec une narration qui ne colle pas aux personnages et à leurs sentiments mais qui les englobe dans le tout, qui en revient chaque fois au général, le lecteur est parfois un peu perdu, ne parvient pas à s'attacher aux caractères des personnages, c'est le défaut. L'ouvrage aurait peut-être gagné à être plus terre à terre, plus abordable, moins métaphorique. Mais comment épuiser un tel sujet en un roman de 151 pages? Comment témoigner en si peu de temps de l'expérience israélienne? Et, de sa fin?

L'un dans l'autre, même les antisionistes, les viscéralement hostiles à l'Etat d'Israël, ceux qui crachent sur lui dans les forums, les blogs et les manifestations, devraient lire ce livre. Pour savourer (follement et hypothétiquement) leur victoire, mais aussi pour prendre acte de l'absurdité de leur quête, de leur obsession. Et peut-être, par moments, pour s'attrister avec nous, pour penser un peu etpourquoi paspleurer. Ils comprendraient peut-être aussi, par ce livre connaisseur et plein de vécu, qu'ils ne connaissent pas Israël. Un Etat d'Israël qui, d'une certaine façon, c'est aussi la thèse de l'ouvrage, se meurt. Et qui ne pourrait relever la tête dans cette guerre déjà perdue, que par la littérature. Peut-être est-ce la raison d'être de ce livre et la raison pour laquelle Myriam Sâr/Sarah Vajda*, a écrit L'an dernier à Jérusalem.

 

Chaque jour en Israël et ailleurs, des millions de gens se posent des questions : pourquoi Israël? Pourquoi y vivre? Pourquoi le soutenir? Pourquoi se battre? Pourquoi débattre?

A toutes ces questions, Myriam Sâr a peut-être trouvé une réponse : pour éviter cela. Et cela, c'est l'histoire qu'elle raconte.

 

*Myriam Sâr est le nom d'emprunt qui figure sur la couverture, le vrai nom de l'auteure est Sarah Vajda, docteur en littérature, biographe et romancière française, fille de Georges Vajda et un peu plus âgée que sa narratrice.

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 19:25

 

Adrien Goetz, La dormeuse de Naples, Paris –New York : Le Passage, 2004

Adrien-Goetz.-La-dormeuse-de-Naples.png

Par Misha Uzan

Après l'écrivain des "petits riens" (dixit Philippe Delerm), voici l'écrivain des œuvres d'art. Docteur en histoire de l'art et maître de conférences en histoire de l'art à la Sorbonne, Adrien Goetz s'est adonné à l'histoire romanesque depuis 2003 et son premier roman Webcam. Il est depuis, l'auteur de sept romans qui tous, romancent l'art et les œuvres d'artiste.

La dormeuse de Naples, consacrée par le prix des deux magots et le prix Roger-Nimier en 2004, n'y échappe pas. Spécialiste du peintre Ingres, qu'il a étudié dans ses recherches, l'historien de l'art Goetz raconte l'histoire d'un de ses chefs d'œuvre perdu : La dormeuse de Naples, le nu passionnément nu d'une femme à la peau claire, aux "reflets roux" et à au visage de "blonde". Trois chapitres évoquent ce tableau du même format que la célèbre Odalisque, disparu après la chute de Murat et le retour des Bourbons à Naples. A travers les témoignages d'Ingres lui-même, puis de Corot, autre peintre, et enfin d'un artiste inconnu, ami de Géricault, tous imaginés par l'auteur, on pénètre non seulement dans le "secret des ateliers" comme nous dit la 4e de couverture, mais dans les Naples, Paris et Rome du 19e siècle.

Adrien-Goetz.jpgLa lecture est fluide, facile, rapide, et courte, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Toutefois les références ésotériques propres aux artistes laissent coi le néophyte. Si bien qu'on n'est pas mécontent de voir aborder trois fois le même tableau, le même milieu, les mêmes personnages, sous trois angles différents. Approches répétées qui laissent au lecteur le temps d'adaptation nécessaire. C'est à partir du deuxième manuscrit seulement, celui de Corot, qu'on parvient à s'accrocher aux sentiments dégagés par le tableau de La dormeuse de Naples. L'auteur ne parvient pas cependant, tel Haïm Potok dans Je m'appelle Asher Lev, à nous apprendre quelques règles d'art, quelques courants, quelques controverses, tout en nous passionnant pour l'histoire d'un artiste. L'ouvrage se limite à une histoire d'une œuvre d'art.

En tout et pour tout, novice nous fûmes en art, ignorant nous restons encore. Décidément nos quelques jours passés en Italie n'auront pas suffi.

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 12:36

Par Misha Uzan

 

Philippe Delerm, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Paris : Gallimard, 1999 [1997]

 

 Philippe-Delerm.-La-premiere-gorgee-de-biere-et-autres-p.jpg

 

Je n'avais pas été emballé par Le buveur de temps et "l'écrivain des petits plaisirs" comme on appelle Philippe Delerm. Mais en tombant sur La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, je me suis dit qu'il ne fallait jamais en rester à une première impression et qu'avec ce livre, au moins, la couleur était annoncée.

 

Cette fois-ci le lecteur sait qu'il ne plonge pas dans une histoire racontée par un narrateur, mais qu'il partage avec l'auteur-narrateur tous ses petits plaisirs, racontés, chacun, en petits chapitres de deux-trois  pages qui défilent les uns après les autres. Certains le toucheront, d'autres moins. Personnellement je me suis senti proche de l'auteur en lisant Le croissant du trottoir, On pourrait presque manger dehors, Le Tour de France, Lire sur la plage ou encore Le trottoir de la station Montparnasse. Mais pour moi le plaisir n'est pas dans La première gorgée de bière mais plutôt dans la première gorgée de coca et je dois avouer que je n'ai jamais "[aidé] à écosser les petits pois". Pour être simple ces plaisirs-là ne me parlaient pas.

 

Toutefois j'ai appris à apprécier Delerm et ses thèmes si particuliers. Son écriture est belle et bien tournée, ça ne fait aucun doute, ses livres sont courts et c'est tant mieux, et je peux comprendre qu'ils puissent orner une bibliothèque de maison avec fierté, comme ces livres qu'on aime tirer de temps en temps pour n'en lire que des passages. Ceux qui sont si vrais, si partagés, si descriptifs d'un univers social et mental. En somme, j'ai compris pourquoi un Eric zemmour lui a réservé un si bon accueil dans l'émission On n'est pas couché. Car discrètement, Philippe Delerm ne se fait pas que l'écrivain des petits plaisirs, mais aussi celui des petits plaisirs français. Il décrit avec brio, fantaisie et personnalité, le cadre partagé par les français de province, ceux de campagne, ceux de Paris. Et même si certains plaisirs sont internationaux, on sent malgré tout une forme de matérialisation par l'écrit, par détours, de ce qui fait la nation française, toutes ces petites choses qui nous font Français, qu'on le veuille ou non. Et c'est un expatrié qui le dit (cf : Qui suis-je?).

J'ai bien fait d'insister, de lire un nouveau Delerm. Cela m'a permis de comprendre ce qu'il apportait à la littérature moderne. Et même si tous ses petits plaisirs à lui, ne me touchent pas, j'en partage certains, et c'est déjà pas mal. J'ai un autre Delerm qui traîne dans ma bibliothèque et j'avais rechigné à le lire jusqu'à présent. Je ferai sans doute moins le difficile à l'avenir.

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 17:14

Natasha Solomons, Jack Rosenblum rêve en anglais, Paris : Calmann-lévy, janvier 2011, traduit de l’anglais (britannique) par Nathalie Perrony

 

Natasha-Solomons.-Jack-Rosenblum-reve-en-anglais-copie-2.jpg

 

Excellent. Superbe. Amusant. Tordant. Et terriblement vrai.

Ce sont les mots qui viennent à l’esprit à la lecture de Jack Rosenblum rêve en anglais. L’histoire d’une obsession juive d’assimilation. Jack Rosenblum, juif allemand, débarque en Grande Bretagne en 1937, avec sa femme Sadie et sa fille Elisabeth encore toute petite. Dès son arrivée il se met en tête de suivre à la lettre les instructions d’un petit guide d’informations utiles pour réfugiés. Jack veut être britannique, plus Anglais que les Anglais, plus royaliste que le roi et plus aristocrate que la noblesse anglaise. Jack apprend donc l’anglais. Il dit « merci » comme un Anglais, s’excuse même lorsqu’il a raison, écoute la BBC, et s’habille comme un Anglais. Sa vie n’est plus menée que par un seul objectif : être le parfait Anglais.

 

Et pour cela il les observe dans les moindres détails et s’attache à les imiter. A tel point qu’il confectionne lui-même sa propre liste d’informations utiles, pour devenir le meilleur spécialiste de l’anglicité. C’est pourquoi en anglais le livre s’intitule Mr Rosenblum’s list, plus fidèle à l’histoire.

 

Bien évidemment, et c’est ce qui fait toute la beauté du roman, émotif, parfois triste et en même temps souriant, Jack demeura toujours pour les Anglais un Allemand, un boche ou même un juif. Même enrichi, citoyen modèle qui ne s’engagea dans aucun parti politique et ne critiqua jamais le gouvernement, même devenu le directeur de la plus grande tapisserie de Londres, Jack connut les brimades pendant la guerre et l’enfermement comme citoyen de catégorie B. Il eut toujours honte de son accent, et dans le beau restaurant où il emmenait sa fille tous les dimanches, il laissa toujours sa fille passa la commande, parce qu’elle parlait sans accent. Dans son dos on riait de lui et Jack ne put jamais intégrer aucun club de golf, qui tous le refusèrent comme membres. Aussi Jack décida de partir à la campagne pour monter son propre golf. Tous entendirent parler du juif qui voulait construire un golf dans le Dorset sur un terrain mal adapté. La scène chez Sir William Waegbert où Sadie et Jack manquent malgré eux et malgré toute leur bonne volonté, aux manières aristocrates britanniques, est criante de réalisme et fort amusante. Fort navrante aussi.

 

Sans doute chaque expatrié, chaque réfugié ou chaque personne qui vit dans un pays où il n’a pas grandi et qui a dû apprendre la langue du pays devrait lire ce livre, savourer les délices de ces décalages culturels auxquels on ne se fait probablement jamais.

 

Natasha-Solomons.jpgMais ce livre n’est pas un témoignage romancé de repentance. D’abord parce que le monde qui y est décrit n’existe plus. Malgré la persistance de certains écarts culturels, même chez les nobles anglais les choses ne sont plus ce qu’elles étaient et ce serait être un très mauvais observateur de la société que de prétendre que les problèmes que rencontrent Jack et Sadie se présentent encore dans les mêmes conditions, ou avec la même intensité. Et puis si les Anglais n’ont pas été des tendres avec Jack, la campagne du Dorset, après quelques difficultés, lui donne néanmoins des amis fidèles : Curtis et son cochon laineux, Basset le costaud, tous ceux qui finissent pas se consacrer au golf autant que Jack lui-même, et finalement tout le village.

 

Nathasha Solomons finit même par une happy-end digne d’un excellent drame hollywoodien. Et quand on pense à la qualité de ce livre, on se dit qu’Hollywood en ferait un excellent film.

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 14:51

 

Bernard Werber, Les Fourmis, Paris : Albin Michel, 1991

 

Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

Bernard-Werber.-Les-fourmis-copie-1.jpg

 

C’est le premier roman de Bernard Werber. Celui qui en a fait l’auteur qu’il est aujourd’hui, « maître original d’un nouveau style de littérature à cheval entre la saga d’aventures, le roman fantastique et le conte philosophique ». Après vingt ans à écrire pour des magazines scientifiques, Werber s’est mis au roman de vulgarisation scientifique.

Après le souffle des dieux j’ai pu me procurer son premier livre, par hasard, et j’ai découvert la première partie de la première saga, celle des fourmis. Au passage on perçoit dans le corps du texte comment Werber a eu l’idée de la saga sur les dieux. L’idée est déjà en germe dans Les Fourmis, c’est flagrant.

 

Cette fois donc, ce ne sont pas des dieux qui font l’histoire mais des fourmis. Tantôt des hommes qui étudient les fourmis ou qui s’apprêtent à découvrir une de leurs cités, tantôt des fourmis elles-mêmes. Le texte est aussi accompagné d’entrées de l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu d’Edmond Wells. C’est dans ce premier opus qu’on découvre qui est Edmond (déjà décédé), un passionné de fourmis et de sciences, et sa famille : sa mère centenaire Augusta, son neveu Jonathan et sa femme qui reprennent son appartement, et Nicolas leur fils.

 

Je dois l’avouer les développements sur les actions des fourmis (bien que leur civilisation est effectivement très développée) ne m’ont pas vraiment intéressés. Le suspense humain autour de la cave, de ceux qui y descendent et ne remontent pas, en revanche m’a beaucoup plus captivé. J’ai donc lu principalement les passages sur les humains, les passages encyclopédiques, et à la moitié du livre j’ai lu en diagonale les passages sur l’organisation des fourmis.

Le tout est plaisant même si je dois dire que j’ai préféré  le souffle des dieux .

 

Enfin, certaines personnes critiquent également la fin des romans de Bernard Werber, justement parce qu’il n’y a pas de fin. Dans Les Fourmis, c’est totalement vrai en ce qui concerne les fourmis, ça l’est moins pour les humains. Mais c’est aussi peut-être parce que c’est conçu comme une saga.

 

J’ai écrit ce texte pour ceux qui, comme moi, n’ont pas été des lecteurs de Werber dans leur jeunesse. S’ils veulent se détendre simplement, en s’enrichissant l’esprit par des découvertes scientifiques et historiques originales, alors Werber est un spécialiste.

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 12:32

Pierre André Taguieff, Israël et la question juive, Paris : Les provinciales, juin 2011, 281p., 22€

 

Article écrit pour et publié sur le site http://un-echo-israel.net, le 13 juillet 2011

 

Par Misha Uzan

 

Pierre-Andre-Taguieff.-Israel-et-la-question-juive.jpg« L’idée de ce livre, nous dit l’auteur dans un avertissement en toute fin de livre, est née d’une conférence prononcée le 16 septembre 2010 à Paris, à l’invitation de l’Association France-Israël, sur le thème : « La guerre idéologique contre Israël comme réinvention d’une question juive. ». Il fait suite au précédent livre de Taguieff, paru en mai 2010, La Nouvelle Propagande antijuive. Du symbole al-Dura zux rumeurs de Gaza (Paris, PUF, 2010, 551p.).

Une version réduite du texte de la conférence du 16 septembre a été publiée dans le n°15 de la revue Controverses en novembre 2010 (pp.162-187).

 

On constate à la lecture du livre en son entier qu’il a été conçu comme tel : une conférence, suivie d’un article de revue, décomposé et développé ensuite en livre. A vrai dire, jusqu’au chapitre 20 (exception faite peut-être du court chapitre 5 « L’antisionisme comme religion séculière »), sur 24 chapitres, l’ouvrage peut se concevoir comme une série d’articles réagissant et analysant les grands événements du Proche-Orient ces derniers temps ou les commentaires qui l’ont marqué en France : le rapport Goldstone puis sa remise en cause par Goldstone lui-même, le best-seller Indignez-vous de Stéphane Hessel, l’affaire al-Dura et le procès remporté par Philippe Karsenty contre France 2 ou encore le massacre d’Itamar il y a quelques mois par des terroristes arabo-palestinistes[1]. L’auteur ne s’attache pas réellement à Israël en soi ou au conflit israélo-arabe, il analyse le traitement d’Israël par les médias et par certains groupes en Occident, en Europe et surtout en France. Mais pas à tous les mouvements qui forment l’opinion française sur Israël[2], Taguieff s’attaque, et dénonce, l’antisionisme radical.

 

Lorsque l’auteur cite par exemple le best-seller de Shlomo Sand, historien israélien d’extrême gauche et professeur à l’université de Tel Aviv, Comment le peuple juif fut inventé (Paris : Fayard, 2008) c’est pour montrer comment l’ouvrage est utilisé par l’antisionisme radical pour « justifier historiquement [leur] principale proposition : l’élimination de l’Etat d’Israël ». Même si ce n’est pas le propos de Sand. Mais Taguieff ne s’attarde pas à contester, relativiser ou contester Pierre-André Taguieffla thèse de Shlomo Sand. On aurait tendance, venant d’un chercheur de la trempe de Taguieff, intellectuel fin et reconnu, à vouloir lire une véritable étude sur le conflit ou sur l’histoire d’Israël. Malheureusement on n’y a pas droit. Toutefois il faut se rappeler que Pierre-André Taguieff est un chercheur du CEVIPOF (Centre d’étude de la vie politique française), qui dépend de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po). Auteur de La Nouvellejudéophobie (Paris : Mille et une nuits, 2002), il est spécialisé depuis une dizaine d’années dans les questions d’antisémitisme en France. Aussi il fut inapproprié (de ma part) de vouloir y lire un texte d’analyse philosophique sur Israël et la question juive. Il s’agit d’un texte d’analyse politique des dérives antisionistes et antisémites à l’intérieur de la société française, d’un essai. Et on peut compter sur Taguieff pour démontrer l’obsession des antisionistes radicaux, leur tendances antisémites, leur approche politique de deux poids deux mesures ou l’absurdité de certains discours. On s’amuse de temps à autre à découvrir ou redécouvrir certains propos chez des personnages publiques : les contradictions de Stéphane Hessel (qui en prend pour son grade) sur sa non-participation à l’écriture de la Déclaration des Droits de l’Homme, le fameux « Le 11 septembre, je n’y crois pas »[3] de Roland Dumas, ou les sempiternelles déclarations dans tous les sens de Yasser Arafat, tantôt pacifiste tantôt djihadiste. Les amoureux de la théorie politique et intellectuelle regretteront cependant que l’analyse en reste à un commentaire critique des faits (appuyé en partie sur des articles de presse ou d’internet qui ne sont pas les sources les plus recherchées et les plus fiables parfois) et ne prennent un caractère global qu’en fin d’ouvrage. Ceux qui attachent tant d’importance à l’état des lieux critique de l’antisionisme radical et son véritable aspect trouveront leur bonheur, ceux qui (comme moi) sont lasses de voir le débat intellectuel sur le conflit israélo-arabe constamment abaissé par les accusations fantasmagoriques des antisionistes radicaux (mais il faut bien que quelqu’un s’y colle il est vrai) attendront les chapitres 20 et 21 pour lire un « modèle d’intelligibilité de l’antisionisme radical » (chapitre 20) pensé comme « une forme contemporaine de racisme » (chapitre 21).

 

Mais au fond, une question me taraude. Si un convaincu de l’absurdité de l’antisionisme radical n’aura pas attendu cet ouvrage pour le condamner, et si les antisionistes de mauvaise foi — qui prennent une place non négligeable (en témoignent les best-sellers cités plus haut) — ne changeront pas subitement d’avis en lisant Taguieff (dont ils ont déjà horreur) : à qui s’adresse précisément un tel ouvrage ? Car ceux qui restent sont bien souvent ceux qui se désintéressent totalement du conflit (et je ne suis pas sûr qu’on puisse les en blâmer). Voilà sans doute ce qui explique en partie pourquoi les dénonciations de la déraison antisioniste par des intellectuels du poids de Taguieff, depuis plus d’une décennie, restent sans lendemain. Car les camps sont trop marqués. Si donc vous vous désintéressez totalement du sionisme, de l’antisionisme, d’Israël, et de leurs implications en France, mais que vous voulez rattraper rapidement votre retard, Pierre-André Taguieff et son Israël et la question juive vous seront peut-être d’une grande aide.



[1] A nouveau, sur la définition de ce terme, je renvoie à mon article publié dans le n°7 de la revue Controverses en 2008 et diffusé publiquement sur mon blog : Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982

[2] C’est ce que j’ai mené pour ma part dans mon mémoire de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, 2007 dont mon article précité est un prolongement. J’y analysais l’ensemble des mouvements intellectuels vis-à-vis du conflit israélo-arabe.

[3] Dans l’émission « Ce soir ou jamais », France 3, 16 décembre 2010

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 17:46

Marek Halter, Le Messie, Paris : Robert Laffont, 1996

 

Marek-Halter.-Le-Messie.jpg

 

Par Misha Uzan

 

Marek Halter est à mon sens un piètre intervenant politique lorsqu’il rencontre Khaled Meschal, le chef du Hamas. On sait qu’il veut tout tenter pour la paix, mais rencontrer des terroristes comme s’ils étaient des hommes politiques, c’est leur donner une légitimité et leur conférer un statut qu’ils ne méritent pas.

 

Il est aussi un piètre intellectuel lorsqu’il présente selon moi des solutions naïves pour le conflit israélo-arabe dans Le Fou et les Rois (Folio, 1973), même si celles-ci ont été adoptées par la pensée commune occidentale (ces solutions sont-elles les bonnes ? Le fait est que rien n’a bougé depuis).

 

Il est un écrivain somme toute moyen et plutôt grand public dans sa façon d’écrire : des phrases simples, un récit sans grandes figures littéraires, sans grande manipulation du langage, mais correct, facile voire agréable à lire.

Il est en revanche un grand auteur — et c’est pourquoi je le lis et relis — dans le choix de ses sujets. Dans le vent des khazars il s’attaque à la grande épopée des Khazars, ce peuple des steppes d’Asie centrale dont le roi, et avec lui une partie du peuple, se serait converti au judaïsme au IXe siècle et serait à l’origine, selon certaines théories, du judaïsme ashkénaze. Une partie de l’histoire peu connue et particulièrement intéressante qu’il romance avec brio. Dans les mystères de Jérusalem il part à la recherche de manuscrits de la mer morte et de l’origine du judaïsme, de ses sectes antiques, des textes fondateurs et inspirateurs des religions monothéistes, dans une rivalité antique et spirituelle entre Jérusalem et Babylone. Là encore le sujet fut à mon sens pertinent et Marek Halter a su toucher une fibre passionnelle pour les Juifs et tous ceux qui s’intéressent aux origines des religions.

 

Avec Le Messie il exploite un nouveau cordon, une nouvelle sensibilité juive. Cette idée de Messie qui parcourt la tradition juive, mais qui n’apparaît pourtant pas dans la Torah, ni chez certains prophètes, sert néanmoins à titrer son histoire romanesque de David Reubeni. Ce n’est pas tant le titre qui m’a attiré — puisqu’on ne trouvera pas de meilleur roman sur un faux messie que le Sabbataï Zevi d’Isaac Bashevis Singer — mais l’histoire racontée. Celle d’un prétendu Prince juif qui dès 1524, au XVIe siècle, entreprend des manœuvres politiques pour ramener les Juifs en Israël. Tel Herzl quatre siècle plus tard ce mystérieux prince, frère d’un mystérieux roi juif de Chabor, près de l’Arabie musulmane, part négocier auprès du Pape Clément VII, puis du roi du Portugal Joao III, puis rencontre François 1er, et le doge de Venise, et enfin Charles Quint, empereur du Saint Empire romain germanique, à Ratisbonne. Si David Reubeni ne fut pas le seul meneur ou chef de guerre voué à la reconquête d’Israël, puisqu’il existe de nombreux cas au cours des 1800 années d’exil des Juifs[1], il est un exemple symptomatique du sionisme juif perpétuel, bien avant le sionisme herzélien ou le renouveau hébreu du XIXe siècle. Il est un exemple de plus d’une tentative deux fois millénaires qui, à chaque fois, a échoué, jusqu’en 1948. Aussi en abordant ce thème, Marek Halter se fait historien et excellent contradicteur des antisionistes radicaux[2].

 

Le Messie est encore un roman où Marek Halter s’amuse avec le temps. Pas comme à son habitude, en basculant du XXe siècle au Moyen-âge ou à l’antiquité, mais en se baladant dans l’Europe du XVIe siècle. De Venise à Rome puis jusqu’à Lisbonne, avant de remonter pour Rome, pour Avignon, Paris et Ratisbonne. Marek Halter suit David Reubeni. Le roman est historique. Marek Halter a fait nombre de recherches et suivi la trace du Prince. Mais on ne sait pas toujours là où commence le roman. Michel-Ange a-t-il vraiment pris David Reubeni pour modèle de son Moïse ? La belle discussion intellectuelle avec Nicolas Machiavel a-t-elle réellement eu lieue ? Qui sont les noms de personnages véritables ? Les Mantini, les Pires, les Zemmour, les Moses de Castellazzo ? Qui est inventé, qui fut réel ? C’est un peu dommage que l’auteur n’ait pas fait le point sur ces éléments dans une note de fin ou de début.



[1] Voir à ce sujet Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs, Paris : Brodard et Taupin, 1970

[2] Quant on connaît les nombreuses tentatives, politiques et religieuses, de retour en Israël, on trouve un peu grotesque, même si bien trouvée, la métaphore d’Isaac Deutscher, du juif qui tombe de la fenêtre et qui blesse un Arabe lorsqu’il s’échappe de la Shoah et crée Israël. L’idée même que l’Etat d’Israël découle de la Shoah n’a pas plus de sens. On le voit avec l’histoire de David Reubeni, on tente, on tente, mais les Juifs, isolés, n’ont jamais pu réunir tous les facteurs favorables.

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