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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 13:46

Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul, Paris : Julliard, 2002, 147p.

 

Yasmina-Khadra.-Les-hirondelles-de-Kaboul.jpg

 

On sait depuis 2001 et L’Ecrivain que Yasmina Khadra n’est pas une femme. On sait depuis 2002 et L’impostures des mots qui est vraiment Mohammed Moulessehoul, un ancien militaire algérien né dans le Sahara, en lutte contre les groupes islamistes en Algérie. Un clandestin réfugié en France, qui accuse les fous de dieu et qui tente de rendre un peu hommage à la femme en montrant un regard féminin dans ses œuvres. C’est intéressant mais c’est aussi insuffisant.

 

Sans trop insister, si sa critique se porte sur les grands extrémistes de l’islam, et c’est bien, elle devrait aller bien plus loin. Il n’y a guère à saluer les Talibans, le GIA, le Hamas ou le Hezbollah, mais ils sont loin d’être les seuls condamnables dans les pays arabes et musulmans. Aussi à ma connaissance, Yasmina Khadra reste encore trop timoré.

 

Ce sentiment est aussi ressenti dans son œuvre. L’homme aime écrire depuis tout petit et veut s’exprimer par l’écriture. Il choisit la langue française et lui rend hommage avec une écriture limpide, soutenue et recherchée. Presque trop. On a parfois l’impression dans Les hirondelles de Kaboul qu’il a voulu complexifier son vocabulaire en introduisant dans son texte des mots rares et difficiles. Le dictionnaire est le bienvenu pour comprendre chaque mot. Mais on ne peut pas tant lui reprocher cela. En revanche on aurait peut être aimé plus de vigueur dans l’écriture, plus de sensation, de choc, plus de jeu avec les mots.

 

Yasmina KhadraC’est un peu la même chose avec l’histoire. C’est celle de deux couples, Atiq le geôlier et sa femme Mussarat et Mohsen et son épouse Zunaira qui se croisent dans les sévères circonstances du quotidien sous l’emprise des Talibans en Afghanistan avant leur chute. Elle est triste et émouvante, révoltante aussi. C’est joli certes mais ça manque d’abord de vigueur. Sur 147 pages il faut attendre la 100e avant que les choses se gâtent vraiment. Et puis l’ensemble souffre de pauvreté du fait même du thème. La barbarie moyenâgeuse des Talibans est telle qu’on ne peut que la condamner, que la rejeter. L’auteur en témoigne et ses personnages en souffrent malgré eux. Mais emprisonnés dans cet univers sordide, la réflexion tourne court. On a tellement plus le droit de penser à Kaboul (même pas le droit de rire dans la rue, fait-il dire à un Taliban), que la pensée des personnages est limitée à cette opposition, à cette répulsion pour le nouveau régime. Et l’auteur ne parvient pas vraiment, à mon sens, à élever le débat. Contre la folie humaine la pensée ne doit pas se cantonner à la condamner, elle doit réussir à poursuivre sa poussée. Or tout se passe comme si les choses étaient tombées trop bas pour avoir le temps de s’y consacrer. Au fond c’est un peu ce qui paralyse tout débat sur des conflits impliquant le monde musulman. On est tant prié de choisir un camp, qu’on ne parvient pas vraiment à ériger une véritable pensée et philosophie.

 

De même, hormis le témoignage que constitue son œuvre sur la vie désastreuse à Kaboul, un joli témoignage à coup sûr, je ne comprends pas bien en quoi la série comprenant Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les Sirènes de Bagdad se consacrent, nous dit-on en début d’édition, au « dialogue de sourds qui oppose l’Orient et l’Occident ». Outre le fait que le terme ‘Orient’ est très réducteur, un livre comme Les hirondelles de Kaboul n’implique pas vraiment l’Occident. Si les valeurs fondamentales de l’islamisme condamnent celles de l’Occident ou son manque de valeur, ce dernier n’a pas à s’en justifier ou à s’expliquer. On reconnaît peut-être ici la tendance de l’auteur à vouloir faire porter le chapeau aux autres, sans prendre toutes ses responsabilités. En écrivant sur Kaboul en 2002, après le 11 septembre 2001, puis en s’attachant aux Arabes israéliens dans L’Attentat puis à l’Irak dans Les Sirènes de Bagdad, il reste malgré tout trois impressions. La première que Yasmina Khadra s’éparpille un peu trop, ce qui réduit la précision de l’œuvre (je ne doute pas de sa compétence mais je ne suis pas sûr qu’elle soit la même pour chaque territoire occupé par des musulmans, et ils sont nombreux) ; la seconde qu’il surfe sur les événements, fait de la sensation au sens commercial du terme, la troisième qu’il a un peu trop tendance à jeter la pierre aux autres. On en revient donc à nos premiers propos.

 

 

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Published by MU - dans Lectures
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