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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 00:01

 Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

Manifestation-6-aout-2011.jpgUn Woodstock israélien ? Le mot a été lancé par le batteur de la star nationale Shlomo Artzi qui compare la situation aux années 60 et parle d’une « révolution rock n’ roll ».

 

L’Etat d’Israël vient de connaître ce qui semble être la plus grosse manifestation de son histoire. Et il ne s’agissait ni de la guerre, ni de conflit avec ses voisins. « Le peuple exige de la Justice sociale » est le nouveau cri de ces dernières semaines. Les derniers chiffres parlent de 280 000 personnes à Tel Aviv, entre le boulevard Rotschild et l’avenue Kaplan, pleines à craquer, 28 000 à Jérusalem et 7000 dans le nord du pays. C’est plus qu’en 1982. (Israël ne compte que 7.2 millions d’habitants).

 

Difficile de rester inerte face à un tel mouvement. « Révolution ! » lancent les uns. « Changement total du système » ajoutent les autres ! Si les termes paraissent un peu exagérés, il semble bien que le pays connaisse cet été un mouvement sans précédent. Alors que ce dernier pouvait paraître entrer dans une phase de ralentissement et de radicalisation (comme je l’ai exprimé dans mon article Mouvement des tentes : Pourquoi je ne dresserai pas de tente), ce samedi 6 août au soir a changé la donne. Pas de débordement anarchiste ou gauchiste mais au contraire un élargissement des manifestations à presque tous les courants de la société venus crier leur ras-le-bol de la vie chère ! Plus chère qu’en Europe et aux Etats-Unis, pour des salaires bien inférieurs (voir Le blog-notes du 23 juin 2011). Commencé avec le boycott des produits laitiers (voir Le blog-notes du 21 juin 2011), puis la « révolte de l’huile d’olive » (Le blog-notes du 7 juillet 2011), et enfin « Le mouvement des tentes », on peut parler cette fois de véritable révolte sociale des classes moyennes.

 

Et tout cela dans la bonne humeur. Samedi soir Shlomo Artzi et Rita ont chanté à Tel Aviv tandis que le groupe Ethnix et Mosh Ben Ari chantaient à Jérusalem, en accompagnement de la manifestation. Ce ne sont pas tous les politiques qui étaient présents, mais tous les people. Les politiques au contraire, craignant d’orienter le mouvement d’un côté ou d’un autre, se sont faits discrets. Pour tout dire, on dansait, on chantait, on rigolait, c’était une véritable fête géante, comme un festival ! Presque tous les people ont dit un petit mot à la télévision, les deux grandes chaînes israéliennes Aroutz 10 et Aroutz 2 ont interrompu leur programme pour diffuser les manifestations (seule Aroutz 2 l’avait fait la semaine dernière). Les protestations se sont également moins dirigées contre la personne de Netanyahou mais plutôt contre l’inégalité sociale de ces 20 dernières années et, en fait, d’une certaine façon, contre les résultats du néo-libéralisme, pratiqué aussi bien par la gauche que par la droite, par le Likoud, Kadima et par le parti travailliste aujourd’hui en décrépitude. Un libéralisme économique qui a placé Israël sur une courbe ascendante en terme de croissance depuis plusieurs années, mais qui a semble-t-il accru les inégalités, ou en tout cas rendu les fins de mois très difficiles pour beaucoup d’Israéliens.

 

Dans la soirée l’annonce de la baisse de la note économique des Etats-Unis a provoqué une réunion d’urgence du ministre des finances, — ministre mis en cause par les manifestants —, qui craignait une chute de la bourse de Tel Aviv. Les commentateurs politiques ont globalement estimé qu’il s’agissait d’une diversion pour atténuer le mouvement.

 

Mais ces mêmes observateurs et commentateurs politiques ne se sont néanmoins pas mis d’accord sur la tenue que doit prendre le mouvement face au gouvernement. Faut-il poursuivre dans la direction d’une révolte générale qui demande un « changement total du système » — dans l’éducation, la santé, les impôts, l’immobilier  — ou se focaliser sur 3-4 exigences précises à présenter au gouvernement Netanyahou ?

 

Des réformes sont nécessaires mais les questions sont encore nombreuses.

La comparaison avec Woodstock n’est-elle pas … trop bonne ? Quel fut réellement le résultat des révoltes des années 60 ? Ne se sont-elles pas, à terme, limitées au plan culturel ? Ce résultat est-il souhaitable ? Comment la révolte sociale peut-elle se traduite sur le plan politique ? La situation se limite-t-elle à Israël, ou bien y’a-t-il un problème plus large ? Est-il soluble ? La révolte ne vient-elle pas trop tôt, ou trop tard ? Qu’en est-il donc de la redistribution sociale et que peut-il en être ?

 

Tous ont parlé d’un profond changement. Mais lequel ? Et comment ?

 

Des questions qui restent encore sans réponse.

 

A suivre…

 

 

Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : 

© Misha Uzan pour mishauzan.com

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