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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 18:41

Article publié une première fois dans le supplément Le Lien du journal Israël Actualités, Edition du 6 novembre 2009


Publié sous une version un peu différente dans le Jerusalem Post, Edition du 23 au 29 mars 2010.

 

 

Au moment où Israël connaît une importante crise avec son plus grand allié musulman, la Turquie, nous sommes allés faire un tour de l’autre côté de l’alliance traditionnelle Israël/Turquie/Etats-Unis. Nous sommes partis en Grèce. Un pays qui pour des raisons historiques et géopolitiques, reste traditionnellement hostile à la Turquie, aux Etats-Unis et à Israël. Malgré l’intérêt que porte Israël à certains pays d’Europe centrale et de l’est, comme la République tchèque qui le lui rend plutôt bien, le temps n’est peut-être pas encore à l’heure des renversements d’alliance dans le cas de la Grèce (mais qui sait ?). L’histoire du  pays pourtant, fait une grande place aux Juifs.

 

 

 

bethshalom extérieurAlors qu’elle sort d’élections législatives anticipées où le PASOK(le parti socialiste) de George Papandréou a repris le pouvoir et alors que le pays — aux portes de l’Europe —  est confronté à des vagues migratoires clandestines, notamment d’Iraq et d’Afghanistan, nous avons voulu, loin des nouveaux immigrants et des problèmes majeurs du pays, porter notre attention sur une toute petite communauté, apparemment insignifiante mais qui toutefois porte en elle toute l’histoire de la Grèce et de sa capitale Athènes depuis les temps les plus anciens :  la communauté juive.

 

L’histoire de la présence juive en Grèce et à Athènes remonte à la haute antiquité lorsque des juifs ouvrirent des comptoirs commerciaux dans la péninsule. Ils obtinrent très tôt une place reconnue pour leur utilité dans le pays. On a d’ailleurs retrouvé au cours de fouilles tenues en 1977, les traces d’une ancienne synagogue datant du IVe-IIIe siècle avant l’ère chrétienne, à l’intérieur même du site de l’ancienne Agora d’Athènes, le centre culturel et politique de la capitale de l’Attique dans l’antiquité. Mais c’est même bien avant qu’on estime la présence d’une communauté juive, au moins au premier exil babylonien datant du sixième siècle avant l’ère chrétienne. En ce sens, là-bas comme dans d’autres pays, on peut dire que l’histoire de la communauté juive fait partie intégrante de l’histoire nationale même si les événements et les catastrophes contemporaines ont considérablement réduit les effectifs de la communauté. Aussi des 77 000 juifs vivant principalement à Thessalonique et dans les îles ioniennes avant la seconde guerre mondiale, il n’en reste aujourd’hui que 6000. Et c’est principalement à Athènes, soit dans une ville qui compte 800 000 habitants et une banlieue peuplée de trois millions d’âmes, qu’on dénombre aujourd’hui la plus grande communauté de Grèce, soit le ridicule effectif de 3000 personnes, dont à peine 200 selon les responsables communautaires, fréquentent régulièrement les institutions cultuelles et culturelles.

 

Synagogue Beth-ShalomC’est pourquoi une ville de prés de 3000 ans d’histoire et presque autant d’histoire juive, ne comprend que deux synagogues. De taille moyenne qui plus est. On les trouve à deux pas de la Plaka, le quartier historique et touristique d’Athènes, avec pour voisin l’Agora et l’Acropole visible en haut de la colline.

Respectivement aux numéros 8 et 5 de la rue Melidoni, l’une fait face à l’autre. La plus ancienne, la synagogue ashkénaze est appelée ‘Etz Hayyim’ (l’arbre de la vie) ou Ioannina (du nom de la ville de provenance des juifs qui l’ont construit, au nord-ouest de la Grèce) ; elle fut construite en 1904. On l’appelle aussi la synagogue romaniote. Ce nom est plus généralement celui donné aux plus anciennes populations juives locales, les juifs d’origine gréco-romaine, de langue grecque (par opposition à ceux qui, dès la fin du XVe siècle y parlent le ladino) et dont l’immigration remonte aux origines de la ville. Elle n’ouvre en vérité ses portes que pour les grandes affluences des fêtes de Tichri. Seule la synagogue sépharade est ouverte toute l’année. La présence de ces juifs sépharades provient pour l’essentiel de l’expulsion d’Espagne de 1492. C’est alors que se sont fondées les grandes communautés sépharades de Grèce, dont la plus célèbre fut Salonique, aujourd’hui Thessalonique. Une ville qu’on aimait parfois nommer la Jérusalem des Balkans et qui, aux XVIe-XVIIe siècles comprenait une majorité de juifs, jusqu’à 68% en 1613. Quant à Athènes, elle fut longtemps sans synagogue. Après la première construction romaniote de 1904, la communauté sépharade d’Athènes se dote elle aussi en 1935 d’une synagogue construite selon ses rites et coutumes. Elle fut ensuite rénovée dans les années 70. D’extérieur la façade de la synagogue Beth Shalom étonne par son marbre et son style néo-classique. L’intérieur pourtant, de style plus austère, reflète une architecture orientale assez banale, courante parmi les synagogues sépharades. Mais elle s’inspire aussi de l’art grec orthodoxe dont les églises et les dômes n’ont pas grande ressemblance avec les cathédrales d’Occident. Surtout et c’est ce qui vaut l’intérêt, l’influence grecque orthodoxe se perçoit dans l’habit que revête parfois le rabbin — semblable aux prêtres grecs orthodoxes(semblables aux popes que l’on peut voir aussi dans la vieille ville de Jérusalem) —, et surtout dans l’air des prières, c’est-à-dire à la façon dont on les chante. Dans les synagogues francophones par exemple, en Israël même, certaines traditions persistent. Aussi certains chantent-ils une prière sur l’air de La Marseillaise. Le même phénomène se reproduit dans la synagogue d’Athènes. Celle-ci n’appartient nullement à un courant réformé ou libéral et pourtant on se croirait parfois dans une église ! C’est tout à fait original !

 

Synagogue IoanniotikiToutefois une chose reste néanmoins et malheureusement commune. La rue est en effet réservée au centre cultuel et elle est protégée à la fois par des poteaux prévenant les voitures-béliers et par un poste de police. Les attaques ne sont pourtant pas plus nombreuses qu’ailleurs, mais compte tenu d’une forte activité d’extrême-gauche (à l’origine d’une part des émeutes l’an dernier) et d’un sentiment anti-américain très fort chez les Grecs pour des raisons historiques, sentiment qui s’accompagne trop souvent d’une hostilité envers Israël et d’un soutien à ses opposants, les autorités ont préféré prendre les devants. Aussi la communauté étant très réduite, aux nouveaux venus on a coutume de demander une pièce d’identité. Néanmoins celui qui n’a rien à se reprocher peut profiter du calme du quartier et de son histoire. On conseillera aussi au visiteur à la recherche de traces juives un petit tour au petit musée juif d’Athènes qui donne modestement quelques exemples d’une vie juive dans la région avant la guerre et au dix-neuvième siècle.

 

Aujourd’hui Athènes comme la Grèce sont peu convoités par le public juif. Le tourisme juif se limite aux grands sites de la Grèce antique et au tourisme balnéaire en Crète, la plus grande île du pays qui attire surtout les touristes israéliens. Et les Grecs nous le rendent bien. De siècles d’existence, il ne reste que peu : quelques traces, une toute petite communauté, le souvenir et quelques airs gréco-israéliens très populaires en Israël. Mais le pays revête une grande histoire juive, qu’il est passionnant de découvrir ou d’approfondir et qu’il serait dommage d’oublier.

 

 

 

Quelques repères bibliographiques :

 

1. Gilles Veinstein, Salonique 1850-1918, la "ville des Juifs" et le réveil des Balkans, Paris : Editions Autrement, 1993, 294pp.

  1. Shmuel Trigano, Le monde sépharade, Paris : Editions du Seuil, 2006, 2 vol., 812pp.
  2. Efthymiou, Efstratios, Les relations gréco-israéliennes : de l'inexistence à la coopération : le point de vue grec, IEP Paris :S.I., 2001, Mémoire de DEA
  3. Sevillias, Errikos. Athens-Auschwitz, Lycabettus Press, Athens, 1983

5. http://www.greecetravel.com/jewishhistory/museum.html

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commentaires

I
<br /> <br /> Mikis Théodorakis : je suis antisémite et antisioniste<br /> par Gerard Fredj<br /> Mikis Théodorakis, 86 ans, membre du parti communiste grec depuis des décennies, considéré en Grèce comme un héro national, compositeur de musiques de films telles que la bande originale du<br /> film"Zorba le Grec",...<br /> <br /> vient de déclarer dans une interview qu'il était<br /> "Antisémite et antisioniste".<br /> <br /> Dans la même interview, il déclare "tout ce qui arrive aujourd'hui dans le monde est en relation avec le sionisme ; les juifs américains sont responsables de la crise économique dans le monde,<br /> comme de celle de la Grèce".<br /> <br /> Faisant référence à la visite en ce moment d'une délégation des Présidents des plus grandes organisations juives américaines, il a affirmé "Nous sommes en danger, les sionistes se rassemblent en<br /> Grèce".<br /> <br /> En 2003, il affirmait que les "juifs sont la racine du diable" poursuivant "je suis antisémite mais j'aime les juifs".<br /> <br /> Lui ne cache pas son antisémitisme derrière l'antisionisme !<br /> <br /> <br /> <br />
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I
<br /> <br /> Les Présidents des grandes organisations juives américaines en visite en Grèce<br /> par Gerard Fredj<br /> Israël et la Grèce poursuivent un réchauffement actif de leurs relations depuis plusieurs mois, et multiplient les accords économiques et culturels.<br /> Les dirigeants de la "Conférence des présidents", ont entamé ce mardi une visite en Grèce.<br /> <br /> La Conférence des présidents regroupe les dirigeants des<br /> plus grandes organisations juives américaines; soixante d'entre eux composaient la délégation.<br /> Ils rencontreront le Premier ministre Georges Papandréou ainsi le chef de l'Etat, Carolos Papoulias.<br /> <br /> Leur visite, d'une semaine, devrait les amener jusqu'à Salonique, ville dont la communauté juive, qui comptait 50 000 personnes, a été totalement exterminée par les nazis.<br /> <br /> Dans le passé, M. Papandréou, avait proposé un rapprochement des groupes de lobbying juif et grec; il a également été le premier chef de gouvernement grec à recevoir un Premier ministre<br /> israélien, Benjamin Netanyahou en août 2010.<br /> <br /> <br /> <br />
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I
<br /> <br /> Le ministre de la Culture et du Tourisme grec en visite en Israël<br /> par Benjamin Fredj<br /> Le ministre de la Culture et du Tourisme, Pavlos Geroulanos, est attendu mardi pour deux jours en visite en Israël; une part importante de son programme portera sur la promotion du tourisme<br /> de croisière, et sur le programme "Thessalonique, carrefour des cultures".<br /> <br /> Ce programme fait une part large à une sélection d'artistes israéliens dans de larges domaines (littérature, cinéma, théâtre, ….)<br /> Mardi après-midi, M. Geroulanos rencontrera le ministre israélien du Tourisme, Stas Misezhnikov.<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> Notre article était annonceur, voire prophétique. Depuis les relations entre Israël et la Grèce se sont resserées, tout comme avec Chypre, même si tout encore, n'est pas rose. Voir ci-dessous.<br /> Accords de coopération Grèce-Israel dans le secteur agricole par Sarah Cohen La Grèce et Israël, dont les relations diplomatiques et économiques s’accélèrent depuis plusieurs mois, vont développer<br /> leur coopération dans le secteur agricole. Costas Scandalidis, le ministre grec du Développement agricole et de l'Alimentation, s’était félicité, après sa visite en Israël, sa satisfaction du<br /> climat entre les deux pays. Les deux pays ont déjà entamé la création de centres de transit de produits agricoles dans le Nord de la Grèce. Des accords pour renforcer cette coopération vont<br /> prochainement être signés (notamment en matière de recherche appliquée commune), ainsi qu’un programme commun de développement du commerce électronique.<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br /> Je viens de lire *qui suis-je* et te remercie de m'avoir signaler cetet présentation intérressant pour le moins.<br /> <br /> <br /> Si je poste ici ce com, c'est que des leins particulier me lie à la Grece peut-être l'as tu lu. Cet article est pour moi une découverte de choses que j'ignorais merci donc, en règle général un<br /> blog enrichiassant, il suffit de prendre le temps de lire. A bientôt donc amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
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