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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 12:10

Rabbi Nahman de Bratslav, Songes, énigmes et paraboles, suivi de Elie Wiesel, Le chant qui habite le chant, Paris : Bibliophane, Daniel Radford, Traduction, introduction et annotation de Laurent Cohen, 2002

 

 

 

Rabbi-Nahman-de-Braslav.-Songes--enigmes-et-paraboles.jpgRabbi Nachman de BreslevRabbi Nahman de Bratslav (1772 – 1810) fut un Rav, un rabbin ou plus exactement un Rebbe, un grand maître de l’histoire du judaïsme et l’un des principaux personnages du hassidisme, un mouvement populaire de renouveau religieux fondé au XVIIIe siècle par Israël Ben Eliézer (1700-1760), mieux connu sous le nom de Baal Shem Tov, en Podolie. Ce mouvement a rapidement essaimé dans toute l’Europe orientale au XIXe siècle, puis partout dans le monde juif au XXe siècle. Un hassid (littéralement un saint ; hassidout = sainteté) est un disciple de ce mouvement. Le hassidisme connut un tel succès qu’il incarne aujourd’hui, dans la plupart des esprits, l’image du Juif traditionnel religieux. Le hassidisme fut pourtant à ses débuts un mouvement contestataire de l’ordre rabbinique en place au sein des communautés juives d’Europe orientale. Sa nature, son fonctionnement, ses rites, l’accent porté sur la prière plus que sur l’étude, l’importance donnée à la joie, sa littérature, et surtout la place prise par le maître, le Tsaddiq (le Juste) — quasi intermédiaire entre Dieu et le Hassid, puisque seule une liaison étroite avec le Tsaddiq permet au hassid de se rapprocher de Dieu, une conception très controversée dans le judaïsme qui ne connaît aucune forme de pape ou de représentant de Dieu sur terre — furent d’abord dénigrées par les Mitnagdim (les opposants) et dépositaires de l’ancienne structure rabbinique, qui les considérèrent comme une secte voire une hérésie. Mais l’histoire en décida autrement. Les deux mouvements s’unirent bientôt dans leur opposition aux Maskilim, les lumières juives. Cette évolution du fait juif plus à l’ouest sauva le hassidisme d’une coupure du reste du judaïsme mais en fit par là même un mouvement devenu très conservateur. Dès les débuts du hassidisme, plusieurs branches se sont créées, elles se distinguent par leurs maîtres de référence et par la ville d’où elles proviennent : les hassidim de Gour par exemple, ceux de Belz, de Bobova, de Klausenbourg-Zanz, de Satmar, de Vizhnits, et évidemment les célèbres hassidim de Loubavitch (ou Habad). Rabbi Nahman de Bratslav lui-même est un descendant direct du Baal Shem Tov, son arrière petit-fils par sa mère. Et par son père il est le petit-fils de Nahman de Horodenka (1680 – 1766), un des premiers maîtres dudit mouvement. Descendant de grands maîtres, de grands Sages du judaïsme, Rabbi Nahman de Bratslav a su, peut-être malgré cette lignée, se faire sa place. On trouve ses disciples aujourd’hui principalement en Israël, et à l’occasion à Ouman, en Ukraine, au début de l’année juive, lorsque des milliers de hassidim se rassemblent pour un pèlerinage autour de sa tombe. On reconnaît les Bratslavim notamment à leur look, tout en blanc, la tête recouverte d’une large kippa, blanche elle aussi, annotée le plus souvent de leur slogan à la mémoire de leur maître : Na Nah Nahma Nahman Meouman. On peut les croiser de temps à autre dans les rues de Tel Aviv, de Ramat Gan, Bne Brak, Petah Tikvah, de Netanya ou de n’importe quelle autre ville d’Israël, toujours en camionnette type L’Agence tous risques — oui vraiment ! —, baffles énormes sur le toit et musique techno et transe — eh oui ! — à plein tubes. On les reconnaît aussi à leur façon plutôt déjantée de danser, et si le cœur nous en dit, on se laisse aller avec eux. En effet Rabbi Nahman a souligné la spiritualité de la danse, cette façon d’échapper à l’univers terrestre et de se rapprocher de dieu. Ceci explique cela.

 

 

 

En outre, Rabbi Nahman de Bratslav c’est donc autre chose qu’une bande de religieux rigolos en train de danser dans les rues. C’est une histoire, c’est un savoir, c’est une pensée, et une pensée kabbalistique (c’est-à-dire très élevée sur l’échelle de l’étude juive), ce sont des histoires, des contes, des songes, des énigmes, des paraboles. Songes, énigmes et paraboles, justement, le nom de ce petit livre traduit et annoté par Laurent Cohen dans la Collection « L’Entre nous » qui peut servir d’introduction à la pensée du Rav. Nous n’avions pas d’autre prétention. Car sa pensée, comme son écriture, est complexe et très ésotérique. Les treize contes de la première partie sont jolis, philosophiques et témoignent d’un univers yiddish et hassidique assez difficile à pénétrer. Il y a quelque chose dans la façon de raconter l’histoire, à la fois avec dispersion, allusion et fantastique, qu’on retrouve en partie, et chacun à sa manière, dans les contes yiddishisants de Sholem Aleichem, qui naît au siècle suivant et qui s’en est peut-être inspiré, voire d’Itzhak Bashevis Singer, bien qu’un peu moins. Selon les spécialistes, Franz Kafka lui-même, aurait été un disciple tardif, sur le plan littéraire, de Rabbi Nahman de Bratslav. Mais, soyons clair, encore plus qu’avec Kafka, on n’est pas sûr de comprendre entièrement le sens et les implications d’un conte de Rabbi Nahman de Bratslav en l’achevant. Il faudrait pour cela, tout d’abord, être un grand talmudiste et un grand érudit de l’exégèse juive. Il reste du travail à accomplir. Mais, même sans tout comprendre, les histoires restent plaisantes, et nous transportent dans un monde unique.

Et puis il y a la leçon kabbalistique, la mystique juive, en deuxième partie. Heureusement ce n’est qu’une leçon, une introduction, un premier pas … car il faut s’accrocher. Aussi Rabbi Nahman de Bratslav nous permet de découvrir une pensée kabbalistique sur l’origine du monde, la présence de dieu sous une forme et une autre et les dessous de certains versets bibliques : l’Espace vacant, le haut degré du Silence de Moïse, le vase brisé, le Tsimtsoum, la Chekhinah ou autres concepts du judaïsme. (Voir aussi certains thèmes, vulgarisés, abordés par Paulo Coelho, ou par Maurice Dantec).

 

Enfin, afin de terminer sur une note plus douce, moins complexe, Laurent Cohen nous propose un entretien avec Elie Wiesel, qui, plus qu’un auteur et prix Nobel de la paix, se trouve aussi être un spécialiste du hassidisme. L’entretien ne révèle aucune clé pour comprendre le sens caché des textes de Rabbi Nahmande Braslav, ni ne nous donne aucune interprétation particulière mais nous familiarise encore plus avec le maître du Braslavisme et avec le hassidisme. Il ne donne aucune réponse toute faite, mais c’est bien normal, le judaïsme ne donne pas de réponses, il pose des questions, et c’est bien là le rôle de tout Juif.

 

 

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Published by MU - dans Lectures
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commentaires

Nanou 20/11/2010 14:07



Magnifique article, TRES INTERESSANT, fort bien écirt et de surcroit "illustré" par le petit sur leur joie de danser le jour de Yom Haétsmaout...; je dois dire que je suis d'accord avec Patricia,
il donne envie d'en savoir un peu plus sur les "Nahmanides", je crois qu'on ne peut que gagner à découvrir des gens joyeux. Merci à MU



Patricia MOUILLERON 15/11/2010 23:09



merci Misha


tu as raison, je vais commencer par les contes


passe une bonne semaine


PS : je te souhaite tout le bonheur du monde avec ton épouse; j'ai vu sur Facebook que tu avais fêté tes noces de coton en Août.


Amitiés


 


 



Patricia MOUILLERON 13/11/2010 00:22



Bonjour Misha


je te tutoie, je dis tu à mes amis


ton blog est très intéressant et bien documenté


tu es cultivé! C'est rare de nos jours car les jeunes d'aujourd'hui sont surtout intéressés par la télé-réalité et ne savent plus écrire 


ton article sur Rabbi Nahman de Bratslav m'a époustouflé; je vais essayer de le lire même si cela paraît ardu


ce qui est marrant, c'est que ses adeptes dansent sur de la musique techno; ils ont l'air joyeux!


tu sais, je vais t'avouer quelque chose; j'ai commencé à m'intérésser à ton peuple lorsque j'ai eu 12 ans (j'ai maintenant ((57 ans); mon école nous avait envoyé voir une expo à la bibliothèque
voir les horreurs perprétrées par MENGELE sur des enfants (dire que c'était un docteur!!) et j'ai découvert horrifiée que les nazis n'étaient pas les premiers à vous faire souffrir.


En particulier, j'ai vu le beau film "l'homme de Kiev" qui s'inspire de l'affaire Beilis; tu vas sur GOOGLE tu tapes l'homme de kiev et tu vas sur WIKIPEDIA, l'encyclopédie d'INTERNET, tu sauras
de quoi ça parle; c'est poignant, je te conseille de le voir


longue vie à ton blog


que ta vie soit belle


Shalom


PS : je suis sur facebook, j'aimerai bien que tu fasses partie de mes amis 


 


 


 



MU 14/11/2010 16:33



Merci Patricia.


Pas de problème pour le tutoiement. Généralement on se tutoie dans la blogosphère. Tes remarques me touchent beaucoup. Sinon pas de problème pour Facebook.


Je n'ai jamais vu l'homme de Kiev, je vais essayer de me le procurer, c'est un très bon conseil merci.


Sinon si tu veux lire des choses abordables sur Rabbi Nahman de Braslav ou autre, regarde peut-être du côté des contes et de la littérature hassidique. De lui ou d'autres.


Amicalement.


MU



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