Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 12:32

Pierre André Taguieff, Israël et la question juive, Paris : Les provinciales, juin 2011, 281p., 22€

 

Article écrit pour et publié sur le site http://un-echo-israel.net, le 13 juillet 2011

 

Par Misha Uzan

 

Pierre-Andre-Taguieff.-Israel-et-la-question-juive.jpg« L’idée de ce livre, nous dit l’auteur dans un avertissement en toute fin de livre, est née d’une conférence prononcée le 16 septembre 2010 à Paris, à l’invitation de l’Association France-Israël, sur le thème : « La guerre idéologique contre Israël comme réinvention d’une question juive. ». Il fait suite au précédent livre de Taguieff, paru en mai 2010, La Nouvelle Propagande antijuive. Du symbole al-Dura zux rumeurs de Gaza (Paris, PUF, 2010, 551p.).

Une version réduite du texte de la conférence du 16 septembre a été publiée dans le n°15 de la revue Controverses en novembre 2010 (pp.162-187).

 

On constate à la lecture du livre en son entier qu’il a été conçu comme tel : une conférence, suivie d’un article de revue, décomposé et développé ensuite en livre. A vrai dire, jusqu’au chapitre 20 (exception faite peut-être du court chapitre 5 « L’antisionisme comme religion séculière »), sur 24 chapitres, l’ouvrage peut se concevoir comme une série d’articles réagissant et analysant les grands événements du Proche-Orient ces derniers temps ou les commentaires qui l’ont marqué en France : le rapport Goldstone puis sa remise en cause par Goldstone lui-même, le best-seller Indignez-vous de Stéphane Hessel, l’affaire al-Dura et le procès remporté par Philippe Karsenty contre France 2 ou encore le massacre d’Itamar il y a quelques mois par des terroristes arabo-palestinistes[1]. L’auteur ne s’attache pas réellement à Israël en soi ou au conflit israélo-arabe, il analyse le traitement d’Israël par les médias et par certains groupes en Occident, en Europe et surtout en France. Mais pas à tous les mouvements qui forment l’opinion française sur Israël[2], Taguieff s’attaque, et dénonce, l’antisionisme radical.

 

Lorsque l’auteur cite par exemple le best-seller de Shlomo Sand, historien israélien d’extrême gauche et professeur à l’université de Tel Aviv, Comment le peuple juif fut inventé (Paris : Fayard, 2008) c’est pour montrer comment l’ouvrage est utilisé par l’antisionisme radical pour « justifier historiquement [leur] principale proposition : l’élimination de l’Etat d’Israël ». Même si ce n’est pas le propos de Sand. Mais Taguieff ne s’attarde pas à contester, relativiser ou contester Pierre-André Taguieffla thèse de Shlomo Sand. On aurait tendance, venant d’un chercheur de la trempe de Taguieff, intellectuel fin et reconnu, à vouloir lire une véritable étude sur le conflit ou sur l’histoire d’Israël. Malheureusement on n’y a pas droit. Toutefois il faut se rappeler que Pierre-André Taguieff est un chercheur du CEVIPOF (Centre d’étude de la vie politique française), qui dépend de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po). Auteur de La Nouvellejudéophobie (Paris : Mille et une nuits, 2002), il est spécialisé depuis une dizaine d’années dans les questions d’antisémitisme en France. Aussi il fut inapproprié (de ma part) de vouloir y lire un texte d’analyse philosophique sur Israël et la question juive. Il s’agit d’un texte d’analyse politique des dérives antisionistes et antisémites à l’intérieur de la société française, d’un essai. Et on peut compter sur Taguieff pour démontrer l’obsession des antisionistes radicaux, leur tendances antisémites, leur approche politique de deux poids deux mesures ou l’absurdité de certains discours. On s’amuse de temps à autre à découvrir ou redécouvrir certains propos chez des personnages publiques : les contradictions de Stéphane Hessel (qui en prend pour son grade) sur sa non-participation à l’écriture de la Déclaration des Droits de l’Homme, le fameux « Le 11 septembre, je n’y crois pas »[3] de Roland Dumas, ou les sempiternelles déclarations dans tous les sens de Yasser Arafat, tantôt pacifiste tantôt djihadiste. Les amoureux de la théorie politique et intellectuelle regretteront cependant que l’analyse en reste à un commentaire critique des faits (appuyé en partie sur des articles de presse ou d’internet qui ne sont pas les sources les plus recherchées et les plus fiables parfois) et ne prennent un caractère global qu’en fin d’ouvrage. Ceux qui attachent tant d’importance à l’état des lieux critique de l’antisionisme radical et son véritable aspect trouveront leur bonheur, ceux qui (comme moi) sont lasses de voir le débat intellectuel sur le conflit israélo-arabe constamment abaissé par les accusations fantasmagoriques des antisionistes radicaux (mais il faut bien que quelqu’un s’y colle il est vrai) attendront les chapitres 20 et 21 pour lire un « modèle d’intelligibilité de l’antisionisme radical » (chapitre 20) pensé comme « une forme contemporaine de racisme » (chapitre 21).

 

Mais au fond, une question me taraude. Si un convaincu de l’absurdité de l’antisionisme radical n’aura pas attendu cet ouvrage pour le condamner, et si les antisionistes de mauvaise foi — qui prennent une place non négligeable (en témoignent les best-sellers cités plus haut) — ne changeront pas subitement d’avis en lisant Taguieff (dont ils ont déjà horreur) : à qui s’adresse précisément un tel ouvrage ? Car ceux qui restent sont bien souvent ceux qui se désintéressent totalement du conflit (et je ne suis pas sûr qu’on puisse les en blâmer). Voilà sans doute ce qui explique en partie pourquoi les dénonciations de la déraison antisioniste par des intellectuels du poids de Taguieff, depuis plus d’une décennie, restent sans lendemain. Car les camps sont trop marqués. Si donc vous vous désintéressez totalement du sionisme, de l’antisionisme, d’Israël, et de leurs implications en France, mais que vous voulez rattraper rapidement votre retard, Pierre-André Taguieff et son Israël et la question juive vous seront peut-être d’une grande aide.



[1] A nouveau, sur la définition de ce terme, je renvoie à mon article publié dans le n°7 de la revue Controverses en 2008 et diffusé publiquement sur mon blog : Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982

[2] C’est ce que j’ai mené pour ma part dans mon mémoire de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, 2007 dont mon article précité est un prolongement. J’y analysais l’ensemble des mouvements intellectuels vis-à-vis du conflit israélo-arabe.

[3] Dans l’émission « Ce soir ou jamais », France 3, 16 décembre 2010

Partager cet article

Repost 0
Published by MU - dans Lectures
commenter cet article

commentaires

Les Provinciales 24/09/2011 13:43



Hier Mahmoud Abbas en présentant sa requête à l'ONU paraît avoir enfin réussi à internationaliser le conflit, comme si la clé de sa politique consistait à esquiver Israël : « J'ai remis au
secrétaire général Ban Ki-moon la demande d'adhésion comme membre à part entière des Nations unies de la Palestine, sur la base des frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale. »Il
propose tout bonnement de tirer un trait sur quarante ans d'histoire, d'attaques et de défaites arabes – mais pourquoi ne pas revenir ainsi aux « frontières » de 1948 ou même de 1942, puisque le
« retour des réfugiés » Palestiniens en Israël est également à l'ordre du jour ?
La Charte du Hamas résume en une phrase l’idéologie antijuive du mouvement islamiste : « Israël, parce qu’il est juif et a une population juive, défie l’Islam et les musulmans. » Mais cette
rhétorique n’est pas le propre des islamistes : en mai 2011, au cours d’une réunion de la Ligue arabe, Mahmoud Abbas a déclaré vouloir une Palestine « purifiée de la présence juive », et quelques
jours avant le dépôt de sa demande de reconnaissance devant le Conseil de sécurité,le représentant de l’OLP aux États-Unis, Maen Areikat, a déclaré ouvertement : « Je ne parle pas de déporter
tous les Juifs, mais simplement de les expulser. »
Or il n'y aura pas de réaction d'indignation antiraciste dans le monde.
Dans son nouveau livre


Israël et la question juive
Pierre-André Taguieff


écrit : « L’enracinement et l’expansion, dans l’imaginaire du monde musulman, d’un grand récit négatif sur Israël et le "sionisme" constituent l’un des principaux obstacles à l’établissement
d’une paix véritable et durable au Proche-Orient. »



Le 23 septembre à 18h10, « Mahmoud Abbas se présente à la tribune de l'Assemblée générale. Là même où les chefs d'Etat de la planète se sont succédés depuis plusieurs jours, le président de
l'Autorité palestinienne vient plaider, sous des applaudissements nourris, la cause de la reconnaissance. Il s'envolera ensuite pour Ramallah, pendant que le premier ministre israélien, Benyamin
Nétanyahou, montera à son tour à la tribune. » (Le Monde.)



L'an prochain à Tel Aviv

L'an prochain à Tel Aviv

Mon premier Roman

En vente ici

Format

Recherche

Nuage de tags

L'an prochain à Tel Aviv

Achetez en ligne mon premier roman

Format