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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 17:23

Paulo Coelho, Le Zahir, Paris : Flammarion, 2005, traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand-Sauvagnargues

 

Paulo-Coelho.-Le-Zahir.jpeg

 

Dans une publicité pour un ouvrage sorti en 2006, Comme le fleuve qui coule, à la fin de l’édition, Paul Coelho est présenté comme l’auteur le plus lu dans le monde. Ce natif de Rio de Janeiro a vendu plus de 75 millions de livres dans le monde. Je ne sais si c’est un record mais une chose est sûre : c’est énorme. On n’a donc plus besoin de le présenter. En revanche de la même façon qu’il dit écrire, non pas pour « transmettre un message [sinon il aurait écrit] une phrase », mais parce que c’est le moyen qu’il a trouvé pour exprimer ses émotions, nous relatons et discutons nous aussi ses romans afin de faire ressentir les émotions qu’ils ont provoqués chez nous.

 

Après la lecture de L’alchimiste, son best-seller, Le pèlerin de Compostelle, ou encore Sur le bord de la rivière piedra je me suis assise et j’ai pleuré , j’ai comme tout le monde senti chez l’auteur un caractère extrêmement spirituel. Tandis que je lisais sur le bord de la rivière piedra il y a près d’un an, un ami qui l’avait lu, me fit part de son appréciation modérée pour le livre et pour l’auteur, qu’il estimait aller toujours dans le même sens. Bien que je n’aie pas exactement saisi ce qu’il entendait par là signifier, j’ai pensé qu’il évoquait par là son appétit obsessionnel et incessant pour le spirituel. Aussi je lui suggère de lire Le Zahir. Durant les vingt premières pages il m’a semblé que Paul Coelho tentait absolument de prendre le contre-pied de ce préjugé. Il n’était plus question de spiritualité, d’amour pour dieu à travers l’amour pour l’homme ou pour la femme, de magie ou de guérison miracle. Et curieusement dans cet essai pour changer radicalement d’univers je me suis ennuyé. Ca ne lui convenait pas, tout simplement. Puis coup de théâtre, le narrateur image de l’auteur se met à faire dans l’ironie la plus totale. Il cite ses propres livres, il s’en moque et tourne dérision sa propre propension. Ca m’a plu, ça m’a fait rire, j’ai trouvé alors le livre formidable et je l’ai poursuivi avec véhémence. Une fois m’avoir séduit pourtant, rebelote, le livre a réintroduit une dimension spirituelle très forte et omniprésente et a collé à l’univers traditionnel de Paulo Coelho. Je n’ai pas été déçu par ce revirement, l’auteur était lui-même et j’aimais ça. D’autant plus que, a contrario du personnage féminin qui s’assit sur le bord de la rivière Piedra et ne trouve rien de mieux à faire que de pleurer, le narrateur dont la femme Esther ne donne plus de nouvelle rebondit avec humour et originalité. Le livre mérite de rester dans ma mémoire pour au moins quelques moments. Les petites histoires racontées par le narrateur ou par Mikhaïl, le Kazakh qui lui permet de retrouver sa femme, sont ou très belles ou passionnantes et ont leur place dans le sac des histoires à raconter aux enfants ou aux plus grands. Par ailleurs quelques scènes ont retenu mon attention. La première ou les premières : celles des discussions aux restaurants, très originales et captivantes ; la seconde, la rencontre avec les clochards, et enfin la sortie avec les jeunes aux piercings. Si la/les première(s) sont captivantes parce la force de la situation, la seconde et la troisième intriguent pour leur vision radicale, alternative, subversive. On est presque dans une apologie de la clochardise puis de l’irresponsabilité infantile. Leur morale immorale avait quelque chose de gênant qui m’a interrogé sans me convaincre néanmoins. De même j’ai trouvé assez curieux la légèreté avec laquelle le narrateur, sa femme ainsi que Mikhaïl abordent l’adultère dans le couple. Le besoin et le don d’amour pullulent dans leurs bouches mais ils ne se soucient gère, par exemple, de la fidélité ; alors même que la voix qu’entend Mikhaïl et la rédemption d’Esther puis surtout du narrateur ont quelque chose de religieux par le spirituel. Sans se référer à une religion particulière, simulant un syncrétisme général dans lequel l’auteur est un spécialiste, on pense à une religion de l’Amour. Dans sur le bord de la rivière piedra je me suis assise et j’ai pleuré Paulo Coelho nous entraîne sur le chemin de la face féminine de Dieu (la Vierge marie, la Schechinah, etc, peu importe comment on l’appelle), cette fois je crois il nous parle d’authenticité et surtout d’Amour, envers soi, envers les autres, envers la Voix, le Ciel, Dieu, le créateur et sa création. Comme toujours j’ai trouvé les comparaisons entre les différentes révélations (la petite fille à Lourdes qui dit être l’Immaculée Conception, la voix qu’entend Mikhaïl, les voix de Jeanne d’Arc) extrêmement intéressantes tout comme le fut également la réflexion sur l’épilepsie, maladie au demeurant très courante qui fait douter du caractère divin ou paranormal de certains faits. Plus que dans d’autres livres de Paulo Coelho on se demande s’il faut se laisser bercer par la spiritualité religieuse, magique, merveilleuse, miraculeuse des personnages ou si on n’est pas en présence d’une bande d’illuminés qui cherchent un sens à leur vie.

 

Paul-Coelho.jpegJ’ai en revanche été beaucoup moins attiré par la réflexion sur le Zahir, cet objet, cette personne, cette idée dont on ne peut se séparer et à laquelle on pense en permanence. Est-ce l’amour, la passion, l’obsession ? Bien que fil conducteur de l’histoire proprement dite, il n’est à mon sens qu’une excuse pour une refondation. Ce n’est pas le Zahir en soi qui importe mais la réflexion à laquelle la quête pour le Zahir va mener. Au passage l’auteur — ainsi que les nombreux commentaires de l’ouvrage — souligne la tradition arabe du Zahir sans expliquer explicitement en quoi elle consiste ; il oublie en revanche de mentionner l’origine hébraïque et araméenne du mot, bien antérieure à la tradition arabe. Un mot fondé sur la racine ZHR dans les trois langues. Zahir, c’est aussi la brillance, la splendeur en hébreu ancien, sur la même lancée l’hébreu moderne a créé lehazir c’est-à-dire avertir, et lehizaher faire attention. Comme souvent dans les langues sémitiques on comprend l’idée à travers les déclinaisons de la racine. Surtout Sefer Hazohar, Le livre de la splendeur, écrit en araméen, est le grand ouvrage de la littérature kabbalistique juive. C’est étonnant que Paulo Coelho n’en dise pas même un mot.

 

Par son caractère plus terre à terre et plus réaliste bien que fantastique et spirituel dans son essence, Le Zahir est sans doute le livre le plus personnel de Paulo Coelho, celui où l’on sort de l’espace romanesque magique de l’auteur pour le relier et le confronter à sa propre réalité, en tant qu’écrivain de renommée mondiale.

 

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Published by MU - dans Lectures
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