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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 17:14

Natasha Solomons, Jack Rosenblum rêve en anglais, Paris : Calmann-lévy, janvier 2011, traduit de l’anglais (britannique) par Nathalie Perrony

 

Natasha-Solomons.-Jack-Rosenblum-reve-en-anglais-copie-2.jpg

 

Excellent. Superbe. Amusant. Tordant. Et terriblement vrai.

Ce sont les mots qui viennent à l’esprit à la lecture de Jack Rosenblum rêve en anglais. L’histoire d’une obsession juive d’assimilation. Jack Rosenblum, juif allemand, débarque en Grande Bretagne en 1937, avec sa femme Sadie et sa fille Elisabeth encore toute petite. Dès son arrivée il se met en tête de suivre à la lettre les instructions d’un petit guide d’informations utiles pour réfugiés. Jack veut être britannique, plus Anglais que les Anglais, plus royaliste que le roi et plus aristocrate que la noblesse anglaise. Jack apprend donc l’anglais. Il dit « merci » comme un Anglais, s’excuse même lorsqu’il a raison, écoute la BBC, et s’habille comme un Anglais. Sa vie n’est plus menée que par un seul objectif : être le parfait Anglais.

 

Et pour cela il les observe dans les moindres détails et s’attache à les imiter. A tel point qu’il confectionne lui-même sa propre liste d’informations utiles, pour devenir le meilleur spécialiste de l’anglicité. C’est pourquoi en anglais le livre s’intitule Mr Rosenblum’s list, plus fidèle à l’histoire.

 

Bien évidemment, et c’est ce qui fait toute la beauté du roman, émotif, parfois triste et en même temps souriant, Jack demeura toujours pour les Anglais un Allemand, un boche ou même un juif. Même enrichi, citoyen modèle qui ne s’engagea dans aucun parti politique et ne critiqua jamais le gouvernement, même devenu le directeur de la plus grande tapisserie de Londres, Jack connut les brimades pendant la guerre et l’enfermement comme citoyen de catégorie B. Il eut toujours honte de son accent, et dans le beau restaurant où il emmenait sa fille tous les dimanches, il laissa toujours sa fille passa la commande, parce qu’elle parlait sans accent. Dans son dos on riait de lui et Jack ne put jamais intégrer aucun club de golf, qui tous le refusèrent comme membres. Aussi Jack décida de partir à la campagne pour monter son propre golf. Tous entendirent parler du juif qui voulait construire un golf dans le Dorset sur un terrain mal adapté. La scène chez Sir William Waegbert où Sadie et Jack manquent malgré eux et malgré toute leur bonne volonté, aux manières aristocrates britanniques, est criante de réalisme et fort amusante. Fort navrante aussi.

 

Sans doute chaque expatrié, chaque réfugié ou chaque personne qui vit dans un pays où il n’a pas grandi et qui a dû apprendre la langue du pays devrait lire ce livre, savourer les délices de ces décalages culturels auxquels on ne se fait probablement jamais.

 

Natasha-Solomons.jpgMais ce livre n’est pas un témoignage romancé de repentance. D’abord parce que le monde qui y est décrit n’existe plus. Malgré la persistance de certains écarts culturels, même chez les nobles anglais les choses ne sont plus ce qu’elles étaient et ce serait être un très mauvais observateur de la société que de prétendre que les problèmes que rencontrent Jack et Sadie se présentent encore dans les mêmes conditions, ou avec la même intensité. Et puis si les Anglais n’ont pas été des tendres avec Jack, la campagne du Dorset, après quelques difficultés, lui donne néanmoins des amis fidèles : Curtis et son cochon laineux, Basset le costaud, tous ceux qui finissent pas se consacrer au golf autant que Jack lui-même, et finalement tout le village.

 

Nathasha Solomons finit même par une happy-end digne d’un excellent drame hollywoodien. Et quand on pense à la qualité de ce livre, on se dit qu’Hollywood en ferait un excellent film.

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Published by MU - dans Lectures
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