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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 12:01

 Michel Houellebecq, La possibilité d’une île, Paris : Fayard, 2005

 

Michel-Houellebecq.-La-possibilite-d-une-ile.jpg

Par Misha Uzan

 

Décidément j’ai pris Houellebecq en crescendo. Dans la taille des livres, pas dans leur préférence. J’ai commencé par  Extension du domaine de la lutte, son premier roman, le plus petit, et celui qui reste dans mon esprit comme le meilleur. Puis j’ai lu Plateforme, qui aborde la question du tourisme sexuel en Thaïlande, et l’approuve pour les gens qui, comme le narrateur, en ont besoin. Plateforme est un peu plus épais, et même si j’ai préféré Extension du domaine de la lutte, ceci n’enlève rien à sa qualité et au fait que j’ai, dans mon approche de Houellebecq, progressé, évolué. Petit à petit je connais mieux l’auteur et apprends un peu plus sur lui. Pour être franc, et ceux qui me lisent souvent commencent peut-être à le savoir, on ne peut pas exclure que ma petite préférence pour un livre peut être influencé par sa taille. Quand c’est trop long, on se lasse plus facilement et on se risque évidemment un peu plus aux longueurs. Plateforme s’en sort encore plutôt bien, La possibilité d’une île un peu moins. Plus que la lassitude provoquée chez certains par un auteur qui répète ses thèmes favoris, donc les mêmes : un regard désabusé sur le monde, l’exclusion que constitue le vieillissement, pour le sexe et le désir, sa passion pour les jeunes filles (après la puberté), et la superficialité du monde occidental moderne ; ce n’est pour ma part que de la grosseur du livre dont je me lassai. Mais du style de Houellebecq je ne me lassai pas vraiment.

 

Michel-Houellebecq.jpgCette fois-ci le narrateur est une star du rire, un petit rigolo qui aime bien faire rire et tout ce que ça rapporte : célébrités, argent, conquêtes. Un comique politico-social qui ironise avec humour sur la société, qui aborde tous les sujets à la mode, tous ceux que le public a envie d’entendre et dont la presse de gauche se fera l’écho avec plaisir : les droits de l’homme à gogo, la misère dans le monde ou la bande de Gaza. En dehors de ses spectacles il se fiche bien évidemment de tous ces trucs. Sous la plume de Houellebecq qui comme à son habitude nous fait entrer dans les pensées les plus personnelles du narrateur, par le ‘je’, on comprend bien sûr l’ironie de l’auteur et la critique de tout le petit monde bobo assez hypocrite qui dans son désarroi existentiel se lance dans des causes pas toujours justes, pas toujours bonnes, pas toujours sincères. La familiarité de l’écriture de Houellebecq est toujours assez drôle malgré quelques relâchements par endroits dans l’écriture avec plus d’anglicismes et de phrases légères. Mais on rigole bien dans l’ensemble. Surtout lorsqu’il raille Djamel Debbouze. Et puis une fois le décor posé et la critique de la bourgeoisie de gauche occidentale bien entamée, Houellebecq revient à ses fondamentaux. Le narrateur est riche et se retire pratiquement du monde. Cette fois il s’installe au sud de l’Espagne et s’achète une villa. Il n’est plus guidé que par son instinct sexuel. Houellebecq nous réserve donc quelques scènes chaudes, très érotiques, dont il est je crois assez fan. Ou dont il connaît l’attrait sur le public toujours friand de porno, tout simplement. C’est dans La possibilité d’une île aussi qu’il s’attache à la question des sectes. Les passages sur les Elohim et ce qu’il en advient permettent de donner une suite à l’avancée du roman, c’est intéressant, les questions scientifiques ont l’air très étudiées et pointues, même si c’est peut-être du bidon, et la fiction sur l’avenir de l’humanité remplacée par les néo-humains se lit plutôt avec intérêt.

 

Quelques phrases dans le livre seront de celles qui se retiennent (j’ai bien aimé « les gens avaient oubliés d’être cons, les filles avaient oublié d’être jolies) même si on n’atteint pas le niveau de l’Extension du domaine de la lutte, quelques passages seront de ceux qu’on remémore, et la structure d’ensemble fait de La possibilité d’une île un livre dont on se souvient. Je n’ai pas fait d’overdose de Houellebecq, son regard de la société reste toujours à mon sens une approche très intéressante, souvent pertinente et même amusante (pas pour tout le monde) de nos sociétés, même si La possibilité d’une île n’est pas forcément mon préféré. Je n’ai pourtant pas moins hâte de lire La carte et le territoire, prix Goncourt, une fois que je me le serai procuré. Facile ou pas, trash ou pas, Houellebecq ne fait pas parler de lui pour rien.

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Published by MU - dans Lectures
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