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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 17:44

 

Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien. Suivi de Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien, Paris : Gallimard, 1996 [1951], 364 pp

 

 Memoires-d-Hadrien.jpg

 

Ce n’est pas la première fois que nous rendons compte d’un livre qui n’est pas d’actualité. D’un livre qui participe à un ensemble de connaissances, à un moment important de la vie publique, mais loin dans le passé. Ces études font partie intrinsèque de l’objectif culturel de ce blog.

 

En achevant ce livre, je me suis posé la question de l’intérêt d’en faire un compte-rendu. Pourquoi en effet rendre compte d’un livre paru pour la première fois en 1951 ? Pourquoi surtout refaire ce qui a déjà été fait, par d’autres, et sans doute mieux, il y a fort longtemps ?

En posant cette question c’est en fait la question de l’intérêt ou de la légitimité d’un blog que je pose. Après tout un blog n’est qu’une page personnelle où un individu souvent inconnu raconte publiquement sa vie ou ses intérêts. Le blog est fort contestable, mais il n’est pas le seul. Tout ceci n’a peut-être aucun sens. Et pourtant chacun aime le faire. Les intérêts d’un blog sont parfois vains ou pauvres. Mais cependant le blog est une révolution. Plus personnel et moins dépendant de l’actualité qu’un site internet classique, le blog est aussi un espace d’opinions. Le blog est encore un cheminement personnel. Chacun y fait son chemin et chacun y parle de ce qui le regarde. Mais sa qualité générale, les questions qu’il pose, les réponses qu’il apporte, les sujets qu’il aborde, font sa réputation.

 

Un blog est peut-être la prétention présente en chacun de nous, et exprimée par le blog, de se prendre pour le centre du monde. De penser que notre avis intéresse quelqu’un. Un blog est un journal personnel, rendu publique. Le livre que nous abordons en est proche. Ce n’est pas un journal, certes, ce sont des Mémoires. C’est un blog de fin de vie. Mais c’est la vie d’un homme célèbre, un empereur romain, dont il est question. Cette comparaison est en vérité plus qu’intéressante. Seuls les grands font des journaux personnels et des mémoires. Le blog est l’élément démocratique par excellence. Il met à disposition de chacun, des petits, des anonymes, des inconnus, les outils des grands.

 

Ici donc, un petit parle d’un grand.

De deux grands à vrai dire.

 

Le premier n’est autre que l’auteure, Marguerite Yourcenar (à ne pas confondre avec l’autre grande Marguerite, Duras, elle aussi grand écrivain), un nom qui résonne dans chaque tête comme celui de quelqu’un qu’on connaît. La première femme élue à l’Académie française en 1980 et l’auteur des Nouvelles orientales.

Le second n’est autre que l’empereur Hadrien, le successeur de Trajan et le prédécesseur de Marc Aurèle. C’est à ce dernier qu’Hadrien écrit. L’ouvrage est peut-être le plus grand de l’auteur qui tente de s’effacer complètement. Ce n’est pas Marguerite Yourcenar qui écrit, c’est Hadrien lui-même. Du moins c’est l’objectif visé.

 

En vérité le roman est assez difficile. Pas à la lecture qui est simple mais si on veut y entrer pleinement. Car il est extrêmement complexe de se plonger dans la tête d’un empereur romain du IIe siècle, de comprendre les faits sociaux, religieux, culturels d’hommes et de femmes de cette époque et s’accaparer leurs problèmes. C’est ce qu’a réussie à effectuer l’auteure. Il faut surtout lire en vérité les Carnets de notes qui suivent les Mémoires. On comprend alors le long cheminement de l’auteure et de son travail sur une trentaine d’année. Des débuts en 1924, une reprise dans les années 30, les découvertes de manuscrit, l’avancée des découvertes archéologiques, puis les années de recherches à la fin des années 40. Un travail de titan. Un roman historique avec quelques idées et sentiments imaginés mais beaucoup de connaissances sur le monde romain de la basse antiquité. Ce livre est donc vivement conseillé aux étudiants en histoire. Ceux de premier cycle ne risquent d’y voir que quelques expressions courantes de leur professeur, quelques dieux romains, quelques titres comme ‘tribuns’ ou ‘consuls’, des institutions comme le ‘Sénat’ et quelques grandes campagnes : en Bretagne, contre les Daces, en Espagne, contre les Parthes et en Judée. Mais comme le lecteur langda, ils ne pourront s’y plonger pleinement. D’ailleurs, rare sont les universités qui étudient cette période en premier cycle, on lui préfère en général les deux premiers siècles avant l’ère nouvelle et le siècle de Jules César et d’Auguste dont les noms deviendront des titres. Ceux de second cycle ou surtout troisième cycle spécialisés en histoire romaine et dans la période du IIe siècle devraient le connaître sans exception. Même si ça n’est qu’un roman, ce n’est en fait qu’une interprétation du passé, comme l’histoire elle-même.

 

Le lecteur commun, lui, devra se passionner pour l’imagination d’un empereur et d’un monde qu’il ne connaît pas et qu’il découvre pour vraiment en saisir chaque composante. Il faut se plonger dans ce monde si particulier et personnel des Mémoires d’Hadrien pour l’apprécier à sa juste valeur. En fait c’est comme un blog. Un témoignage personnel où le témoin s’est pris pour le centre du monde. Mais un excellent blog !

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Published by MU - dans Lectures
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