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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 17:46

Marek Halter, Le Messie, Paris : Robert Laffont, 1996

 

Marek-Halter.-Le-Messie.jpg

 

Par Misha Uzan

 

Marek Halter est à mon sens un piètre intervenant politique lorsqu’il rencontre Khaled Meschal, le chef du Hamas. On sait qu’il veut tout tenter pour la paix, mais rencontrer des terroristes comme s’ils étaient des hommes politiques, c’est leur donner une légitimité et leur conférer un statut qu’ils ne méritent pas.

 

Il est aussi un piètre intellectuel lorsqu’il présente selon moi des solutions naïves pour le conflit israélo-arabe dans Le Fou et les Rois (Folio, 1973), même si celles-ci ont été adoptées par la pensée commune occidentale (ces solutions sont-elles les bonnes ? Le fait est que rien n’a bougé depuis).

 

Il est un écrivain somme toute moyen et plutôt grand public dans sa façon d’écrire : des phrases simples, un récit sans grandes figures littéraires, sans grande manipulation du langage, mais correct, facile voire agréable à lire.

Il est en revanche un grand auteur — et c’est pourquoi je le lis et relis — dans le choix de ses sujets. Dans le vent des khazars il s’attaque à la grande épopée des Khazars, ce peuple des steppes d’Asie centrale dont le roi, et avec lui une partie du peuple, se serait converti au judaïsme au IXe siècle et serait à l’origine, selon certaines théories, du judaïsme ashkénaze. Une partie de l’histoire peu connue et particulièrement intéressante qu’il romance avec brio. Dans les mystères de Jérusalem il part à la recherche de manuscrits de la mer morte et de l’origine du judaïsme, de ses sectes antiques, des textes fondateurs et inspirateurs des religions monothéistes, dans une rivalité antique et spirituelle entre Jérusalem et Babylone. Là encore le sujet fut à mon sens pertinent et Marek Halter a su toucher une fibre passionnelle pour les Juifs et tous ceux qui s’intéressent aux origines des religions.

 

Avec Le Messie il exploite un nouveau cordon, une nouvelle sensibilité juive. Cette idée de Messie qui parcourt la tradition juive, mais qui n’apparaît pourtant pas dans la Torah, ni chez certains prophètes, sert néanmoins à titrer son histoire romanesque de David Reubeni. Ce n’est pas tant le titre qui m’a attiré — puisqu’on ne trouvera pas de meilleur roman sur un faux messie que le Sabbataï Zevi d’Isaac Bashevis Singer — mais l’histoire racontée. Celle d’un prétendu Prince juif qui dès 1524, au XVIe siècle, entreprend des manœuvres politiques pour ramener les Juifs en Israël. Tel Herzl quatre siècle plus tard ce mystérieux prince, frère d’un mystérieux roi juif de Chabor, près de l’Arabie musulmane, part négocier auprès du Pape Clément VII, puis du roi du Portugal Joao III, puis rencontre François 1er, et le doge de Venise, et enfin Charles Quint, empereur du Saint Empire romain germanique, à Ratisbonne. Si David Reubeni ne fut pas le seul meneur ou chef de guerre voué à la reconquête d’Israël, puisqu’il existe de nombreux cas au cours des 1800 années d’exil des Juifs[1], il est un exemple symptomatique du sionisme juif perpétuel, bien avant le sionisme herzélien ou le renouveau hébreu du XIXe siècle. Il est un exemple de plus d’une tentative deux fois millénaires qui, à chaque fois, a échoué, jusqu’en 1948. Aussi en abordant ce thème, Marek Halter se fait historien et excellent contradicteur des antisionistes radicaux[2].

 

Le Messie est encore un roman où Marek Halter s’amuse avec le temps. Pas comme à son habitude, en basculant du XXe siècle au Moyen-âge ou à l’antiquité, mais en se baladant dans l’Europe du XVIe siècle. De Venise à Rome puis jusqu’à Lisbonne, avant de remonter pour Rome, pour Avignon, Paris et Ratisbonne. Marek Halter suit David Reubeni. Le roman est historique. Marek Halter a fait nombre de recherches et suivi la trace du Prince. Mais on ne sait pas toujours là où commence le roman. Michel-Ange a-t-il vraiment pris David Reubeni pour modèle de son Moïse ? La belle discussion intellectuelle avec Nicolas Machiavel a-t-elle réellement eu lieue ? Qui sont les noms de personnages véritables ? Les Mantini, les Pires, les Zemmour, les Moses de Castellazzo ? Qui est inventé, qui fut réel ? C’est un peu dommage que l’auteur n’ait pas fait le point sur ces éléments dans une note de fin ou de début.



[1] Voir à ce sujet Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs, Paris : Brodard et Taupin, 1970

[2] Quant on connaît les nombreuses tentatives, politiques et religieuses, de retour en Israël, on trouve un peu grotesque, même si bien trouvée, la métaphore d’Isaac Deutscher, du juif qui tombe de la fenêtre et qui blesse un Arabe lorsqu’il s’échappe de la Shoah et crée Israël. L’idée même que l’Etat d’Israël découle de la Shoah n’a pas plus de sens. On le voit avec l’histoire de David Reubeni, on tente, on tente, mais les Juifs, isolés, n’ont jamais pu réunir tous les facteurs favorables.

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Published by MU - dans Lectures
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commentaires

mazel 04/07/2011 11:34



le seul que je n'ai pas encore lu ! et il est sur mes étagères en attente... un comble ! bon rappel qui va me le faire lire pour août... merci et bonne journée



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