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22 décembre 2006 5 22 /12 /décembre /2006 05:40

Elie Barnavi

Dans son livre publié en 2002, Elie Barnavi, La France et Israël. Une affaire passionnelle dont vous trouverez un compte rendu en cliquant, l'ancien ambassadeur d'Israël en France faisait part de la différence de traitement fait à Israël, comparée à celle faite aux autres parties du conflit israélo – arabe. Que ce soit l'«Autorité palestinienne», ou les Etats arabes, aujourd'hui comme hier, les exigences envers Israël sont plus fortes. Barnavi retranscrivait la réponse qu'on lui fait tout le temps (réponse qui, soit dit en passant, est loin d'être suffisante au regard du traitment considérable accordé à Israël et ses conflits, le reste de la réponse serait, à mon sens, à chercher du côté de l'image du juif dans l'inconscient occidental) : «C'est parce qu'on attend plus d'une démocratie». Très bien, convenait – il, mais ceci ne justifie pas les calomnies, les erreurs répétées et la vision grossière qui est faite du conflit.

J'ajouterai : «Non, ça ne me convient pas, au contraire.» Alors on attendrait plus d'une démocratie? Ce serait à elle de faire le premier pas, que dis – je, le premier 250e pas depuis presque 60 ans, Israël n'ayant cessé, gouvernement toutes tendances confondues, de répéter sa volonté de vivre en paix avec ses voisins. Cela paraîtrait donc normal qu'on en demande plus à une démocratie? Sans doute, ça me paraissait normal aussi. Jusqu'à ce que j'y réfléchisse vraiment!

 

Et ma réflexion m'a amené à démontrer l'illogisme d'une telle exigence.Une demande qui repose sur une vision extrêmement passive, déterministe voire fataliste du monde. On serait donc plus exigant envers une démocratie parce qu'elle est plus ouverte, plus développée, plus tolérante, plus libérale, bref plus humaine. C'est logique? Non au contraire. Car cette démocratie, d'où vient – elle? Est – elle tombée du ciel? Y'a – t – il une puissance divine ou humaine qui décide qui sera une démocratie et qui n'en sera pas? La démocratie est – elle le fruit du hasard? Pas le moins du monde. Sans nier, les conditions d'élaboration d'une démocratie, d'un Etat, d'une structure politique tout court, sans nier les facteurs qui influent dans un sens ou dans un autre, force m'est de constater que la démocratie n'est rien d'autre que le fruit du travail, de la pensée, des convictions des individus qui composent le pays, qui composent l'Etat démocratique. Je me répète. Assez d'une vision ultra – déterministe du monde (lire nombre de mes articles). Des individus, malgré toutes les difficultés qui les en empêchaient, se sont mis dans la tête qu'ils se gouverneraient réellement d'eux – mêmes, par eux – mêmes, et pour eux – mêmes! Que le meilleur moyen d'y arriver était l'institution d'un régime démocratique. Ce régime démocratique est le fait des individus, d'abord et en premier lieu, qui composent un Etat démocratique (sauf cas exceptionnels d'imposition par la force qui durent rarement1). En clair, ces individus en se constituant groupe, Etat démocratique, ont déjà accompli un effort considérable, que leurs adversaires n'ont pas accompli. Ils ont créé cette situation libérale, ouverte, favorable à la paix. Dans le cas israélien, les efforts, les actes de volonté de paix et de constitution d'une nouvelle société, pour une plus grande justice – à l'image du kibboutz -, ne manquent pas.

 

Demander plus, être plus exigeant envers une démocratie, revient à demander plus, à être plus exigeant envers celui qui a déjà fait plus. C'est primordial, la démocratie et tous ses corrolaires – ouverture, tolérance, liberté ... - sont déjà un plus, sont déjà un effort, qu'à l'inverse, leurs adversaires, les Etats non démocratiques, eux, ne se sont pas donné la peine d'accomplir.

 

En termes concrets et simples, c'est un peu comme si, à l'élève qui faisait bien ses devoirs, vous lui en donniez encore et toujours de plus durs, tandis qu'à celui qui ne les fait pas, vous ne lui demandiez plus rien, considérant que de toute façon, il ne les fera pas. Vous seriez donc ainsi fataliste et inégalitaire, bref en échec face à l'éducation de ce gamin. Et on pourrait reprendre des exemples à n'en plus finir. Telle est la pensée passive et déterministe, qui néglige les actes des individus. A l'inverse, ce qu'il faudrait, c'est montrer en exemple, l'élève qui fait ses devoirs – sans trop le gâter non plus, soyons en conscients – afin d'exiger à l'élève fainéant et passif qu'il fasse les siens. Sinon, il ne les fera jamais et viendra se plaindre quelques années plus tard, de sa situation, comparée à celle de son ancien camarade de classe. Voyez comme ce type de cas s'est multiplié de nos jours dans nos sociétés passives, et, je ne le dirai jamais assez, empêtrées dans une vision toujours plus déterministe du monde. C'est finalement une vieille pratique française, mais pas seulement, qui agit : plus vous travaillez, plus on vous en demandera, moins vous en faites, moins on vous en demande!

 

Qu'on me comprenne bien, tel n'est pas mon propos de dire que les démocraties ont tant réalisées, tant pris d'avance comparées aux non démocraties, qu'elles ne doivent plus rien faire et attendre que les autres les rattrappent. Bien entendu, elles doivent continuer leurs efforts, quitte à creuser l'écart. Et bien entendu, elles doivent être prêtes à pousser celui qui veut faire des efforts. C'est même le propre de la démocratie d'être très exigeante avec elle – même. C'est un peu ce qui la définit. Reste que dans un conflit opposant deux parties, on ne peut toujours demander au même de faire un effort, au seul motif qu'il en a déjà fait, on perçoit bien l'absurdité de la chose. Là se dessine la force ou la faiblesse d'une démocratie, lorsqu'elle est consciente de ses faiblesses intrinsèques, et qu'elle y répond, qu'elle en prend compte, ou non. Idée simple, mais à laquelle, pourtant, nous ne prêtons jamais attention.

 

Ayn RandC'est finalement un esprit trop conditionné aux vieilles idées de l'irresponsabilité de l'apparent plus faible, de celui qui a du retard, qui ne suit pas, qui ne comprend pas, qui fait que nous n'arrivons pas à penser la responsabilité individuelle dans toute son étendue. Sans doute, aurions – nous plus à espérer de sociétés dites plus individualistes, plus marquées par les visions d'individualisme dit radical de Ayn Rand dans Atlas Shrugged2.
Ayn Rand . Atlas ShruggedReste encore qu'il faudrait recréer un système international, mondial – comme on le fait après tout pour l'union européenne – où la démocratie est la condition sine qua none d'entraide. Mais on en est encore loin.

 

1C'est par exemple l'avis de certains auteurs concernant l'Allemagne de Weimar, République démocratique, naissant selon certains dans un milieu peu favorable à la démocratie.

Voir Horst Möller, La République de Weimar, Paris : Tallandier, 2005, traduit de l'allemand par Claude Porcell.

2Ayn Rand, Atlas Shrugged, USA, 1956

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