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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 13:55

 

Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

 

Dans mon étude sur  Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982[1], en 2007-2008, j’ai montré en quoi la structure de la pensée intellectuelle en France n’a pas évolué depuis 40 ans. C’est à partir des années 60 que se sont forgées les conceptions du conflit, qui se sont imposées dans les années 70, et qui prévalent encore aujourd’hui. Au fil de l’actualité j’ai souvent l’occasion de constater ces mêmes idées répétées sans fin, sans changement, sans autre éventualité, sans nouvelle option ou alternative envisagée par la sphère intellectuelle et/ou médiatique.

 

Rabbi Dov LiorDes petits moments de l’actualité sont pour l’observateur des révélateurs. Les manifestations des religieux nationaux en soutien au Rav Dov Lior en sont un nouvel exemple flagrant. Dans un article pour l’UPJF, Pierre Ithsak Lurçat évoque la dépêche AFP du 5 juillet publiée par Marius Shattner, correspondant de l’agence en Israël depuis vingt ans. Le journaliste titre « Israël, le spectre de la théocratie ». Malgré le caractère périphérique et minoritaire que représente un tel mouvement dans l’ensemble de la société, selon lui le Moyen-Orient connaîtrait deux tendances contraires : démocratisation et laïcisation des pays arabes, contre « théocratisation » en Israël… Et le ton accusateur est de mise. On admire les pays arabes supposés se démocratiser, on méprise Israël vers la voie de la théocratisation.

Cette forme de pensée est évidemment plus que contestable, elle n’est rien d’autre qu’un procès d’intention et un préjugé. Pour l’heure Israël est une démocratie, les pays arabes ne le sont pas. Pour l’heure Israël n’est pas une théocratie, certains pays arabes le sont. Pour l’heure si le poids du religieux en Israël peut faire l’objet d’une contestation (et nous ne gênons pas pour le faire : Israël : une coalition, un week-end et le poids du religieux), celui de l’islam dans les pays arabes est encore plus fort. Pour l’heure donc, un démocrate laïque devrait encenser Israël au Moyen-Orient et décrier les pays arabes ou du moins s’abstenir de les soutenir. Les encourager certes à devenir des démocraties, mais critiquer leurs régimes (et rien n’est encore fait en Tunisie ou en Egypte, deux pays seulement sur 22 membres dans la Ligue arabe) et la place qu’y prend le religieux. Pour l’heure un démocrate laïque devrait favoriser Israël et non les pays arabes dans ses voyages, ses investissements, ses dons (voir à ce sujet notre autre article Visiter israël, ou pas : un etat pas comme les autres ?). Force est de constater que ce n’est pas ce qui se passe. Sans doute par préjugés, sans doute aussi par hostilité envers Israël chez certains, qui lui préfèrent ces voisins arabes (même lorsqu’ils sont dictatoriaux, racistes, antisémites, oppresseurs des minorités ethniques et religieuses et véritables colonisateurs) et sans doute aussi, selon l’expression consacrée, parce qu’on ‘’attend toujours plus d’une démocratie’’. Nous avons consacré par ailleurs un article à cet illogisme des faux démocrates en perte de valeurs morales et qui n’ont pas le sens des priorités au niveau mondial (voir sur ce point :L'illogisme de l'exigence démocratique).

 

Jean-Lacouture.jpgMais surtout, cette idée de démocratisation des pays arabes s’opposant à une théocratisation d’Israël n’est pas nouvelle. Une analyse trop rapide des événements en Egypte et en Tunisie et quelques préjugés anti-israéliens mènent précipitamment à ce type de conclusion et de pensée. Un retour en arrière, même anecdotique, peut nous aider à prendre les choses avec toute la mesure nécessaire. En 1974, il y a 37 ans déjà, dans une interview pour le magazine L’Arche avec Victor Malka, un intellectuel spécialiste des pays arabes et « ami des Arabes » selon ses dires, le grand Jean Lacouture, prédit exactement la même chose[2]. Selon lui les pays arabes allaient vers plus de démocratie et de laïcité tandis qu’Israël se théocratisait. On voit que Marius Shattner n’a pas fait dans l’originalité. C’étaient déjà les propos d’un intellectuel dit spécialiste en 1974. Cinq ans plus tard éclatait la révolution islamique en Iran avant que ne se dévoile la montée islamiste du Maghreb à l’Indonésie, puis jusqu’à l’Europe, jusqu’au 11 septembre et Al-Quaïda et jusqu’aux questions récurrentes que pose la montée de l’islam fondamentaliste aujourd’hui dans les pays démocratiques tout comme dans les pays non libres ou semi-libres, bref à l’échelle mondiale. Sauf à dire que Jean Lacouture parlait d’un futur très lointain et se livrait à un exercice de science fiction, mais alors vraiment prophétique, on peut dire avec certitude qu’il s’est largement mis le doigt dans l’œil.

 

Alors certes, la démographie des ultra-orthodoxes et des nationaux-religieux est plus forte en Israël que celle des laïcs, certes selon une étude de l’université de Haïfa publiée il y a quelques mois, en 2030 sur le plan démographique, si les choses se poursuivent telles quelles, les personnes se définissant comme religieuses, seraient majoritaires en Israël. Mais ce ne serait qu’autour 2030 et Shattner se ferait donc prophète. Et puis la démographie n’est pas une science exacte tout comme la croyance religieuse n’est pas une science. L’immigration, la force de l’idée laïque ou simplement la foi en la démocratie y compris chez des Juifs observants peuvent faire drastiquement évoluer les choses. Qui sait de quoi l’avenir est fait ?

 

Enfin, remarquons encore qu’il est curieux que l’augmentation des religieux en Israël ou simplement leurs actions sociales soient aussitôt assimilées à la théocratisation du pays, tandis que les mêmes qui le crient sur les toits au sujet d’Israël, se retiennent bien de parler d’islamisation en Europe ou ailleurs malgré l’augmentation du nombre de musulmans et la progression de la pratique de l’islam sur les populations. Dans un précédent article nous parlions de Deux poids deux racismes, face à cette pensée de deux poids deux mesures il conviendrait peut-être ici de parler de deux poids deux religions.

 


[1] (Et avant cela dans mon mémoire de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et compréhension du conflit israél-arabe par les intellectuels français, Paris : IEP, 2007)

[2] Victor Malka interview Jean Lacouture, « Pour la banalité laïque d’Israël » in L’Arche, n°206, mai 1974. Nous analysons la portée de cet article dans notre mémoire de second cycle : Misha Uzan, Images d’Israël et compréhension du conflit israélo-arabe par les intellectuels français, 1967-1982, Paris : IEP, 2007. Sur Jean Lacouture, voir aussi notre commentaire critique du livre de Mahmoud Hussein, les arabes au présent

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commentaires

Renée 10/07/2011 16:30



me suis inscrite a la news ar autrement j'oublie de passer comme tu l'a constaté et ca c'est pas gentil de ma part..........................Amitiés en ce dimanche



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