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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 00:53


Par Misha Uzan

 Publié dans le journal Le Lien, n°285, le 6 mars 2008

 

 

US-flag.jpgOn sait qu’en matière politique les pressions extérieures et la diplomatie étrangère constituent des paramètres à prendre en compte dans toute décision. Aussi nombre d’Etats au cours du passé et encore aujourd’hui se retrouvent dans une dépendance quasi-totale vis-à-vis des grandes puissances. On connaît la dépendance économique de certains pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, dans l’impossibilité d’agir sans l’accord de leur protecteur : Américain, Chinois, Russe ou même Français. On se demande parfois si Israël n’est pas l’un d’eux. Tant la dépendance de l’Etat juif vis-à-vis de ses alliés ou partenaires peut être forte.

 

Or quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense ou quel que soit le  souhait que l’on porte sur l’avenir de la bande de Gaza, son statut reste encore lié à l’Etat d’Israël. Il ne tient qu’au Hamas qui y détient l’autorité politique, qu’il en soit autrement. En se retirant unilatéralement et sans contrepartie de la bande de Gaza en 2005, l’Etat d’Israël lui a fourni les premières bases de l’indépendance. Un nouvel Etat arabe (un 23e si on se fie à la ligue arabe) aurait déjà vu le jour si le Hamas l’avait voulu. S’il s’était occupé à construire cet Etat — même sans en définir les frontières comme Israël n’avait pas défini les siennes en 1948 —, à l’organiser en votant une constitution, des institutions, des principes, des droits et des devoirs pour ses citoyens, Israël serait déjà confronté à un nouvel Etat, sans doute hostile, mais un Etat.

 

hamas contre IsraëlPuisque tout cela n’a toujours pas été fait, on ne parle encore et seulement que de « territoires autonomes ». Puisque le Hamas, à l’évidence, se préoccupe plus de la destruction d’Israël que de la construction de son propre Etat, et puisque l’Egypte, autre Etat limitrophe, n’entend pas plus réintégrer ce territoire au sien comme c’était le cas avant 1967, alors la bande de Gaza, entité politique non identifiée, reste encore sous l’étroite dépendance d’Israël qui lui donne tout : l’électricité, le fioul, le ciment, les denrées essentielles, les médicaments … et par qui passent tous les camions humanitaires de la Croix rouge ou d’autres ONG. L’un d’eux ce mois-ci a même transporté des explosifs !  Bref Israël permet toujours à la bande de Gaza de vivre et de survivre, tandis que l’Egypte, faute de contrôle suffisant sur les organisations terroristes, lui permet de s’armer contre Israël, en toute violation des accords de paix signés entre Jérusalem et Le Caire depuis 1978.

 

Aussi s’étonne-t-on de voir les gouvernants d’Israël demander tant d’autorisations, d’approbations et de compréhension aux diplomates du monde entier pour intervenir dans un territoire qui, non seulement ne cesse d’attaquer le sud d’Israël mais aussi continue dans les faits, nous l’avons dit, à être partie intégrante de l’Etat d’Israël, par la faute même du Hamas et bien que plus aucun Israélien ne puisse y mettre les pieds dans des conditions normales. L’emploi du temps des têtes du gouvernement témoigne de cet acharnement à obtenir un appui étranger. Tsipi Livni par exemple a passé une grande partie de son temps à essayer de faire comprendre à des délégations de diplomates la situation intolérable de la ville de Sdérot. Aussi le sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires humanitaires, John Holmes, pour ne citer que lui, après une visite à Sdérot au milieu du mois, y dénonçait la poursuite des tirs de roquettes, mais repoussait pourtant l’idée d'une option militaire pour y mettre fin. Il déclarait condamner « fermement ces tirs mais [que] seul un accord de paix [pouvait] permettre de changer la situation», tout en appelant Israël à mettre fin à son embargo économique sur la bande de Gaza. Avec tout le respect que nous lui devons, avec qui pense-t-il obtenir cet accord à Gaza ? Sûrement pas avec le Hamas !

 

Drapeau-allemand.jpgOlmert, lui, partait ce mois-ci pour l’Allemagne. Un pays avec lequel Israël a développé de nombreuses relations et signé de nombreux contrats majeurs. Aussi tant sur l’Iran qu’à propos des roquettes, Angela Merkel déclarait  « qu’Israël avait  toute légitimité pour se défendre ». Quant à Barak, avant même de déclarer à Bernard Kouchner que la priorité restait la défense et la protection des citoyens d’Israël, c’est en Turquie qu’il partait pour sensibiliser Ankara, en conflit avec les rebelles du Kurdistan d’Irak, à l’éventualité d’une opération militaire d’envergure dans la bande de Gaza, ajoutant qu’il avait signifié à l’armée de s’y préparer, au cas où le moment y serait propice. Autant dire qu’on serait de mauvaise foi d’avancer que le gouvernement ne fait rien pour convaincre du bien fondé de son action sur la bande de Gaza : opérations militaires intensifiées et blocus, même devenu aujourd’hui partiel pour éviter une crise humanitaire qu’Olmert — répète-t-il — ne laissera pas survenir.

 

Pour autant, cet acharnement envers l’appui étranger que les dirigeants israéliens n’obtiennent en réalité jamais suffisamment, a quelque chose de déroutant. Car ces manœuvres diplomatiques interviennent très tard. Or si le gouvernement n’a pas agi plus tôt, c’est surtout du fait de pressions, d’intérêts et de conceptions extérieures à l’Etat d’Israël. Conceptions parmi lesquelles la croyance biaisée que l’obtention de la paix peut se faire par l’aide économique et par la mollesse politique envers un Fatah hypocrite dont les branches n’ont rien à envier au Hamas en matière de terrorisme. Une croyance que partagent trop souvent certains membres du gouvernement. Comme si même — et peut-être surtout— en termes d’idées, Israël perdait son indépendance et son originalité. Et tout cela bien que la majorité du peuple d’Israël, n’en doutons pas, est acquise à l’idée d’un renforcement des sanctions contre Gaza. Contre le Hamas, contre ses miliciens, contre ses dirigeants, mais aussi, disons-le clairement, contre ceux qui choisissent de voter pour les intégristes et les fondamentalistes et qui anéantissent toute chance de paix. Malgré les risques que toute intervention militaire comprend. Mais la démocratie et l’indépendance israéliennes touchent ici à leurs limites. Car la voix du peuple, alors même que c’est lui qui part au combat, n’a que peu d’influence sur Olmert, qui chaque fois se sort des mailles du filet et reste en place, coûte que coûte. Seul importe à nos dirigeants l’avis et l’appui de l’étranger, devenu maître du destin d’Israël. En grande partie du moins.

 

Certes on comprend que de telles décisions ne peuvent se faire sans discussions internationales et multilatérales, mais c’est bien avant que le gouvernement aurait dû s’acharner à convaincre. Car la diplomatie prend du temps, et les habitants de Sdérot n’en ont pas. Car les gouvernants et les diplomates étrangers ont d’autres intérêts, ainsi qu’une compréhension souvent réduite des obstacles que connaît Israël. Si c’est certes à juste titre qu’Olmert et Barak répètent incessamment que ces choses prennent du temps, il fallait les anticiper et y répondre plus vite. C’est tout ce que nous demandons. Comment ne pas avoir anticiper la réaction du Hamas ? Comment ne pas avoir prévu que le retrait n’amènerait pas la paix mais qu’au contraire les organisations terroristes chercheraient tous les moyens pour viser la population israélienne ? Le désengagement de Gaza était une chose, en prévoir les conséquences en était une autre. Et quiconque non plus n’aurait pas envisager la victoire du Hamas aux élections dans les « territoires autonomes » de Gaza, ne peut guère prétendre être à même de résoudre le conflit actuel, par excès d’angélisme, de naïveté ou tout simplement de manque de professionnalisme. C’est aussi pourquoi Israël ne peut dépendre uniquement de l’avis et des intérêts de gouvernants et diplomates étrangers, bien loin du conflit.

 

La réaction trop tardive et trop molle du gouvernement Olmert ainsi que la succession des diplomates, des ministres et des gouvernants étrangers dès qu’Israël lève le petit doigt face aux Arabes, semblent démontrer le contraire. A y regarder de près, il semble que les manifestations à Jérusalem comme à Tel Aviv pour un Sdérot « aussi paisible que Tel Aviv » n’y font rien. Tout se joue à Washington, à Berlin, à Paris, à Riyad peut-être, mais très peu à Jérusalem.

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