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10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 15:21

            S'il fallait dans chaque pays désigner un chanteur qui entreprend des projets originaux dans son domaine, la musique, à l'image en France, d'un Pascal Obispo et ses nombreuses compilations faisant intervenir une variété d'artistes voire de footballeurs; en Israël, ce serait, sans aucun doute,  Idan Raichel. Plus qu'original, le « Idan Raichel Project », le projet d'Idan Raichel, son premier album, sorti en décembre 2002, est tout simplement brillant, un véritable bijou !

Idan raichel albumDix huit ans après l' « opération Moïse » en 1984 et onze ans après l' « opération Salomon » en 1991, organisées par le gouvernement israélien pour faire venir en Israël les juifs d'Ethiopie menacés politiquement comme économiquement, c'est cette fois d'une initiative civile et privée qu'émane une opération destinée à mieux faire connaître la culture juive éthiopienne à l'ensemble des citoyens israéliens. C'était en majeure partie l'ambition d'Idan Raichel lorsqu'il choisit de faire participer à son album chanteurs et chanteuses éthiopiens. C'est finalement tout l'univers culturel d'Israël qu'il tenta de représenter, grâce à la participation de plus de soixante - dix artistes, originaires du Maroc, du Yémen, d'Iran, de Tunisie, d'Algérie, d'Irak et d'Europe de l'Est. Un mélange savoureux au résultat étonnant auquel nul ne peut être insensible.

 

 

Âgé de 26 ans en 2002, doté d'une coiffe longue, tressée à la manière des chanteurs de reggae – une coupe relativement répandue en Israël - Idan Raichel est Israélien de naissance, de parents nés en Israël d'origine ashkénaze, c'est–à–dire de parents eux – mêmes originaires d'Europe de l'est. Ce chanteur – compositeur – arrangeur participe de fait aujourd'hui en Israël à un nouveau courant musical dénommé « New Age Rasta » représenté notamment par Shotei Hanevua et Mosh Ben-Ari. Il vit aujourd'hui à Kfar Saba, dans la banlieue de Tel Aviv. Lors de son service militaire à Tsahal, il participe à un groupe de rock de l'armée chargé de silloner les bases afin de distraire les soldats envoyés au front. Claviériste et « Disc Jokey » très doué, il touche aussi aux musiques électroniques et à la « techno » très populaires en Israël. Il travaille ensuite comme conseiller dans un internat pour immigrés et jeunes en difficulté. C'est là qu'il se familiarise avec les traditions et cultures des communautés récemment immigrées en Israël, russe et éthiopienne principalement. Cette expérience est une véritable révélation musicale : Idan découvre la musique éthiopienne et ses chansons à la fois traditionnelles et populaires en Ethiopie, notamment Mahmoud Ahmed, Gigi et Aster Aweke dont il s'inspire pour composer un nouveau style de musique, encore indéfini, à la charnière de la pop israélienne, du reggae, de la musique d'ambiance, voire de la musique orientale au sens large. Musique à laquelle le groupe, une fois constitué, ajoute des paroles tantôt en hébreu, tantôt en amharique – la principale langue d'Ethiopie – voire en arabe, en indhi et en anglais. Outre la détente et l'évasion que procure cette musique, l'auditeur attentif peut également tenter de saisir la portée à la fois simple et généreuse, invitant à la coexistence des peuples, mais surtout la teneur historique et biblique de paroles qui reprennent, par exemple, certains versets du Cantique des Cantiques, l'un des principaux chants juifs.

Antique et moderne à la fois, rural et urbain, indigène et futuriste, le projet d'Idan Raichel est une réussite totale, tant au niveau musical qu'au niveau sociétal, où l'accueil fut fort chaleureux.

 

Le succès est, en effet, immédiat. La première chanson diffusée sur les médias israéliens, « Boï », qui signifie « Viens » s'adressant à une femme, parvient à la première place du hit parade israélien en quelques jours. Quatre autres titres, tous aussi réussis et originaux, paraissent ensuite successivement. Le public apprécie, tout comme les professionnels ou les critiques. L'album est vendu à plus de cent mille exemplaires dans un minuscule pays comme Israël, à l'heure, ne l'oublions pas non plus, du téléchargement sur internet, qui réduit la vente des productions musicales, au profit d'autres voies. Quant à Idan Raichel, il multiplie les prix.

Nommé artiste de l'année en 2002 puis en 2004, le 16 février 2005 il remporte le concours de la chanson de l'année. Sont évidemment également récompensés les chanseurs éthiopiens, tels Cabra Kasai et Avi Wassa, deux Juifs éthiopiens qui sont venus en Israël petits enfants, qui, nés éthiopiens, ont grandi israéliens et qui, grâce à ces chansons, se font connaître. Depuis, le groupe a répété l'expérience avec un nouvel album – nommé « Mima'amakim » qui signifie « des profondeurs » - en 2005, devenant avec deux albums d'or en trois ans, le groupe le plus populaire d'Israël.

 

 

 

Face à l'ampleur d'un tel succès, d'une telle musique, d'un mélange si attrayant, et du caractère cosmopolite de la création, émergea la volonté de toucher un public international. Ainsi, sont réunis en 2006 dans un nouvel album de diffusion internationale, les meilleures chansons des deux premières productions. Le groupe s'emballe et prévoit une grande tournée mondiale : en Amérique du Nord, en Ethiopie bien sûr, à Singapour, en Inde et en Europe. Les ambassades israéliennes se joignent à cette ferveur par la promotion de l'album ainsi que celle de leurs concerts en Belgique, en France ou aux Etats – Unis. En Amérique du Nord, Idan Raichel et ses compagnons ont d'ores et déjà donné une quinzaine de concerts, avec l'aide financière partielle du ministère des affaires étrangères. En février dernier, c'est Paris qui les accueillait. C'est dire si Idan Raichel est devenu une effigie et un symbole à promouvoir à l'étranger. Sans comprendre l'essentiel des paroles multilingues, les nord – Américains, comme les européens, à en juger par les nombreux éloges retrouvés ici et là, sur internet ou dans la presse, semblent avoir adoré. Transportés au cœur du désert, agréablement bercés par le rythme des tambours africains, des mélodies exotiques et des danses pieds - nus, tous reprennent en coeur le refrain « Im Téléh mi ahaké ba halon ? » (Si tu t’en vas, qui attendrai-je à la fenêtre ?)! Une chanson magnifique dont le clip vidéo nous transporte quelque part entre l'ancienne Judée et l'ancien royaume de la reine de Saba, à une période lointaine, imaginée, dessinée, rêvée.

 

 

 

Idan raichelEn Israël même, la photo d'Idan Raichel est à peu près partout. Après Shoshana Damari à l'époque de la guerre d'indépendance, dont Idan a récemment repris une chanson, Yaffa Damari autour de la guerre des six jours, Arik Einstein dans les années 1970 et Shlomo Artzi dans les années 1980, Idan Raichel est, selon certains, l'image d'Israël d'aujourd'hui, traduction musicale d'un pays diversifié, aux origines et aux couleurs multiples. Figure d'un pays qui cherche aussi, encore aujourd'hui, comme hier, à entretenir de bonnes relations avec ses voisins, quand bien même ceux–ci le menacent ou dédaignent lui parler. A l'heure où les relations diplomatiques et politiques, voire militaires, paraissent difficiles et, pour certains, inquiétantes; à l'heure où les temps se font durs, à l'heure où l'histoire paraît se répéter, sans solution, sans voie d'issue heureuse; alors sont souvent appréciées les initiatives culturelles qui tentent de dépasser les clivages et à réunir les peuples, dans leur différence, mais ensemble. A ce sujet, le jeune musicien fit venir sur scène à son concert à Los Angeles l'un des plus célèbres chanteurs de la communauté  iranienne exilée aux Etats-Unis, à l'heure où les relations entre Israéliens et Iraniens ne sont pas au mieux de leur forme. De même s'attacha – t – il à un festival de musiques moyen – orientales organisé à Stockholm, à convaincre un chanteur libanais de ne pas quitter le festival au motif de sa présence, soit celle d'un chanteur israélien. Sans doute aussi, furent les chansons d'Idan Raichel, celles qui bercèrent le plus les israéliens amenés à combattre depuis 2001, soit depuis le déclenchement de la seconde Intifada. Quant à la société israélienne, renouvelée par les immigrations des années 1980 et 1990, elle connut aussi son bouleversement musical. Pour Avi Wassa et Cabra Kasai, venus d'Ethiopie il y a vingt ans, à travers la marche vers le Soudan et la fuite vers la Mer Rouge jusqu'au transport en Israël par les avions de Tsahal, tirés d'un pays pauvre et pour eux sans espoir, devenus aujourd'hui célèbres, selon leurs propres dires, « ils peuvent [à présent] marcher la tête haute ».

 

 

Dans un pays d'immigration, bercé par des vagues successives et massives du monde entier : d'Europe de l'est et de l'ouest, des pays arabo – musulmans, d'Amérique du Sud, d'Inde, de Chine même, certes les transformations politiques entrainées comptent, mais les bouleversements culturels comptent parfois plus, par les rites, par la langue, et aussi, par la musique.

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Published by MU - dans Figures
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