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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 13:22

Didier van Cauwelaert, L’Apparition, Paris : Albin Michel, 2001

 Didier-Van-Cauwelaert.-L-apparition.gif

 

L’apparition est un joli roman de 217 pages qui se lit vite et avec grand intérêt. Son auteur, Didier van Cauwelaert, né à Nice en 1960 a commencé à écrire dès l’âge de huit ans pour faire vivre sa famille. Ce fut en vérité la traversée du désert jusqu’en 1982, date où son roman Vingt ans et des poussières au Seuil, obtient le prix Del Duca. Il est aussi l’auteur de Un aller simple (Albin Michel, 1994), prix Goncourt, La Vie interdite (Albin Michel, 1997), grand prix des lecteurs du Livre de Poche en 1999 ou encore de La Demi-Pensionnaire (Albin Michel, 1999), Prix Femina hebdo du Livre de Poche en 2001. On le voit l’auteur ne manque pas de décorations.

 

C’est surtout le titre du livre qui m’a attiré : L’Apparition. Auteur par la suite de Cloner le Christ ? (Albin Michel, 2006), l’auteur a souvent pris position en faveur d’une vie après la mort et en faveur d'une communication possible avec les morts. L’Apparition s’inscrit tout à fait dans cette voie, et bien au-delà c’est le cas de le dire. Il s’agit de l’histoire romancée d’une histoire vraie, d’une expertise, d’un miracle peut-être. En 1531 un jeune indien provenant de la tradition aztèque, converti au christianisme, appelé Juan Diego de son nom chrétien fait une étrange rencontre. La Sainte Vierge, « la mère du vrai dieu pour lequel nous vivons tous » le choisit pour délivrer un message à l’évêque de sa région, à proximité de Mexico. L’évêque refusant de croire que la Vierge se serait manifestée à un Indien converti d’une si petite caste, il lui demande de fournir une preuve. La Vierge fait donc cueillir des roses à l’indien, en plein hiver et lorsqu’il déplie son talisman, son Tilma pour le montrer à l’évêque, la Vierge apparaît comme peinte sur cet habit de façon miraculeuse. Le talisman comme le petit indien deviennent l’objet d’un culte de l’Eglise locale et Juan Diego se voit offrir logement près de la chapelle demandée par la vierge pour raconter son histoire. Or le talisman a ceci de particulier qu’il résiste à l’érosion du temps et plus encore : l’image peinte de la Vierge comporte des caractéristiques difficilement explicables comprenant dans ses yeux la scène du talisman. Comme si la Vierge sur l’habit était vivante, comme si ses yeux en tout cas, étaient réels.

 

Un peu moins de cinq siècles plus tard, Juan Diego passe en procès en canonisation au Vatican afin d’en faire un Saint. Comme l’exige le protocole en la matière un cardinal est nommé Avocat du Diable : son rôle, tenter de prouver qu’il s’agit d’une supercherie et empêcher la canonisation de Juan Diego. Voilà une fonction qui mérite à mon sens admiration au sein d’une institution religieuse puisqu’elle signifie que la contestation des miracles présumés est inscrite dans ses lois. Admettre un Avocat du Diable c’est aussi admettre que les défenseurs du miracle peuvent se tromper et un peu aussi, que l’Eglise n’a pas toujours raison. Mais ceci reste théorique. La corruption, les combats internes entre cardinaux et les considérations financières voire ethniques entachent largement ce portrait. Didier van Cauwelaert nous plonge donc également dans les couloirs du Vatican.

 

Le roman est découpé en chapitres alternant le regard de Nathalie Hertz, docteur en ophtalmologie, d’origine israélite mais ultra-athée et anticléricale, une femme mûre, seule et intérieurement désorientée ; et les paroles de Juan Diego lui-même, l’indien décédé depuis quatre siècles qui, comme coincé dans le ciel, se voit retenu par son culte et par une situation indécise à son égard. Du haut de son au-delà on ne sait où, il tente de communiquer à Nathalie Hertz, l’ophtalmologue, désirant qu’elle réfute les miracles qui lui sont attribués pour qu’il puisse reposer en paix. Le tout se passe dans l’atmosphère d’un Mexico bondé, corrompu, brûlant et dangereux. La description qui est faite du pays par Nathalie a de quoi repousser plus d’un touriste soucieux de sa sécurité ou refusant de verser des pots de vin à la police ou à n’importe quel fonctionnaire.

 

Didier-van-Cauwelaert.jpgDès les premières pages du livre on a envie d’en connaître le dénouement. Les péripéties de Nathalie Hertz et ses amourettes ont presque quelque chose de rébarbatif, bien que tout à fait agréable en réalité, comparé au miracle des yeux de la Vierge. On voudrait connaître le résultat de l’expertise qui a de quoi passionner. Sachez en tout cas que Jean Paul II a canonisé Juan Diego en 2002, malgré les contestations et malgré les rebondissements de la fin du roman … inspiré de la réalité. Alors que croire ?

 

On ne compte plus en tout cas les supposées apparition de la Vierge, à Mexico, à Lourdes, sous les traits de Fatima ou sous la plume de Paulo Coelho. L’apparition de van Cauwelaert – Juan Diego a en tout cas de quoi en faire douter plus d’un.

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Published by MU - dans Lectures
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pichenette 05/07/2010 22:36



Bonsoir. J'ai lu plusieurs livres de Van Cauwelaert, et pas celui-ci. Je suis donc intéressée par ta critique. J'ai eu le plaisir de l'écouter parler de son dernier livre à Marseille (mon billet
est en cours de rédaction) et agréablement surprise de trouver un si long commentaire de l`Express



L'Express 28/06/2010 17:23




Didier van Cauwelaert: "Je suis un romancier de la reconstruction"


Par François Busnel, publié le 28/06/2010 à 07:00



 




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Didier van Cauwelaert en sa thébaïde.


Franck Courtés pour Lire





Un coin de campagne, près de Paris. Au-dessus d'un garage où dorment les voitures anciennes qu'il aime collectionner, Didier van Cauwelaert travaille. L'endroit est monacal. Il vient de publier
son nouveau roman, Les témoins de la mariée, a mis le point final à une pièce de théâtre, Le rattachement, et achève la lecture de la dernière version du scénario de Hors
de moi, dont le tournage débutera en septembre avec Liam Neeson et Diane Kruger. Les témoins de la mariée est l'étonnante histoire d'une amitié où la manipulation et l'amour se
font la course. Le rattachement (mis en scène par Daniel Baroin, avec Mélanie Doutey, Alexandra Lamy et Samuel Labarthe) sera joué à Nice du 12 au 20 juin, avant, parions-le, de monter
à Paris et de partir en tournée. La pièce raconte le rattachement de Nice à la France, voulu par Napoléon III au prix d'un conflit avec l'impératrice Eugénie. Enfin, le rattachement...
l'attachement, plutôt, de Napoléon III pour cette ville qui verra naître, en 1960, Didier van Cauwelaert. Un roman et une pièce qui résument bien l'univers de cet écrivain grave et léger,
fantaisiste et burlesque. Imaginez, en effet, qu'avant de naître, on soumette un projet de vie comme on dépose un plan de vol et qu'une sorte de fonctionnaire examine, modifie ou bloque ce
projet tant qu'il ne lui paraît pas convaincant. Imaginez que ce projet soit celui de Napoléon III... Didier van Cauwelaert n'appartient pas aux clans de la littérature parisienne. Aux
mondanités, il préfère ce coin de verdure. Il y a quelques années, il a acquis le bureau capitonné de vert de Marcel Aymé, l'un de ses écrivains préférés. C'est derrière cette table sobre, "sur
le fauteuil de Marcel" qu'il reçoit, à l'heure où son jardin se prépare au sommeil.



Comment êtes-vous devenu écrivain ?


Didier van Cauwelaert En apprenant à écrire. A l'école. A l'âge de sept ans. Là, j'ai découvert que les mots servaient à raconter des histoires. Mais ce n'est pas la lecture qui
m'a interpellé, c'est, plus que toute autre chose, le contact entre le papier, le stylo et le mot. Cette découverte fut déterminante. De l'ordre de la révélation.



Né en 1960, Didier van Cauwelaert a obtenu le prix Goncourt en 1994 pour Un aller simple, le prix du Théâtre de l'Académie française pour L'astronome (1983), le prix
Marcel-Pagnol et le prix Nice Baie des Anges pour Le père adopté (2007).



Dans un récit autobiographique, Le père adopté, vous racontez que vous vous livriez à de nombreuses "mystifications". Lesquelles ?


D.v.C. Enfant, j'étais un rêveur lucide. Mais dans la cour de récréation, avec mon nom et ma tête de Flamand, je n'étais pour les autres écoliers qu'un métèque à qui on cassait
la figure. Jusqu'au jour où je me suis mis à raconter des histoires. J'ai alors découvert que l'imaginaire pouvait arrêter la violence. Je me faisais passer pour plus flamand que je n'étais,
apprenant seul la langue de Brel, et pour plus niçois que je n'étais. Tout à coup, ceux qui me battaient se sont mis à aimer les histoires que je leur racontais - plus invraisemblables les unes
que les autres, je l'admets. Je suis devenu leur héros. Je n'ai aucun besoin d'être aimé - mon ego n'est pas dans ma personne, mais dans mes créations. Mais, tout à coup, devant ces gosses qui
hier me détestaient et me frappaient et aujourd'hui m'écoutaient et m'aimaient, je me sentais nécessaire. &



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