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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 18:40

 

Didier Daeninckx, Play-back, Paris : Editions Gallimard, 1994 [Manya,1992]

 

Didier-Daeninckx.-Playback.jpg

 

 

 

Par Misha Uzan.

 

J’avais une envie de polar, il me restait un Daeninckx, je l’ai pris je me suis jeté dedans. Je lui ai préféré l’intrigue et le noir de Nazis dans le métro mais Play back conserve le charme d’un bon polar à la Daeninckx. Pour une fois on comprend clairement pourquoi l’auteur a choisi ce titre pour son livre. Il le fait dire, en toute fin par son héros Patrick Farrel. Le jeune écrivain sans succès vivote de quelques papiers mais malgré ses nombreux romans, les éditeurs ne daignent pas le publier. Jusqu’au jour où on lui propose de faire « le nègre », c’est-à-dire le sale boulot. Ecrire un livre pour quelqu’un d’autre, sans mentionner son nom. Faire l’histoire d’une bimbo de la chanson, raconter ce que ses fans ont envie d’entendre, inventer l’histoire qui fera vendre.

Mais réticent à ces procédés, peu habitué à les pratiquer, hostile aux éditions qui en font leur fortune, Farrel mène une véritable enquête. On lui ment et il le sent, on veut lui faire écrire des phrases toutes faites et il préfère l’authenticité. Parti de la vie banale d’une chanteuse de passage, il est poussé vers une affaire de meurtre de la parolière de la chanteuse.

L’intrigue est bonne sans être des plus poignantes. L’ouvrage détend autant qu’il accapare. La lecture est facile, le ton glissant. Comme toujours chez Daeninckx on sent un fond de critique sociale : l’univers provincial de la ville-fantôme de Longrupt face à la machine à pognons des éditions qui ont créé le « Hit 50 » et des magouilles à n’en plus finir. On pourrait s’attacher plus profondément à la dénonciation en filigrane d’un capitalisme sauvage, cruel et déraciné opposé à une France rurale et industrielle en perdition. Mais observer sans cesse la transformation du monde et de la France avec regret, nostalgie et frustration est lassant. On perçoit au contraire avec attachement les descriptions des routes, des quartiers périphériques de Paris et des petites villes de province. Le Daeninckx de Tolbiac, des banlieues industrielles, le Daeninckx des terroirs : c’est ce qui fait le charme de l’auteur. Comme chez Dantec par exemple, on aime reconnaître des quartiers et des rues qu’on a fréquentés, des lieux qui ne sont pas des plus connus et fréquentés mais qui sont justement appréciés pour cela. C’est aussi le charme des bons polars et on sait que Daeninckx s’y connaît en la matière.

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Published by MU - dans Lectures
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