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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:38

Par Misha Uzan.

 

 

Abu MazenL’Agence de presse liée au pouvoir arabe dans les territoires de Judée et de Samarie a annoncé aujourd’hui la condamnation à 10 ans de prison d’un homme de 70 ans, par un tribunal de Sichem (ou Naplouse en arabe), pour avoir vendu des terres à des Israéliens en 1981. Rien que ça ! Pour qu’une agence de presse officielle reprenne une telle information venant d’un tribunal officiel géré par l’AP (la dite Autorité palestinienne), le message est clair : pas de ventes aux Juifs. Ni avant, ni maintenant, ni jamais.

 

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une telle chose se produit, mais le caractère légal de la condamnation a de quoi frapper. Il faut pour prendre un peu de distance se replonger quelques deux mois plus tôt, environ, lorsque une liste de rabbins israéliens a appelé à ne pas vendre ou louer d’appartements à des Arabes dans le nord du pays. Légitimement toute la presse israélienne criait au scandale et condamnait cet appel de nature raciste. Le président de l’Etat d’Israël, Shimon Pérès, rappelait ô combien les Arabes israéliens étaient partie intégrante de l’Etat et ô combien cet acte était contraire aux fondements du judaïsme. C’est Shimon Peresvrai. Cette condamnation ne se limitait pas à la gauche puisque le premier ministre Netanyahou condamnait également cette lettre publique. Dans l’édition internationale du Jerusalem Post du 24 décembre, un journal réputé pourtant plutôt de droite, le journaliste Majallie Whbee estimait que la condamnation n’avait pas été assez forte, que certaines parties de la population se laissaient aller à certaines opinions racistes et s’étonnait aussi que le rabbin de Tsfat, Shmuel Eliahu, n’ait pas été poursuivi.

 

Le politiquement correct ayant été énoncé, on peut commencer les choses sérieuses. Côté israélien, un appel raciste condamné par tout l’establishment ; côté arabo-palestiniste[1], une décision juridique raciste officielle, revendiquée par un tribunal et s’appuyant sur un texte de loi. « Oui mais dans un cas il s’agit de rapports entre groupes ethnico-religieux à l’intérieur d’un Etat tandis que dans l’autre il s’agit de lutte contre l’occupation » diront les naïfs, les peureux et les gens de mauvaise foi.

 

Or justifier la condamnation de cet homme de 70 ans, ou l’accepter implicitement, c’est se placer subjectivement du côté de la propagande palestiniste. Le fait est que le tribunal s’est appuyé sur l'Article 114 du code pénal jordanien datant des années 60, qui prohibe la vente de terrains "à l'ennemi", spécifiquement défini comme "demeurant en Israël ou agissant pour un habitant d'Israël". Et bien que les jordaniens ont révisé cet article après la signature du traité de Paix avec Israël en 1994 ; la dite Autorité palestinienne a conservé le texte de loi intact, introduisant même un délit puni de mort pour "la vente de terrain à l'occupant", et ceci même après les accords d’Oslo.

 

Pour être parfaitement objectif il faut reconnaître ceci (je le répète et le répèterai encore) : le conflit au Proche-Orient est avant tout sémantique et démographique. On ne comprend rien si on ne comprend pas cela. Cet homme aurait-il été condamné de la même façon s’il avait vendu à un Arabe israélien ? Ou à un Arabe américain ou anglais, ou français ? Probablement pas. On en connaît maints exemples ? Pourquoi un Israélien ne pourrait pas acheter une terre en Judée (qui signifie pays des Juifs) ou en Samarie selon l’AP ? Parce qu’il est Juif. Qu’on cesse de se réfugier derrière une sémantique trompeuse. Si même l’AP considère l’Israélien comme « l’ennemi », qu’auraient dû penser les Israéliens de 1948 lorsqu’ils ont accueilli et donné la citoyenneté à 400 000 Arabes qui les avaient combattus ? N’y avait-il pas, là aussi, matière à parler d’ « ennemi » ? Que doivent penser aussi les Israéliens qui voient leur souveraineté contestée en Galilée par une population arabe devenue presque majoritaire et qui manifeste son soutien tantôt au Hamas tantôt à l’AP, et qui en tout cas ne se définit pas comme israélienne mais « arabe » et « palestinienne » ? Mais dans un cas les choses se font ici ou là, et sont condamnées, et dans un autre le pouvoir les appuie. D’un côté le racisme vient de quelques-uns qui ne voient pas comment gagner la guerre démographique autrement, qui sont parfois vraiment racistes et parfois le voient comme le sacrifice nécessaire à la défense de leur patrie, dans l’autre en revanche le racisme est gouvernemental. C’est bien différent et bien plus grave.

 

Celui qui croit qu’il y a une différence fondamentale entre un côté et l’autre de la ligne verte se trompe. Certes les statuts juridiques, politiques et les conditions de la population changent. Mais c’est le même combat entre des Juifs et des Arabes dans une guerre sémantique et démographique. Ils peuvent se côtoyer un peu plus mais on n’abat pas des millénaires de pensée traditionnelle et structurelle par quelques sympathies de voisinage. Les questions matérielles et juridiques mises en place de fait par les guerres successives dans la région ont aussi leur importance dans une résolution du conflit, mais qu’on n’oublie pas que si les frontières sont tracées par les hommes, comme les accords sont signés par eux, les idées elles ne sont pas tenues par des frontières fictives ou des accords intérimaires. Dans le long terme c'est donc sur les idées qu'il faut travailler.



[1] Pour plus de détails sur cette expression voir mon article Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982 . Je montre pourquoi il est plus objectif et scientifique de parler ainsi.

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Israël Infos 03/02/2011 17:08



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ISRAËL - La Knesset vote une loi controversée de limitation d'acquisition des terres
par David Koskas


La Knesset a approuvé mercredi une loi controversée, qui autorise l'activité de " commissions d'admission " dans certaines communautés .

Ces commissions ont la possibilité de refuser à des gens souhaitant s'installer dans leur communauté (villages) la possibilité de le faire.

Cette loi a été proposée par David Rotem d'Israël Baitenou, déjà auteur de la fameuse " Loi de la loyauté " au nom de laquelle les citoyens devraient promettre leur loyauté à un " État juif et
démocratique ", et par les membres de Kadima Yoel Hasson et Shai Hermesh.

Les partis de gauche ont dénoncé cette loi, destinée selon eux à empêcher les Arabes israéliens d'acheter des maisons dans les communautés juives, violant ainsi les décisions de la Cour
Suprême.
Le président de la Knesset Reuven Rivlin, du Likoud, a lui aussi exprimé des réserves à son sujet.

Des limites ont toutefois été fixées : seules pourront disposer de ces commissions les communautés de moins de 400 familles, localisées dans le Néguev ou la Galilée.

La Haute Cour de Justice devra justement traiter jeudi le cas soumis par un couple d'Arabes israéliens, qui se plaignent d'avoir été refusés par le village de Rakefet au motif de n'être " pas
adaptés d'un point de vue social ".



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