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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 12:36

 

Par Misha Uzan

http://mishauzan.com

 

 

Beer-Sheva.jpgCe week end j’étais à Beer Sheva.

Mon beau frère s’étant marié dimanche dernier, nous fêtions ce que nous appelons dans la tradition juive le Shabbat Hatan, le shabbat du marié, celui qui suit le mariage.

 

La belle famille de mon beau frère habitant à Beer Sheva, toutes les festivités s’y sont déroulées.

 

J’ai vécu six mois à Beer Sheva, ça m’a rappelé des souvenirs. Nous sommes allés sur les belles hauteurs de Ramot, nous avons parcouru la ville, le Big, le Canyon, la Tahana merkazit et ce weekend nous étions près de la vieille ville. Celle où, selon la tradition, Avraham aurait mis les pieds.

 

Mais le Hamas et les autres groupes terroristes de Gaza s’en fichent pas mal.

 

Jeudi les terroristes avaient pénétré en Israël depuis le Sinaï et fait sept morts. Jeudi soir j’étais à un autre mariage, dans un trou perdu en plein milieu du désert du Néguev. C’était original. On entendait les hélicoptères, ce n’était peut-être pas le meilleur moment mais c’était évidemment prévu depuis longtemps et nous n’allions pas nous arrêter de vivre à cause de terroristes moyenâgeux.

 

Je suis revenu dans la nuit de jeudi à vendredi à Tel Aviv, et vendredi après-midi j’ai repris la route pour le sud. C’était la fête, le mariage d’un ami d’enfance, puis le Shabbat Hatan de mon beau frère, un joli coin de bungalows décoré par les palmiers, c’est à peine si j’avais écouté les nouvelles.

 

 

Soudainement, samedi matin j’ai été réveillé par une sonnerie, une alarme, une alerte.

 

J’étais au lit, en caleçon de nuit, ma femme était sous la douche et ma fille d’un mois et demi dormait. La petite ne nous avait pas laissé tranquille de la nuit, alors à 8h30 un samedi nous ne nous étions pas encore levés. J’étais trop épuisé pour sauter du lit, laisser ma femme sous la douche (?) et courir en caleçon (vers où ?). J’ai simplement espéré. Ce n’était pas la première fois, alors je me suis dit que cette fois aussi, tout irait bien. A la fin de l’alerte, j’ai entendu un gros boum, et la vitre a un peu tremblé. C’était tombé plus loin, sur un territoire vide, par chance.

 

J’ai fini par me lever, tout souriant, je me suis rendu à l’office, on est allé manger et puis on a jeté mon beau-frère dans la piscine. On l’a tous rejoint, il faisait chaud, on s’est bien amusé.

 

Sous le coup de sept heures, une autre alarme a retenti. Nous mangions, c’est à peine si nous l’avons entendu. Quelqu’un s’est précipité : « il y a une alerte ». Un cuisinier nous a fait signe, il y avait un abri au fond de la cuisine. Le temps que les familles des deux shabat hatan — une centaine de personnes — trouvent leur route, tout était fini. Nous étions tous en plein milieu de la cuisine, nous n’avons pas atteint l’abri. Ma femme était sortie faire une course, j’ai pensé fort à elle. Ma fille s’est soudainement calmée, elle a compris que quelque chose se passait, que ça n’était pas le moment de pleurer. Il n’y avait rien à faire, en sourire peut-être, pourquoi pas raconter une blague, et puis en discuter. Nous ne pouvions pas faire comme s’il ne se passait rien.

 

La troisième fois il était presque neuf heures, nous étions sur le point de partir. Cette fois ce fut plus éprouvant. Au milieu du jardin, l’alerte a retenti. Nous avons laissé les valises, la poussette, les sacs de nourriture. La cousine de ma femme nous a montré l’abri. Jusqu’à présent nous ne l’avions pas trouvé. Nous sommes tous arrivés à temps, en courant, dans la panique. Tout le monde avait peur, le petit s’est mis à pleurer.

Les roquettes se sont fait entendre, plusieurs boums ont retenti. Plus loin un centre sportif était détruit, des maisons ont été touchées, un homme est mort. Une partie de la famille de ma femme était sur la route, le réseau téléphonique était saturé, pendant un quart d’heure, nous n’avons pas eu de nouvelles.

 

Nous sommes remontés vers le centre du pays dans l’heure mais depuis je ne peux pas m’empêcher de penser à ceux qui vivent dans la région, à mes amis, à ma famille, à tous les autres. Le lendemain, les alertes ont sonné cinq fois dans la matinée. J’ai senti aussi concrètement le poids de ces attaques sur l’économie du sud du pays. L’oncle de ma femme voulait prendre une autre nuit d’hôtel, avec ses quatre enfants, aller au restaurant, se balader, dépenser son argent. Devant les pleurs de son fils, il a pris sa voiture, direction Tel Aviv.

 

Cette situation illustre bien l’un des problèmes du pays.

Depuis Ben Gourion, tous les gouvernements israéliens veulent développer le Néguev, le succès est très relatif.

Les Israéliens se replient sur le centre, l’urbanisme y explose, tout comme les prix, tandis que la périphérie est délaissée.

 

Petit à petit le terrorisme arabiste et la colonisation arabe gagnent du terrain, à nouveau.

En 1979, Begin a donné le Sinaï à l’Egypte. Aujourd’hui les frères musulmans s’y insèrent, les terroristes y préparent leurs attentats, pénètrent en Israël. Ce qui s’est passé jeudi est une conséquence lointaine, mais certaine, du retrait de Begin. Israël a reculé, la liberté a laissé sa place, la terreur a avancé.

 

En 2005, Sharon a délogé des Juifs de leur maison dans la bande de Gaza. Depuis le Hamas s’y est installé et d’autres groupes terroristes pire encore. Aucune amélioration ne s’est fait sentir, bien au contraire. Les roquettes arrivent aujourd’hui jusqu’à Beer Sheva, ce n’était pas le cas avant.

 

Israël a encore reculé, Israël se rétracte. Le gouvernement a peur, il pense à septembre, à la diplomatie, il cherche le cessez-le-feu. Pour combien de temps ?

 

Tant que les missiles ne tomberont pas sur Tel Aviv, où samedi soir il y avait de l’ambiance, les opérations resteront limitées, disproportionnées — oui c’est vrai ! car sous-proportionnées —, presqu’insignifiantes.

 

Quant à ceux qui croient que deux camps réguliers s’affrontent, comme dans les guerres d’autrefois, qu’ils comprennent bien une chose : dans ses ripostes, Tsahal a visé des cibles précises, qu’il a d’ailleurs atteintes ; dans ses attaques le Hamas ou quelqu'autre groupe terroriste que ce soit, n’a rien visé du tout, il a tiré au hasard et son seul objectif était de tuer, de faire peur, de ruiner le tourisme, l’économie, le pays. C’est une différence morale qu’il ne faut jamais oublier, autrement on ne comprendra jamais rien.

 

Reproduction autorisée avec les mentions suivantes et le lien vers cet article : 

© Misha Uzan pour mishauzan.com

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commentaires

alainjuppe 22/08/2011 19:36



Pour Michel et Mayaan:


Lehaim!


Lehaim!!


Lehaim!!!


lululululululululululululululululululu!!!



Renée 22/08/2011 15:52



e sias même pas comment vous faites pour vivre mlagé tout, bien sur pas la choix mais ectet peur toujours..Bises



MU 22/08/2011 16:14



Justement, dans ces moments-là on rigole bien, on essaie en tout cas. Les terroristes peuvent nuire à l'économie et faire fuir les touristes mais nous on continuera à vivre. On peut toujours se
dire que ça évite la routine.


La vie et la joie c'est l'essentiel.


En parlant de joie, je conseille l'article sur les Braslav, chez eux la joie est un presque commandement.


Amicalement



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