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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 18:24

Publié le 1er mai sur le site http://un-echo-israel.net

 

Par Misha Uzan

 

Hag-poalim-2008-copie-1.JPGUn brin de muguet à la main, célébrant la fête du travail (malgré son instauration officielle par le maréchal Pétain le 24 avril 1941), on en aurait presque oublié qu’il s’agissait à l’origine de la fête des travailleurs, et non pas du travail. Un petit tour vers les manifestations de rue ce jour ou vers le reste du monde nous rafraîchit rapidement la mémoire. Tout commence à Toronto, au Canada, en 1872. Un mouvement de défense des travailleurs proteste contre l’arrestation de grévistes manifestant pour la limitation du temps de travail. Le mouvement fait tâche d’huile et prend un autre tour à partir du 1er mai 1886 à Chicago, aux Etats-Unis. Le mouvement revendique la journée de huit heures mais une manifestation tourne à l’émeute et de nombreux travailleurs y laissent leur peau. Les choses se compliquent, elles mêlent le mouvement anarchiste, le mouvement ouvrier naissant, la corruption policière et bientôt l’Internationale socialiste. En 1889 cette dernière fait du 1er mai une journée de manifestation ayant pour objectif la réduction du temps de travail à huit heures par jour (soit 48 heures hebdomadaire, seul le dimanche est chômé à l’époque). Le 1er mai 1890 est célébré dans de nombreux pays, très divers. Le jour des travailleurs est né ! A l’époque une date commémorative, elle a depuis fait le tour du monde et beaucoup évolué.

 

 

1er-mai-en-Israel.jpgEn Israël on note sa première célébration en 1906. Le 1er mai est fait jour de fêtes par le Syndicat général des travailleurs au cours des années 20. On lui refuse en revanche le statut de fête officielle : célébration ni juive, ni sioniste, ni hébreue[1], elle est d’autant plus rejetée par la droite qu’elle se rattache alors à l’Internationale socialiste puis à l’Union soviétique. A une époque de rapprochement avec les Etats-Unis d’Amérique, une fête rouge ne peut être officialisée selon les considérations en vigueur dans le pays. La tradition du 1er mai persiste néanmoins au sein des organisations syndicales, des associations et des partis politiques de gauche, à travers des rassemblements, des conférences, et des commémorations. Mais le parti travailliste Avoda prend ses distances avec le 1er mai à partir de 1985 lorsqu’il adopte définitivement le discours libéral. Jusqu’aux années 90, le 1er mai pouvait ressembler d’un point de vue salarial à d’autres fêtes traditionnelles chômées par certains secteurs uniquement (comme c’est le cas à Pourim ou à Hol Hamoed). La fête des travailleurs fut aussi plus spécifiquement marquée dans la ville de Haïfa, première grande ville industrielle. Mais elle se marginalise petit à petit. On peut y voir plusieurs causes. Avant tout la libéralisation assez féroce du pays dans les années 80 puis 90. Il faut savoir qu’aujourd’hui encore la durée d’un jour de travail en Israël est de neuf heures, pas de huit. Et nombreux sont encore ceux qui travaillent six jours par semaine (du dimanche au vendredi midi). Celui qu’on appelait le « premier pays socialiste » est peut-être plus proche aujourd’hui de l’ultralibéralisme. Cette situation s’accompagne aussi d’un individualisme fort qu’on pourrait qualifier d’égoïsme social. Par ailleurs le 1er mai est progressivement devenu l’apanage des partis d’extrême gauche et de gauche radicale. Si le parti de gauche sioniste Meretz, ainsi que l’Hashomer Hatzaïr y ont encore un peu leur place, la présence en masse des drapeaux rouges communistes, des drapeaux noirs anarchistes, ou de partis et mouvements radicaux hostiles à l’Etat d’Israël en tant que structure nationale (partisans d’une structure binationale judéo-arabe ou post-nationale) a de quoi en rebuter plus d’un. Malgré un besoin social sans conteste à mon sens et une protection des travailleurs qui laisse parfois à désirer, la radicalité de certains mouvements politise à outrance une question au fond plus sociale que proprement politique et ne permet Hag-Poalim-Sameah.jpgpas d’intégrer pleinement le 1er mai à la culture israélienne. Restent quelques graffitis Hag Poalim Sameah (Bonne fête des travailleurs) sur les murs des villes et quelques traditionnelles manifestations en marge des préoccupations du grand public.

 

 

Enfin cette année le 1er mai tombe un dimanche. Une occasion manquée d’allonger son week end. C’est ce qui se fait traditionnellement en France et dans tous les pays où l’on chôme le 1er mai. Ce n’est pas le cas en Israël : on ne chôme pas le jour des travailleurs. On ne chômera pas non plus le 2 mai, qui correspond cette année au jour de mémoire pour la Shoah (commémoré en fonction du calendrier hébraïque), un événement qui prend une place ô combien plus importante au sein du pays que le 1er mai ; mais c’est justement pour ne pas faire d’un jour de mémoire un jour de vacances, mais de recueillement et d’enseignement, que les fondateurs de ce jour (dont Ben Gourion) ont souhaité en faire un jour travaillé. Une idée à méditer.



[1] Sur ce néologisme voir les références sur mon article Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982

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commentaires

cheribibi 28/05/2011 11:07



POUR CE QUI CONCERNE CE JOUR TRES PARTICULIER DE LA COMMEMORATION DE LA SHOAH JE SUIS ENTIEREMENT D ACCORD AVEC VOUS, S'IL EST CHOME IL SERA INEVITABLEMENT CONSIDERE COMME UN JOUR DE "VACANCES" MAIS JE CROIS QU IL FAUDRAIT QU IL Y AIT UNE REFLEXION ETATIQUE AU NIVEAU DE LA "FETE DU TRAVAIL" POUR QU
IL SOIT CHOME AFIN D ETRE AU DIAPASON DES AUTRES PAYS QUI LE PRATIQUENT.


QU EN PENSEZ VOUS ??



MU 30/05/2011 17:07



Ce que j'en pense? Eh bien par principe je ne serais pas contre le 1er mai jour férié, pour être au diapason des autres pays comme vous dites. Je serais également pour le dimanche férié.


Mais le problème est qu'Israël est décalé de ce point de vue. Le 1er mai risque de chevaucher un autre jour de commémoration (inconnu ailleurs), comme c'était le cas cette année et il faudra
alors décaler l'autre jour, en l'espèce c'était Yom Hazikaron. Peut-on le décaler à cause du 1er mai? Comme je le dis, la droite à l'époque ne voulait donner de l'importance qu'aux célébrations
juives et sionistes. On peut le comprendre même si personnellement je suis habitué à beaucoup d'autres choses, à des célébrations plus larges.


Pourquoi ne chôme-t-on pas aussi le 8 mai qui est la reddition allemande?


On pourrait aussi chômer le 1er mai en pensant aux dures conditions de travail en Israël. Donc pour vous répondre, sur le principe je suis plutôt pour, mais je connais les arguments qu'on
opposera -économiques et politiques. Et ils ne sont pas faux. Alors il faudra probablement patienter, d'autant que le vent va plutôt dans l'autre sens en ce qui concerne le 1er mai.


Veuillez m'excuser pour cette réponse un peu longue, écrite au fil de mes pensées.


Cordialement.



cheribibi 02/05/2011 21:27



JE DOUTE FORT QU APRES MOULT MEDITATIONS LES DATES IMPORTANTES DEVIENNENT DES JOURS "TRAVAILLES" QUI INVITENT A LA MEDITATION. TRAVAIL ET MEDITATION ETANT ANTINOMYQUES...



MU 03/05/2011 10:49



Travail et méditation sont sans doute antinomiques, je vous l'accorde. Je crois même que le travail nuit à la santé.


Mais l'objectif de ne pas chômé le jour de souvenir de la Shoah est d'éviter que les gens prennent des vacances ce jour et se balladent sur les routes dans un oubli complet de la commémoration.
Aussi on vient travailler mais on commémore plus qu'on ne travaille : avec conférences, cérémonies, etc. Ceci étant tout dépend de l'entreprise. Moi-même j'ai plus travaillé qu'autre chose. Je
n'avais pas le choix.


Cordialement.



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